
Développeur : Vivid Image
Éditeur : Mediagenic
Testé sur : Amiga – Amstrad CPC – Atari ST – Commodore 64 – ZX Spectrum
Version Amiga
| Date de sortie : Septembre 1990 |
| Nombre de joueurs : 1 |
| Langue : Anglais |
| Support : Disquette 3,5″ |
| Contrôleurs : Clavier, joystick |
| Version testée : Version disquette testée sur Amiga 500 (PAL) |
| Configuration minimale : Système : Amiga 1000 – RAM : 512ko Mode graphique : OCS/ECS |
Vidéo – L’introduction et l’écran-titre du jeu :
Retour dans un univers qui peut toujours se révéler une véritable boîte de friandises pour les rétrogamers les plus impliqués : celui des jeux dont personne (ou presque) n’a jamais entendu parler. Au-delà de l’éternelle question des fameux « hidden gems », ces trésors cachés qui se font mathématiquement de plus en plus rares au bout de près d’un demi-siècle d’excavation, le plus intéressant dans le magma des titres n’étant jamais parvenus à accéder à la notoriété reste leur diversité.

Là où on pourrait en effet être tenté de les évacuer avec un certain cynisme comme de simples mauvais jeux vidéo développés trop vite ou avec trop peu de talent (un constat qui se vérifie malgré tout assez souvent, on ne va pas se mentir), chacun à son histoire, et les vrais passionnés sauront rapidement reconnaître les noms d’artistes ou de codeurs plus doués que la moyenne et qui savaient souvent tirer leur épingle du jeu pour les joueurs capables de voir un peu plus loin que les noms surmédiatisés de type « Bitmap Brothers ». Des noms comme celui de Mev Dinc, développeur turco-britannique dont le nom ne trône peut-être auprès de légendes plus célèbres comme Richard Garriott, Peter Molyneux ou Geoff Crammond, mais reste particulièrement important au sein de la production européenne pour sa participation à des titres comme Enduro Racer, The Last Ninja 2 ou Prodigy – et reste associé à celui du studio qu’il a fondé, Vivid Image, dont le nom devrait pour sa part parler à tous ceux qui se sont essayés un jour à des jeux comme First Samurai ou Street Racer. Ou à Time Machine, un logiciel qui a certes moins marqué les esprits, mais dont le nom revient malgré tout de temps en temps auprès des connaisseurs pour une raison qui devrait instantanément parler aux amateurs insatiables de curiosités : son originalité.

Retour vers le futur. Autant commencer par la référence la plus évidente du jeu : le professeur Potts est un scientifique de génie dont les cheveux ne sont restés roux que pour éviter d’être confondu immédiatement avec un certain docteur Emmett Brown, et qui vient justement – quel hasard – de mettre au point une machine à voyager dans le temps.

La sienne n’a peut-être pas besoin d’atteindre 88 miles par heure pour se mettre en marche, mais ça ne l’aura visiblement pas empêché de subir une attaque par des terroristes armés (ça ne vous rappelle rien ?), ce qui aura valu au brave professeur, non pas de casser sa pipe, mais bien de se retrouver propulsé un million d’années dans le passé… avec une chronologie désormais toute cassée qu’il va devoir « réparer » – et on ne parle pas d’aller encourager deux lycéens à se bécoter au bal de fin d’année d’Hill Valley, mais bien de remettre toute l’histoire de l’humanité en ordre de marche sur cinq périodes différentes afin de pouvoir revenir à la situation de départ afin de réparer la fameuse machine. Une situation qui aurait largement pu inspirer un point-and-click à la Day of the Tentacle avec trois ans d’avance, mais comme on va le voir, Vivid Image aura pris ici une direction sensiblement différente : celle d’un titre mélangeant action et réflexion d’une façon assez peu banale.

Concrètement, le jeu prend initialement la forme d’une scène préhistorique composée de cinq écrans distincts (une forêt, une rivière, une grotte, des geysers…) sur lesquels notre scientifique va se déplacer en vue de profil, en « 2,5D ». Sa mission va être de déplacer des objets ou des formes de vie afin de provoquer des changement qui « déclencheront » l’apparition d’une des ères suivantes, qui correspondra elle aussi à la même scène de cinq écrans mais à un stade plus avancé dans le temps. Il pourra également se protéger contre la faune locale à l’aide d’une sorte de taser, et mieux vaudra se méfier des pièges environnementaux, car M. Pott n’a que trois vies et une jauge de santé qui n’est pas inépuisable. La grande question est : mais comment débloquer les autres ères ?

