Batman (1989)

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Développeur : Ocean Software Ltd.
Éditeur : Ocean Software Ltd.
Titre alternatif : Batman : The Movie (médias britanniques)
Testé sur : AmigaAmstrad CPC/GX4000Atari STCommodore 64MSXZX SpectrumPC

La licence Batman (jusqu’à 2000) :

  1. Batman (1986)
  2. Batman : The Caped Crusader (1988)
  3. Batman (1989)
  4. Batman : The Video Game (1990)
  5. Batman (Arcade) (1990)
  6. Batman (PC Engine) (1990)
  7. Batman : Return of the Joker (1991)
  8. Batman Returns (Atari Corporation) (1992)
  9. Batman Returns (Subway Software) (1992)
  10. Batman Returns (Aspect Co.) (1992)
  11. Batman Returns (Malibu Interactive) (1992)
  12. Batman Returns (Konami) (1993)
  13. Batman returns (Dentons) (1993)
  14. Batman : The Animated Series (1993)
  15. The Adventures of Batman & Robin (Konami) (1994)
  16. The Adventures of Batman & Robin (Novotrade International) (1995)
  17. Batman Forever (Probe Entertainment) (1995)
  18. The Adventures of batman & Robin (Megadrive) (1995)
  19. The Adventures of Batman & Robin (Mega-CD) (1995)
  20. Batman Forever (Iguana Entertainment) (1996)
  21. Batman : Partners in Peril (1996)
  22. Batman & Robin (1998)
  23. Batman Beyond : Return of the Joker (2000)

Version Amiga

Année de sortie : 1989
Nombre de joueurs : 1
Disponible en Français : Non
Version testée : Version disquette testée sur Amiga 500
Spécificités techniques :

Cela pourra surprendre l’actuelle génération, biberonnée depuis plus d’une décennie à l’omniprésent « Marvel Cinematic Universe », mais à la fin des années 80, c’était incontestablement le grand rival DC Comics qui était au sommet de sa forme. D’abord porté par le succès planétaire, et alors inattendu, des adaptations des aventures de Superman, il allait entrer dans une sorte d’âge d’or avec la renaissance de la licence Batman, alors portée par un jeune réalisateur sorti de chez Disney (déjà…) et à qui on prédisait un grand avenir.

Votre grappin sera le seul moyen de franchir un gouffre

Le film de Tim Burton, porté autant par son casting que par sa direction artistique et son approche relativement sombre avec de nombreux emprunts au Dark Knight de Frank Miller, allait ressusciter l’homme chauve-souris et le propulser vers une success story avec ses hauts et ses bas, mais qui aura démarré en trombe grâce à un long-métrage unanimement salué par la critique (sauf en France, ou on était alors en pleine phase « sauvons le cinéma français de l’invasion américaine ») et par le public.

Le genre de jeu auquel tout le monde voulait jouer dans les années 80

Dans le domaine vidéoludique, en revanche, Batman n’avait pas attendu Tim Burton pour faire son apparition. Et après deux titres de qualité variable mais généralement bien accueillis à leur sortie, il aurait été aussi idiot qu’illogique pour Ocean de ne pas exploiter sa licence afin de proposer une troisième aventure de la chauve-souris, directement adaptée du film, cette fois, histoire de capitaliser sur la hype. Ainsi débarque un nouveau Batman, parfois sous-titrée The Movie, avec un programme simple: suivre le scénario du film pour proposer une recréation des scènes marquantes, et ainsi enthousiasmer un public à peine sorti des salles de cinéma et qui n’attendait pas autre chose au moment de s’essayer à un jeu avec un gros « Batman » en guise de titre.

On bouchait les trous comme on pouvait, à l’époque…

Le jeu se divise en cinq niveaux, représentant en fait trois gameplay différents: des séquences d’action/plateforme évoquant un peu le titre éponyme paru un peu plus tard sur NES au premier et au cinquième niveau, des séquences de poursuite dans les rues de Gotham au deuxième et au quatrième, et enfin, au milieu, pour faire la jonction, un Memory. On sait à quel point multiplier les gameplays est souvent la meilleur façon de les rater tous, aussi va-t-il être temps de se pencher sur la seule question réellement valable: le jeu est-il divertissant?

La réalisation est sérieuse, et colle parfaitement à l’univers du film

La phase la plus classique du jeu – à savoir celle d’action/plateforme – est, à ce titre, sans doute la plus solide. Aux commandes de notre héros dans l’usine d’Axis Chemicals ou au sein de la cathédrale de Gotham, vous allez vous frayer un chemin à travers les malfrats pour atteindre Jack Napier ou le Joker, selon le niveau. Pour faire face à l’opposition, vous êtes équipé d’un stock illimités de vos batarangs, qui vous aideront à dégommer tout ce qui se trouve en face de vous. Batman ne sait apparemment pas sauter, alors il a recours à une alternative: son grappin, qui lui permettra aussi bien d’accéder aux plateformes situées directement au-dessus de lui qu’à se balancer de l’une à l’autre en profitant de l’inertie.

Les passages marquants sont intégrés directement au déroulement du jeu. Plouf! Jack Napier vient de tomber dans la cuve!

Si le principe est simple, il est efficace: la jouabilité fonctionne assez bien, les adversaires sont suffisamment nombreux pour vous poser des problèmes sans pour autant réapparaître à l’écran toutes les deux secondes, les plans sont suffisamment labyrinthiques pour que la pression du temps (tous les niveaux sont chronométrés) soit sensible sans pour autant vous obliger à foncer tout droit pour arriver dans les délais. On a beau connaître les limites récurrentes des jeux de plateforme des années 80 sur ordinateur, on a affaire ici à des séquences relativement bien pensées qui nous amèneraient presque à regretter que tout le jeu ne se soit pas contenté de poursuivre sur ce modèle. Bien sûr, il existe des bémols: quelques sauts dans l’inconnu parfois mortels, une précision pas parfaite au moment de manier le grappin, une absence totale de bonus ou de power-ups qui rend ces niveaux à la fois plus répétitifs qu’ils ne devraient l’être, et surtout plus durs. Autant prévenir qu’on est là face à un titre à l’ancienne où l’unique salut sera de recommencer le jeu depuis le début à chaque fois que vous perdrez vos trois malheureuses vies, ce qui risque d’aller assez vite, en particulier à partir du deuxième niveau.

Allez chercher le Joker!

Changement de cadre, en effet: vous vous retrouverez cette fois au volant de la Batmobile et lâché dans la circulation de Gotham. L’objectif? Eh bien en fait, il est beaucoup plus dirigiste qu’il n’en a l’air: une direction à suivre s’affichera en haut de l’écran. Lorsque vous devrez changer de direction pour emprunter une des rues perpendiculaires, le seul moyen de le faire sera d’utiliser le bouton du joystick pour lancer un grappin (encore) qui ira s’attacher à un lampadaire, afin de vous faire pivoter à 90° à pleine vitesse. Et c’est tout. Dans les faits, vous n’aurez à chaque fois droit qu’à trois essais, sous la forme de trois lampadaires: ratez les trois, et votre voiture finira dans un barrage de police, signifiant la perte d’une vie. Le souci, c’est que parvenir à accomplir un de ces virages nécessitera un timing irréprochable qui sera modifié selon votre vitesse et votre placement, et que la dizaine de secondes que vous octroie le jeu pour réaliser vos tentatives risque fort de se révéler insuffisante, vous amenant à perdre rapidement les vies qui vous restaient pour finir en Game Over!

Ces séquences estomaquaient tout le monde, à l’époque

Pour ne rien arranger, même une fois le principe assimilé (ce qui risque de vous prendre pas mal de temps, l’obligation de reprendre le jeu depuis le début toutes les trois vies perdues étant très cruelle), la séquence s’étire inutilement, vous obligeant à prendre pas moins d’une dizaine de virages avant d’arriver à son terme. Ludiquement, c’est assez limité, même si on admirera la simili-3D qu’elle offre, très réussie pour l’époque. Passons rapidement sur le niveau trois, qui propose un simple Memory déguisé en recherche sur les produits cosmétiques modifiés par le Joker, pour arriver au quatrième, qui vous replace dans les rues, mais cette fois à bord du Batwing. Le but sera à présent de percuter les ballons de la parade, ce qui vous demandera d’aller assez vite pour ne pas vous faire rattraper par la limite de temps tout en prenant garde à votre trajectoire et à votre altitude. Enfin, le dernier niveau reprend très exactement le principe du premier, mais en plus difficile, pour gravir la cathédrale et sauver Vicky Vale.

Barrage policier. Game Over

Batman avait été très bien accueilli à sa sortie, et on peut comprendre pourquoi: varié, très bien réalisé pour l’époque, exigeant sans être inutilement injuste, il était très loin de représenter le pur produit opportuniste qu’il avait toutes les chances d’être pour offrir une expérience de jeu largement à la hauteur de l’investissement. Le titre était alors proposé dans plusieurs bundles, et aura largement contribué à vendre quelques palettes d’Amiga et d’Atari ST. Il a beau avoir vieilli aujourd’hui, où l’assemblage de séquences disparates cumulé à la difficulté générale et à la brièveté de l’expérience enthousiasme nettement moins les foules, on peut encore facilement lui trouver un charme certain tant il s’applique à remplir avec sérieux sa mission de nous faire revivre le film à travers les yeux de son héros. Certes, on n’aurait vraiment rien eu contre quelques cinématiques, quelques écran fixes pour raconter l’histoire (ils seront, curieusement, présents dans les autres versions 16 bits), voire un système de mot de passe pour ne pas se re-farcir à chaque fois des niveaux qu’on a déjà fait cent fois, et aussi des séquences qui se révèlent un peu plus intéressantes sur la durée, mais si on adhère à la philosophie en cours sur les ordinateurs à la fin des années 80, on trouve à coup sûr une très bonne surprise.

Vidéo – Cinq minutes de jeu :

NOTE FINALE : 12,5/20 Il faut bien reconnaître que ce Batman est loin de souscrire à la règle qui veut que les jeux adaptés d'un film soient systématiquement des titres minables. Assemblage original de séquences relativement bien pensées suivant fidèlement la trame du film de Tim Burton, le logiciel imaginé par l'équipe britannique représente plutôt le haut du panier de ce qu'on pouvait espérer trouver sur Amiga à la fin des années 80, sans faire l'impasse, hélas, sur les écueils de la période, à commencer par un défi ultra-exigeant qui vous imposera de connaître chaque niveau pratiquement par cœur pour avoir une chance d'en venir à bout. Le tout a beau sérieusement manquer de profondeur, on trouve malgré tout matière à s'accrocher par envie de découvrir la suite du programme - à condition, bien sûr, d'adhérer à la philosophie générale du Die & Retry à l'ancienne, faute de quoi, on risque de lâcher l'affaire assez rapidement. Mais si jamais vous voulez découvrir sur quel type de jeu un possesseur d'ordinateur s'amusait comme un fou en 1989, en voici un excellent exemple.

CE QUI A MAL VIEILLI : – Une difficulté beaucoup trop élevé... – ... pour masquer la brièveté du jeu – Des séquences punitives vous imposant de comprendre des mécanismes obscurs extrêmement vite sous peine de Game Over – Une jouabilité correcte, mais loin d'être irréprochable – Des niveaux assez inégaux sur le plan de l'intérêt

Version Amstrad CPC/GX4000

Année de sortie : 1989
Nombre de joueurs : 1
Disponible en Français : Non
Version testée : Version disquette testée sur Amstrad CPC 6128 Plus
Spécificités techniques :

Enfin un bon portage sur CPC!

Quitte à profiter d’une licence à succès boostée par un film qui s’annonçait comme un tabac, pas question de faire l’impasse sur les ordinateurs 8 bits qui étaient encore, et de loin, les plus populaires à la fin des années 80. Restait à savoir comment les différentes machines allaient réussir à rendre, en dépit de leurs limitations techniques, des séquences qui étaient considérées comme impressionnantes sur Amiga.

Les séquences de conduite sont peut-être moins spectaculaires, mais elles sont aussi moins frustrantes

Sur CPC, la conversion annonce tout de suite la couleur, avec des phases d’action/plateforme très réussies. C’est coloré, c’est jouable, c’est fluide, la très sympathique musique est là; bref, c’est du beau boulot et on peut sans difficulté placer ces séquences dans le haut du panier du genre sur la machine d’Amstrad. Il y a un peu moins d’ennemis, mais davantage de pièges pour compenser, et la difficulté m’a parue encore légèrement supérieure à celle de la version Amiga à cause de la résolution limitée.

La vraie inconnue reposait plutôt du côté des séquences en 3D, qui nécessitaient déjà toute la puissance de l’Amiga. Fort intelligemment, l’équipe de développement aura fait le choix de les remplacer par des séquences en 2D, moins impressionnantes mais sans doute infiniment plus ludiques. On continue donc de louvoyer entre les voitures ou de dégommer des ballons, la séquence en Batmobile m’ayant parue nettement moins punitive puisqu’il est, cette fois, possible de faire demi-tour. Au final, on a donc affaire à une conversion bien menée qui tire intelligemment parti des capacités de la machine, et ça fait du bien. À noter que le titre est également sorti au format cartouche sur l’éphémère console GX4000, où il aura été porté pratiquement à l’identique avec quelques très légères modifications dans la palette de couleurs.

NOTE FINALE : 11,5/20

Batman sur CPC est une très bonne surprise, et un jeu qui a dû faire le bonheur de bien des joueurs à la fin des années 80. Irréprochable sur le plan de la réalisation comme sur celui de la jouabilité, il figure à n’en pas douter parmi les meilleurs logiciel du genre sur CPC, et parmi les rares titres à posséder sur GX4000 avec Navy Seals. Du beau boulot.

Les avis de l’époque :

« Cette version est également très réussie. le graphisme est légèrement moins fin que celui de la version C64, mais c’est quand même du très beau travail. Un grand jeu d’action. »

Alain Huyghues-Lacour, Tilt n°74, janvier 1990, 17/20

Version Atari ST

Année de sortie : 1989
Nombre de joueurs : 1
Disponible en Français : Non
Version testée : Version disquette testée sur Atari 520 STe
Spécificités techniques :

On ne peut pas dire qu’on soit dépaysé, même si on a perdu quelques pixels dans la manœuvre

Parfois, je me dis que je devrais tester les versions Amiga et Atari ST ensemble, et me contenter de rajouter une ligne disant « et sinon, le son est moins bon sur ST » à la fin de l’article. Ce serait objectivement plus efficace, plus rapide, et tout aussi honnête. Sans surprise, le jeu est une nouvelle fois identique à 99% à la version Amiga, sauf pour la musique (moins bonne, donc, pour ceux qui suivent) et à quelques minuscules détails graphiques près, comme le fait que vos projectiles soient moins visibles ou, plus gênant, que la fenêtre de jeu soit plus petite. J’ai en revanche trouvé dans cette version des écrans fixes qui n’apparaissaient pas dans la version Amiga.

On a en revanche gagné quelques illustrations pour patienter pendant les chargements

NOTE FINALE : 12/20

Batman sur Atari ST présente, comme c’était la coutume, une version très proche de celle parue sur Amiga. La fenêtre de jeu est un peu plus petite, la musique est un peu moins bonne, mais on gagne quelques illustrations en chemin. On prend.

Version Commodore 64

Année de sortie : 1989
Nombre de joueurs : 1
Disponible en Français : Non
Version testée : Version disquette
Spécificités techniques :

Ça manque un peu de couleurs, mais ça bouge très bien

Batman aura bien évidemment eu droit à son portage sur Commodore 64, dans une version bâtie dans le même moule que celle parue sur Amstrad CPC (et sur tous les ordinateurs 8 bits, en fait). Si le titre y manque un peu de couleurs – une constante sur la machine – on ne peut pas dire que cela trahisse beaucoup l’esthétique du Dark Knight. la bonne nouvelle, c’est que la jouabilité est irréprochable, la difficulté plutôt mieux réglée que sur CPC, et que la musique est, comme souvent, la meilleure de toutes les versions 8 bits. Seul détail désagréable: les éternels temps de chargement à rallonge entre chaque niveau, mais pour le reste, c’est du beau travail.

Je voyais la Batmobile plus sombre!

NOTE FINALE : 11,5/20

Batman sur Commodore 64 n’a, au final, qu’assez peu de raison de rougir face aux versions 16 bits. Certes, les séquences en 3D ont été remplacées par des séquences à défilement horizontal, sans surprise, mais le reste fonctionne bien et les phases d’action/plateforme sont particulièrement agréables à jouer. Une bonne pioche.

Les avis de l’époque :

« Une fois de plus, Ocean démontre qu’il est possible de réaliser de grands jeux à partir d’un film à succès. La réalisation est excellente, avec de superbes graphismes et une animation de qualité. […] Un must pour les fans d’action et de Batman, bien sûr. »

Alain Huyghues-Lacour, Tilt n°74, janvier 1990, 17/20

Version MSX

Année de sortie : 1989
Nombre de joueurs : 1
Disponible en Français : Non
Version testée : Version disquette
Spécificités techniques :

Le MSX: incontournable en Asie, méprisé en Europe.

« Le MSX: comme un ZX Spectrum, mais en beaucoup plus cher » aurait sans doute fait un bon slogan pour la machine venue du Japon. Après les très bons portages réalisés sur CPC et sur C64, on pouvait nourrir un vague espoir de voir surgir une version tirant enfin un minimum parti des capacités de la machine, mais non, ça n’intéressait tout simplement pas les développeurs occidentaux (il faut dire que la machine n’aura jamais vraiment percé en Europe, sauf peut-être en Espagne, mais ce n’est certainement pas les jeux qu’on vendait dessus qui allaient changer la donne). Conséquence: c’est la version ZX Spectrum, à savoir monochrome, avec un défilement plus haché qui fait mal aux yeux. t il n’y a même plus de musique! Seule bonne nouvelle: c’est toujours très jouable, mais on n’a strictement aucune raison aujourd’hui de préférer cette version à n’importe quelle autre. Dommage.

