Ascendancy

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Développeur : The Logic Factory, Inc.
Éditeur : Virgin Interactive Entertainment (Europe)
Titres alternatifs : Ascendancy : Macht der Allmacht (Allemagne), Ascendancy : De Galactische Uitdaging (Pays-Bas)
Testé sur : PC
Disponible sur : iPad, iPhone

Version PC

Date de sortie : 1995
Nombre de joueurs : 1
Disponible en Français : Oui
Version testée : Version CD-ROM française émulée sous DOSBox
Spécificités techniques : Graphismes : SVGA – Musique et sons : Ensoniq Soundscape, ES 688, Gravis UltraSound, Pro Audio Spectrum, Roland RAP-10, Sound Blaster/Pro/16/AWE 32, WaveJammer
Liens utiles : patch A.I. (VF) – patch maintenance 1.8.5 (VF)

La chose a certainement déjà été évoquée dans ces pages, mais au sein du firmament vidéoludique ne brillent pas que des astres éblouissants au milieu d’une masse de matière sombre. Il y a également des étoiles filantes: des jeux ayant bénéficié d’une fugace célébrité au moment de leur lancement avant de disparaître dans les ténèbres de l’anonymat, souvent accompagnés du studio qui les a développés.

Les possibilités de configuration sont limitées, et il manque surtout un mode de difficulté

À titre d’exemple, combien parmi vous ont déjà entendu parler de The Logic Factory? Derrière ce nom se cache une société américaine au parcours singulier: après avoir publié deux titres à la fin des années 90, la compagnie a sombré dans l’oubli avant de réapparaître en 2012, le temps de porter leur premier jeu, Ascendancy, sur iPhone, et d’annoncer une suite. Depuis? Nouveau silence radio, et le site internet de la société a même fermé ses portes en 2014. L’occasion de se pencher un peu sur ce titre, justement, succès critique à sa sortie, et de découvrir s’il méritait réellement de disparaître des radars pendant près de vingt ans ou s’il aurait mérité une série, voire même un reboot comme celui dont a récemment bénéficié Master of Orion.

Toute une galaxie s’offre à vous!

Ascendancy est un titre qui s’inscrit dans la tradition balbutiante de ce qu’on n’appelait pas encore les 4X à l’époque (le terme désignant les quatre axes du genre en anglais: « eXplore, eXpand, eXploit, eXterminate » dont l’équivalent français ne devrait pas poser trop de problème même aux moins bilingues de nos lecteurs).

Il n’y a absolument aucune option de tri ni aucun filtre dans l’interface du jeu

Ce mélange de gestion et de stratégie initié par Civilization en 1991 avait déjà commencé à faire des petits, parmi lesquels les excellents Master of Orion ou Master of Magic, mais représentait encore quelque chose de relativement neuf en 1995. Le but ici sera d’asseoir votre domination sur la galaxie… a priori. Je dis « a priori », car premier faux pas: l’objectif du titre n’est jamais clairement donné nulle part, pas même dans le manuel où il est spécifié que « ce sera à vous de le découvrir »(!). Si on peut imaginer que le but du jeu rejoigne celui des canons du genre, on ne pourra que s’agacer d’être lâché dans un programme sans même avoir la moindre notion de ce qu’on est censé y accomplir, ce qui traduit déjà un game design qu’on sent lacunaire. Qui joue à un jeu sans connaître les règles ni savoir comment on gagne?

Le développement de vos planètes représentera une part importante du jeu

Dans les faits, le logiciel a au moins le mérite de vous proposer un didacticiel très complet qui vous permettra de maîtriser l’interface et les différentes subtilités du titre, et on sera également heureux de profiter d’une aide directement intégrée dans l’interface via une simple pression de la touche Maj.

Les options de construction tournent exclusivement autour de trois axes plus la défense militaire

L’occasion de découvrir que vous allez commencer par développer une unique planète avant de lancer vos recherches scientifiques et d’acquérir le savoir nécessaire pour pouvoir coloniser votre système solaire, puis le reste de la galaxie. Le développement de toutes vos planètes sera basé sur trois axes qui ne varieront pas au cours de la partie: la production, l’agriculture et la recherche. Plus vos capacités de production seront importantes, plus vous produirez vite, et il en ira de même pour la recherche, la seule fonction de l’agriculture étant d’entretenir la croissance de la population qui vous fournira la main d’œuvre pour faire tourner vos usines et vos laboratoires. Il n’y a pas de commerce à proprement parler, pas de gestion politique (pas de mécontentement ou de révoltes), pas d’infrastructure à gérer: autant dire l’essentiel, mais cela a le mérite de clarifier les choses au moment de sélectionner vos priorités de développement.

Les combats se déroulent eux aussi sur une carte en 3D

L’exploration et le combat seront assurés par les seules unités que vous puissiez bâtir: vos vaisseaux spatiaux. Ceux-ci seront à concevoir composant par composant en fonction de plusieurs caractéristiques: puissance de feu, vitesse de déplacement, énergie, boucliers, etc. Au fil de vos recherches, vous débloquerez des dizaines d’améliorations qui finiront par représenter une liste d’autant plus pénible à parcourir qu’aucun composant n’est jamais considéré comme obsolète et qu’il est à la fois impossible d’opérer une quelconque forme de tri ni surtout de sauvegarder un modèle. Chaque fois que vous construirez un astronef, il faudra impérativement le concevoir de zéro, même lorsque vous serez en train de construire une flotte en vue d’une guerre imminente. Si ce louable effort de customisation a le mérite de rendre les combats un peu plus techniques, nettement moins aléatoires et un peu plus prenant que ceux de Civilization, il introduit en revanche une tare qui risque de rapidement assommer les fans les plus accomplis du genre: la microgestion.

Concevoir un vaisseau est une tâche moins amusante lorsque c’est le dixième en deux minutes

Dites-vous par exemple qu’une grande planète est constituée d’une bonne cinquantaine de cases sur lesquelles vous construirez vos bâtiments, en tenant compte d’un code de couleurs visant à offrir des bonus au type de structure approprié. Vous devrez donc sélectionner manuellement chacun des bâtiments à construire à chaque fois que la précédente construction sera terminée, et sans doute revenir démolir les structures les plus anciennes pour les remplacer par de plus performantes.

Autant dire que le développement d’une petite planète devra être farouchement optimisé…

C’est déjà chronophage, d’autant plus lorsqu’on réalise qu’absolument aucune option d’automatisation n’est disponible. Maintenant, imaginez-vous en train de reproduire la même chose sur plus de 70 planètes, ce qui n’aura strictement rien d’exceptionnel dans une partie lambda avec une galaxie de densité moyenne, et vous allez vite comprendre pourquoi la moindre partie s’étire sur des dizaines d’heures. De fait, 95% de votre temps de jeu risque de se limiter à choisir de construire un des trois types de bâtiments dans une liste et à recommencer, ce qui finit rapidement par présenter un intérêt ludique proche du néant. Autant vous y faire, car le jeu ne connaissant à ma connaissance ni victoire diplomatique ni victoire scientifique, votre seul salut passera par une conquête méthodique de toutes les planètes de la galaxie… face à une I.A. qui n’aura aucune chance.