Eh bien, justement, vous ne savez pas, et c’est là qu’est à la fois la grande et la mauvaise idée du game design : votre seul réel indice sera constitué par une sorte de radar, en haut de l’écran, qui stipule par un code de couleurs quels écrans ont besoin d’être « altérés » afin de récupérer le cours ordinaire du temps. Malheureusement, cela ne vous dit ni ce que vous êtes censé faire, ni comment, ni à partir de quoi – et l’inconvénient du système du voyage temporel, c’est surtout que vous n’êtes pas coincé à une époque donnée : vous pouvez tout à fait passer librement de l’une à l’autre en un instant avec les touches 1 à 5 du clavier. Ça n’a peut-être l’air de rien dit comme ça, mais cela signifie également que pour progresser, il va falloir apprendre à jouer avec une dimension qui se débrouille d’ordinaire très bien toute seule : la quatrième. Le temps, si vous préférez.

Car la résolution des « énigmes », faute d’un meilleure terme, va souvent nécessiter d’user à la fois de votre capacité à vous déplacer dans l’espace via des téléporteurs que votre scientifique peut installer (et déplacer) avec les touches F1 à F5 que dans le temps. Rien ne vous interdit par exemple de vous faire arracher du sol par un ptérodactyle pendant la préhistoire, avant de lui demander de vous lâcher au-dessus de la rivière… pour au final atterrir sur une branche située au même endroit 800.000 ans plus tard grâce à un voyage temporel instantané.

Ce sera même souvent le cœur du jeu : on peut tout à fait récupérer une graine à un endroit pour la planter ailleurs, puis changer d’ère en un clin d’œil pour la voir devenue un arbre… et ce n’est pas parce qu’on a rebouché des geysers à une époque qu’on n’a rien à gagner à les déboucher à la suivante. Il suffit juste de suivre la logique – et c’est précisément là que se situe, comme on l’a vu, le premier gros problème du jeu : faute d’indices clairs ou de la moindre indication, on passe l’essentiel de la partie à faire un peu n’importe quoi au hasard, et plus le terrain de jeu s’agrandit, plus les possibilités augmentent, et plus le sentiment d’errer en vain sans réellement être en train de jouer à quoi que ce soit commence à devenir prégnant. Traduit en clair : oui, l’idée de base du jeu est originale, elle est même excellente – encore aurait-il fallu prendre le temps de la traduire d’une façon, eh bien, ludique.

Car non seulement on ne sait jamais vraiment ce qu’on doit faire, mais le drame est surtout qu’on n’arrive jamais vraiment non plus à essayer ce qui nous passe par la tête, la faute à un côté « action » qui ne fait que rendre plus pénible encore un défi qui était déjà suffisamment frustrant sans avoir à repousser des attaques de yétis, à éviter de la roche en fusion ou à se noyer bêtement pour avoir raté un saut. Surtout quand la jouabilité est aussi pénible, essayant comme trop souvent de faire passer un maximum d’actions (sauter, tirer, ramasser ou déposer un objet) sur un seul et unique bouton, d’où un temps considérable consacré à regarder notre Doc Brown de chez Wish faire à peu près n’importe quoi sauf ce qu’on lui demande.