NOTE FINALE : 09,5/20

Portage fainéant de la version ZX Spectrum (un reproche qu’on pourrait hélas faire à 99,9% de la production occidentale sur MSX), Batman y reste un jeu jouable et relativement amusant, mais avec une réalisation antédiluvienne et amputée de la musique qui fait qu’on lui préfèrera n’importe quelle autre version.

Version ZX Spectrum

Année de sortie : 1989
Nombre de joueurs : 1
Disponible en Français : Non
Version testée : Version disquette testée sur ZX Spectrum 128k
Spécificités techniques :

Ça aurait pu être mieux, mais ça aurait aussi pu être tellement pire…

Le MSX ayant déjà vendu la mèche, on sait d’ores et déjà à quoi s’attendre avec ce Batman sur ZX Spectrum. passons rapidement sur les graphismes – il faut aimer n’avoir qu’une seule couleur à l’écran hors de l’interface, mais ça va – pour préciser que le défilement est ici plus fluide que sur la machine japonaise, et surtout qu’il y a de la musique, ici (sur la version 128k uniquement)! Une nouvelle fois, difficile de recommander cette version à qui que ce soit tant il n’y a qu’à faire son marché parmi toutes les autres, mais le jeu reste très correct et c’était bien tout ce qu’on pouvait lui demander.

NOTE FINALE : 10/20

Batman sur ZX Spectrum aura sans doute gardé une place bien au chaud dans le cœur de ceux qui l’ont découvert sur cette plateforme. Pour tous les autres, en revanche, aucune raison objective de se lancer dans cette version, correcte pour le support, mais largement inférieure à la plupart des autres.

Version PC

Année de sortie : 1990
Nombre de joueurs : 1
Disponible en Français : Non
Version testée : Version disquette émulée sous DOSBox
Spécificités techniques : Graphismes: CGA, EGA, Tandy, VGA – Sons: Haut-parleur interne

On ne peut pas dire qu’il y ait 256 couleurs à l’écran, mais au moins, on échappe à la palette hyper-limitée de l’EGA

Ah, le PC des années 80… Roi incontesté des bureaux, poubelle vidéoludique, toujours servi en dernier, avec des jeux qui cherchaient très rarement à en tirer le meilleur… heureusement qu’il y aura eu des Chris Roberts pour y publier des Wing Commander, mais je m’égare. Le PC a eu énormément de temps pour bien se venger depuis, intéressons-nous donc plutôt à ce fameux Batman. Bonne nouvelle: le jeu reconnait le VGA (en 1990, ce n’était toujours pas une évidence, comme on a souvent eu l’occasion de le vérifier ici). Mauvaise nouvelle: c’est néanmoins plus sombre et moins coloré que sur Amiga et Atari ST, ce qui n’est pas nécessairement flagrant pendant les scènes d’action/plateforme mais se sent beaucoup plus pendant les scènes de conduite. Reconnaître les cartes sonores était également trop ambitieux, apparemment; il faudra donc se contenter de quelques vagues « bip-bip » en guise de bruitages. Les illustrations de la version Atari ST signent leur grand retour, et le jeu reste très jouable – à condition d’avoir un joystick bien calibré, car la maniabilité au clavier est atroce et il est impossible de redéfinir les touches (alors que c’était possible sur les ordinateurs 8 bits!). Globalement, c’est mieux que ce à quoi on pouvait s’attendre, mais la disparition de la musique (et de la plupart des bruitages) est un coup dur. Les scènes dans les rues de Gotham sont également moins fluides et moins rapides que sur les autres ordinateurs 16 bits (oui, même avec les PC actuels). Et histoire d’en remettre une louche, la scène finale de la chute mortelle du Joker a été censurée! Dommage.

NOTE FINALE : 11/20

Faute de surpasser la version Amiga, l’itération DOS de Batman aurait au moins pu prétendre faire presque jeu égal avec elle si tout l’aspect sonore n’était pas purement et simplement passé à la trappe, et si les graphismes n’avaient pas trouvé le moyen d’être moins colorés, en dépit de la reconnaissance du VGA. En l’état, l’ambiance en souffre énormément, et l’action parait soudain molle et dépassée. À jouer avec la B.O. de Danny Elfman en fond sonore.

Oxxonian

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Développeurs : Arnd Nolte, Christian Klimm, Ramiro Vacca et Jürgen Piscol
Éditeur : Time Warp Software GmbH
Testé sur : Atari ST, Amiga, Commodore 64

Version Atari ST

Année de sortie : 1989
Nombre de joueurs : 1
Disponible en Français : Non
Version testée : Version disquette testée sur Atari 520 STe
Spécificités techniques :

Les années 80 n’étaient pas juste la décennie des années Thatcher, du reaganisme triomphant, de la musique de merde et des coiffures qu’on a tous eu honte d’avoir. Dans le monde vidéoludique, elles demeurent également cette période ô combien romantique où un adolescent boutonneux tout seul dans son garage avait encore une chance de connaître le succès pour peu qu’il ait une bonne idée, beaucoup de temps libres et des capacités certaines pour la programmation.

L’association des genres: une alchimie complexe

On pouvait encore rêver de développer un jeu commercialement viable à quatre ou cinq personnes – une tendance appelée à être mise entre parenthèse pendant une longue période, avant que la distribution en ligne ne vienne à nouveau donner leur chance aux projets « alternatifs ». Parmi les nombreux titres oubliés de cette période où les éditeurs n’avaient pas encore tous la prétention de savoir exactement ce que les joueurs attendaient et laissaient encore leur chance à des jeux expérimentaux, en voici un assez original: Oxxonian.

Oxxonian, le jeu que le temps a oublié

Prenez un prétexte idiot – en l’occurrence, sauver le monde d’un être maléfique nommé Zargo, qui n’a apparemment rien trouvé de mieux à faire que de téléporter des monstres sur terre histoire de s’occuper un peu. Comme d’habitude, on n’avait pas d’armée sous la main pour aller lui faire la peau, alors on a envoyé ce qu’on avait sous la main: vous, et personne d’autre, ne me demandez pas pourquoi.

On ne peut pas dire que le level design sente le génie

Comme vous vous en doutez, ce scénario qui côtoie le sublime n’est pas exactement ce qui va nous intéresser ici: pour sauver la planète, vous allez certes devoir tirer sur des ennemis, mais aussi… pousser des boîtes. Non, ce n’est pas une blague. Vous cherchiez un improbable mélange entre Sokoban et les jeux de tir en vue de dessus à la Alien Breed? Vous venez de le trouver, à tel point que le titre offre deux modes de jeu: un mode action et un mode stratégie.

Niveau action, on a vu bien mieux, et niveau réflexion aussi

Commençons par la base: le mode action. Comme indiqué plus haut, vous y contrôlerez donc votre personnage dans un labyrinthe en vue de dessus, avec pour objectif de rejoindre la sortie du niveau. L’unique bouton vous servira à faire feu sur les différents nuisibles qui apparaîtront littéralement de nulle part, et histoire de vous motiver à vous bouger le train, votre énergie descendra toute seule avec le temps, comme ça, parce que c’est fun.

La liste des power-ups, dont la moitié ne sert à rien

Basique? Un peu, oui. Mais vous risquez de comprendre où se situe la subtilité en atteignant la sortie et en réalisant que vous ne pouvez pas l’emprunter: pour avoir le droit de passer au niveau suivant, vous devrez d’abord avoir fait disparaître un quota de boîtes – ne me demandez pas pourquoi. Et comment les faire disparaître? En les plaçant côte à côte, généralement par deux, parfois par trois, quatre ou plus, ce qui vous permettra alors de les ouvrir et de récolter les bonus placés à l’intérieur. Seulement, il faudra bien prendre garde à associer les boîtes avec leurs jumelles, quitte à cogiter un tout petit peu pour optimiser vos routes.

On ne sait jamais combien de boîtes il faut placer côte-à-côte pour les faire disparaître, ce qui est franchement idiot

Voilà pour le concept. Le nombre de fois où vous pourrez pousser ou tirer les boîtes est limité à chaque niveau, il vous faudra donc éviter de faire n’importe quoi pour avoir une chance de réussir – ce qui, dans le mode action, est rarement très compliqué. Ouvrir des boîtes vous rapportera des crédits que vous pourrez ensuite dépenser à la fin du niveau pour acheter des armes, de l’énergie, des vies… ou même des poussées supplémentaires.

Faire le minimum vital et foncer vers la sortie est souvent la meilleure méthode

Et là, on devine effectivement que la partie « stratégie » (réflexion, en fait) va être assez gadget, puisque non seulement vous n’aurez pas besoin de faire disparaître toutes les boîtes pour passer au niveau suivant (une grosse moitié sera généralement suffisante), mais qu’en plus vous pouvez acheter des mouvements supplémentaires pour ne pas trop mettre vos neurones à contribution. Autant dire qu’on réfléchit finalement assez peu, et que la composante action étant sympathique à faible dose, mais extrêmement limitée, on a vite fait le tour de la question.

Trouver la bonne sortie ne sera heureusement pas très compliqué

On pourrait se dire que la phase d’action étant très basique, la phase de réflexion devrait un peu relever le niveau. La réponse est non. Dans les faits, les mécanismes sont exactement les mêmes, avec plus de boîtes et moins d’adversaires. Outre le fait qu’il soit toujours aussi désagréable d’avoir à réfléchir au milieu des monstres (un concept assez idiot qui n’était d’ailleurs pas appelé à un grand avenir), il n’est toujours pas nécessaire d’ouvrir toutes les boîtes pour avancer, et il est toujours possible d’acheter des mouvements supplémentaires, dynamitant de fait la principale contrainte du titre!

Certains niveaux ne mettent même pas la logique à contribution

De fait, on se retrouve avec une espèce de version mal pensée de l’antique Sokoban, où l’adresse est plus mise à contribution que la réflexion, et où ni les fans d’action ni ceux de puzzle ne trouveront leur compte. Ce qu’on appelle le combo perdant. Le mélange des genres, comme souvent, n’aura accouché que d’un titre maladroit apte à ne plaire à personne, et on comprend sans difficulté qu’Oxxonian ait sombré dans l’oubli en dépit de l’enthousiasme d’une partie de la presse de l’époque: deux composantes limitées et mal pensées pouvaient peut-être composer un jeu, à l’époque, mais on ne peut pas dire que cet aspect ait bien vieilli. Reste un petit jeu de tir amusant dix minutes. On s’en contentera.

Vidéo – Cinq minutes de jeu :

NOTE FINALE : 10,5/20 Oxxonian est un très bon exemple du type de jeu qui faisait parfaitement illusion à la fin des années 80 mais qui aura les pires peines à se trouver un public aujourd'hui: en cherchant à combiner action et réflexion de manière harmonieuse, le titre ne s'avère au final satisfaisant dans aucune de ses composantes et ne parvient à contenter personne - à tel point qu'il aura fini, sans doute dans un accès de lucidité, par proposer deux modes séparés. Dans la partie réflexion, toutes les idées qui pouvaient s'avérer séduisantes sur le papier alourdissent le gameplay plus qu'elles ne l'enrichissent, et les quelques bonus à retirer des laborieuses manipulations perdent au final tout leur sens lorsque l'on se rend compte que le mieux est encore de rejoindre la sortie le plus vite possible en s'occupant du minimum vital pour espérer aller loin. Quant à la partie action, elle est certes plus efficace, mais reste très basique - et parasitée par cet éternel impératif d'aller pousser des boîtes au milieu de monstres qui réapparaissent à l'infini. Au final, un petit divertissement sympathique à faible dose, mais certainement pas le programme qui va réconcilier les fans des deux genres.

CE QUI A MAL VIEILLI : – Beaucoup de mécanismes inutilement complexes pour simplement pousser des boîtes – Composante action imprécise et sans intérêt dans la partie réflexion – Réalisation datée – Défilement horizontal haché – Jouabilité à un bouton imprécise et frustrante

Version Amiga

Année de sortie : 1989
Nombre de joueurs : 1
Disponible en Français : Non
Version testée : Version disquette testée sur Amiga 1200 doté d’un disque dur
Spécificités techniques :

malheureusement, aucun des deux apports de cette version ne sera visible sur une capture d’écran

Comme on pouvait s’y attendre en 1989, Oxxonian aura été développé parallèlement sur Atari ST, Amiga et Commodore 64. Et, sans surprise, on a affaire sur la plus jeune machine de Commodore a une copie totalement fidèle de la version ST en terme de contenu, mais avec quelques nuances sur le plan technique. La première, et la plus appréciable sur le plan du gameplay, est que le défilement est désormais fluide dans toutes les directions, contrairement au défilement horizontal haché de la version ST (la machine d’Atari était bien plus à l’aise avec les défilements verticaux qu’avec les défilements horizontaux, une histoire de programmation). La seconde se trouve du côté sonore: le thème musical a été entièrement refait. Si la qualité technique du nouveau morceau est incontestablement supérieure, tirant parfaitement parti des capacités de la puce Paula, je laisserai les joueurs seuls juges pour définir lequel des deux thèmes est le plus réussi: disons que les deux se valent. Pour le reste, on retrouve très exactement les mêmes limites que sur ST, mais on accordera malgré tout à cette version le fait d’être légèrement plus agréable à jouer.

NOTE FINALE : 11/20

Oxxonian sur Amiga ne corrige peut-être aucune des lacunes ludiques présentes sur la version Atari ST, mais la partie technique est indéniablement plus accomplie, grâce à un défilement plus fluide et à une partie sonore retravaillée. Toujours pas un jeu inoubliable, certes, mais quitte à le découvrir, privilégiez plutôt cette version.

Les avis de l’époque :

« Côté shoot-them-up, le contexte sonore et graphique d’Oxxonian est excellent. Animation très vive, paysages variés et bruitages qui décoiffent, y’a d’l’action ! La stratégie est quant à elle très intéressante. […] Oxxonian est complet, original, bien réalisé techniquement, il ne lui manque rien pour séduire aussi bien l’amateur d’action que le fana de stratégie »

Olivier Hautefeuille, Tilt n°74, janvier 1990, 16/20

Version Commodore 64

Année de sortie : 1989
Nombre de joueurs : 1
Disponible en Français : Non
Version testée : Version disquette
Spécificités techniques :

Ça bouge vite, le thème musical est excellent, et c’est plus jouable que jamais: bonne pioche!

Oxxonian ayant jusqu’ici été principalement sauvé par la fonctionnalité de sa réalisation technique plus que par celle de son gameplay, on est en droit de s’inquiéter au moment de découvrir le titre sur un Commodore 64 qui n’avait, dans le domaine, pas exactement les mêmes arguments que les ordinateurs 16 bits. Eh bien, grosse surprise: le titre fait mieux que s’en tirer! Non seulement c’est parfaitement jouable, non seulement c’est parfaitement fluide – plus fluide, même, que sur Atari ST – mais en plus, la musique doit être la meilleure entendue, toutes versions confondues! Alors certes, les graphismes sont moins fins, mais on tiendrait à coup sûr une version qui ferait jeu égal avec les deux autres si elle n’avait pas été amputée du mode « action » pour se cantonner à la partie « stratégie » (d’ailleurs appelée « action », ne cherchez pas). À tout prendre, mieux aurait sans doute valu faire l’inverse… Peut-être s’agissait-il d’une facétie de ma version, mais s’il en existe une permettant de jouer aux deux modes, je n’en ai trouvé aucune image ni aucune vidéo. N’empêche que le titre reste une valeur sure de la logithèque du C64 là où il restait purement anecdotique sur Amiga et Atari ST. On prend!

NOTE FINALE : 10,5/20

Bien employé, le Commodore 64 pouvait faire de très jolies choses, et Oxxonian en est un très bon exemple. Voilà une version qui n’a clairement pas à rougir des itérations publiées sur les machines 16 bits, avec notamment un thème musical de haute volée et un défilement d’une fluidité irréprochable. J’irais peut-être même jusqu’à la conseiller en lieu et place de la version Amiga si le mode « action » n’était pas passé à la trappe. À découvrir!

Ganbare Goemon 2

Cette image provient du site https://media2.nin-nin-game.com

Développeur : Konami Industry Co. Ltd.
Éditeur : Konami Industry Co. Ltd.
Titre original : がんばれゴエモン2 (graphie japonaise)
Testé sur : NES
Disponible sur : Nintendo 3DS, Wii, Wii U

La série Ganbare Goemon (jusqu’à 2000) :

  1. Mr. Goemon (1986)
  2. Ganbare Goemon! Karakuri Dōchū (1986)
  3. Ganbare Goemon 2 (1989)
  4. Ganbare Goemon Gaiden : Kieta Ōgon Kiseru (1990)
  5. Ganbare Goemon : Sarawareta Ebisumaru! (1991)
  6. The Legend of the Mystical Ninja (1991)
  7. Ganbare Goemon Gaiden 2 : Tenka no Zaihō (1992)
  8. Ganbare Goemon 2 : Kiteretsu Shogun Magginesu (1993)
  9. Ganbare Goemon 3 : Shishi Jūrokubee no Karakuri Manji-gatame (1994)
  10. Ganbare Goemon Kirakira Dōchū : Boku ga Dancer ni Natta Wake (1995)
  11. Ganbare Goemon : Uchū Kaizoku Akogingu (1996)
  12. Soreyuke Ebisumaru! Karakuri Meiro – Kieta Goemon no Nazo!! (1996)
  13. Mystical Ninja starring Goemon (1997)
  14. Goemon’s Great Adventure (1998)
  15. Ganbare Goemon : Kuru Nara Koi! Ayashi Geikka no Kuroi Kage (1998)
  16. Goemon: Mononoke Sugoroku (1999)
  17. Ganbare Goemon : Tengu-to no Gyuakushu! (1999)
  18. Ganbare Goemon : Mononoke Dōchū Tobidase Nabe-Bugyō! (1999)
  19. Goemon : Bōken Jidai Katsugeki (2000)
  20. Ganbare Goemon : Hoshizorashi Dynamites Arawaru!! (2000)

Version NES

Année de sortie : 1989
Nombre de joueurs : 1 à 2
Disponible en Français : Non
Version testée : Version japonaise traduite en anglais grâce au patch 1.02 de Stardust Crusaders
Spécificités techniques : Cartouche de 2Mb

Goemon, acte III. Après des débuts décevants en arcade, le personnage librement inspiré du voleur japonais Ishikawa Goemon avait signé la même année son grand retour sur NES et MSX, toujours sous la houlette de Konami, avec sensiblement plus d’ambition dans son cahier des charges. Apparemment, la formule aura visé sensiblement plus juste, puisque le fameux Goemon aura gagné le droit de continuer une carrière qui allait devenir florissante. En 1989, nouvelle étape, exclusivement sur NES, cette fois, avec Ganbare Goemon 2. Au menu? Eh bien, mais la même chose, pardi!