La diplomatie est beaucoup trop limitée

Contrairement à ses illustres prédécesseurs, Ascendancy ne propose en effet qu’un unique mode de difficulté, où l’I.A. ne triche pas – ce qui est certes louable, mais demande du coup des routines de développement bien pensées, ce qui n’est pas le cas ici. Vous allez vite constater que vos adversaires développent leurs planète n’importe comment et ne font preuve d’aucune cohérence dans leurs décisions, choisissant souvent de vous déclarer la guerre un peu au hasard et de ne jamais se rendre quand bien même vous avez laminé 99% de leur empire. L’aspect diplomatique est de toute façon boiteux, pour ne pas dire foncièrement inutile: on ne peut pour ainsi dire rien y accomplir en-dehors d’un échange de cartes ou de recherches, et dans ce dernier cas vous devrez obligatoirement échanger TOUTES vos avancées contre celles de votre interlocuteur!

Beaucoup d’informations sont délivrées sur le moment et ne sont consultables nulle part

Un patch sera venu offrir une I.A. plus agressive et plus capable, mais il ne casse toujours pas des briques, et le fait est que les possibilités du jeu le réduisent un peu trop exclusivement à une conquête méthodique de la galaxie planète par planète face à une opposition très limitée pour qu’on puisse véritablement parler de 4X digne de ce nom. Pour ne rien arranger, l’aspect militaire lui-même montre vite ses limites: vous êtes bridé dans vos capacités de production à un certain nombre de vaisseaux dans votre flotte, ce qui fait que construire les modèles les plus petits et les moins puissants n’a absolument aucun intérêt, et les affrontements en eux-mêmes se jouent quasi-exclusivement sur la portée et la puissance de vos armes. Notons également des erreurs d’équilibrage flagrantes, comme le fait qu’il soit possible de découvrir via des fouilles archéologiques des percées scientifiques infiniment plus avancées que celle de tous les autres joueurs, ce qui peut donner un avantage indépassable grâce à un pur coup de chance.

La recherche se termine en eau de boudin, un peu comme le reste du jeu

C’est d’autant plus dommage que le titre sait se montrer authentiquement addictif lors des premières heures, notamment grâce à une réalisation musicale qui mérite d’être mentionnée ici. En terme d’atmosphère, Ascendancy n’a que peu de réels équivalents, et nombreux sont les joueurs à aimer le relancer uniquement pour bénéficier de ses thèmes musicaux (la vidéo de gameplay du jeu, en clôture de l’article, devrait vous aider à vous faire une idée). La variété des races extraterrestres laissait également entrevoir des possibilités grisantes, mais le fait est qu’une fois l’arc scientifique et la galaxie explorés, on n’a tout simplement pas grand chose d’autre à faire que de continuer à construire des bâtiments qui ne servent plus à rien et d’envoyer notre flotte vers le prochain système stellaire pour ajouter trois ou quatre planètes à notre empire microgéré. Frustrant, car on sent bien qu’avec quelques mois de rodage supplémentaires, il y aurait vraiment eu matière à proposer un titre majeur du genre, mais en l’état, le soufflé retombe trop vite et on a vite fait re retourner sur les ténors du domaine.

Vidéo – Quinze minutes de jeu :

NOTE FINALE : 13,5/20 En s'appuyant sur des codes du 4X bien installés depuis Civilization et Master of Orion, Ascendancy commence par fasciner le joueur grâce à sa densité, son ambiance prenante et sa musique hypnotique. Les premières minutes annoncent un titre addictif aux possibilités inépuisables... avant que la pratique ne dévoile très rapidement les affres d'un logiciel visiblement sorti trop vite et pas aussi bien pensé qu'on avait voulu le croire. Alourdi par une microgestion permanente et pas passionnante, rendu confus par des objectifs flous jamais détaillés, le titre de Logic Factory finit par sonner de plus en plus creux lorsqu'on réalise que l'expansion et la guerre sont les deux seuls réels axes de développement qu'il propose et que ceux-ci sont desservis par une I.A. pas à la hauteur. Si on aura envie de s'accrocher quelques heures, le temps de finir une partie et de découvrir ce que le jeu a à offrir, on risque en revanche de le remiser après coup et de ne plus y revenir avant longtemps. Dommage, pour un logiciel qui aurait pu être tellement plus que cela...

CE QUI A MAL VIEILLI : – Des objectifs flous, délivrés nulle part: peut-on seulement remporter la partie autrement qu'en tuant tout le monde? – Une I.A. ratée, même après le patch – Beaucoup, beaucoup trop de microgestion... – ...rendue d'autant plus fastidieuse qu'il n'y a aucune option d'automatisation – Un seul niveau de difficulté – Des options diplomatiques bien trop limitées – Un équilibrage bancal

Mega Man : The Power Battle

Développeur : Capcom Co., Ltd.
Éditeur : Capcom Co., Ltd.
Titre original : ロックマン・ザ・パワーバトル (Rockman : The Power Battle, Japon)
Testé sur : Arcade

La saga Mega Man (jusqu’à 2000) :

  1. Mega Man (1987)
  2. Mega Man 2 (1988)
  3. Mega Man 3 (1990)
  4. Mega Man (PC) (1990)
  5. Mega Man 4 (1991)
  6. Mega Man : Dr Wily’s Revenge (1991)
  7. Mega Man II (1991)
  8. Mega Man 3 : The Robots are Revolting (1992)
  9. Mega Man 5 (1992)
  10. Mega Man III (1992)
  11. Mega Man IV (1993)
  12. Mega Man 6 (1993)
  13. Mega Man X (1993)
  14. Mega Man V (1994)
  15. Mega Man X2 (1994)
  16. Mega Man Soccer (1994)
  17. Mega Man (Game Gear) (1995)
  18. Mega Man 7 (1995)
  19. Mega Man X3 (1995)
  20. Mega Man : The Power Battle (1995)
  21. Mega Man 8 (1996)
  22. Mega Man 2 : The Power Fighters (1996)
  23. Mega Man X4 (1997)
  24. Mega Man Battle & Chase (1997)
  25. Mega Man Legends (1997)
  26. Mega Man & Bass (1998)
  27. The Misadventures of Tron Bonne (1999)
  28. Mega Man X5 (2000)
  29. Mega Man Legends 2 (2000)
  30. Mega Man XTreme (2000)

Version Arcade

Date de sortie : 22 septembre 1995 (Japon) – 6 octobre 1995 (Amérique du Nord)
Nombre de joueurs : 1 à 2
Disponible en Français : Non
Version testée : Version américaine
Spécificités techniques : Hardware: CP System

Vidéo – L’écran-titre du jeu :

S’il est un mérite que personne ne pourra jamais retirer à la saga des Mega Man, c’est bien la constance de ses mécanisme de jeu. Du premier au dernier épisode, en passant par la série parallèle des Mega Man X, la formule qui avait fait le succès de l’opus initial de 1987 n’aura pour ainsi dire jamais varié: une sélection de niveau à faire dans un ordre choisi par le joueur, des boss distribuant chacun un nouveau pouvoir au héros et présentant tous un point faible face au pouvoir d’un autre boss, et un niveau final fait d’une suite de stages dans la forteresse du grand méchant (à savoir le sempiternel Dr. Wily pour la série initiale).

Les trois personnages se jouent tous exactement de la même manière

On sait pourquoi on signe, on le retrouve d’un bout à l’autre, et je laisse au lecteur le soi de décider s’il faut féliciter Capcom de ne jamais avoir cherché à réinventer la poudre en modifiant des mécanismes qui convenaient à tout le monde ou râler de l’absence totale de prise de risque d’une série qui accomplit certes beaucoup de choses, mais qui ne surprend pratiquement jamais. « Pratiquement », car la formule aura bel et bien connu des écarts: le premier et non des moindres étant de l’adapter aux salles d’arcade, où les jeux d’action/plateforme n’avaient plus vraiment la cote en 1995. Qu’en faire, alors? Eh bien mais le genre roi de la période, et un de ceux où Capcom était un maître incontesté: un jeu de combat, pardi! Ainsi débarqua Mega Man : The Power Battle.