Et voilà comment on passe d’une excellente idée à un mauvais jeu en un temps record : en oubliant de se soucier du game design au-delà de l’idée de départ. Time Machine aurait pu être un excellent jeu, mais ça n’était visiblement pas sa préoccupation majeure et c’est quand même un peu dommage. C’est même d’autant plus dommage que la réalisation est objectivement plutôt réussie, avec une animation d’introduction et un thème musical très efficaces – des kilomètres au-dessus de ce que proposait un certain… Back to the Future Part II, au hasard, à peu près au même moment – mais des codeurs et des artistes qui connaissent leur travail ne suffisent pas toujours à produire un jeu mémorable – ou simplement intéressant. Reste donc une curiosité qui aura sans doute toutes les peines du monde à mobiliser votre attention plus d’un quart d’heure. Ah, si l’on pouvait voyager dans le temps pour délivrer quelques conseils…
Vidéo – Cinq minutes de jeu :
NOTE FINALE : 09,5/20
Time Machine fait partie de ces titres frustrants qui sabotent une idée vraiment originale par un game design et une jouabilité qui auraient facilement justifié quelques semaines de développement supplémentaires. Aider le professeur Potts à « réparer » la marche du temps en résolvant des énigmes interconnectées à travers les époques aurait pu constituer une expérience vraiment unique s'il ne fallait pas composer avec une maniabilité ratée, avec un aspect action qui n'apporte rien, avec une logique lunaire et avec une résolution qui demande de penser en quatre dimensions. Le grand drame du titre de Lisa Wand et son équipe, c'est que 95% des joueurs n'auront aucune idée de ce qu'ils sont censés faire quel que soit le temps qu'ils consacrent au jeu, et que les 5% restants n'arriveront de toute façon pas à le faire à cause des errements du gameplay. Reste une expérience bien inscrite dans son époque et qui pourra conserver un certain cachet auprès des joueurs prêts à composer avec les OVNI les plus étranges, mais si vous voulez vraiment cogiter avec du voyage temporel, allez plutôt jouer à Day of The Tentacle. Vous passerez un bien, bien meilleur moment.
CE QUI A MAL VIEILLI :
– Une jouabilité confuse où il faut souvent s'y prendre à plusieurs reprise pour réaliser une action...
– ...et un déroulement furieusement opaque, faute de logique claire dans les actions à accomplir
Bonus – Ce à quoi peut ressembler Time Machine sur un écran cathodique :

Les avis de l’époque :
« Time Machine bénéficie d’un concept particulièrement original. Les fans du genre ne seront pas déçus par les nombreuses énigmes à résoudre et ils n’en viendront pas à bout facilement. Sans être extraordinaires, les graphismes ont un certain cachet qui renforce l’atmosphère très particulière de ce programme. »
Alain Huyghues-Lacour, Tilt n°84, décembre 1990, 14/20
Version Amstrad CPC
| Développeur : Vivid Image |
| Éditeur : Mediagenic |
| Date de sortie : Décembre 1990 |
| Nombre de joueurs : 1 |
| Langue : Anglais |
| Supports : Cassette, disquette 3″ |
| Contrôleurs : Clavier, joystick |
| Version testée : Version disquette testée sur Amstrad 6128 Plus |
| Configuration minimale : Système : 464 – RAM : 64ko |

Quoi que l’on pense de Time Machine en tant que jeu vidéo, il faut reconnaître que l’équipe de développement de Vivid Image s’est dans l’ensemble efforcé de soigner la réalisation des différentes version du jeu… sauf pour le CPC. On sait ce que représentait la machine d’Amstrad aux yeux du public britannique, à savoir pas grand chose, et cela se traduit immédiatement par deux mots qui peuvent facilement résumer toute l’expérience : « speccy port ». Oui, c’est un pur calque de la version ZX Spectrum avec des graphismes essentiellement monochromes à l’échelle de la fenêtre de jeu (allez, ça monte à quatre couleurs dans l’interface), et le moins qu’on puisse dire est que ça ne fait pas grimper le plaisir délivré par le titre en flèche. histoire d’enfoncer le clou, non seulement la courte animation d’introduction a disparu, mais il n’y a plus de musique ni même de bruitages non plus. La jouabilité, pour sa part, n’a pas changé – ce qui n’est pas exactement une bonne nouvelle – et on se retrouve donc avec un portage paresseux, moche et à peine lisible d’un jeu qui avait déjà suffisamment de problèmes comme ça avec une réalisation correcte. Même en étant animé d’une curiosité légitime, autant dire que ce n’est pas sur la machine d’Amstrad qu’il faudra découvrir ce jeu.
NOTE FINALE : 08,5/20
Si Time Machine est un titre défendable en tant que jeu en dépit de tous ses défauts, ce portage minable copié directement depuis le ZX Spectrum ne l’est pas. Il y a suffisamment de bons jeux sur le CPC pour ne pas vous imposer un titre qui sera de toute façon plus intéressant à découvrir sur n’importe quelle autre machine.
Version Atari ST
| Développeur : Vivid Image |
| Éditeur : Mediagenic |
| Date de sortie : Septembre 1990 |
| Nombre de joueurs : 1 |
| Langue : Anglais |
| Support : Disquette 3,5″ simple face (x2) |
| Contrôleurs : Clavier, joystick |
| Version testée : Version disquette testée sur Atari 1040 STe |
| Configuration minimale : Système : 520ST – RAM : 512ko |
Vidéo – L’introduction et l’écran-titre du jeu :
Développé en parallèle sur la plupart des machines qui l’accueillent, Time Machine tend à mieux s’en sortir dès l’instant où l’on accepte d’oublier un moment la version CPC. Démonstration avec la version Atari ST, très proche de la version Amiga : on a perdu les dégradés dans le ciel et le musique est, comme souvent, moins bonne que sur la machine de Commodore, mais pour tout le reste les graphismes comme la jouabilité sont virtuellement identiques. Les amateurs de bizarreries estampillées « années 80 » seront sans doute tentés d’aller observer cet étrange objet ludique, les autres préfèreront sans nul doute retourner à une activité normale.