Et c’est reparti pour un tour!

Passons rapidement sur le scénario du jeu, qui vous verra vous évader de prison avec un nouveau sidekick nommé Ebisumaru, sorte de ninja raté doublé d’un comic relief, pour aller faire très exactement la même chose que dans l’opus précédent: visiter des niveaux, trouver des laissez-passer, franchir des portails et refaire la même chose pendant chacun des dix niveaux du jeu. L’objectif sera cette fois d’aller mettre la main sur un trésor caché dans le château de Karakuri et dont votre nouvel allié vous aura révélé l’existence pendant que vous étiez en captivité. Alors vous vous mettez naturellement une fois de plus en route pour botter des fesses et faire des poches, bien sûr!

La réalisation a progressé, depuis le précédent épisode

Quoi de neuf au menu? Eh bien… pas grand chose, en fait, pour être honnête. Le titre reprend fidèlement les mécanismes de Ganbare Goemon! Karakuri Dōchū: exploration, achats, et combats très basiques. Si fidèlement en fait qu’on retrouve d’ailleurs exactement les mêmes limites: on peut facilement tourner en rond pendant un long moment à la recherche des fameux laissez-passer, il faut toujours sauter partout à la recherche de passages secrets, et avoir les poches pleines pourra souvent vous faciliter l’existence en vous permettant d’acquérir des bonus, des power-ups, des résistances accrues et même les laissez-passer en question. Bref, dans l’absolu, on re-signe pour très exactement la même chose – en grommelant au passage qu’il soit toujours impossible de sauvegarder tant terminer le jeu demandera une nouvelle fois d’y passer des heures.

Vous êtes un voleur, vous avez parfaitement le droit d’aller vous encanailler! Ça ne sert à rien, mais ça divertit

Alors quoi, tout est déjà dit? Le même jeu avec juste de nouveaux niveaux? Non, tant qu’à faire, repartir du même concept n’interdit pas de l’étoffer, et Konami en avait parfaitement conscience. Le jeu embarque donc sa dose de surprises et de petites idées destinées à rendre l’expérience de jeu plus variée et plus agréable que dans le premier opus. Par exemple, certains niveaux vous demandent juste d’accéder à la sortie sans vous fouler à chercher les laissez-passer, d’autres se terminent par des boss, d’ailleurs rarement très compliqués à vaincre, surtout si vous avez eu la bonne idée de conserver votre fronde.

Des boss font leur apparition, et ils ne devraient pas vous donner trop de fil à retordre

Surtout, les environnements sont plus variés, les décors plus travaillés, et le jeu comprend tout un lot de petites saynètes lorsque vous partez explorer les différentes maisons: on vous proposera même d’aller vous rincer l’œil dans des spectacles olé-olé, excellent prétexte pour introduire des gags très japonais, le titre ne s’aventurant jamais dans des zones aptes à affronter la censure de Nintendo, comme vous pouvez vous en douter. La réalisation a bien progressé, avec des graphismes plus étoffés accomplissant parfaitement leur mission et des thèmes musicaux rythmés sans être répétitifs; c’est peut-être la même chose qu’avant, d’accord, mais c’est la même chose en mieux!

Les passages en 3D sont toujours de la partie, eux aussi

Histoire de donner une vraie raison d’investir dans le titre, cependant, Konami aura décidé de donner une raison d’être au fameux Ebisumaru. Comment? Mais en en faisant l’avatar d’un deuxième joueur, bien sûr! Eh oui, le titre est désormais jouable à deux simultanément en coopératif. Évidemment, cela reste très basique, les deux personnages restant en permanence sur le même écran , alors que la structure du jeu aurait plutôt recommandé que chacun puisse aller mener son exploration de son côté pour optimiser la recherche, mais bon, faut peut-être pas trop en demander à la NES non plus.

On trouve également des passages en pure 2D

Vu la faible part jouée par la composante « action » du titre, cela reste gadget, mais c’est toujours bon à prendre. En-dehors de cela, vous savez normalement pourquoi vous signez, ce qui permettra au moins aux choses d’être extrêmement claires: si vous avez aimé le premier Ganbare Goemon, vous pouvez vous lancer dans le deuxième les yeux fermés. Dans le cas contraire, les nouveautés sont probablement trop anecdotiques pour vous réconcilier avec la saga par le biais de cet épisode – à moins que la possibilité de jouer à deux ne change singulièrement la donne pour vous. À vous de voir. L’épisode a de toute façon été traduit (en anglais) par des fans, vous ne devriez donc plus avoir l’excuse de la barrière de la langue pour vous lancer dans l’aventure.

Vidéo – Le premier niveau du jeu :

NOTE FINALE : 14,5/20 Prise de risque minimale pour ce Ganbare Goemon 2: on prend les mêmes, et on recommence! Pour très semblable qu'elle soit à celle de l'épisode précédent, la formule a néanmoins été légèrement repensée, équilibrée, peaufinée... sans toutefois connaître de bouleversements majeurs. Alors histoire de faire bonne mesure, Ebisumaru fait également son apparition, autorisant à la parcourir à deux! Une nouvelle fois, le titre défie les classifications: ce n'est pas vraiment un beat-them-all, ça n'est pas tout à fait un jeu d'aventure, c'est... eh bien, un Ganbare Goemon, et c'est déjà pas mal. Si les fans du premier opus peuvent foncer sur cette suite sans se poser de question, ceux qui avaient été moins emballés ne trouveront sans doute aucune raison de revenir, le concept présentant exactement les mêmes lacunes que la première fois.

CE QUI A MAL VIEILLI : – Pas grand chose de neuf depuis le premier épisode – Beaucoup de temps passé à tourner en rond – Encore une fois, un système de mot de passe n'aurait pas fait de mal

Tom & Jerry (Micro-Partner Software)

Cette image provient du site http://www.atarimania.com

Développeur : Micro-Partner Software GmbH
Éditeur : Magic Bytes
Titres alternatifs : Tom & Jerry: Hunting High and Low (écran-titre), Tom & Jerry 2 (deuxième édition européenne)
Testé sur : Atari ST, Amiga, Amstrad CPC, Commodore 64, ZX Spectrum

La licence Tom & Jerry (jusqu’à 2000) :

  1. Tom & Jerry (Micro-Partner Software) (1989)
  2. Tom & Jerry : Yankee Doodle CAT-astrophe (1990)
  3. Tom & Jerry (Software Creation) (1991)
  4. Tom and Jerry : The Movie (1992)
  5. Tom & Jerry (Beam Software) (1992)
  6. Tom and Jerry : Frantic Antics! (1993)
  7. Tom and Jerry (1993)
  8. Tom and Jerry in Fists of Furry (2000)
  9. Tom and Jerry in Mouse Attacks! (2000)
  10. Tom and Jerry : Mouse Hunt (2000)

Version Arcade

Année de sortie : 1989
Nombre de joueurs : 1
Disponible en Français : Non
Version testée : Version disquette testée sur Atari 520 STe
Spécificités techniques :

Inutile de le nier: le retrogaming comporte une grande part de romantisme. Comme vous pouvez vous en douter, tenir à jour le contenu de ce site est l’œuvre d’un passionné prêt à consacrer, pour des raisons hautement irrationnelles, énormément de temps à une activité qui ne lui rapporte pas un centime – et lui coûte même le prix de l’hébergement du site, mais je m’égare. Le fait est que la nostalgie est un moteur puissant, et qu’on a souvent tendance à idéaliser une période de l’âge vidéoludique qui comprend certes sont lot de jeux marquants, son charme bien à elle, ses souvenirs enrobés de la magie propre à la jeunesse… mais aussi une part plus sombre que notre esprit sélectif aura vite occulté: il n’y avait pas que des jeux inoubliables qui sortaient, il y a trente ans.

Quelle variété dans les graphismes!

On pourrait même dire que 90% de la production de la fin des années 80 était composée de titres parfaitement quelconques, pour ne pas dire interchangeables, et que parmi ces logiciels se cachaient fatalement des brouettes de programmes opportunistes, bâclés, reposant sur des concepts boiteux, commercialisés trop vite pour leur propre bien ou tout simplement réalisés par des manches. Alors, afin de bien se souvenir à quel point acheter un jeu vidéo pouvait représenter, bien plus encore qu’aujourd’hui, une dangereuse partie de poker à 70€ la mise à l’époque, laissez-moi vous présenter un titre cochant absolument toutes les cases que je viens d’énumérer dans la phrase précédente: le Tom & Jerry de Micro-Partner.

Alors ce n’est pas tout à fait comme ça que je voyais Jerry, mais admettons

Par quel miracle ce petit studio allemand n’ayant jamais œuvré à un quelconque titre vaguement marquant sur une quelconque plateforme – et dont ce Tom& Jerry fut l’un des derniers jeux en même temps que le très étrange Blue Angel 69 – aura-t-il abouti avec en poche la licence mettant en scène le chat et la souris les plus célèbres du monde, je ne saurais le dire, mais j’imagine qu’il faut y voir ici un des avatars d’une période où le jeu sous licence était un concept encore extraordinairement sous-employé. Toujours est-il qu’en posant les mains sur cette toute première adaptation des deux animaux des studios Hanna-Barbera, on comprend immédiatement pourquoi le vieux conseil incitant à se méfier des titres adaptés d’une licence comme de la peste aura prospéré dès ses débuts.

Certains éléments peuvent être franchis, d’autres non, on ne sait jamais lesquels ni pourquoi

Le jeu vous place – enfin, « essaie de vous placer » serait plus juste – aux commandes de Jerry, la souris. Sa mission, pour autant que j’aie réussi à la comprendre, consiste à collecter des morceaux de fromage négligemment abandonnés n’importe où dans la maison où vivent les deux bestioles, tout en échappant à Tom, le chat. Vous ne disposerez pour se faire que d’une dizaine de minutes, et chaque fois que Tom parviendra à vous intercepter, le chronomètre se verra retirer trente secondes. À vous, donc, de parvenir à collecter tous les morceaux de fromage dans le temps imparti, sans en oublier un seul, avant de parvenir à désamorcer une bombe venue de nulle part. Et autant vous le dire tout de suite: vous n’y parviendrez pas.

Entrer dans un trou de souris donne lieu à une séquence 3D absolument sans intérêt

La base d’un jeu de plateforme, on le sait, c’est sa jouabilité. On n’image pas un épisode de Super Mario Bros. passé aux commandes d’un plombier incontrôlable et où chaque saut serait une gageure. Que diriez-vous, alors, de manipuler une souris avec une inertie infecte, une latence atroce dans l’application des commandes, une tendance à aller absolument n’importe où sauf là où vous le lui demandez, le tout dans un environnement complètement incohérent où vous ne savez absolument jamais ce que vous avez le droit de traverser ni pourquoi et où vous pouvez fréquemment vous retrouver coincé, au point d’attendre que Tom vienne vous attraper comme une libération?

Ici, je suis parvenu à assommer Tom, mais ça ne change objectivement pas grand chose

Décrire Tom & Jerry comme « incontrôlable » serait encore en-dessous de la vérité: essayez de jouer à n’importe quel jeu de plateforme avec des moufles, sur une manette défectueuse, en étant passablement bourré et en jouant sur un écran de trois centimètres de diagonale que vous apercevez via un miroir, et vous vous en tirerez probablement mieux qu’en vous essayant à ce machin dont on se demande encore par quel miracle il a bien pu nécessiter pas moins de trois personnes à la programmation. Le pire restant que le titre serait probablement extrêmement médiocre même s’il était jouable: les environnements sont hideux, leur disposition ne correspond à aucune logique, on ne comprend jamais rien à ce qui se passe (parfois, emprunter un trou de souris vous emmène dans une autre pièce de la maison, parfois non, ou peut-être que si: il faut dire qu’elles se ressemblent toutes, ce qui n’aide pas), on perd souvent énormément de temps à contourner des obstacles qui ne devraient même pas en être, et ce bon vieux Tom n’a généralement rien d’autre à faire que de foncer tout droit pour vous attraper. Il est certes possible de l’assommer quelques secondes en lui faisant tomber des objets sur le crâne, mais vu le temps infini nécessaire à l’accomplissement de quoi que ce soit – le logiciel est tellement injouable qu’il serait déjà pratiquement impossible à terminer sans avoir le chat dans les pattes – autant dire que le simple fait d’apercevoir plus de quelques écrans du jeu est un exploit que peu de monde trouvera la patience d’accomplir.

L’écran qui clôturera toues vos parties – si vous tenez jusque là

Sachant que la musique est ratée, les animation minables, les graphismes infects (seuls les écrans fixes sont objectivement réussis) et qu’on ne prend jamais, strictement jamais le moindre plaisir à tenter de manipuler Jerry, et tout ça dans un programme dont la durée de vie optimale est censée être moins de dix minutes, on a de quoi rester songeur en se demandant par quel étrange cynisme cinq personnes ont bien pu accepter de se réunir pour produire un pareil étron sans trouver aucun dilemme moral à l’idée de le commercialiser. Ils auront même fait pire, puisque le jeu aura à nouveau été commercialisé à l’identique quelques mois après sa sortie sous le titre de… Tom & Jerry 2! Non, vous ne rêvez pas, ils auront carrément essayé d’écouler cette saloperie une deuxième fois en la faisant passer pour sa propre suite! Fort heureusement, la fin d’activité de Micro-Partner la même année aura au moins mis fin au désastre. Parfois, mieux vaut accepter de réaliser qu’on s’est simplement trompé de voie en ouvrant un studio de développement.

Vidéo – Cinq minutes de jeu :

NOTE FINALE : 06,5/20 Parfois, on n'a pas d'idées, on n'a pas de talent, on n'a pas de moyens, mais on a une licence. Cela peut alors donner une catastrophe comme ce Tom & Jerry, véritable insulte au dessin animé original, et sans doute un candidat sérieux au titre de jeu le plus injouable, le plus opaque et le plus mal programmé jamais réalisé. Dans un logiciel où le simple fait de réussir à diriger son personnage est déjà un miracle, il faudra en plus accepter de composer avec une difficulté délirante, avec des mécanismes incompréhensibles, avec une réalisation à peine honnête et avec un level design ni fait ni à faire. On a vraiment beaucoup de mal à croire que des professionnels se soient réunis et aient travaillé pendant plusieurs mois pour accoucher de cette horreur avant de se dire que ce serait une bonne idée de la vendre telle quelle - deux fois! À moins d'être un masochiste assumé en manque de souffrance, sauvez quelques minutes de votre vie en n'entrant jamais en contact avec cette... cette chose.

CE QUI A MAL VIEILLI : – Tout – Non, sérieusement – À la rigueur, on peut sauver les écrans fixes, mais sans rire, tout le reste est à jeter

Version Amiga

Année de sortie : 1989
Nombre de joueurs : 1
Disponible en Français : Non
Version testée : Version disquette testée sur Amiga 500
Spécificités techniques :

Eeeeet c’est toujours aussi nul

Bien évidemment, quand on dispose d’une licence à succès comme Tom& Jerry, l’intérêt est de la décliner sur un maximum de machines pour augmenter les chances de s’en mettre plein les fouilles. Sachant que Micro-Partner aura de toute façon disparu corps et bien en 1990, on se doute que les chiffres de vente n’ont pas du se révéler aussi mirobolants que prévus ce qui, vu la qualité plus que discutable du titre, n’est pas vraiment une surprise. Toujours est-il que le jeu aura débarqué sur Amiga, avec cette fois les seuls Winfried Stappert et Kevin Mikkelsen à la programmation, pour un résultat hélas toujours aussi catastrophique du côté de la jouabilité. Le jeu est certes plus coloré (cela se sent notamment à des endroits comme le garage), et la qualité sonore a indéniablement fait un énorme bond, que ce soit au niveau de la musique ou des bruitages, mais l’intérêt, lui, est toujours déclaré disparu.

NOTE FINALE : 07,5/20

Tom & Jerry sur Amiga peaufine légèrement sa réalisation, c’est un fait – particulièrement en ce qui concerne la partie sonore. Il oublie malheureusement l’essentiel: le jeu, toujours aussi irrémédiablement nul et injouable d’un bout à l’autre.

Les avis de l’époque :

« Le graphisme est réussi, mais on cherchera en vain le moindre intérêt de jeu. L’action est trop difficile, en raison du manque de souplesse des commandes, ce qui devient vite frustrant. Tom et Jerry méritaient un meilleur traitement. »

Alain Huyghues-Lacour, Tilt n°74, janvier 1990, 08/20

Version Amstrad CPC

Année de sortie : 1989
Nombre de joueurs : 1
Disponible en Français : Non
Version testée : Version disquette testée sur Amstrad CPC 6128 Plus
Spécificités techniques :

Bon, on ne va pas dire que c’est sublime, mais ça a au moins le mérite d’être fonctionnel – graphiquement parlant, s’entend. Parce que côté maniabilité…

Nouveau portage, nouvelle équipe. On trouve cette fois Henrik Nordhaus et Frank Woischke à la baguette pour mener ce Tom & Jerry version CPC vers des hauteurs qu’on espère bien évidemment stratosphériques. Niveau réalisation, le travail est d’ailleurs assez bien faits, avec des graphismes qui n’ont pas trop à rougir de la comparaison avec l’Atari ST, et un peu de musique pendant l’écran-titre (lui-même très bien dessiné, une fois de plus). Malheureusement, la jouabilité connait les mêmes errements que sur les autres versions: Jerry saute trop loin, trop vite, et les collisions sont absolument catastrophiques. Malgré tout, on sent que le titre est déjà un peu plus près de ressembler à un jeu vidéo et qu’il aurait certainement pu prétendre à un meilleur sort sur les ordinateurs 8 bits en consacrant un peu plus de temps à sa réalisation. En l’état, ce n’est hélas qu’un ratage de plus.