Mega Man comme vous ne l’aviez encore jamais vu!

Que propose cette première incursion de Mega Man sur borne? Très simple: l’une des marques de fabrique de la saga, ce sont bien sûr ses fameux combats de boss. Pourquoi ne pas organiser le jeu uniquement autour de ces séquences, en bazardant au passage l’intégralité des niveaux qui les précèdent?

Dommage qu’on ne sache pas à l’avance quel boss on affronte ni où

Un très bon moyen de basculer vers un format nerveux adapté aux parties courtes sans trahir l’esprit de la saga. Et puisque le robot créé par le Dr. Light est une création un peu spéciale dont la principale capacité est de voler les pouvoirs adverses, on se doute que l’affrontement entre humains, voué à opposer des robots fondamentalement déséquilibrés, n’aurait pas vraiment de sens: autant donc placer un mode deux joueurs en coopératif qui fera immanquablement penser au Monster Maulers développé par Konami deux ans plus tôt, et on tiendra alors le menu d’un jeu qui devrait immédiatement attirer l’attention des fans de la licence.

Les fans de la saga ne retrouveront que des visages connus

Vous prendrez donc les commandes de Mega Man… ou de deux autres robots aux capacités très similaires: le mystérieux Proto Man, première création du Dr. Light apparue dans Mega Man 3, ou le sombre Bass, apparu pour sa part dans Mega Man 7, et entretenant lui aussi avec le Dr. Wily une relation assez conflictuelle en dépit du fait que le grand méchant de la saga soit son concepteur.

Le combat final n’est pas franchement plus redoutable que les autres

Plus original: le jeu vous propose au lancement de la partie trois parcours différents (avant l’éternelle citadelle maléfique du Dr. Wily): l’un vous confrontera à des robots issus des deux premiers épisodes, un autre à une sélection tirée des épisodes 3 à 6, et le dernier sera constitué de boss venus de Mega Man 7. L’occasion de se concentrer sur les fondamentaux: observer, apprendre, réagir, choisir la bonne arme, et enchainer jusqu’au boss final – avec, en route, quelques habitués comme le célèbre Yellow Devil de Mega Man premier du nom. La jouabilité, très fidèle à la saga, repose sur trois boutons: un bon tirer (avec une charge possible), l’autre pour sauter et le dernier pour sélectionner votre pouvoir parmi ceux des boss que vous aurez vaincus – et dont l’utilisation sera limitée mais réinitialisée à chaque combat. On notera également la présence d’un dash en effectuant bas + saut, et qui viendra enrichir votre panoplie en accroissant votre mobilité.

Gemini Man n’a pas volé son nom, comme tous les autres ennemis du jeu

Quel que soit le parcours choisi, vous arriverez alors sur une carte… où vous ne pourrez pas choisir votre prochaine destination – ou du moins, pas aussi directement que d’habitude.

Le décor n’est jamais réellement mis à contribution pendant les combats

Le jeu lance en fait une roulette que vous pourrez interrompre sur le niveau qui vous intéresse par simple pression d’un bouton, mais puisque vous n’avez aucun moyen de savoir d’avance quel boss se cache dans quel niveau, il faudra commencer par faire marcher votre mémoire pour espérer vous façonner le « parcours idéal » qui est toujours en vigueur ici puisque chaque boss a toujours un point faible. L’affrontement peut alors commencer et vous laisser l’occasion de vous adonner à ce que vous êtes venu chercher: du combat de boss à la Mega Man, avec la possibilité d’y mêler un ami en guise de cerise sur le gâteau.

La réalisation est inattaquable, mais les patterns sont trop simples

Sachant que l’on parle d’un titre Capcom de 1995, inutile de faire durer le suspense: du côté de la réalisation comme de celui de la jouabilité, difficile d’attaquer ce Mega Man : The Power Battle.

Employer la bonne arme écourtera encore un peu les affrontements

Les graphismes sont très colorés, l’animation est parfaite, les thèmes musicaux de la série répondent présents (mais pas toujours là où on les attend), les commandes répondent au quart de tour, et si les robots de base sont d’une taille mesurée, autant dire que le boss final ou Yellow Devil, eux, sont des sprites très impressionnants, qui parviennent malgré tout à ne jamais réellement trahir la patte graphique de la saga. Bref, on en prend plein les yeux, plein les oreilles, et on assimile le gameplay en une poignée de secondes… ce qui fait que les amateurs de technicité exigeante prêts à s’entraîner pendant des heures avant de maîtriser un personnage risquent, pour le coup, de rester sévèrement sur leur faim: pas de combos impossibles, pas de finish moves, pas de quarts de cercle ou de coups spéciaux de la mort; le titre est vraiment très simple à prendre en main. Si simple, en fait, que le défi est objectivement très mesuré.

Junk Man n’est pas très dangereux tant que vous le gardez à distance

Si vous êtes un joueur chevronné, ou même simplement ayant un minimum d’expérience dans le domaine des jeux de combat, autant le préciser d’emblée: le seul moyen que le programme vous résiste un peu est de vous imposer une limite d’un seul crédit par partie.

Certains pouvoirs sont beaucoup plus polyvalents que d’autres

Dans le cas contraire, vous réaliserez vite que dompter un boss à partir de votre simple tir de base n’a rien d’insurmontable, et que ça n’est que plus vrai en vous y mettant à deux ou en employant le bon pouvoir. Même sur le parcours le plus exigeant (à savoir le dernier), la difficulté tient davantage à la médiocrité de vos pouvoirs secondaires qu’à une opposition assez lisible qui ne devrait vous demander que peu d’entrainement pour en venir à bout. Sachant qu’en cas de défaite, continuer la partie vous remettra au milieu du combat sans même que votre ennemi ne regagne une portion de sa vie, la durée de vie du jeu n’atteint même pas les quarante minutes – et encore, en enchainant les trois parcours – face à un joueur aux poches pleines!

Les combats sont souvent trop vite pliés

Autant dire que cela impacte fatalement les prétentions du titre à vous distraire sur le long terme: la jouabilité ne nécessitant aucune forme de pratique, et les boss étant vite maitrisés, on n’a tout simplement pas de réelle raison de relancer une partie une fois le jeu fini en-dehors d’une éventuelle envie de se changer les idées dix minutes.

C’est vraiment joli

Le jeu présente à ce titre exactement les mêmes limitations que Monster Maulers en pire: la courbe d’apprentissage très rapide rend la prise en main immédiate, certes, mais une fois le (maigre) défi vaincu, les raisons d’y revenir sont objectivement très minces – sauf à aimer vaincre en boucle un adversaire dont vous êtes déjà venu à bout des dizaines de fois. Avec une vingtaine d’ennemis au compteur, on aurait pourtant largement aimé y engloutir davantage de temps, mais autant s’y faire: on se retrouve une nouvelle fois face à un jeu destiné à faire diversion dix minutes, ce qui explique certainement qu’il n’ait pas été porté sur les systèmes domestiques. Les amateurs du genre passeront un aussi bon moment que les joueurs occasionnels, mais il y a fort à parier que les uns comme les autres passent très vite à autre chose, ce qui est un peu dommage. Cela n’ôte rien aux qualités du titre de Capcom, mais sachez bien à quoi vous attendre en démarrant la borne.