NOTE FINALE : 09/20
Comme sur Amiga, Time Machine débarque sur Atari ST dans une version bien réalisée mais où ni la jouabilité ni le game design ne risquent de faire l’unanimité – ou à la rigueur contre eux.
Version Commodore 64
| Développeur : Vivid Image |
| Éditeur : Mediagenic |
| Date de sortie : Septembre 1990 |
| Nombre de joueurs : 1 |
| Langue : Anglais |
| Supports : Cassette, disquette 5,25″ |
| Contrôleurs : Clavier, joystick |
| Version testée : Version disquette testée sur Commodore 64 PAL |
| Configuration minimale : RAM : 64ko |
Vidéo – L’écran-titre du jeu :
À sa manière, la version Commodore 64 de Time Machine vient nous révéler toute l’étendue de la fumisterie que représentait la version Amstrad CPC. Car pour l’occasion, on a affaire à une itération 8 bits particulièrement bien réalisée – si bien, en fait, qu’elle peut tout à fait regarder les versions 16 bits dans les yeux ! Les graphismes sont lisibles, l’animation est irréprochable, et la qualité du thème musical est même supérieure à ce qu’on pouvait entendre sur Atari ST. De la belle ouvrage ! Bien sûr, cela ne corrige ni la jouabilité ni le game design, et cela ne fait qu’augmenter la frustration de découvrir un titre qui avait objectivement les arguments pour faire parler de lui s’il avait simplement été mieux pensé. Reste une expérience toujours aussi étrange et qui a au moins le mérite de ne pas ressembler à grand chose d’autre – frustrante, opaque et limitée, certes, mais aussi surprenante, ça compte quand même.

NOTE FINALE : 09/20
La version Commodore 64 de Time Machine vient nous rappeler à quel point l’équipe de Vivid Image était loin d’être composée d’artistes et de codeurs de seconde zone : techniquement, le jeu n’a vraiment pas grand chose à envier aux versions 16 bits. Un constat qui s’étend hélas à la jouabilité, qui montre toujours exactement les mêmes limites, mais en tant que portage, difficile de faire la fine bouche.
Version ZX Spectrum
| Développeur : Vivid Image |
| Éditeur : Mediagenic |
| Date de sortie : Septembre 1990 |
| Nombre de joueurs : 1 |
| Langue : Anglais |
| Support : Cassette |
| Contrôleurs : Clavier, joystick Kempston |
| Version testée : Version cassette testée sur ZX Spectrum 128l |
| Configuration minimale : RAM : 48ko |

Inutile de faire durer le suspense : évidemment que Time Machine sur ZX Spectrum correspond exactement à ce qui avait déjà été observé sur Amstrad CPC, puisque cette dernière version était de toute façon un speccy port. Le bilan est exactement le même : pas de musique, pas de bruitages, pas d’animation de départ, et une fenêtre de jeu qui n’emploie qu’une seule couleur. Difficile de manifester un enthousiasme débordant devant ce qui est présent à l’écran – mais l’honnêteté oblige à reconnaître que cela n’impacte qu’assez marginalement l’expérience de jeu en elle-même… qui a toujours constitué, de toute façon, le véritable problème du titre. Une nouvelle fois, quitte à vouloir laisser une chance à Time Machine, demandez-vous si l’ordinateur de Sinclair est vraiment la meilleure plateforme pour le faire.
NOTE FINALE : 08,5/20
Passé par la moulinette à graphismes monochromes – et dépouillé de toute sa réalisation sonore – Time Machine ne ressort pas exactement grandi de son portage sur ZX Spectrum. Comme sur CPC, si vous n’êtes pas un mordu absolu de l’ordinateur de Sinclair, le mieux est sans doute simplement d’aller lancer une autre version du jeu.































































































































































