NOTE FINALE : 07/20

En lançant Tom & Jerry sur CPC, on se prend à rêver qu’il ait été confié à une équipe plus compétente qui ait enfin pris le temps de se pencher sur sa jouabilité. Malheureusement, même si le résultat est très légèrement moins catastrophique que sur les ordinateurs 16 bits, il reste beaucoup trop minable pour encourager qui que ce soit à s’essayer à cette version.

Version Commodore 64

Année de sortie : 1989
Nombre de joueurs : 1
Disponible en Français : Non
Version testée : Version disquette
Spécificités techniques :

Ça commencerait presque à être cohérent

Le commodore 64 est une machine avec laquelle Micro-Partner semblait nouer une relation relativement privilégiée – elle aura d’ailleurs hébergé absolument tous leurs jeux. C’est peut-être même sur cette machine que Tom & Jerry a été développé – très difficile à dire, les informations à ce sujet ne courant pas les rues, mais le fait est que c’est en lançant cette version qu’on a le plus l’impression de jouer à un jeu développé par des professionnels. Non que ce soit fantastique, on s’en doute, mais la maniabilité est déjà plus cohérente, les commandes moins flottantes, et on se surprend tout à coup à penser que la fonction principale des passages en 3D dans les trous de souris était de masquer les temps de chargement d’une pièce de la maison à une autre (ce qui expliquerait au passage leur totale inutilité sur le plan ludique, puisque les dégâts que vous y encaissez n’y ont aucun effet et que le fromage que vous y collectez ne sert à rien). Le plaisir de jeu est toujours aussi médiocre, mais la réalisation peut déjà un peu plus prétendre à tirer son épingle du lot sur C64, avec quelques thèmes musicaux pendant la partie et des graphismes corrects, et même si on ne peut pas prétendre s’amuser comme un fou, on passe déjà sensiblement moins de temps à expédier son joystick contre l’écran. Bref, ça passe déjà un peu mieux.

NOTE FINALE : 08/20

C’est encore sur Commodore 64 que Tom & Jerry peut prétendre faire le plus illusion. Sans être soudainement devenu une bombe vidéoludique – on parle toujours d’un titre profondément médiocre, autant le préciser d’emblée – le jeu a au moins le mérite de présenter quelques vagues séquences où on a enfin l’impression de contrôler quelque chose – et de découvrir que, même comme cela, on s’ennuie sec.

Version ZX Spectrum

Année de sortie : 1989
Nombre de joueurs : 1
Disponible en Français : Non
Version testée : Version disquette testée sur ZX Spectum 128k
Spécificités techniques :

Déjà, il y a des couleurs, c’est toujours ça de pris

Autre passage obligé des adaptations des années 80: le ZX Spectrum. On sait en règle générale à quoi s’attendre avec la vaillante (mais limitée) machine de Sinclair lorsqu’elle héberge le portage d’un bon jeu, alors celui d’un mauvais… Du côté de la réalisation, le titre a au moins le bon goût de ne pas tomber dans le monochrome, comme beaucoup trop de conversions d’alors: c’est coloré, et si on ne peut pas franchement appeler ça « beau », cela a au moins l’avantage de tirer un minimum parti des capacités de la machine. Niveau sonore, la musique ne se fait pas entendre au-delà de l’écran-titre, il faudra donc vous contenter de bruitages extrêmement limités évoquant des grésillements. On remarquera que le jeu vous laisse dorénavant 15 minutes au lieu de 10, sans doute pour compenser la lenteur générale du titre, qui va facilement deux fois moins vite que sur les versions 16 bits. Malheureusement, la jouabilité est toujours aussi atroce (ils avaient l’air d’en être fiers, les bougres!), avec ces commandes flottantes qui font que réussir un simple saut est déjà un miracle. Allez hop, à la benne avec le reste.

NOTE FINALE : 06/20

Tom & Jerry aura décidément été un beau ratage sur toutes les plateformes qui l’auront hébergé, la faute a une jouabilité infecte et à des niveaux sans intérêt. Sans surprise, rien à espérer de mieux de cette version ZX Spectrum, qui fait ce qu’elle peut mais ne corrige en rien les défauts des versions originales, en plus d’y rajouter une certaine lenteur et une réalisation très limitée.

Intruder

Cette image provient du site https://www.atarilegend.com

Développeur : Michel Ancel et Nicolas Choukroun
Éditeur : Ubi Soft Entertainment Software
Titre alternatif : The Intruder (écran-titre)
Testé sur : Atari ST

Version Atari ST

Année de sortie : 1989
Nombre de joueurs : 1
Disponible en Français : Oui
Version testée : Version disquette testée sur Atari 1040 STe
Spécificités techniques :

Avez-vous déjà entendu parler de Fear and Desire?


Si ce n’est pas le cas, difficile de vous en vouloir, et d’ailleurs autant vous prévenir tout de suite: c’est un très mauvais film. Basé sur un scénario riche en symboles érigés à la truelle, c’est un récit de guerre moralisateur et naïf à la réalisation maladroite, avec des acteurs jouant comme des manches, que son propre créateur jugea d’ailleurs si honteux, le qualifiant de « tentative inepte et prétentieuse », qu’il le fit lui-même retirer des circuits de distribution avant d’en interdire toute projection.

Ne prenez pas les pots de fleur. Petit conseil

En fait, c’est bien simple: la seule et unique raison pour laquelle on se souvient de ce film est l’identité de son fameux créateur: l’immense Stanley Kubrick. Et on peut aujourd’hui encore l’utiliser comme une précieuse leçon aux artistes débutants en proie au doute au moment de s’atteler à leur création: même l’un des plus grands génies de toute l’histoire du cinéma a pu, lui aussi, à ses débuts (Fear and Desire était son premier film), faire de la merde. Un bon moyen de se souvenir que le talent est une chose qui n’apparait pas miraculeusement mais qui se cultive et d’affirmer, comme le disait Brassens, que « sans travail, le talent n’est rien qu’une sale manie. »

Intruder, ce jeu qui te rappelle d’où est parti Michel Ancel

Pourquoi est-ce que je vous raconte tout ça? Tout simplement parce que cette précieuse leçon m’est revenue en m’essayant à un antique titre français programmé par une équipe de deux personnes, et dont le graphiste, un certain Michel Ancel, connait aujourd’hui encore une très belle carrière grâce notamment à un petit personnage sans prétention imaginé par ses soins, un certain Rayman. Mais bien avant, alors qu’il n’avait encore que 17 ans, il avait donc commis avec Nicolas Choukroun (autre français à la carrière impressionnante) un titre que je serais enclin à considérer comme son Fear and Desire à lui: Intruder. Un shoot-them-up qui, par bien des aspects, ressemble à ce qu’auraient pu produire deux garnements de quinze ans en programmant sur leur temps libre – à savoir un petit jeu foutraque qu’on aurait sans doute considéré avec une certaine bienveillance s’il n’avait pas été distribué et vendu au prix fort par Ubi Soft.

Les patterns des boss sont au niveau du reste du jeu: absolument minables

Intruder vous place donc sans surprise aux commandes d’un vaisseau spatial en route pour aller détruire une entité maléfique nommée Attila. On est face à un shoot-them-up à défilement horizontal comme il en sortait des dizaines par an à une époque où un certain R-Type servait de modèle à la grande majorité du genre. Le déroulement est d’ailleurs d’une platitude à toute épreuve: on avance vers la droite, on tire sur des ennemis, on évite quelques obstacles – n’allez pas espérer trouver ici les mille et un pièges imaginés par ce même R-Type avec des décors mobiles ou des adversaires laissant des trainées derrière eux, vous seriez déçu. Le programme n’étant pas franchement aguichant même pour l’époque, où des titres à la Katakis proposaient déjà dix fois mieux, Les deux compères décidèrent d’y ajouter leur lot d’idées. Problème: 100% de ces idées figurent dans une des deux catégories suivantes: mauvaises ou mal exécutées.

Niveau graphique, pas de quoi se relever la nuit, mais c’est encore l’aspect le plus réussi du jeu

La « grande trouvaille » du jeu, c’est d’ailleurs son aspect parodique. Imaginez un jeu où le grand méchant et les différents intervenants s’adressent à vous via un bandeau textuel situé au-dessus de l’interface, ça fait rêver, non? Non? Même pas un peu? Bon, inutile de défendre le concept: en réfléchissant deux minutes, on réalise déjà à quel point c’est crétin. Dans un jeu basé sur les réflexes où toute votre attention est concentré sur votre vaisseau, on a vraiment mieux à faire que de relâcher ladite attention pour aller lire les banalités de méchant de Prisunic lâchées par votre adversaire. Le truc, c’est que ça essaie d’être drôle, ce qui n’est hélas pas du tout la même chose que d’y parvenir. Toutes les maigres vannes sont des poncifs de collégiens déjà éculés dans les années 80, de type « un extraterrestre cherche le contact – oh, grande folle! » qui volent tellement au ras des pâquerettes qu’on pourrait presque parler d’humour tondeuse-à-gazon. Le meilleur exemple se situe peut-être dans l’écran visible à la fin d’un niveau, où vous pourrez apercevoir un petit panneau indicateur désignant trois directions: « New York », « Paris » et « WC ». Si vous êtes mort de rire, j’avoue que je vous envie, parce que du côté de ceux qui avaient déjà fait le tour de ce genre de blague autour de l’âge de onze ans, autant dire que les sourires seront rares.

Franchir ce genre d’obstacle avec la maniabilité catastrophique du jeu devient tout de suite plus compliqué

Le vrai problème est qu’à peu près toutes les autres idées du jeu sont de cet acabit, c’est à dire probablement développées en vingt secondes sur un coin de table dans un bistro. Par exemple, le jeu impose une gravité qui attire votre vaisseau vers le bas. Sachant que toucher le sol ne lui fait de toute façon aucun dégât, le seul effet est de rendre la jouabilité inutilement pénible en vous obligeant à compenser en permanence en poussant le joystick vers le haut. Dans le même ordre d’idée, le jeu offre un système de score très complexe dont l’intérêt est de toute façon à peu près nul puisqu’il est impossible de le sauvegarder!

Bon sang ce qu’on se fait ch…!

Les power-ups sont rares et leur fonctionnement est incompréhensible, encore compliqué par la présence de malus aptes à vous faire perdre une arme ou à plonger l’écran dans le noir (il faudra lors voler au même niveau que l’humour du jeu pour espérer distinguer quelque chose en ombres chinoises). En substance, chaque fois qu’on récupère une arme, on est incapable de deviner comment on s’y est pris, et vu que tous les tirs se contentent d’aller droit devant avec des niveaux de puissance divers, on ne peut pas dire que ce soit la panacée de ce côté-là non plus. Pour ne rien arranger, les masques de collisions sont atroces: la moitié des fois où on est touchés, on ne sait même pas pourquoi, alors qu’on réussit au contraire régulièrement des raids kamikazes où on aurait dû laisser la peau. Et bon courage pour passer entre deux obstacles avec votre vaisseau énorme qui se coince n’importe comment en dépit de toute logique. Tiens, j’allais oublier: laisser le bouton du joystick appuyé active un autofire… vers l’arrière. Si si. Et le clou du spectacle? Il m’est arrivé plusieurs fois que le jeu ne me laisse pas reprendre à la suite d’une vie perdue, l’écran de continue ne semblant pas réagir au fait que je martelais le bouton de tir pour pouvoir redémarrer!

Une histoire totalement sans intérêt vient s’imposer à vous

En tant que projet d’étude, cela aurait pu être vaguement prometteur – à condition de virer à peu près tout ce qui ne fonctionne pas, à savoir 95% du titre. En tant que jeu commercialisé, c’est une vaste blague, pour ne pas dire du foutage de gueule pur et simple. Je n’ai même pas trouvé la force de m’accrocher pour aller au-delà du niveau 2 – le fait est que ça n’avait simplement aucun intérêt. Je ne dois d’ailleurs pas être le seul à m’être fait cette réflexion, quand on voit à quel point le titre a totalement disparu de l’inconscient collectif, oublié à raison, jamais prenant, jamais amusant. Mais s’il fallait en passer par là pour obtenir un jour Rayman, ce sera vraiment le seul mérite qu’on accordera à cet Intruder ni fait ni à faire.

Vidéo – Le premier niveau du jeu :

NOTE FINALE : 07/20 Intruder, c'est un peu l'exemple-type de ce que pouvait donner l'association de deux gars bien de chez nous quand ils se mettaient en tête de programmer un jeu au pif dans les années 80: ça donne un titre potache rempli de mauvaises idées qui cherche désespérément à être transgressif ou drôle sans jamais parvenir à être ni l'un ni l'autre, et qui avait déjà mal vieilli deux heures après sa sortie. Si aligner des niveaux tous pareils au level design inexistant en tirant sur des brosses à dents ou sur des cuvettes WC avec une jouabilité bancale et buguée pour gonfler un score que le programme ne sauvegarde même pas vous passionne, vous pourrez probablement accorder dix minutes au logiciel imaginé par Michel Ancel et Nicolas Choukroun. Dans le cas contraire, le mieux est probablement de retourner jouer à Captain Blood ou à Rayman.

CE QUI A MAL VIEILLI : – Le principe de la gravité, stupide et sans intérêt – Un système de power-up incompréhensible – Un level design aux abonnés absents – Un humour bas du front qui louvoie entre le flop et le navrant – Des masques de collision catastrophiques – Une réalisation quelconque où tous les niveaux se ressemblent – Un autofire qui fait tirer vers l'arrière? Sérieusement? – Quelques bugs grossiers

Les avis de l’époque :

« Un shoot-them-up pas comme les autres, qui démontre qu’imagination, humour et action peuvent faire bon ménage. »

Alain Huyghues-Lacour, Tilt n°74, janvier 1990, 16/20

Indianapolis 500 : The Simulation

Cette image provient du site https://www.mobygames.com

Développeur : Papyrus Design Group, Inc.
Éditeur : Electronic Arts, Inc.
Testé sur : PCAmiga

Version PC (MS-DOS)

Année de sortie : 1989
Nombre de joueurs : 1
Disponible en Français : Non
Version testée : Version disquette émulée sous DOSBox, en VGA et avec une Roland MT-32
Spécificités techniques : Graphismes: CGA, EGA, Tandy, VGA – Musique et sons: Adlib, haut-parleur interne, Roland MT-32, Sound Blaster, Tandy

Pour tous les passionnés du sport automobile, il existe au grand minimum trois courses reines éclaboussant le monde de leur prestige et dont la simple évocation suffira à leur faire briller les yeux: le Grand Prix de Monaco, les 24H du Mans, et les 500 miles d’Indianapolis. Pour les suiveurs plus distants, ou pour le simple néophyte ayant déjà bien du mal à se passionner pour une saison de formule un, il faut bien admettre que l’idée d’installer 400.000 personnes à l’intérieur de l’Indianapolis Motor Speedway afin de s’esbaudir de 33 monoplaces en train de faire des tours à l’intérieur d’un ovale de 2,5 miles est déjà plus abstraite. Et pourtant, c’est bien ce que va vous proposer Indianapolis 500 : The Simulation, un titre qui pousse l’ambition jusqu’à vous offrir de participer aux 500 miles dans leur intégralité, soit une épreuve d’endurance d’environ trois heures pour accomplir les 200 tours de piste nécessaires.

Vous pensez être un bon pilote? Voilà un excellent moyen de le prouver!

Aux commandes, on trouve un studio nommé Papyrus Design, un studio encore inconnu en 1989 et dont Indianapolis 500 était le premier jeu. Son ambition? développer des simulations – des vraies simulations – automobiles, ce qui représentera son activité quasi-exclusive jusqu’à sa fermeture en 2004, après avoir notamment créé la série des NASCAR Racing et le très bon Grand Prix Legends. Une voie toute tracée, donc, mais néanmoins extrêmement ambitieuse pour la fin des années 80, où le simple concept de simulation automobile venait à peine de voir le jour et où les rares titres proposant une conduite vaguement réaliste devaient se limiter à Hard Drivin’ et au Revs de Geoff Crammond. Et pourtant, dès le début, on sera impressionné par les moyens mis en œuvre: 3D surfaces pleines, gestion du mode VGA et de toutes les cartes sons en vente au moment de la sortie du jeu, moteur graphique ne pouvant bien évidemment donner sa pleine mesure que sur un modèle AT; on sent bien que Papyrus Design ne vise rien d’autre que les sommets.

Apprenez rapidement à prendre vos repères pour suivre la trajectoire idéale à chaque virage

Le principe du jeu peut, à première vue, sembler atrocement rébarbatif: où peut bien être l’intérêt dans une course où la seule manœuvre se limite à tourner vers la gauche? C’est bien évidemment là que l’aspect simulation prend tout son sens. Vous pensiez écraser l’accélérateur et gagner sans effort?

Il est possible de prendre l’aspiration du véhicule situé devant vous

Changez immédiatement d’idée: un passage par le manuel du jeu va vous aider à comprendre pourquoi les 500 miles d’Indianapolis sont à la fois une institution et surtout une épreuve qui se gagnera largement autant dans les stands que sur la piste. D’ailleurs, autant vous le dire: bien avant d’espérer lancer la course mythique et ses 200 tours de piste, il faudra passer des dizaines d’heures à peaufiner votre véhicule et ses réglages afin de trouver LE compromis parfait entre puissance et maniabilité, sans oublier de prendre en compte l’aspect stratégique de la course. Car vous vous doutez bien qu’on ne remporte pas une course de 500 miles avec un réservoir de 50 gallons et des pneus dont la longévité dépasse rarement les 40 tours. Les stands composeront donc autant un passage obligé que votre espace privilégié au moment des essais libres, car croyez-moi, votre véhicule, vous allez apprendre à le connaître comme personne.