Vidéo – Combat : Megaman vs. Gutsman :

NOTE FINALE : 14,5/20 Mega Man : The Power Battle est une adaptation assez radicale de la série culte de Capcom au format arcade: désormais amputé de toute sa partie action/plateforme, le jeu se concentre intégralement sur les combats de boss, seul ou à deux. Si cela peut sonner comme une forme de trahison de la sacro-sainte formule qui a fait la renommée de la saga, les amateurs des combats de boss originaux seront d'autant plus aux anges que le jeu de combat est clairement un domaine où Capcom n'a jamais rien eu à prouver à personne: réalisation irréprochable, gameplay nerveux, et un multijoueur en coopératif qui se permet d'aller jouer sur des terres où Monster Maulers était jusqu'ici très seul. On appréciera que la stratégie, l'observation et l'expérimentation priment sur la technique pure, mais on regrettera que cela soit un peu gâché par une difficulté aux abonnés absents qui risque, ironiquement, d'aliéner le titre auprès des fans d'une série d'ordinaire plutôt exigeante. Un titre sympathique à faible dose, facile à prendre en main et immédiatement amusant, mais qui s’essouffle un peu trop vite pour son bien.

CE QUI A MAL VIEILLI : – Des combats trop simples, quel que soit le parcours choisi – Seulement trois personnages jouables, aux capacités très proches – Le choix de niveau remplacé par une roulette qui pénalise un peu l'aspect stratégique de l'ordre d'affrontement des boss

The Adventures of Batman & Robin (Mega-CD)

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Développeur : Clockwork Tortoise Inc.
Éditeur : SEGA Enterprises Ltd.
Testé sur : Mega-CD

Version Mega-CD

Année de sortie : 1995
Nombre de joueurs : 1
Disponible en Français : Non
Version testée : Version européenne
Spécificités techniques :

La vie de testeur n’est pas tous les jours facile. En-dehors du temps consommé par les tests, par la rédaction des articles, par le fait de parvenir à avancer dans les jeux, la simple façon de classer les logiciels est parfois un casse-tête.

Et je les reconnais comment, les civils, Einstein?

The Adventures of Batman & Robin est à ce titre un cas d’école: figurez-vous que non seulement pas moins de quatre jeux vidéo portant ce nom sont sortis en moins d’un an, entre 1994 et 1995, sur quatre systèmes différents, mais qu’en plus ces quatre titres n’ont strictement rien à voir entre eux, pas même les deux seuls à avoir été développés par la même équipe, à savoir l’éphémère studio de Clockwork Tortoise (qui n’aura à ma connaissance publié que deux logiciels portant donc tous les deux le même nom, pour ceux qui suivent). Du coup, quelle approche adopter? Un test massif constitué de quatre pavés, ou bien quatre tests séparés? Sachant que l’on n’a pas affaire ici à des adaptations ou à des variations, mais bel et bien à quatre titres développés indépendamment et ne recouvrant même pas nécessairement le même genre, autant dédier à chacun d’entre eux le temps et l’attention qu’il mérite. Penchons-nous donc aujourd’hui sur un des plus étranges des quatre, The Adventures of Batman & Robin, donc, dans son itération Mega-CD.

La prochaine fois que vous voudrez sauver Gotham, prenez plutôt le métro

Pourquoi « étrange »? Je ne sais pas à quoi vous vous attendez lorsqu’on vous parle d’une adaptation de Batman (et Robin, même si pour le coup vous ne le verrez pas beaucoup mais nous y reviendrons), mais le justicier à la cape étant une sorte de vigilante nocturne, on est en droit de s’attendre à un beat-them-all ou à un jeu d’action/plateforme à l’image de l’excellent titre de Sunsoft sur NES, ou de 99% des adaptations mettant en scène l’homme chauve-souris.

Toi aussi, cherche le message caché dans une image

Perdu! Pour l’occasion, c’est bien au volant de la Batmobile que vous passerez la quasi-totalité du jeu – « quasi » car le dernier niveau, lui, vous placera aux manettes du Batwing. L’objectif sera en effet de vous faufiler au sein de la très dense circulation de Gotham pour intercepter divers méchants de la série animée afin de secourir le commissaire Gordon et votre coéquipier Robin, dont le seul et unique rôle se limitera, comme souvent, à vous donner une raison d’enfiler le masque pour aller leur sauver la mise. On se retrouve donc, sur le papier, avec une sorte de clone de Chase H.Q. – à la différence près que vous pourrez cette fois bénéficier de l’armement de votre véhicule pour faire le ménage, exactement comme lors des séquences de conduite de l’itération CD de Batman Returns d’où le titre tire de toute évidence son inspiration.

Les excellentes cinématiques du jeu constitueront votre seule raison de vous accrocher

Le papier, c’est une chose, mais une fois la manette en mains, les choses deviennent immédiatement moins emballantes. Par l’absurde, The Adventures of Batman & Robin nous démontre la stupidité fondamentale de concept de Batmobile : vous avez déjà essayé de combattre le crime en étant pris dans les embouteillages sur le périphérique nord, vous?

La réalité virtuelle, c’est aussi nul qu’en vrai

Le titre de Clockwork Tortoise met en effet un point d’honneur à vous bombarder – littéralement – d’obstacles en tout genre pour vous empêcher à tout prix de réaliser ce qui pourrait ressembler au principe de base d’un jeu de course, à savoir aller vite. La densité de véhicules est telle qu’il est pratiquement impossible d’atteindre un 50 à l’heure de croisière – et les choses deviennent carrément cauchemardesques quand vos ennemis décident de vous jeter au visage, par brassées entières, des cochonneries pratiquement inévitables pour vous freiner encore un peu plus – sachant que la résistance de votre voiture n’est pas illimitée et que sa destruction vous vaudra naturellement la perte d’une vie. Autant dire que venir à bout des six malheureux niveaux du jeu risque de se révéler beaucoup plus difficile que prévu.

Ce n’est pas spécialement beau, mais si encore ça allait vite…

Autant vendre la mèche sans tarder: The Adventures of Batman & Robin accomplit tout simplement l’exploit de n’être strictement jamais amusant, dans aucune circonstance. Les rares moments où on a l’impression d’être maître de notre véhicule plutôt que d’être aux commandes d’une boule de flipper ne dégagent qu’un sentiment de frustration mâtiné d’ennui, d’autant que la réalisation graphique à peine honnête du jeu ne délivre jamais la moindre sensation de vitesse, même lors des rares fois où le jeu nous laisse accomplir une ligne droite sans obstacles pendant plus de deux secondes.

Il a l’air chouette, ce combat de boss, dommage qu’on se contente de le regarder

En fait, la seule satisfaction viendrait plutôt de la très bonne musique CD, extrêmement efficace, qui nous fait amèrement regretter qu’elle n’accompagne pas un titre rapide, nerveux, ou tout simplement ludique. D’ailleurs le seul prétexte pour s’accrocher vaille que vaille et tenter de voir la suite en dépit de la difficulté du jeu, ce sont bien les scènes cinématiques abritées par le CD-ROM. Et pour cause: celles-ci constituent rien de moins qu’un épisode inédit de la célèbre série animée – sans doute pas le mieux écrit, certes, puisqu’il se limite à une suite de mauvais prétextes pour faire la tournée des grands méchants du jeu, mais rempli d’explosions, de scènes d’action, de combats et de tout ce qu’on aurait bien aimé voir dans le jeu si un crétin n’avait pas eu l’idée saugrenue de nous coincer au milieu de la circulation.

Le Batwing est encore plus pénible à piloter que la Batmobile

On en vient d’ailleurs à se demander si l’équipe de Clockwork Tortoise – également responsable d’un autre épisode beaucoup plus réussi sur Megadrive – n’a pas tout simplement été chargée de programmer n’importe quoi pour occuper les joueurs entre les extraits du dessin animé.

« Hé, Batman! Qu’est-ce qui porte ton nom et qui a le même effet qu’un laxatif? »

Sans rien révolutionner, le titre aurait au moins pu être vaguement divertissant, mais il donne plutôt l’impression de rejouer à une sorte de worst of des passages les plus ratés du Batman publié par Ocean six ans plus tôt. Autant dire que même les fans les plus irréductibles du justicier nocturne risquent de faire la grimace, sauf à apprécier le concept du jeu de course où on n’a pas le droit d’aller vite, dans des environnements moches et tous semblables, avec une vitesse absente et une difficulté imbuvable. Dans tous les cas, le constat est assez clair: si vous voulez vraiment vous essayer aux aventures de Batman et Robin, mieux vaut commencer par n’importe lequel des autres jeux portant le même nom.

Vidéo – Cinq minutes de jeu :

NOTE FINALE : 09/20 Surprise! Alors qu'on s'attendait à voir l'homme chauve-souris et son comparse endosser leur costume pour un énième titre d'action/plateforme ou pour un beat-them-all, c'est derrière le volant de la Batmobile (et un peu celui du Batwing) que nous place The Adventures of Batman & Robin sur Mega-CD et nulle part ailleurs! Un choix audacieux qui vient s'inscrire dans le gameplay qui avait déjà sauvé l'adaptation de Batman Returns sur cette console... sans parvenir à faire aussi bien, cette fois. Coincé sur une portion de route qui doit représenter 10% de l'écran, à louvoyer entre le flot délirant de cochonneries envoyées par des adversaires increvables au milieu de décors qui peinent atrocement à se renouveler, on se demande si on a acheté une aventure de Batman ou un simulateur d'embouteillages dans le Lincoln Tunnel. La difficulté exaspérante achevant de rendre l'expérience plus fastidieuse qu'autre chose, on se surprend à penser qu'on passerait finalement un meilleur moment à profiter des cinématiques issues d'un épisode inédit de la série qu'à s'ennuyer face à un concept vidéoludique qui devait déjà approcher ses quinze ans à l'époque. Un ratage sans intérêt.

CE QUI A MAL VIEILLI : – Difficulté pénible – Concept ultra-limité – Plaisir de jeu inexistant – Absence totale de variété – Sensation de vitesse ratée

Alien Soldier

Cette image provient du site https://segaretro.org

Développeur : Treasure Co., Ltd.
Éditeur : SEGA Enterprises Ltd.
Titre alternatif : エイリアンソルジャー (graphie japonaise)
Testé sur : Megadrive
Disponible sur : Linux, Macintosh, Wii, Windows
En vente sur : Nintendo eShopSteam.com

Version Megadrive

Année de sortie : 1995
Nombre de joueurs : 1
Disponible en Français : Non
Version testée : Version européenne
Spécificités techniques : Sauvegarde via un système de mot de passe

Vidéo – L’introduction du jeu :

Alors que commencent à être commercialisées, au moment où j’écris ces lignes, la PlayStation 5 et la Xbox Series, il est temps de reconnaître que la tentation de la nouveauté est souvent un moteur puissant dans le domaine vidéoludique. En 1995, la PlayStation première du nom, justement, avait à la fois signalé le début de l’ère 32 bits et celui d’une déferlante qui allait placer Sony au sommet d’un secteur que l’on pouvait jusqu’alors résumer à une guerre entre Nintendo et SEGA.

Prenez le temps d’assimiler les commandes, vous en aurez besoin

Tout le monde se demandait quelle forme allait prendre la prochaine console de la firme au plombier moustachu, tout le monde se demandait si la Saturn allait connaître le succès de la Megadrive, tout le monde semblait déjà avoir oublié l’éphémère Jaguar, bref, le sujet qui n’intéressait plus personne, c’était bien les consoles 16 bits. Et voilà comment les projecteurs de la presse d’alors, tout entiers dirigés vers l’éternelle prochaine révolution des nouvelles consoles à venir, ne jeta qu’un regard distrait sur quantité de titres qui, désormais développés par des programmeurs qui connaissaient les machines sur le bout des doigts pouvaient pourtant largement prétendre à figurer parmi les meilleurs de leur génération. Ainsi, un jeu tel qu’Alien Soldier, pourtant programmé par les faiseurs de miracles de chez Treasure (révélés par l’excellent Gunstar Heroes deux ans plus tôt), passa totalement sous les radars, au point de ne même pas connaître de distribution physique en Amérique du Nord. Et bon sang, c’était une sacrée injustice.

Alien Soldier, un jeu qui en a dans le ventre!

À première vue, le titre de Treasure épouse le genre du jeu qui les a fait connaître: celui d’un run-and-gun trépidant (exclusivement solo, cette fois) et tirant parfaitement parti des capacités de la Megadrive – une sorte de marque de fabrique pour ce studio fondé par des anciens de chez Konami.

Combat en chute libre!

Le scénario, que vous pourrez lire dans l’introduction visible ci-dessus est… eh bien, un tel foutoir que même l’auteur de science-fiction bilingue que je suis a renoncé à chercher à y comprendre quelque chose. Vous êtes un soldat extraterrestre nommé Epsilon-Eagle en route pour se venger d’un autre mercenaire alien nommé Xi-Tiger, c’est largement suffisant, et vous allez de toute façon réaliser que l’histoire n’a absolument aucun intérêt d’un bout à l’autre. En fait, en dépit de son pavé introductif à rallonge, vous allez rapidement constater qu’Alien Soldier est un jeu qui va à l’essentiel: il est composé à 90% d’une succession de combats contre des boss massifs, simplement entrecoupés de courtes phases d’action qui ne seront qu’un prétexte pour vous refaire une santé et éventuellement changer ou booster votre équipement. Autant être prévenu tout de suite: vous êtes face à un boss rush, et analyser et décrypter des patterns tout en faisant jouer vos réflexes et votre stratégie sera, pour ainsi dire, la raison d’être du gameplay.

L’environnement tiendra souvent une grande place dans la façon de mener un affrontement

Ce gameplay sera d’ailleurs le centre du jeu, et on peut dire qu’à ce niveau comme pour le reste, Treasure ne s’est clairement pas fichu du monde. Vous commencerez chacun des 25 stages du jeu en choisissant quatre armes parmi une liste de six: lance-flammes, tir à tête chercheuse, laser, tir dispersé, tout y passe – et si un tir a tendance à être d’autant plus puissant que sa portée est limitée, vous réaliserez vite qu’à l’instar de ceux de Mega Man, chaque boss est plus ou moins sensible à certains types d’attaques.

Le point faible de ce boss est dans son dos, alors soyez mobile

Le jeu vous laisse totalement paramétrer l’interface, et dispose même de deux modes de difficulté histoire de vous vous laisser vous faire les griffes sur un défi (légèrement) plus abordable si le cœur vous en dit. Puis il vous donne une liste des commandes, et un conseil: vous feriez bien de soigneusement la retenir avant de lancer la partie, car elles seront toutes vitales et on ne peut pas dire que vous aurez franchement le temps de les assimiler avant d’être confronté au premier boss: votre héros peut sauter, planer, marcher au plafond, se téléporter, changer d’arme, parer des projectiles pour les transformer en bonus de santé, fixer la direction de son tir – tout ça avec trois boutons. Le pire, c’est que la jouabilité est objectivement excellente… une fois les différentes possibilités assimilées, et on regrettera à ce titre que le programme ne vous propose pas une salle d’entraînement pour vous faire la main avant de vous lâcher dans le feu de l’action. Parce qu’une fois la partie lancée, le moins qu’on puisse dire est que vous n’aurez pas le temps de vous ennuyer!