Le replay sera également un très bon moyen de découvrir pourquoi votre dépassement audacieux n’aura abouti qu’à une catastrophe

Le nombre de facteurs à prendre en compte est proprement hallucinant – à tel point qu’en-dehors de la gestion du vent, on ne voit pas trop ce que le titre aurait bien pu offrir de plus en terme de réalisme. Le premier choix à faire sera d’ailleurs celui de votre écurie: entre Cosworth, Buick et Chevrolet, chacun des trois véhicules disponibles a ses avantages et ses inconvénients, la Chevrolet étant la plus rapide mais également la plus exigeante à conduire.

Une sortie des stands que vous devrez apprendre à négocier avec a même précision que tout le reste

Puis, une fois sur le paddock, vous serez libre de voyager entre les différents paramètres à l’aide des touches de fonction: taux de remplissage du réservoir, positionnement des ailerons avants et arrières, type, angle, pression et température des pneus, rigidité des amortisseurs avants et arrières – tout y passe, et chaque modification se fera immédiatement sentir une fois le volant entre les mains. Le dilemme sera souvent le même quels que soit vos choix: plus un véhicule est rapide, plus il est puissant, et moins il est maniable. L’idée de tout miser sur la vitesse est donc un simple péché d’orgueil qui vous vaudra bien souvent de partir en tête-à-queue ou droit dans le décor dès la sortie des stands, et le moindre petit réglage devra également être repensé en fonction des conditions.

S’éloigner de la trajectoire suivie par les autres véhicules est un risque à ne pas prendre très souvent

Quel intérêt, par exemple, de conduire avec un réservoir plein qui alourdira inutilement votre véhicule pendant les quatre tours qualificatifs qui peuvent facilement être bouclé avec moins d’une dizaine de gallons? Au contraire, gonfler votre moteur et chercher à grappiller le moindre bonus de puissance une fois en course risque d’avoir un prix, et votre moteur poussé à bloc pourrait bien vous lâcher avant la fin des 500 miles. Certaines modifications n’ayant aucun sens sur un circuit traditionnel peuvent également prendre tout leur sens ici, comme conduire avec des pneus plus gonflés et plus volumineux côté droit: vu que vous tournerez toujours vers la gauche, cela pourra vous aider à négocier les virages plus aisément, en vous obligeant malgré tout à compenser en ligne droite… Bref, plus que jamais, gagner une course va vous demander de compter largement autant sur votre matière grise que sur vos simples réflexes.

On aura rarement passé autant de temps dans les stands

Tout l’intérêt du jeu se situe d’ailleurs exactement là: expérimenter, peaufiner, tester, recommencer, s’essayer aux modes de jeu vous proposant de faire une course en dix tours, puis en trente, puis en soixante, avec des conditions toujours plus réalistes, jusqu’à se sentir enfin prêt à tenter l’extraordinaire épreuve d’endurance et de concentration que représentera la course de 500 miles. Et quant à imaginer la terminer – sans même parler de la gagner – bon courage…

Ce dépassement se déroulait donc très bien jusqu’à ce que je me rabatte trop vite…

Fort heureusement, on appréciera les possibilités offertes par la réalisation en 3D, certes basique, mais totalement irréprochable pour un titre de 1989. L’un des aspects les plus ludiques reste d’ailleurs l’existence d’un mode replay vous autorisant à revoir les 20 dernières secondes de jeu: Indianapolis 500 constitue certainement, à ce titre, l’un des premiers logiciels du genre où l’on puisse se délecter de repasser au ralenti et sous tous les angles ce carambolage monstrueux qu’on a provoqué en ratant notre dépassement au tour 25. L’occasion, d’ailleurs, de saluer un moteur physique beaucoup plus convaincant que celui d’Hard Drivin’: les collisions sont réalistes, la tôle vole, les réactions en chaîne sont parfois aussi cataclysmiques que jouissives, et on a une très bonne raison de garder un œil dans le rétroviseur et une oreille sur le moteur adverse chaque fois qu’on entreprend de doubler à la sortie d’un virage.

La modélisation du Brickyard est très correcte pour un jeu de 1989

En conclusion, les amateurs de simulation exigeante trouveront ici un logiciel d’une étonnante maturité, extrêmement difficile à prendre en défaut dans ses sensations de course. Difficile de pinailler sur quoi que ce soit, tant tout semble à sa place, et ceux qui se chagrineraient de ne pas trouver de gestion du climat devraient se souvenir que la course d’Indianapolis ne se déroule de toute façon pas par temps de pluie… Bien sûr, si mettre les mains dans le cambouis et parcourir le même ovale pendant des heures n’est pas votre truc, difficile de trouver une raison de vous y mettre, mais le fait est que vous pourriez bien découvrir grâce à ce jeu à quel point une course automobile ne prend jamais autant son sens que lorsqu’on se trouve sur le siège du pilote, à gérer des aspects auxquels l’observateur lambda n’a simplement jamais pensé. Vu le peu de simulations vous autorisant à vous lancer dans les 500 miles, autant dire qu’Indianapolis 500 demeure, encore aujourd’hui, une curiosité capable de vous garder en haleine beaucoup plus longtemps que vous ne l’auriez imaginé.

Vidéo – dix minutes de jeu :

Récompenses :

  • Tilt d’or 1990 – Meilleure simulation sportive

NOTE FINALE : 17/20 En dépit de son aspect "jeu de niche" qui semble le destiner à une catégorie extrêmement spécifique de joueurs - nommément, les fans des 500 miles d'Indianapolis - Indianapolis 500: The Simulation a de quoi estomaquer par la richesse et la précision des possibilités qu'il offre. Moins d'un an après Hard Drivin', la simulation automobile en 3D était déjà en train de passer un sérieux cap: sensations de conduite fiables, gestion précise des collisions, influence de la pression des pneus, du taux de remplissage du réservoir, du positionnement des ailerons... On a pour la première fois une excellente raison de passer beaucoup de temps dans le garage virtuel à peaufiner son bolide, afin de viser le Graal d'une course de 200 tours longue de près de trois heures. Autant dire que les fans de conduite arcade peuvent prendre leurs jambes à leur cou, mais les fans de simulations pointues auront la bonne surprise de découvrir un jeu qui, dans son domaine, a très bien vieilli.

CE QUI A MAL VIEILLI : – Destiné à une catégorie de joueurs à qui effectuer 200 tours dans un ovale ne fait pas peur – Très exigeant si vous espérez finir dans les meilleures places

Les avis de l’époque :

« La richesse de ce logiciel est si grande qu’il faudrait une bonne dizaine de pages pour en faire un tour complet. De toute manière, une chose est sûre, Indianapolis 500 est une merveille dans sa catégorie, un Tilt d’or en puissance! »

Dany Boolauck, Tilt n°74, janvier 1990, 18/20

Version Amiga

Année de sortie : 1990
Nombre de joueurs : 1
Disponible en Français : Non
Version testée : Version disquette testée sur Amiga 1200 doté d’un disque dur
Spécificités techniques : Nécessite 1Mo de RAM pour profiter de la fonction replay

La 3D est toujours à la hauteur, mais on sent qu’il a fallu grignoter le cadre pour éviter de perdre en vitesse

Chose encore rare en 1989, Indianapolis 500 aura donc été porté du PC vers l’Amiga au lieu que le transfert se fasse en sens inverse. Ce n’était sans doute qu’une demi-surprise dans le cas d’une simulation en 3D surfaces pleines, celles-ci ayant tendance à naturellement voir le jour sur les nouveaux modèles AT jouissant d’un processeur sans commune mesure avec celui des autres systèmes domestiques de l’époque. Toujours est-il que le jeu, porté pratiquement à l’identique, s’en sort sans surprise très bien. La qualité sonore est peut-être légèrement inférieure à ce qu’on pouvait entendre avec une Sound Blaster (ce qui est d’ailleurs surprenant), mais le titre ne semble pas avoir perdu un polygone en route, et c’est toujours aussi fluide – particulièrement si on a la bonne idée de jouer sur un Amiga 1200, naturellement. En revanche, la fenêtre de jeu a quelque peu rétréci au lavage, avec un grand cadre noir dont on aurait autant aimé se passer, et un Amiga 500 de base devra également se passe du monde replay, le jeu nécessitant 1Mo de mémoire pour le faire tourner. Dans tous les autres domaines, à quelques minuscules détails près (un bug fait qu’il y a deux voitures portant le numéro 20, par exemple), le jeu procure exactement les mêmes sensations.

NOTE FINALE : 16,5/20

Porté sur Amiga, Indianapolis 500 y livre à peu près la prestation qu’on était en droit d’attendre, à l’exception d’une fenêtre de jeu n’utilisant plus toute la surface de l’écran – un sacrifice imposé particulièrement frustrant quand on peut se permettre de faire tourner le logiciel sur un Amiga 1200. Dans tous les autres domaines, on trouve précisément ce qu’on était venu chercher.

Hard Drivin’

Cette image provient du site https://flyers.arcade-museum.com

Développeur : Atari Games Corporation
Éditeur : Atari Games Corporation
Titre alternatif : ハードドライビン (Japon)
Testé sur : ArcadeAmigaAmstrad CPCAtari STZX SpectrumMegadrivePCCommodore 64Lynx

La série Hard Drivin’ :

  1. Hard Drivin’ (1989)
  2. Race Drivin’ (1990)
  3. Hard Drivin’ II (1990)

Version Arcade

Année de sortie : 1989
Nombre de joueurs : 1
Disponible en Français : Non
Version testée : Version cockpit, revision 7
Spécificités techniques : Hardware: Processeur: Motorola 68010 (@ 8 Mhz), TMS34010 (@ 6 Mhz), TMS34010 (@ 6.25 Mhz), ADSP2100 (@ 8 Mhz)
Processeur sonore: Motorola 68000 (@ 8 Mhz), TMS32010 (@ 5 Mhz)
Puce sonore: DAC

Dans la famille « pionnier », je voudrais la simulation automobile.


La technologie aura souvent représenté un tremplin formidable dans l’extension des possibilités de jeu, tant il est vrai que les idées ne s’expriment jamais aussi bien que quand on dispose des moyens de les concrétiser.

Pour les premières parties, mieux vaut sans doute se contenter des vitesses automatiques

Ainsi, ce n’est pas uniquement par flemme ou par opportunisme que la très grande majorité des jeux de course des années 80 seront sortis d’un moule très largement façonné par l’antique Pole Position: en terme de compromis entre immersion et sensation de vitesse, c’était finalement ce qu’on pouvait espérer tirer de mieux de la technologie de l’époque, et des hits comme OutRun, Chase H.Q. ou Hang-On ne s’éloignaient finalement qu’assez marginalement du principe de base. Comme dans beaucoup d’autres genres vidéoludiques, la première vraie révolution sera venue de la 3D, dès 1989, avec un jeu Atari: Hard Drivin’.

Aborder un looping pied au plancher… C’est quand même chouette, la 3D!

Sur tous ses flyers, sur toutes ses publicités, le titre donne le ton: oubliez le jeu, vous êtes dans une vraie voiture. Hard Drivin’ a la prétention d’être une simulation – première incongruité dans une salle d’arcade – et cela se ressent dès qu’on s’installe dans la borne: volant à retour de force, siège ajustable, levier de vitesse à cinq positions, on a clairement mis les petits plats dans les grands pour vous faire sentir sur le siège du conducteur de manière au moins aussi bluffante que sur des bornes à la After Burner. On démarre même la partie en tournant la clé de contact! Un enrobage destiné à mettre en valeur la vraie nouveauté du programme – et toutes les possibilités qu’elle suppose : la 3D surfaces pleines, que le jeu d’Atari était la toute première simulation automobile à employer.

Très belles images de mon vol plané, deux secondes avant mon dramatique accident

Inutile de vous expliquer le but d’un jeu de course, la spécificité de Hard Drivin’ étant ses deux parcours. En effet, si on trouve sans surprise une piste de vitesse, on trouve également un circuit plus audacieux et riche en sensations fortes, avec looping, saut au-dessus du vide et virage en pente.

À force de rouler à gauche, ça devait arriver…

S’il s’agira toujours d’aller de point de passage en point de passage jusqu’à finir la couse, la première originalité sera la présence d’un circulation à double-sens: méfiez-vous quand vous doublez dans une côte, vous pourriez bien avoir une rencontre très rapprochée avec un camion-citerne venu d’en face. Deuxième trouvaille: vous choisirez votre circuit… pendant la course. Le jeu vous lâche en effet sur la route, avec des panneaux indicateurs très parlants pour vous indiquer la route à suivre. Partez tout droit, et à vous le circuit de vitesse; bifurquez à droite, et vous aurez la course de cascadeur; coupez à travers champ, et vous perdrez immanquablement la course – mais voilà, justement, l’apport génial de la 3D, c’est que vous pouvez le faire.

On appréciera les petits détails bucoliques

Autant dire qu’en terme de sensations de conduite, on sent immédiatement que le titre d’Atari a été bâti autour d’un simulateur. C’est parfois encore un peu rudimentaire, surtout dans la gestion des collisions, mais c’est indéniablement des kilomètres au-dessus de la physique d’un titre comme Vette!, par exemple. Écrasez l’accélérateur en abordant un virage serré, et vous ne mettrez pas longtemps à partir en tête-à-queue; on sent facilement les pneus patiner ou l’arrière du véhicule chasser quand on commence à en faire un peu trop, et on peut facilement comprendre ce que cela avait de novateur en 1989. En revanche, on sera parfois surpris d’être expédié dans la stratosphère à la suite d’une collision ou d’une chute anodine.

J’ai essayé de m’arrêter à la station-service, mais je crois que je m’y suis mal pris

Toujours est-il que cela fonctionne encore objectivement très bien – le seul regret étant que la sensation de vitesse, elle, reste assez médiocre. Reste que le soin du détail est assez jouissif: la plupart des bâtiments sont reconnaissables, tout comme les autres véhicules, on peut même apercevoir une vache (pas de piétons, en revanche); on y croit, et c’est tant mieux parce que c’est l’idée! Dans le même genre d’idée, 3D oblige, un ralenti avec caméra extérieure vous permettra d’admirer sous un angle privilégié votre superbe plantage – en vitesse, malheureusement, puisque le chrono continue de tourner pendant qu’on vous montre les images. Hé, on en viendrait presque à oublier qu’on parle d’un jeu d’arcade…

Doubler au sommet d’une côte, un pari risqué…

C’est d’ailleurs de ce statut que viennent les principales faiblesses du titre: deux courses, c’est sympathique, mais on en fait vite le tour (boutade). Alors certes, quand on bat le meilleur temps, le programme vous propose alors d’affronter l’ancien détenteur… en vous faisant affronter son ghost – oui, c’est Hard Drivin’ qui a créé ce système, qui est d’ailleurs toujours breveté! – n’empêche qu’en terme de contenu, ça reste assez limité, et que les joueurs n’étant pas décidé à aligner les tours de piste jusqu’à atteindre la perfection risquent d’être rapidement tentés de passer à autre chose, sans doute encouragé par le fait que la 3D novatrice de 1989 est aujourd’hui totalement écrasée par la production actuelle, que ce soit en terme de physique ou de réalisation. Pourtant, pour tous les amateurs curieux de connaître l’histoire de la simulation sportive, le charme risque d’opérer malgré tout, au moins le temps de réaliser que nos simulations de pointe contemporaines ne sont peut-être pas si éloignées que ça de ce qu’on était déjà capable de produire à la fin des années 80.

Ah, la frustration de rater un point de passage à 50 mètres près…

Au final, et comme pour la plupart des titres du genre, Hard Drivin’ restera un jeu à destination des nostalgiques et des curieux: la simulation en 3D est un domaine qui a progressé à tous les niveaux depuis la sortie de la borne. Rien ici du charme de l’immédiateté des jeux d’arcade, ni des graphismes en bitmaps. Il n’empêche que, comme un bon vin, le logiciel d’Atari est parvenu à vieillir sans tourner au vinaigre, et que même si on aura sans doute du mal à y consacrer plus de quelques tours de circuits, on peut encore largement s’amuser en posant les mains dessus – particulièrement si on a la chance d’avoir la borne à disposition. Alors si l’histoire vidéoludique vous intrigue, n’hésitez pas à y jeter un œil; peut-être retrouverez-vous une partie de cette magie qu’on ressentait à l’époque en prenant le volant d’une voiture qui n’existait pas.

Vidéo – La course de vitesse :

NOTE FINALE : 12/20 Hard Drivin' est la première simulation automobile en 3D surfaces pleines, et s'en souvenir aide à mesurer la qualité exceptionnelle du travail accompli. En 1989, tout était déjà là: sensations de conduite, sorties de route, circulation automobile, trajet à contresens, acrobaties... Le genre comme la technique ont beau avoir fait des progrès immenses en trente ans, on est surpris de découvrir qu'on s'amuse quand même, et souvent plus qu'avec les courses plus rudimentaires à base de sprites qui étaient la norme à l'époque. Bien évidemment, arcade oblige, le contenu est très limité, et on pourrait certainement apprécier que tous les curseurs soient poussés encore un peu plus haut: plus beau, plus rapide, plus réaliste. Mais en l'état, l'essentiel est à sa place, et même si on en fera sans doute le tour très vite, on pourra être tenter de revenir s'essayer au jeu de temps en temps.