Le menu fretin n’est là que pour vous faciliter la vie

Le principe, comme on l’a vu, est simplissime: un bref couloir rempli d’ennemis histoire de vous refaire la cerise entre deux boss – et le boss, justement, avec sa jauge, son chronomètre, ses techniques et son environnement. Les variations sont aussi rares qu’anecdotiques; ce qui compte ici, c’est bel et bien ces affrontements dantesques, le reste n’est que de la mise en bouche.

Combat sur un bateau contre un homard géant!

Mais bon sang ce que ces combats mettent dans le mille, grâce aux nombreuses capacités de votre héros, grâce à la jouabilité absolument parfaite, mais aussi et surtout grâce à une réalisation totalement inattaquable. Les captures d’écran vous donneront déjà un indice, mais il faut voir le jeu en mouvement pour réaliser l’évidence: c’est très beau, ça va très vite, ça bouge dans tous les sens, et on n’a vraiment pas le temps de s’ennuyer une fois la partie lancée. Votre personnage, déjà massif, affronte des boss qui occuperont parfois la moitié de l’écran, le tout dans une action ultrarapide qui tend à rappeler ce que le processeur de la Megadrive avait réellement dans le ventre.

Choisissez le bon tir au bon moment!

Autant le dire, c’est détaillé, coloré, extrêmement bien animé, et souvent si impressionnant que le titre n’aurait sans doute pas dénoté au milieu du catalogue des premières années de publication de la Neo Geo! Le plus fort est qu’en dépit de quelques clignotements qui ne pénalisent jamais l’expérience de jeu, pas un seul ralentissement ne se produira de toute la partie – si la Megadrive avait proposé des jeux de ce niveau de maîtrise dès sa sortie, elle n’aurait pas seulement rivalisé avec l’arcade, elle l’aurait enfoncée dans les grandes largeurs!

La taille des boss fait plaisir à voir!

De fait, une fois la prise en main assimilée – soit le temps de quelques douloureux échecs, mais le titre vous propose de toute façon des continues illimités vous replaçant directement avant la séquence du dernier boss rencontré et même des mots de passe – le principe est aussi limpide que génial, et le plaisir est total.

Vous voulez de l’action? En voilà, de l’action!

On est toujours pressé de voir la prochaine créature dantesque qui viendra se placer sur notre route, on savoure chaque manœuvre audacieuse réalisée avec succès, on jubile d’être venu à bout de ce boss qui nous résistait depuis dix tentatives, on en prend plein les yeux et les oreilles, et l’adrénaline ne retombe pratiquement pas. Certes, on aurait parfois aimé un peu plus de variété dans le déroulement – mais on comprendra aisément que la sortie du jeu ait été précipitée, le marché 16 bits étant alors en train de s’effondrer, et on remerciera surtout Treasure d’avoir préservé l’essentiel avec une maestria qui laisse rêveur.

Je vais te réchauffer!

Si vous cherchez un titre à la hauteur des Gunstar Heroes ou des Super Probotector, inutile d’aller chercher plus loin: on touche ici à la crème de la crème, et surtout à un principe vraiment original dans l’univers vidéoludique 16 bits où le concept du boss rush demeure une rareté. Les premières minutes seront sans doute un peu hésitantes, mais prenez le temps de dompter le monstre, et vous devriez passer un excellent moment. À découvrir et à essayer.

Vidéo – Les quatre premiers stages du jeu :

NOTE FINALE : 18,5/20 Autant prévenir tout de suite: Alien Soldier n'est clairement pas un jeu qui prend le temps de vous mettre à l'aise. Lâché en plein milieu de l'action, bombardé de possibilités qui ne lui évoquent rien dans un contexte où il n'a pas vraiment le temps de les mettre en usage, le joueur risque de vivre des premiers moments difficiles évoquant davantage un bizutage qu'une prise en main modèle. Mais une fois les principes assimilés, pardon! Le titre de Treasure devient alors un des Run-and-Gun les plus impressionnants, les plus techniques et les plus jouissifs de toute l'ère 16 bits, avec une réalisation bluffante, une adrénaline permanente, une courbe d'apprentissage très satisfaisante et un défi solide. Naturellement, inutile de dire qu'être allergique au concept du boss rush sera un frein au plaisir que pourra vous procurer l'expérience, mais le titre mérite largement que vous lui sacrifiez un quart d'heure le temps de vous laisser happer. Quitte à avoir une Megadrive, ne pas jouer à Alien Soldier dessus serait une grave erreur. À posséder!

CE QUI A MAL VIEILLI : – Prise en main délicate... – ...avec une courbe d'apprentissage assez raide – Quelques clignotements – Déroulement extrêmement linéaire: un couloir, un boss, et on recommence

Bioforge

Cette image provient du site https://www.mobygames.com

Développeur : ORIGIN Systems, Inc.
Éditeur : ORIGIN Systems, Inc.
Titre alternatif : Interactive Movie 1 (titre de travail)
Testé sur : PC
Disponible sur : Windows (7, 8, 10)
En vente sur : Gog.com

Version PC (CD-ROM)

Année de sortie : 1995
Nombre de joueurs : 1
Disponible en Français : Oui
Version testée : Version CD-ROM émulée sous DOSBox
Spécificités techniques : Graphismes : VGA – Musique et sons : Adlib, General MIDI, Roland MT-32, Sound Blaster/Pro/AWE 32, Wave Blaster

Vidéo – L’introduction du jeu (en français) :

Au début des années 90, on se souvient que le PC, jusqu’ici ordinateur de bureau hors de prix qui ne semblait bon qu’à faire tourner quelques simulateurs de vol, quelques jeux d’aventure américains et pas grand chose d’autre, était soudain entré dans l’univers vidéoludique par la grande porte. Parmi la multitude de raisons expliquant cette mutation soudaine (explosion de la capacité des processeurs, baisse des prix, démocratisation du VGA et des cartes sonores, stagnation des ordinateurs concurrents), on pourra citer l’apport d’ORIGIN Systems.

Préparez-vous à lire. Beaucoup

La compagnie fondée par Richard Garriott était alors au sommet de sa forme, et après les impressionnants succès critiques et commerciaux de titres comme Serpent Isle, Ultima Underworld, System Shock, sans oublier la sublime saga des Wing Commander, chacun de ses logiciels était véritablement attendu comme le messie – ce qui tombait bien puisque, pour la firme américaine, le PC était indéniablement la machine de référence. Malheureusement, autour du milieu de la décennie, les choses étaient en train de tourner un peu. La pression constante d’Electronic Arts commençait à avoir des effets palpables sur la qualité des titres développés, Ultima VIII avait été sensiblement moins bien accueilli que les épisodes précédents, et le marché vidéoludique menaçait une énième fois de se déplacer vers la nouvelle génération de consoles sur laquelle la firme américaine était nettement moins bien implantée. Parmi les jeux d’ORIGIN bien reçus à leur sortie mais n’ayant pas connu le succès qu’on attendait, on pourra citer un cas d’école: Bioforge.