CE QUI A MAL VIEILLI : – Moteur physique encore assez rudimentaire – Sensation de vitesse pas franchement ébouriffante – Seulement deux circuits

Version Amiga

Année de sortie : 1989
Nombre de joueurs : 1
Disponible en Français : Non
Version testée : Version disquette testée sur Amiga 1200 doté d’un disque dur
Spécificités techniques :

On a perdu quelques polygones, mais une fois en mouvement, on n’y pense même plus

Comme tous les succès d’arcade, Hard Drivin’ était voué à être porté sur les systèmes domestiques. La vraie inconnue allait être la capacité des différentes machines à gérer la 3D surfaces pleines, domaine encore balbutiant à l’époque. Premier élément de réponse avec cette version Amiga: c’est moins beau (on trouve un curieux effet de trame sur les véhicules), c’est moins fin, mais c’est fort heureusement toujours aussi fluide – particulièrement sur un Amiga 1200, naturellement, où le titre tourne alors carrément plus vite que sur arcade! On notera malgré tout quelques artefacts graphiques: il arrive qu’on aperçoive les voitures à travers le décor, ou qu’elles apparaissent au-dessus de la route. Du côté de la jouabilité, le jeu peut être pratiquer à la souris, selon un système qui rappelle alors un peu Vroom ou plutôt Powerdrome, ou au joystick. Malheureusement, dans ce dernier cas, le jeu n’a jamais voulu faire tourner ma voiture, ni afficher l’écran des options censé apparaître au menu principal en appuyant sur la touche O, je suis donc dans l’incapacité de savoir comment le jeu gérait les changements de vitesse – sans doute exactement comme sur Atari ST. Quoi qu’il en soit, le titre a su préserver tout son contenu et ses sensations, en dépit de la perte de quelques détails graphiques, mais on lui pardonnera.

NOTE FINALE : 11,5/20

Hard Drivin’ sur Amiga reprend tout ce qui a fait le succès de la formule sur la borne d’origine, en ne lui sacrifiant que le matériel de la borne elle-même et quelques détails graphiques. Sur Amiga 1200, le jeu est plus fluide que sur arcade. Bref, une alternative plus que correcte pour tous ceux n’ayant pas la borne sous la main.

Version Amstrad CPC

Année de sortie : 1989
Nombre de joueurs : 1
Disponible en Français : Non
Version testée : Version disquette testée sur Amstrad CPC 6128 Plus
Spécificités techniques :

J’imagine que dans certains courants philosophiques, on pourrait prétendre que ça bouge

Inutile de faire durer le suspense: comme beaucoup trop souvent lorsqu’elle n’était pas développée par une équipe française, cette version de Hard Drivin’ n’est qu’un portage de la version ZX Spectrum. Traduit en clair: toutes les couleurs figureront sur votre tableau de bord, car la course en elle-même sera monochrome, affiché en cyan. Grande question: est-ce rapide, au moins? Non, bien sûr que non. Programmer en 3D sur une machine 8 bits est déjà un exploit, alors sur une version directement repompée du ZX Spectrum, autant dire qu’on peut espérer atteindre deux images par seconde dans le meilleur des cas. les programmeurs auraient peut-être dû se préoccuper de ce genre de choses avant de songer à intégrer des détails comme la possibilité de choisir de quel côté de la route on conduira (nouvel avatar de la version ZX Spectrum, bien évidemment pensée pour le marché britannique). Bref, autant dire que même en étant très bien disposé, on ne trouvera pas grand chose à sauver dans cette version.

NOTE FINALE : 05/20

Prenez un ordinateur pas franchement équipé pour la 3D, bâclez un portage depuis une autre machine encore moins puissante, et vous obtenez un jeu moche et lent qui ne présente aucun intérêt. Suivant.

Version Atari ST

Année de sortie : 1989
Nombre de joueurs : 1
Disponible en Français : Non
Version testée : Version disquette testée sur Atari 520 STe
Spécificités techniques :

À l’ouest, rien de nouveau

Vous vous attendez à un clone de la version Amiga? Vous avez gagné! L’Atari ST aura une nouvelle bénéficié d’une version identique à celle parue sur son grand rival, au détail près que la machine d’Atari, légèrement mieux équipée pour la 3D, tourne plus vite qu’un Amiga 500. Pour le reste, on se retrouve en terrain connu – en bien comme en mal, avec les artéfacts graphiques, la fluidité d’ensemble, et la possibilité de jouer à la souris ou au joystick. Cette fois, j’ai pu accéder à l’écran des options, qui permet en fait de répartir les différentes fonctions (volant, levier de vitesse) entre le clavier, la souris et le joystick. Autant dire que les gesticulations que cela peut imposer lorsqu’on joue en vitesse manuelle compliquent un peu la donne, mais cela restait le meilleur moyen de ne pas sacrifier le réalisme du jeu. Bref, du travail sérieux.

NOTE FINALE : 11,5/20

Comme sur Amiga, Hard Drivin’ sur ST accomplit une prestation sérieuse qui permet de ne pas sacrifier trop de choses par rapport à la version arcade.

Les avis de l’époque :

« Au même titre que Stunt Car, Hard Drivin’ ouvre une nouvelle ère dans les courses automobiles sur micro et le résultat est particulièrement impressionnant. Cela ne s’arrêtera pas là, car Domark envisage de publier par la suite des scenery disks comportant des parcours et des véhicules différents (NdRA: ces disques additionnels n’auront, à ma connaissance, jamais vu le jour). […] Un must. »

Alain Huyghues-Lacour, Tilt n°74, janvier 1990, 18/20

Version ZX Spectrum

Année de sortie : 1989
Nombre de joueurs : 1
Disponible en Français : Non
Version testée : Version disquette testée sur ZX Spectrum 128k
Spécificités techniques : Optimisé pour les modèles 128k

Toute la puissance d’une calculatrice

La version CPC a déjà vendu la mèche de ce qu’on est en droit d’attendre sur ZX Spectrum: une version largement monochrome en train de se trainer à une vitesse qui ferait honte à un escargot rhumatisant. Mais bon, sait-on jamais, les miracles existent: peut-être le jeu a-t-il été mieux programmé sur la machine de Sinclair? Après tout, il parait difficilement concevable qu’il ait été programmé plus mal… Verdict: alors, heu, oui, vaguement. Pour du ZX Spectrum, c’est même un bel exploit, on doit parfois atteindre 6 à 7 images par seconde, quand il n’y a pas d’autres voitures à l’écran. Mais bon, soyons objectif deux minutes: qui irait jouer à cette version aujourd’hui?

NOTE FINALE : 06/20

Parvenir à faire tourner un titre en 3D surfaces pleines comme Hard Drivin’ sur ZX Spectrum était un bel exploit, et Domark y sera parvenu. Dommage, en revanche, que ça soit moche, lent, et totalement sans intérêt.

Version Megadrive

Année de sortie : 1990
Nombre de joueurs : 1
Disponible en Français : Non
Version testée : Version internationale
Spécificités techniques :

Ce n’est pas ici que vous trouverez un rival à Virtua Racing

Hard Drivin’ aura également fait une incartade sur console, sur la seule console Atari encore commercialement viable à l’époque (à savoir la Lynx), bien sûr, mais également sur Megadrive. En 1990, inutile de dire qu’on n’était pas encore dans la philosophie de chercher à pousser la console de SEGA dans ses derniers retranchements, et quand on se souvient des capacités de la Megadrive en terme de 3D, même avec un périphérique comme la 32X, on est en droit de s’en faire au moment de lancer le jeu. On n’a peut-être pas totalement tort, d’ailleurs: si le jeu reprend les graphismes des versions Amiga et Atari ST (avec deux grandes bandes noires quand même), il échoue à être aussi fluide. Sans être aussi catastrophique que sur les versions 8 bits (encore heureux!), le titre doit atteindre, dans les grands moments, une quinzaine d’images par seconde, et la jouabilité s’en ressent. La difficulté a d’ailleurs été sérieusement revue à la baisse: dès mon premier tour, j’étais défié par le champion, mais le framerate poussif se sera révélé beaucoup plus problématique au moment de réussir le saut au-dessus du vide – difficile de s’aligner correctement avec une telle latence dans les commandes. Si on peut s’habituer avec un peu de pratique, on ne recommandera cette version qu’aux fans les plus dévoués de la Megadrive.

NOTE FINALE : 09/20

Le seul intérêt d’Hard Drivin’ étant ses sensations de jeu, difficile de recommander cette version poussive sur Megadrive dont la jouabilité, sans être catastrophique, est clairement à des kilomètres de l’arcade ou même des autres versions 16 bits.

Version PC

Année de sortie : 1990
Nombre de joueurs : 1
Disponible en Français : Non
Version testée : Version disquette émulée sous DOSBox
Spécificités techniques : Graphismes: CGA, EGA, Hercules, Tandy, VGA – Musique et sons: Haut-parleur interne

Comparé aux autres simulations disponibles sur PC à la même époque, ce n’est pas à la hauteur

En 1990, le PC commençait doucement à se transformer en machine de jeu – pas assez doucement pour Domark, visiblement, qui ne voyait aucun problème à vendre une version en 16 couleurs (en dépit de la reconnaissance du VGA) et sans tirer profit de la moindre carte son. Autant dire qu’à ce niveau-là, on se retrouve donc sans surprise avec l’équivalent de la version Amiga en légèrement moins belle, avec un son de moteur qui vrille les tympans… et, curieusement, avec une maniabilité qui ne m’a pas parue à la hauteur des versions Amiga et Atari ST. Non seulement le jeu est moins fluide, même sur les PC actuels, mais surtout la voiture accélère beaucoup plus vite, ce qui fait qu’on a tendance à aborder les virages de manière bien plus délicate que sur les autres versions. Une nouvelle fois, une version programmée trop vite sans se soucier aucunement des possibilités latentes des nouveaux modèles AT: du petit travail feignant qui ne fait pas illusion très longtemps.

NOTE FINALE : 09/20

Hard Drivin’ sur PC offre le strict minimum de ce qu’on était en droit d’attendre d’un jeu publié en 1990. Ce n’est pas très beau, le son est immonde, la vitesse est décevante et la jouabilité est étrange. Cela reste jouable avec un peu de pratique, mais vu la concurrence dans le domaine sur la même machine, autant dire qu’on réservera cette curiosité à un public de niche.

Version Commodore 64

Année de sortie : 1991
Nombre de joueurs : 1
Disponible en Français : Non
Version testée : Version disquette
Spécificités techniques :

Alors pour ce qui est du sentiment de conduire une voiture, c’est raté, mais pour ce qui est d’avoir la sensation d’être derrière à la pousser pendant toute la course…

Curiosité: Hard Drivin’ aura été porté sur Commodore 64 en 1991, soit à un moment où la machine commençait à être sérieusement sur le déclin… et surtout, deux ans après les autres versions 8 bits. Ces deux années supplémentaires auront-elles permis la mise en place du portage ultime? Réponse: Non. Ouh la la, non, pas du tout. C’est bien simple, on doit tenir là la version la plus lente du jeu, toutes machines confondues, et certainement l’un des titres en 3D les plus lents de toute l’histoire. Même en tant que simulateur de randonnée pédestre, ça paraîtrait poussif, alors en tant que course automobile… Le titre a pourtant visiblement essayé de soulager le processeur au maximum, en mettant chaque circuit sur une carte dédiée, en réduisant la fenêtre de jeu, en limitant la palette de couleurs à un gros pâté jaune… Mais au final, même sur Game Boy, on trouve des jeux en 3D plus rapides. On ne sait pas trop quel était le but de cette version, mais dans tous les cas, c’est raté.

NOTE FINALE: 02/20

L’exploit mérite d’être salué: on doit tenir avec Hard Drivin’ sur C64 un des plus mauvais jeux jamais programmés. C’est hideux, c’est tellement lent qu’on aurait eu plus de sensations à pousser un caddie, et ça aurait du mal à être jouable quand ça n’affiche de toute façon qu’une image toutes les quatre secondes. Finir un tour de circuit devrait vous demander un bon quart d’heure, mais vous aurez mis la disquette à la poubelle bien avant. À fuir. D’urgence.

Version Lynx

Année de sortie : 1991
Nombre de joueurs : 1
Disponible en Français : Non
Version testée : Version internationale
Spécificités techniques :

Alors devant vous, là, ce sont deux voitures. Si si, je vous promets.

Un des titres majeurs d’Atari ne pouvait pas décemment s’abstenir de figurer au catalogue de la machine qui allait donner une leçon à la Game Boy (spoiler alert: ce fut un échec). Hard Drivin’ aura donc débarqué sur Lynx, et après les résultats sur Megadrive, il y avait de quoi être inquiet. Et pourtant, objectivement, ça aurait pu être pire… mais le vrai problème, pour une fois, ne tient pas à la vitesse du jeu, certes franchement minable, mais largement à la hauteur de ce qu’on pouvait trouver sur ZX Spectrum, au hasard. Non, le gros soucis, c’est surtout l’écran de la Lynx et sa résolution minable. Là, ce n’est même plus de la bouillie de pixels, c’est de l’art conceptuel. Et la jouabilité est ratée, surtout si vous comptez utiliser la boîte manuelle qui vous impose d’utiliser les deux boutons option. Pour ne rien arranger, les collisions sont mal gérées, et les sensations de conduite sont atroces. Bref, en dépit d’un bel effort, porter Hard Drivin’ sur Lynx était sans doute l’idée la plus stupide du monde.

NOTE FINALE : 06/20

Hard Drivin’ sur Lynx… La simple idée a de quoi faire sourire. une fois en mains, c’est effectivement une bonne rigolade qui se prépare, sauf si vous avez acheté le jeu, auquel cas vous risquez de passer plus de temps à méditer sur la folie humaine qu’à essayer de finir un tour.

Les avis de l’époque :

« Les graphismes sont jolis, l’idée est bonne, mais tout est complètement gâché par la maniabilité. Hard Drivin’ n’est pas un bon jeu. Fuyez-le comme la peste. »

ST Format n°41, décembre 1992, 27% (traduit de l’anglais par mes soins)

Switchblade

Cette image provient du site https://www.mobygames.com/

Développeur : Simon Phipps & Ben Daglish
Éditeur : Gremlin Graphic Software Limited
Testé sur : AmigaAtari STAmstrad CPC/GX4000Commodore 64ZX Spectrum

La série Switchblade :

  1. Switchblade (1989)
  2. Switchblade II (1991)

Version Amiga

Année de sortie : 1989
Nombre de joueurs : 1
Disponible en Français : Non
Version testée : Version disquette testée sur Amiga 1200 doté d’un disque dur
Spécificités techniques :

Au terme d’un sommeil de 10.000 ans, passé à se nourrir des cauchemars des faibles, le terrible Havok est revenu. La Fireblade, seul arme apte à le contenir, a été brisée en seize fragments. Pour la reforger et mettre fin au terrible règne d’Havok, seul reste Hiro, dernier des Bladeknights. Avant de voir réapparaître enfin l’aube, la nuit sera longue, très longue… et mortelle.

Vous apprendrez vite à reconnaître les blocs destructibles

Ainsi s’ouvre Switchblade, le jeu vous plaçant aux commandes d’Hiro. Après une rapide introduction, la partie débute à l’extérieur d’un complexe souterrain, pendant le crépuscule. Vous dirigez un petit personnage selon des principes simples: il n’y a qu’un seul bouton, et il vous servira à frapper. L’astuce, c’est que vous pouvez le laisser appuyé pour remplir une barre située dans le coin inférieur droit de l’écran, et que c’est le taux de remplissage de cette barre qui définira la forme que prendra la prochaine attaque d’Hiro: coup de poing, coup de pied, ou balayette. Cela restera vrai lorsque notre héros viendra à mettre la main sur d’autres armes – toujours disponibles pour un temps limité: shurikens, kunai ou même boule de feu, tout y passe, et vous aurez intérêt à savoir tirer le meilleur de chacune d’entre elles car si un combat en face à face contre un adversaire seul est rarement compliqué, les choses deviennent plus délicates lorsque vous êtes aux prises avec plusieurs ennemis ou dans une position défavorable. Votre jauge de vie pourra vite être amenée à descendre, et les bonus de soin sont rares. Ne cherchez donc pas à aller trop vite: vous n’avez, après tout, que cinq vies…

Dernier contact avec le monde extérieur. j’espère que vous n’avez pas pris trop de coups, parce que la chute va être douloureuse

Le combat demeure cependant une donnée relativement secondaire dans Switchblade. Votre mission, si vous ne l’avez pas oubliée, consiste bel et bien à trouver les seize morceaux de la Fireblade – seul moyen d’espérer vaincre le boss final, qui sera bien évidemment Havok lui-même.

Ces petits volatiles sont particulièrement pénibles

Le truc, c’est que loin de vous attendre bien sagement rangés derrière un boss à la fin d’un niveau linéaire, ces fragments sont en fait éparpillés au sein d’un seul et unique gigantesque niveau, bien évidemment labyrinthique à souhait, regorgeant de passages secrets et de blocs destructibles. Originalité: le jeu ne vous révèle que ce que vous voyez directement, et les différents couloirs ne se révèlent qu’au fur-et-à-mesure de votre exploration. Soyez donc près à passer beaucoup de temps dans les souterrains du jeu, voir même à entreprendre d’en dessiner le plan, car il n’y aurait rien de plus frustrant que de parvenir devant Havok en découvrant que vous n’êtes pas équipé pour le vaincre.

Votre premier fragment de la Fireblade. Plus que quinze!

Dès les premières minutes de jeu, on ne peut pas s’empêcher de sentir comme un air de déjà vu. Ces personnages minuscules, ce level design génial, ce côté étrangement addictif… Bon sang, mais c’est bien sûr! Switchblade a été conçu et développé par un seul homme (sauf pour la musique): Simon Phipps. Si ce nom ne vous dit rien, sachez qu’il s’agit du père du génial Rick Dangerous – une paternité partagée qui devient rapidement évidente tandis qu’on parcourt le jeu. Une nouvelle fois, on est frappé par l’efficacité du gameplay: on maîtrise les diverses subtilités du programme en deux minutes à peine, et on se pique rapidement au jeu de l’exploration méthodique et de la conception d’une manière optimale de franchir chacun des écrans du jeu.

Un adversaire, ça va, trois, en revanche…

Le point fort de Switchblade est aussi, ironiquement, sa principale faiblesse: En dépit de son indéniable talent, Simon Phipps aurait sans doute gagné à s’entourer d’une ou deux personnes supplémentaires, en particulier pour les graphismes. Non que le logiciel soit moche – il a un charme indéniable qui fonctionne d’emblée – le vrai problème étant plutôt que ces quelques modèles de murs gris seront tout ce que vous verrez pendant 95% du jeu – une fois les quatre écrans extérieurs traversés.

La plupart des bonus ne servent qu’à doper votre score

Là où Rick Dangerous avait la bonne idée de proposer quatre environnements différents, Switchblade, lui, n’a que ses éternels couloirs gris à offrir, et la lassitude s’installe, bien aidée par un thème musical certes très entraînant mais qui finit fatalement par devenir, lui aussi, atrocement répétitif. En dépit du plaisir indéniable qu’on prend à parcourir le jeu, on arrive rapidement à saturation à force de tourner en rond sans jamais rien découvrir de neuf que quelques nouveaux monstres s’affrontant exactement de la même manière que les anciens, et quelques nouveaux pièges mettant en jeu notre adresse. Sachant que le titre n’offre absolument aucune méthode de sauvegarde, que le terminer en connaissant parfaitement le chemin demandera au moins une heure, et qu’on devra donc tout reprendre depuis le début à chaque nouvelle partie, autant dire que toute cette grisaille ad nauseam aura tôt ou tard raison de la patience de n’importe quel joueur, sauf peut-être du plus obstiné.

Affronter un boss sans rien d’autre que ses poings est un coup à y laisser plusieurs vies

Alors faut-il bouder pour autant ce Switchblade? Non, loin de là, et je suis prêt à parier que n’importe quel amateur de jeu de plateforme y engloutira au minimum quelques heures avec grand plaisir. La plus grande frustration n’est pas tant le jeu tel qu’il est mais tel qu’il aurait pu être, en lui apportant un peu de la variété qui lui manque. En l’état, mieux vaudra être d’un acharnement à toute épreuve pour espérer en voir le terme – personnellement, au bout d’une heure de jeu, je commençais malgré tout à avoir une furieuse envie d’aller faire autre chose. Mais si ce genre de détails ne vous émeut pas, ou que vous mourrez d’envie de voir à quoi peut ressembler un autre jeu de Simon Phipps, alors vous n’avez vraiment aucune raison de ne pas tenter l’expérience.

Vidéo – Dix minutes de jeu :

NOTE FINALE : 15,5/20 Sans retrouver tout à fait la formidable efficacité de Rick Dangerous, Switchblade parvient néanmoins à faire presque aussi bien en se montrant un peu plus permissif et en privilégiant l'exploration et l'adaptation à la mémorisation pure propre au Die and Retry. En dépit de l'extraordinaire simplicité du concept, on est une nouvelle fois soufflé de constater à quelle vitesse le titre imaginé par Simon Phipps parvient à nous happer pendant des heures en nous envoyant chercher les fragments d'une lame mythique. Malheureusement, l'absence totale de variété dans les décors, dans les ennemis rencontrés et jusque dans la musique du jeu amènent l'aventure à s'éventer plus vite qu'elle ne le devrait, et on finit par saturer de recroiser toujours les mêmes teintes grises et toujours les mêmes mécanismes jusqu'à l'overdose. C'est d'autant plus dommage qu'un tout petit peu plus d'ambition aurait sans difficulté aidé ce Switchblade à se hisser dans la légende. En l'état, il reste très sympathique - pendant une heure ou deux.

CE QUI A MAL VIEILLI : – Un monde labyrinthique où on peut vite tourner en rond pendant des heures... – ...et qui manque cruellement de variété – Des boss inapprochables si on n'a que ses poings à leur opposer – Des échelles qui nécessitent un placement au pixel près – Ni sauvegardes, ni mots de passe

Les avis de l’époque :

« Switchblade est un excellent jeu de plate-formes et si vous avez aimé Rick Dangerous, vous ne serez pas déçu. La réalisation est assez proche mais l’esprit est différent. Rick Dangerous est principalement basé sur la présence de très nombreux pièges, alors que Switchblade laisse une place importante aux combats. Et surtout, tout repose sur les salles secrètes et les bonus cachés. »

Alain Huyghues-Lacour, Tilt n°74, janvier 1990, 17/20

Version Atari ST

Année de sortie : 1989
Nombre de joueurs : 1
Disponible en Français : Non
Version testée : Version disquette testée sur Atari 520 STe
Spécificités techniques :

Aucune surprise, mais c’est plutôt une bonne nouvelle

Je mentirais en disant qu’on s’attend à de grands changements au moment de découvrir Switchblade sur Atari ST. On sentait bien que les graphismes de la version Amiga n’utilisaient déjà pas plus de 16 couleurs, et la maniabilité tout comme le déroulement du jeu n’avaient aucune raison de connaître un bouleversement quelconque. La seule inconnue était la qualité musicale. Verdict: l’unique thème musical est un peu différent de celui entendu sur Amiga, et je le trouve personnellement légèrement moins bon, mais il n’y a vraiment pas de quoi hurler au scandale si jamais quelqu’un pense le contraire. Pour le reste, c’est identique à tous les niveaux, aucune vraie raison de bouder ce portage, donc.

NOTE FINALE : 15,5/20

Identique à 95% à la version Amiga, Switchblade sur Atari ST ne s’en différencie que par un thème musical légèrement moins efficace. Certainement pas de quoi faire l’impasse sur le titre de Simon Phipps si jamais vous parvenez à mettre la main sur cette version.

Version Amstrad CPC/GX4000

Année de sortie : 1990
Nombre de joueurs : 1
Disponible en Français : Non
Version testée : Version disquette testée sur Amstrad CPC 6128 Plus
Spécificités techniques : Optimisé pour les Amstrad Plus

En version disquette, quel que soit le modèle, ce n’est pas très coloré une fois à l’intérieur du complexe – mais ce n’est pas très grave

On sait le peu de crédit dont jouissaient habituellement les portages sur CPC réalisés par des compagnies britanniques, particulièrement au début des années 90: préférant consacrer leur énergie au ZX Spectrum, beaucoup plus populaire de l’autre côté de la Manche, les développeurs avaient une fâcheuse tendance à proposer des ersatz des versions déjà rudimentaires proposées sur la machine de Sinclair. Bonne nouvelle, ce n’est pas le cas ici: non seulement Switchblade ne se limite pas à un bête portage de la version ZX Spectrum, mais le titre a même l’excellente idée de tirer parti des capacités avancées des modèles « Plus ». Bon, dans les faits, ne vous attendez pas pour autant à un déluge de couleurs (le titre n’était de toute façon déjà pas très coloré sur Amiga), le bon côté est que cette gestion avancée permet de libérer de la mémoire pour la fluidité du défilement et surtout pour l’excellent thème musical du jeu, qui fait alors au moins aussi bien que sur Atari ST! Au format cartouche (la version publiée sur la très éphémère GX4000), le jeu gagne même quelques couleurs supplémentaires. Dans tous les cas, si le jeu est légèrement moins fin que sur les ordinateurs 16 bits, il est toujours aussi bon, et démontre une nouvelle fois les capacités d’un CPC programmé par autre chose que par des manches.

Au format cartouche: surprise! Allez, on ne va pas cracher sur quelques couleurs en plus

NOTE FINALE : 15/20

Switchblade ne s’était jamais appuyé sur sa réalisation graphique, et cette version CPC en est une assez bonne preuve: on s’amuse largement autant que sur Amiga ou Atari ST, notamment grâce à la présence d’un thème musical toujours aussi inspiré. Si vous pouvez en plus bénéficier des quelques couleurs supplémentaires de la version cartouche sur GX4000, ne vous privez pas.

Version Commodore 64

Année de sortie : 1991
Nombre de joueurs : 1
Disponible en Français : Non
Version testée : Version disquette
Spécificités techniques :

Ce n’est pas toujours très lisible, mais l’essentiel est toujours là

Cela aura quand même pris deux ans, mais Switchblade aura bien fini par atterrir sur C64 – à une époque où la machine de Commodore n’était clairement plus une priorité pour les studios depuis un petit moment. Ceci dit, le fait que tous les portages du jeu n’aient visiblement pas été tous développés simultanément par le même studio – comme c’était encore assez fréquent à l’époque – pouvait laisser entrevoir un minimum de soin pour cette version. Verdict: ce n’est pas le jeu qui aura repoussé les limites de la machine, mais en attendant, c’est très correct. Certes, la résolution est assez basse – bien plus encore que sur CPC – et on ne peut pas dire qu’on ait souvent l’occasion d’apercevoir beaucoup de couleurs au-delà du gris. Toujours est-il qu’une fois de plus, la musique sauve bien l’ambiance, et la jouabilité est toujours aussi efficace. Bref, on ne se sent pas roulé, et c’est bien l’essentiel.

NOTE FINALE : 14/20

Switchblade commence à perdre une bonne partie de sa lisibilité sur C64, et on ne peut pas dire que l’ambiance s’éloigne des grands pâtés gris. Néanmoins, une fois ces petites déceptions digérées, le titre demeure très agréable à parcourir, ce qui est bien tout ce qu’on lui demande.

Version ZX Spectrum

Année de sortie : 1991
Nombre de joueurs : 1
Disponible en Français : Non
Version testée : Version disquette testée sur ZX Spectrum 128k
Spécificités techniques : Version optimisée pour 128k

D’accord, la version originale n’était déjà pas très colorée. Mais quand même…

Autre machine en déclin extrêmement avancé en 1991 (pour ne pas dire à l’agonie), le ZX Spectrum représentait pourtant encore visiblement un marché suffisamment porteur pour continuer à accueillir ses derniers portages – avant que la déferlante des consoles 16 bits ne finisse par sceller son destin. Switchblade y aura donc fait son apparition, avec un résultat conforme à ce qu’on était en droit d’attendre – en bien comme en mal. Au rang des déceptions, le jeu est quasi intégralement monochrome – mis à part un ciel crépusculaire curieusement jaune, ne vous attendez pas à voir la moindre couleur hors de l’interface. Au rang des satisfactions, la musique s’en tire une nouvelle fois à merveille – à condition d’avoir un modèle à 128k de mémoire, faute de quoi vous n’aurez droit qu’à un silence de mort. Pour le reste, le jeu n’a pas évolué d’un poil, et c’est tant mieux.

NOTE FINALE : 13/20

Si jamais vous souhaitiez, pour une raison quelconque, découvrir Switchblade en noir et blanc – mais sans perdre l’excellente musique – cette itération ZX Spectrum devrait faire votre bonheur. Dans le cas contraire, et même si elle reste objectivement très correcte, on ne la conseillera qu’à ceux n’ayant accès à aucune autre version du jeu.

Quartz

Cette image provient du site https://www.mobygames.com

Développeur : Firebird Software
Éditeur : Firebird Software
Titre alternatif : Wibble Wobble (titre de travail)
Testé sur : Amiga, Atari ST

Version Amiga

Année de sortie : 1989
Nombre de joueurs : 1
Disponible en Français : Non
Version testée : Version disquette testée sur Amiga 600 doté d’un disque dur
Spécificités techniques :

Au royaume des shoot-them-up, il n’y a pas que des dieux éternels: il y a également des demi-dieux. Et puis des quarts-de-dieux. Et puis des dieux par alliance, des dieux consanguins, des dieux à mi-temps, et une armée de soldats ordinaires dont la seule fonction n’était finalement que d’aller mourir au feu de l’ennemi (même si ce n’était pas ce qu’on leur disait au moment de les lâcher sur le champ de bataille).

Oh, la belle rouge!

Alors comme on ne peut pas espérer tester en ces pages que des titres que tout le monde connait déjà (ça irait un peu contre l’idée du site) ou des titres que tout le monde mériterait de connaître (itou), penchons-nous sur une autre catégorie oubliée: les jeux très bien accueillis à leur sortie, qui contentaient parfaitement leur public de destination à l’époque, et qui ont depuis totalement sombré dans l’anonymat. Très bon exemple du jour: Quartz.

Ne cherchez pas d’empire du mal: on va détruire des bouboules!

Le titre ne vous dit rien? Ce n’est pas très surprenant: bien qu’il ait bénéficié à sa sorti d’un succès critique, le titre de Firebird Software se classerait aujourd’hui dans la catégorie des petits jeux à scoring tels qu’il en pullulait dans les années 80. N’espérez d’ailleurs ni scénario, ni contexte, ni enjeu, ni cadre: vous êtes un vaisseau, vous tirez sur des trucs, depuis quand est-ce qu’on a besoin d’une raison pour ça? L’ambition est donc très mesurée, mais on n’a pas nécessairement besoin d’avoir une idée géniale ou un univers de 240 pages pour faire un jeu vidéo efficace. Quartz cherche visiblement à divertir, alors quitte à s’inscrire dans le genre du shoot-them-up, il fait un choix qui en vaut bien un autre: celui de taper dans tous les sous-genres à la fois.

Bon, allez, des fois c’est un peu plus graphique, mais ça reste assez décevant

En fait de « sous-genre », il faut surtout comprendre que Quartz n’aura pas réussi à trancher la question du défilement: horizontal? Vertical? Libre? Imposé? Tout cela, mon capitaine! En fait, le titre va alterner des niveaux à défilement libre, à la Thunder Force, avec des niveaux à défilement imposé, vers le haut, le bas, la gauche ou la droite (et avec un boss au bout, cette fois); il y en aura pour tous les goûts!

Oh, la belle bleue!

Le principe (en-dehors de détruire des adversaires, naturellement) est simple: on cumule en cours de jeu des capsules de couleur qui viennent remplir une des trois jauges situées à droite de l’écran. Une fois ces trois jauges pleines, on est alors autorisé à sélectionner un power-up parmi une dizaine: tir omnidirectionnel, réparations, blindages renforcé, module additionnel, lance-flammes, et même – plus original – un point de passage qui vous autorisera à repartir du niveau où vous l’avez déniché lors de la prochaine partie! La plupart de ces améliorations iront se loger dans une réserve à gauche de l’écran où vous pourrez les actionner à l’envi à l’aide des touches de fonction correspondantes. En revanche, gardez bien en tête que tous ces power-up sont limités dans le temps, apprenez donc à en faire usage au bon moment.

Ces météorites viennent du fond de l’écran, ce qui les rend d’autant plus difficiles à éviter

Voilà pour l’idée: tirer, dans tous les sens, et pas grand chose d’autre. Niveau réalisation, le titre fait son âge. Non qu’il soit honteux: on a affaire à de multiples défilements différentiels, c’est fluide, ça bouge très bien, mais c’est également très… abstrait.

Le souffle épique? Youhou, t’es là?

Les grands décors à base de motifs plus ou moins géométriques n’évoquent pas grand chose, pas plus que les grandes sphères qui représentent la moitié des ennemis du jeu, les sprites sont assez laids et je n’irais pas parier un mois de salaire sur le fait qu’il y ait plus de 16 couleurs à l’écran. Malgré de jolis effets, comme ces projectiles qui viennent de la profondeur du champ, on n’a tout simplement jamais l’œil qui brille. La musique, pour sa part, est très sympathique, mais ne se fait hélas pas entendre au-delà de l’écran-titre. C’est dommage, car elle aurait bien aidé à dynamiser une action qui en aurait bien eu besoin.

Les boss ne sont pas beaucoup plus marquants que le reste du jeu

Soyons bien clair: Quartz se destine à un type bien précis de joueurs, qui cherchent à tester leurs réflexes sans trop se soucier du pourquoi ni du comment. La difficulté montant en flèche au fil des niveaux, on pourra être tenté de relancer une partie de temps à autres histoire de voir si on a progressé ou pas. En revanche, pour ceux qui ne s’intéressent pas au scoring et qui attendent un peu plus d’un shoot-them-up que de détruire des vagues d’adversaires sans rime ni raison, il faut reconnaître qu’un certain ennui risque de s’installer bien avant d’avoir vu le bout du jeu, le manque de renouvellement et de personnalité des décors ne donnant aucune envie de s’accrocher pour en voir plus. Bref, le genre de jeu très efficace pour se débrancher le cerveau dix minutes, mais pas une de plus.

Vidéo : Cinq minutes de jeu :

NOTE FINALE : 10,5/20 Loin des shoot-themp-up de légende qui ont bouleversé le cours de l'histoire vidéoludique et qui placent immédiatement des étoiles dans les yeux de ceux qui les évoquent, Quartz a toutes les vertus du bon petit jeu sans prétention sur lequel on pourra toujours revenir passer dix minutes, de temps à autres, histoire de tester ses réflexes. Pas grand chose de neuf au menu, rien d'ébouriffant, mais une formule qui a le mérite d'être parfaitement efficace malgré tout - à petites doses. Le relief d'une époque où l'ambition, en lançant un logiciel, était rarement de réinventer la poudre mais simplement de passer un bon moment avant de retourner à des activités plus sérieuses. À réserver aux mordus ou aux joueurs pressés.

CE QUI A MAL VIEILLI : – Un concept dont on fait vite le tour – Une réalisation sans éclat – Pas de musique passé l'écran-titre – Pas de mode deux joueurs

Les avis de l’époque :

« La réalisation est irréprochable et toutes les possibilités de scrolling sont utilisées successivement. C’est vraiment du beau travail, car le scrolling est toujours fluide et il est souvent même différentiel. Le graphisme est très coloré et une excellente bande sonore accompagne l’action. Un shoot-them-up qui se renouvèle sans cesse. »

Alain Huyghues-Lacour, Tilt n°74, janvier 1990, 16/20

Version Atari ST

Année de sortie : 1989
Nombre de joueurs : 1
Disponible en Français : Non
Version testée : Version disquette testée sur Atari 520 STe
Spécificités techniques :

Quelqu’un s’attendait à une différence?

Sans surprise, Quartz aura également été porté sur Atari ST – il était très rare à l’époque qu’un jeu ne fasse le voyage que sur une seule des deux machines des éternels concurrents. Inutile de faire durer le suspense: les deux versions sont des jumelles, comme c’était là encore très souvent le cas à l’époque. Pas de soucis, c’est toujours aussi fluide, on n’a pas perdu un seul niveau de défilement différentiel, tout est à sa place. Seule la musique est légèrement inférieure, mais comme on ne l’entend de toute façon pas en jeu, aucune raison de privilégier une version plutôt qu’une autre.