Égaré sur une planète inconnue sans même savoir qui vous êtes…

Une planète inconnue sur laquelle se pose une navette spatiale. Un corps inconscient traîné par deux hommes armés. Un passage d’une rare brutalité sur le billard. Et un homme qui se réveille dans un corps cybernétique qui n’est plus vraiment le sien, au milieu d’une cellule, avec un robot-infirmière qui lui interdit de se lever, tandis que le sol tremble et qu’une alarme se fait entendre.

La 3D du jeu a très bien vieilli

Ainsi débute Bioforge, sans autre indication, sans contexte, sans tutoriel, et ce cyborg dans sa cellule, vous l’aurez compris, c’est bien entendu le personnage que vous allez incarner. Sans aucun souvenir de votre identité, vous allez devoir survivre et mener l’enquête, retrouver celui qui vous a transformé en cyborg, et si possible découvrir qui vous êtes – avant de fuir cet endroit maudit. Un programme aujourd’hui classique – le principe de l’amnésie est depuis devenu une sorte de cliché du game design – mais qui reste largement assez prenant pour qu’on se décide à prendre les commandes, curieux d’en savoir plus sur cette planète et sur les mystérieux responsables de notre enlèvement, dans une quête à la Old Boy version SF.

La mise en scène du titre est globalement très réussie

Le titre se voulait originellement un film interactif, il aura finalement pris la forme d’un jeu en 3D mis en scène à travers des caméras fixes, marchant ainsi directement dans les pas d’Alone in the Dark – et précédant même d’un an la future référence qu’allait être Resident Evil. La jouabilité, hélas intégralement au clavier, vous demandera nécessairement un passage par la carte de référence, car elle n’est pas configurable.

Le jeu comporte également son lot de petits puzzles

À l’instar d’Ečstatica, il n’y a aucune interface visible à l’écran, mais les informations sur l’état de santé de votre personnage pourront cette fois être consultées via un écran de diagnostic accessible via la touche D, un journal consultable en appuyant sur J sera tenu automatiquement à jour pour vous aider à garder le fil du récit, et les (rares) options s’afficheront en appuyant sur O plutôt que sur la touche Échap. Tous les déplacement s’effectueront via le pavé numérique, et le système de combat, activable via la touche C, se basera sur des combinaisons entre ce pavé et les touches Ctrl (pour les pieds) et Alt (pour les poings) qui délivreront pas moins de 18 coups différents, sans compter la possibilité d’utiliser une arme. Si les commandes répondent bien, on pourra regretter la lourdeur assez dommageable de votre personnage, qui donne le sentiment de piloter un char d’assaut pendant l’essentiel de la partie.

Pour fuir, il faudra alimenter ce vaisseau en énergie

En termes ludiques, autant prévenir immédiatement que le jeu porte en lui toutes les scories du genre initié par Alone in the Dark, et même plus: la lisibilité offerte par les angles de caméra n’est pas toujours optimale, le maniement des objets et de l’inventaire n’est pas très naturel, les combats sont raides et assez fouillis – il faudra sans doute un peu de temps pour apprendre à dompter la jouabilité, mais attendez-vous de toute façon à rencontrer des difficultés pour franchir une porte où activer un objet jusqu’à la fin du jeu.

Le jeu sait varier ses ambiances, même s’il ne s’étend pas sur des kilomètres

Cela passe d’autant plus mal que là où un titre comme Ečstatica proposait une structure ouverte et une difficulté finalement assez abordable une fois qu’on avait assimilé quelques principes simples, Bioforge fait lui le choix d’une linéarité à toute épreuve, d’un déroulement ultra-punitif où vous pourrez mourir d’avoir choisi le mauvais tournant et devoir recommencer la partie pour avoir manqué un objet, et d’un défi redoutable avec des combats qui ne laissent pas le droit à l’erreur face à des ennemis souvent bien mieux équipés que vous, très peu d’occasions de se soigner, sans oublier quelques passages chronométrés absolument atroces, surtout avec les faiblesses identifiées plus haut dans la jouabilité du titre. La progression est loin d’être évidente, et il faudra souvent cogiter longtemps pour comprendre ce que vous êtes censé faire. Mieux vaut donc être prévenu: le titre d’ORIGIN Systems n’est pas une balade de santé, et espérer le terminer demandera à être prêt à recommencer les mêmes passages à de nombreuses reprises.

L’ambiance du jeu est clairement pensée pour un public adulte

Cela explique peut-être en partie les mauvaises ventes du titre à sa sortie, en dépit de critiques assez laudatives. Car en dépit de toutes ses maladresses, Bioforge a également de nombreuses qualités à faire valoir, la première et non des moindres étant sa réalisation absolument superbe pour un titre de 1995. L’ambiance d’isolement sur une planète extraterrestre est parfaitement rendue via une 3D précalculée très travaillée qui a, pour le coup, très bien vieilli.

Un passage en apesanteur original… mais pas très jouable

Les angles de vue choisis sont très cinématographiques, les modèles 3D sont vraiment détaillés pour la période – vous pourrez même voir votre personnage se couvrir de sang et traîner la jambe s’il accumule les blessures. Le titre était également l’un des tout premiers à faire usage d’une forme primitive de Motion Capture. L’ambiance sonore n’est pas en reste, avec des thèmes planants et angoissants et quantité de bruitages au moindre de vos gestes, et l’action se veut variée avec la possibilité d’enfiler un scaphandre ou de piloter des appareils adverses. N’espérez pas, en revanche, être ébloui par ce que produira votre Roland MT-32: comme la plupart des jeux ORIGIN, celui-ci a clairement été optimisé pour le General MIDI. Surtout, le titre est extrêmement riche en textes; préparez-vous à lire beaucoup et à bénéficier d’une aventure plus profonde qu’il n’y parait et surtout très bien écrite. Vous découvrirez ainsi rapidement que l’ambition du jeu ne s’est jamais arrêté à sa réalisation: on a affaire à un univers très cohérent et parfaitement développé qui nous fait d’autant plus regretter qu’aucune suite n’ait jamais vu le jour, à commencer par un Bioforge Plus un temps en projet mais annulé à cause des faibles ventes du titre. Bioforge est en effet un de ces jeux capables de vous happer et de ne plus jamais vraiment vous laisser partir, comme de nombreux joueurs tombés amoureux du logiciel l’auront découvert à l’époque de sa sortie.

Abattez les renforts adverses avant de les avoir dans les pattes

C’est d’ailleurs là toute la complexité de Bioforge: c’est à la fois un bon et un mauvais jeu. Très bien écrit, parfaitement réalisé, quasi-magique de par son ambiance et sa réalisation irréprochable, il est également extrêmement frustrant, inutilement difficile, et souvent plus laborieux qu’amusant – inutile de dire, donc, que tout le monde n’y trouvera pas son compte.

L’histoire se montre prenante, et aurait mérité une suite

Pourtant, on ne peut s’empêcher de relever les nombreux mérites de l’expérience et de se dire qu’elle aurait sans doute mérité une meilleure notoriété, tant elle n’est finalement pas à des kilomètres de ce qu’allait proposer un Resident Evil. On est plus en présence d’un jeu d’aventure appesanti par des mécanismes d’action patauds que face à une vraie expérience d’aventure/action, ce qui restera sans doute comme la véritable erreur du game design, mais cela ne rend pas nécessairement le jeu moins intéressant, cela le rend juste plus difficile d’accès. À vous de voir où se situe votre curseur personnel entre la curiosité et la patience, mais si jamais le titre vous intrigue, je ne peux que vous encourager à lui laisser une chance.