NOTE FINALE : 10,5/20

À version identique, verdict identique: Quartz sur Atari ST y présente exactement les mêmes qualités et les mêmes limites que sur Amiga.

Continental Circus

Cette image provient du site https://flyers.arcade-museum.com

Développeur : Taito Corporation
Éditeur : Taito Corporation
Testé sur : ArcadeAmigaAmstrad CPCAtari STCommodore 64MSXZX Spectrum

Version Arcade

Année de sortie : 1988 (Japon), 1989 (International)
Nombre de joueurs : 1
Disponible en Français : Non
Version testée : Version internationale émulée sous MAMEUI64
Spécificités techniques : Conçu pour être joué avec des lunettes 3D
Hardware: Processeur central: (2x) Motorola 68000 (@ 12 Mhz)
Processeur sonore: Zilog Z80 (@ 4 Mhz)
Puce sonore: Yamaha YM2610 (@ 8 Mhz)

Vidéo – L’écran-titre du jeu :

À l’heure où l’industrie ludique est devenue tellement puissante qu’elle peut se permettre de refiler des complexes à l’industrie cinématographique, où les budgets des titres les plus ambitieux se chiffrent en centaines de millions d’euros et où les équipes de développement peuvent se compter en milliers de personnes, on en vient parfois à oublier l’amateurisme rampant qui régnait encore dans le monde du jeu vidéo à la fin des années 80.

Connaître le tracé d’un circuit pourra vous faciliter la vie

Localisations rares, souvent effectuées par des amateurs, traductions à l’internationale risibles (le fameux « All your base are belong to us » est resté célèbre), sans oublier… les titres de jeu traduits n’importe comment, eux aussi. Prenez Continental Circus, par exemple. Vous espériez gérer un cirque? Réaliser des numéros d’acrobate? Dompter des lions? Raté: vous allez conduire une Formule 1. Mais alors, quel rapport avec le cirque? S’agirait-il d’une subtile référence au fait que les anglo-saxons parlent parfois de « F1 Circus », sous prétexte que le sport automobile voyage de ville en ville et de pays en pays? Non, c’est encore plus simple: le jeu était censé s’intituler Continental Circuits, mais on a encore confié la traduction du japonais vers l’anglais au stagiaire de la machine à café. Tant pis pour l’originalité; il va simplement être temps de reprendre le volant.

Restez pas là, les gars, parce qu’on va brûler de la gomme

Votre mission, que vous accepterez dès l’instant où vous glisserez une pièce dans la borne, sera de gagner. Ou plutôt, d’atteindre les paliers menant au prochain des huit (authentiques) circuits du jeu et ainsi de mener à terme un parcours vous menant du Brésil au Japon en passant par l’Allemagne, le Mexique ou Monaco.

Celui-là je vais m’le faire
Depuis l’temps que j’roule derrière

Je m’explique: vous commencez votre première course à la 100ème place, et pour accéder au circuit suivant, il faudra avoir atteint au moins la 80ème place, c’est à dire avoir doublé au moins vingt véhicules… en un seul tour. Oubliez tout aspect simulation: le nombre des concurrents est virtuellement illimité (vous continuez d’en doubler même quand vous êtes en tête), et l’objectif sera simplement de les dépasser à l’infini comme dans l’antique Pole Position. Et histoire de vous encourager à remettre une petite pièce, en cas de défaite, vous recommencerez certes la course depuis le départ… mais en conservant votre rang. Voilà pour le principe.

La pluie vous vaudra un autre passage aux stands, pour changer les pneus

Histoire de compliquer un peu les choses, le titre met en place un système de collision assez rudimentaire, mais qui aura de quoi vous maintenir concentré: touchez un obstacle, un débris ou une voiture adverse, et votre véhicule commencera à fumer.

À vous la gloire et les femmes mal dessinées!

Vous devrez alors rejoindre en vitesse un des stands étrangement placés tous les cent mètres (en même temps, c’est le seul moyen de les rendre utiles dans un jeu où on ne fait qu’un seul tour de piste) pour réparer en vitesse, sans quoi, après quelques secondes ou après une nouvelle collision, ce sera l’explosion pure et simple. Rassurez-vous: votre pilote est apparemment ignifugé, et votre écurie a manifestement quelques centaines de Formule 1 en stock, et cela ne représentera au final qu’une perte de temps. Et comme le jeu a également décidé de placer sur votre route des points de passage à rejoindre dans les délais, la pression du temps sera bien évidemment votre principal moteur, et une excellente raison de ne pas faire n’importe quoi au moment de doubler dans une épingle à cheveux.

Prenez bien garde quand votre voiture commence à fumer…

Autant dire que c’est basique, mais relativement efficace – à faible dose. La réalisation, datant de début 1988, n’a rien de plus impressionnant que celle d’OutRun, au hasard, mais elle fait le travail: la vitesse et le relief sont tous les deux bien rendus. Certes, chaque circuit ne se distingue visuellement des autres que par la couleur de son bas-côté et par son décor de fond, mais pourquoi pas.

…Sans quoi, vous risquez de le payer au prix fort!

Comme cela fait quand même assez peu pour hurler sa différence dans un marché de l’arcade hyper-concurrentiel, Taito aura ajouté une petite friandise à la mode à l’époque: la 3D. Non non, pas la 3D temps réel texturée, la 3D qu’on perçoit avec des lunettes spéciales directement attachées à la borne – la réalité virtuelle des années 80, en quelque sorte. Sachant que les bornes de Continental Circus ne courent pas les rues, et que je ne suis même pas certain qu’il en subsiste ne fut-ce qu’un seul exemplaire quelque part en France, je ne puis malheureusement rien vous dire sur l’efficacité du procédé – il n’est, pour l’heure, pas émulé sur M.A.M.E.,et rien ne dit qu’il le sera un jour. Pour le joueur lambda qui découvrira ce jeu par le biais de l’émulation, il faudra donc faire sans.

Allez, y’a la place!

Sachant que la jouabilité du programme se limite à un volant, un accélérateur et deux vitesses, inutile de préciser que le public auquel se destine le titre de Taito correspond très exactement à celui qu’on pouvait espérer trouver dans une salle d’arcade, à savoir des joueurs désireux de s’amuser immédiatement pendant quelques minutes. Le logiciel n’offre à peu près aucun intérêt sur le long terme, sauf à aimer confronter vos réflexes entre deux activités plus intéressantes. Un assez bon moyen de tuer dix minutes, et même de passer un bon moment si c’est votre type de jeu, mais certainement pas de quoi vous découvrir une passion cachée pour la F1. Ça tombe bien, ce n’était sans doute pas l’objectif, de toute façon.

Vidéo – Cinq minutes de jeu :

NOTE FINALE : 12/20 Continental Circus est ce qu'on appelle un jeu de course arcade à l'ancienne: des courses en un seul tour, un nombre illimité de concurrents, deux vitesses, un volant et un accélérateur - rien d'autre! Le seul mécanisme "original" du jeu est son recours systématique au passage aux stands, pour le reste, on ne peut pas dire que le concept ait franchement évolué depuis Pole Position. Si la réalisation est correcte et la sensation de vitesse suffisamment bien rendue pour rendre le jeu amusant quelques dizaines de minutes, le fait que son principal argument de vente (les lunettes 3D) soit aujourd'hui réservé à une poignée de privilégiés ayant encore la borne sous la main fait rentrer encore un peu plus vite le titre de Taito dans le rang des logiciels parfaitement anecdotiques.

CE QUI A MAL VIEILLI : – Principe antédiluvien (doubler des concurrents ad eternam) – Conduite purement arcade – Effet 3D réservé aux propriétaires de la borne (et il ne doit plus en rester beaucoup)

Version Amiga

Année de sortie : 1989
Nombre de joueurs : 1
Disponible en Français : Non
Version testée : Version 1.2 testée sur Amiga 1200 doté d’un disque dur
Spécificités techniques :

L’essentiel est toujours là, le problème, c’est que ça ne fait pas beaucoup…

Un jeu d’arcade ne pouvait pas prétendre avoir réussi sa carrière sans être porté sur les systèmes domestiques. Ceux-ci auront donc reçu leur fournée de Continental Circus dès 1989, sous la houlette de Virgin Mastertronics. Comme souvent, on était en droit de s’inquiéter du rendu d’un jeu reposant en grande partie sur sa réalisation sur des machines moins puissantes. L’Amiga était naturellement un des meilleurs candidats dans le domaine, pour un résultat… pas très emballant. Entendons-nous bien: en tant que pure adaptation, le portage fait le travail assez sérieusement, avec un contenu préservé et une jouabilité qui ne souffre que marginalement du joystick à un bouton (il faudra pousser le stick vers le haut pour accélérer, le bouton servant au changement de vitesse). Il n’y a pas de musique en jeu – tout comme sur la borne – mais les bruitages ne tapent pas trop sur le système. En revanche, les sprites sont plus petits, les couleurs sont moins nombreuses, la sensation de vitesse est moins bien rendue, il y a nettement moins de personnages autour de votre véhicule sur la ligne de départ au lors du passage au stand… Bref, on en prend nettement moins les yeux, et l’absence de 3D (il y avait pourtant un accessoire similaire sur Amiga) n’arrange rien. Sachant qu’on parle en plus d’un titre qui était pensé pour être amusant dix minutes, je ne suis pas certain que les joueurs ayant acquis le titre au prix fort à l’époque aient été tous emballés. Ajoutons que les pilotes adverses ne font plus d’erreur et qu’en cas de collision, ils continueront leur trajet peinards pendant que vous irez vous emplafonner dans le décor, et on comprendra vite que le jeu est devenu trop difficile pour son propre bien.

Les explosions font un peu cheap – comme tout le reste du jeu, pour être honnête

NOTE FINALE : 09,5/20

En tant que pure adaptation, Continental Circus sur Amiga livre une prestation correcte – pour l’époque. Mais entre la difficulté aussi frustrante qu’injuste et une réalisation qui n’impressionnera plus personne, sans parler d’une sensation de vitesse pas à la hauteur, on ne saura pas vraiment à qui recommander cette version aujourd’hui.

Version Amstrad CPC

Année de sortie : 1989
Nombre de joueurs : 1
Disponible en Français : Non
Version testée : Version disquette testée sur Amstrad CPC 6128 Plus
Spécificités techniques :

Franchement, graphiquement, c’est assez joli pour du CPC, mais si seulement ça pouvait bouger un peu plus vite…

Si Continental Circus faisait déjà un peu cheap sur Amiga, qu’espérer alors de la version CPC? Sans surprise, même si le jeu est assez coloré, on commence graphiquement à se rapprocher de plus en plus de Pole Position… On a toujours de la musique pendant l’écran-titre et la présentation du circuit, des bruitages une fois en jeu, l’intégralité du contenu… sauf que voilà: la sensation de vitesse est franchement minable. Alors certes, on ne s’attendait pas à des miracles sur un ordinateur 8 bits, mais le CPC était capable de bien mieux que d’une fastidieuse simulation de course de brouettes. Je suis méchant: ça ne se traine pas à se point là, mais on est très loin d’avoir le sentiment de piloter une F1, plutôt une R16 d’occasion sur une nationale. Pour ne rien arranger, tous les errements constatés sur Amiga sont toujours là – même si la relative lenteur du tout rend également le jeu nettement moins difficile. Au moins n’a-t-on pas le sentiment de jouer à un vague calque de la version ZX Spectrum avec quelques couleurs balancées au hasard – mais on sent néanmoins bien le lien entre les deux versions. Peut mieux faire.

NOTE FINALE : 09/20

Continental Circus sur CPC n’est pas un portage bâclé, c’est indéniable, et tirerait plutôt bien parti des capacités de la machine d’Amstrad s’il ne manquait un composant essentiel pour un jeu de course: la vitesse. À ce niveau, ce qui passait en 1989 n’a plus vraiment de sens aujourd’hui, et on réservera cette version, certes très correcte pour le système, aux nostalgiques du CPC.

Version Atari ST

Année de sortie : 1989
Nombre de joueurs : 1
Disponible en Français : Non
Version testée : Version disquette testée sur Atari 520 STe
Spécificités techniques :

Ni bonne, ni mauvaise surprise

Un joueur expérimenté saura immédiatement quelle question se poser au moment d’aborder un portage d’arcade sur Atari ST: « Le jeu est-il identique à la version Amiga, ou légèrement moins bon? » Et la réponse est: Obi-Wan Kenobi. Plus sérieusement, on a affaire à l’hypothèse la plus optimiste, à savoir un calque fidèle de la version Amiga. graphiquement, si vous voyez une différence entre les deux versions, c’est que vous avez de meilleurs yeux que moi, et sur le plan sonore, la musique est peut-être légèrement inférieure, mais pour le peu qu’on l’entend, ce n’est même pas sûr. Bref, on hérite une nouvelle fois d’une adaptation correcte d’un jeu médiocre.

NOTE FINALE : 09,5/20

Continental Circus sur Atari ST a au moins la décence de ne pas proposer une version au rabais par rapport au portage sur Amiga. Le jeu, qui représentait sans doute le haut du panier des portages de l’arcade fin 1989, aura néanmoins beaucoup plus de mal à se trouver un public aujourd’hui.

Les avis de l’époque :

« Les graphismes de Continental Circus sont fins, agréablement coloriés et variés. […] Les animations sont l’un des points forts du logiciel, le défilement de la route est en effet rapide et rend bien l’effet de profondeur. […] En conclusion, Continental Circus est la première course de F1 convaincante sur ST. »

Eric Caberia, Tilt n°74, janvier 1990, 16/20

« La réalisation de ce programme est loin d’être impressionnante et l’intérêt de jeu s’éteindra après quelques parties. Continental Circus, finalement, ne fait pas le poids face à Stunt Car ou Hard Drivin. »

Alain Huyghues-Lacour, Tilt n°74, janvier 1990

Version Commodore 64

Année de sortie : 1989
Nombre de joueurs : 1
Disponible en Français : Non
Version testée : Version disquette
Spécificités techniques :

Franchement, on n’est pas des kilomètres au-dessus de ce qu’on pouvait trouver sur Atari 7800

Au grand bal des « conversions auxquelles plus grand monde ne touchera aujourd’hui en-dehors des nostalgiques de plus de quarante ans et des historiens », voici à présent le portage de Continental Circus sur Commodore 64. Devinez quoi: ce qui n’était déjà pas emballant sur Amiga ne l’est pas plus sur son grand frère. On va dire que je me répète, mais ça ressemble vraiment énormément à Pole Position: il n’y a pratiquement plus d’éléments de décor, et la sensation de vitesse est d’autant plus médiocre que les bandes sur le bas-côté ont disparu. Graphiquement, c’est vraiment vide et sans finesse, bien moins coloré que sur CPC, mais le jeu reste très jouable. Encore une fois, sans être motivé par un intérêt scientifique ou une authentique curiosité, difficile de consacrer plus de quelques minutes au jeu.

NOTE FINALE: 08/20

Continental Circus n’avait déjà pas énormément de choses à offrir dans sa version arcade, que dire alors d’une version C64 à la réalisation antédiluvienne? On peut s’amuser quelques minutes, c’est un fait, à condition d’être extrêmement tolérant, mais difficile de trouver une raison objective de préférer cette version à celles parues sur 16 bits – ou à la borne elle-même.

Version MSX

Année de sortie : 1989
Nombre de joueurs : 1
Disponible en Français : Non
Version testée : Version disquette
Spécificités techniques :

Je pourrais probablement doubler ces véhicules plus vite si j’étais à pied

L’Amstrad CPC n’aura pas été la seule machine à souffrir de conversions au rabais effectués depuis le très populaire (au Royaume-Uni) ZX Spectrum: le MSX, qui n’aura jamais réellement décollé en Europe, aura lui aussi dû subir souvent la loi du calque paresseux qui ne coûte rien. Continental Circus n’ayant pas été bradé sur CPC, on pouvait nourrir pour la version MSX un minime espoir… immédiatement douché au lancement du jeu. Faisons court: on a déjà connu une action plus trépidante sur Minitel. Observez la capture d’écran, et dites-vous que ça bouge à peine plus en vrai: à fond de train, on a le sentiment de tenir un bon 15km/h de moyenne. Deux couleurs à l’écran, plus de bruitages, plus de musique: ça envoie du rêve! Bref, un attrape-pigeon probablement programmé en dix minutes, hop, poubelle.

NOTE FINALE : 04/20

C’est hideux, c’est lent et ça se joue dans un silence de mort: les joueurs ayant acquis Continental Circus sur MSX à sa sortie ont dû avoir des envies de meurtre. Aujourd’hui, l’intérêt ludique du titre est clair et irréfutable: nul. Et si je me laissais aller, j’ajouterais bien deux mots derrière.

Version ZX Spectrum

Année de sortie : 1989
Nombre de joueurs : 1
Disponible en Français : Non
Version testée : Version disquette testée sur ZX Spectrum 128k
Spécificités techniques :

Ça a changé, le jeu vidéo, hein?

La version MSX avait annoncé la couleur, alors au final, à quoi ressemble Continental Circus sur ZX Spectrum? Pas de surprise du côté des graphismes: c’est toujours aussi moche, et la machine de Sinclair était largement capable de mieux que ça. En revanche, la musique et les bruitages signent leur retour, dans une qualité très semblable à celles des versions CPC et C64, et surtout, ça tourne incontestablement plus vite que sur MSX. On ne va pas dire que ça soit ébouriffant, mais on a au moins le sentiment de participer à autre chose qu’une course en sac, ce qui est quand même la base pour un titre censé nous proposer de conduire une Formule 1. Au final, l’intérêt ludique n’est toujours pas terrible, mais objectivement bien meilleur que sur MSX.

NOTE FINALE : 07/20

À l’échelle du ZX Spectrum, Continental Circus est déjà un titre mineur, honnête sans plus. Alors avec les yeux d’un joueur de 2020… C’est jouable, et ça peut vous occuper deux minutes, c’est déjà ça.