Le passage du réacteur sera le premier sur lequel vous aurez l’occasion de vous arracher les cheveux

Un mot, en conclusion, sur la version française du titre. Celle-ci a été confiée à une équipe professionnelle avec des doubleurs du cru et est plutôt de bonne qualité – j’entends par là qu’elle ne vous fera pas sortir du jeu.

Vos alliés seront rares, alors choisissez-les bien

La traduction en elle-même n’est pas irréprochable, avec beaucoup de calques trop littéraux et quelques ratés dans le registre employé, sans oublier quelques coquilles, mais vous devriez malgré tout apprécier les très nombreux textes du jeu sans avoir à pester toutes les deux lignes. Du côté des doublages, le résultat est globalement très satisfaisant, surtout du côté du casting masculin, avec malgré tout quelques ratés (la doubleuse du professeur Escher n’est même pas dans le sous-jeu: elle LIT carrément son texte sans tenter d’y placer une émotion!). Dans l’ensemble, même si le résultat est inférieur à la V.O., je ne vois pas de raison de bouder cette version disponible sur tous les exemplaires vendus via les plateformes de distribution dématérialisées.

Vidéo – Dix minutes de jeu (en français) :

NOTE FINALE : 15/20 Sorte d'Alone in the Dark à la sauce science-fiction, Bioforge est un de ces jeux clivants qui risquent fort de se faire autant d'ennemis à vie que de fans irréductibles. Le titre a indéniablement mal vieilli à bien des niveaux, à commencer par une jouabilité d'une rare lourdeur, des combats sans intérêt, quelques passages inutilement frustrants et une difficulté générale trop élevée pour son propre bien. Néanmoins, loin d'être simplement à ranger dans la case "mauvais jeu", le logiciel imaginé par ORIGIN Systems a de vrais arguments, à commencer par une réalisation difficile à prendre en défaut au service d'une atmosphère aussi unique qu'irréprochable, un scénario réellement intéressant à suivre et une qualité d'écriture qu'on n'avait jusqu'ici rencontrée que dans les meilleurs point & click. Autant dire que les vieux de la vieille seront certainement plus emballés que les néophytes du retrogaming, mais si vous cherchez ce charme particulier des titres qui ne ressemblent pas à grand chose d'autre, laissez-lui une chance.

CE QUI A MAL VIEILLI : – Une interface dense et non-configurable qui justifiera un détour par la carte de référence avant de lancer le jeu – Une jouabilité particulièrement lourde – Énormément d'occasions de mourir, même avec la difficulté réglée au minimum – Certains passages chronométrés infects (le réacteur, la bombe) – Plusieurs énigmes assez pénibles – Beaucoup de (bons) textes à lire, ce qui casse parfois franchement le rythme – Très linéaire

The Outfoxies

Cette image provient du site https://flyers.arcade-museum.com/

Développeur : Namco Limited
Éditeur : Namco Limited
Titres alternatifs : アウトフォクシーズ (graphie japonaise)
Testé sur : Arcade

Version Arcade

Année de sortie : 1995
Nombre de joueurs : 1 à 2
Disponible en Français : Non
Version testée : Version Internationale
Spécificités techniques : Hardware : Processeur principal : Motorola 68EC020 (@ 24.192 Mhz), M37702 (@ 16.128 Mhz)
Puces sonores : C352 (@ 16.128 Mhz)

Vidéo – L’écran-titre du jeu :

En 1991, le succès planétaire de Street Fighter II n’aura pas seulement lancé une mode appelée à durer pendant une bonne partie des années 90; il aura également redéfini les codes et les mécanismes d’un genre de niche jusqu’alors cantonné à la simulation sportive, au point d’en imprégner encore la grande majorité de ses successeurs près de trente ans après sa sortie.

Nos sept héros, prêts à en découdre

Dès cette date, la conception d’un jeu de combat réussi devient à peu près unanime dans l’esprit des joueurs: deux combattants, des coups spéciaux, des gros sprites, un chrono de 90 secondes grand maximum en haut de l’écran, entre les deux barres de vie, des manipulations à base de combinaisons ou de quarts de cercle, et vous voilà avec votre cohorte de Mortal Kombat, de Art of Fighting et de King of Fighters. Les rares idées vaguement originales, comme le système de plans de Fatal Fury ou les armes blanches de Samurai Shodown, resteront finalement des épiphénomènes, dans un genre qui aura dû attendre la sortie d’un certain Super Smash Bros., en 1999, pour expérimenter un concept efficace basé davantage sur le fun que sur la technique pure que les anglo-saxons baptisent parfois arena fighting. Ou du moins, c’est la version communément acceptée, celle qui occulte un titre oublié offrant déjà des idées très semblables quatre ans plus tôt: The Outfoxies.

Ceci est un jeu de combat, et le type en fauteuil roulant dans la tourelle du bombardier, là, c’est moi. Ça change, hein?

Le jeu s’ouvre sur un scénario qui a le mérite: 1/ d’exister et 2/ de ne pas se prendre exagérément au sérieux. Mr. Acme, un mystérieux commanditaire, a engagé sept tueurs à gages pour tuer sept collectionneurs d’arts… avant d’envoyer ces mêmes assassins s’entretuer.

Oui, il y a aussi des lance-roquettes

Son objectif? Nul ne le sait, mais pour le découvrir, vous devrez endosser le costume d’un de ces sept tueurs, dont le profil a le mérite d’être varié: on y trouve notamment un singe meurtrier « payé en bananes », deux enfants flippants tout droit échappés de Monster ou de Shining, un savant en fauteuil roulant équipé d’une pince géante et de réacteurs (!) ou encore un homme noir à la main d’acier. À vous le plaisir ensuite d’aller disposer de vos futurs concurrents là où ils ont fini leur dernière mission, et autant le dire tout de suite: le cadre des affrontements va représenter une large partie de l’intérêt du jeu.

Désolée, Betty, mais aller nager avec les requins risque d’être ta dernière erreur

Comme le terme « arena fighting » aura pu l’indiquer aux anglophones ou aux plus perspicaces, l’idée dans The Outfoxies n’est pas de coincer deux combattants dans une zone délimitée où ils pourront difficilement s’éloigner de plus de dix mètres l’un de l’autre.

Ok, les deux gosses tarés ont un sabre. Repli stratégique

Non, imaginez plutôt que votre arène, cette fois, soit constituée d’un immeuble entier, d’une usine et de ses chaînes de production, d’un cirque ou même d’un navire en pleine tempête ou d’un avion en plein orage! C’est déjà plus intéressant, mais imaginez maintenant que ces cadres, loin d’être de simples décors, comportent leur lots de pièges, d’éléments destructibles, de réactions en chaîne, allant même jusqu’à se modifier au gré du combat? Dubitatif? Laissez-moi vous donner un exemple, dans ce cas: vous combattez dans un immeuble piégé, et au bout d’une minute de combat, la bombe explose, amenant le toit à s’effondrer, et avec lui un hélicoptère qui, tombant dans une cuve, provoque un incident électrique mortel. Ça commence à être prometteur, non? Croyez-moi, ça l’est, et le moins qu’on puisse dire est qu’on aura tout simplement jamais passé autant de temps, dans un jeu de combat, à explorer une arène!

Oui, vous pouvez utiliser le canon. Je vois déjà votre sourire s’épanouir

Une baleine géante qui s’effondre dans un aquarium, brisant les vitres et libérant les requins et les piranhas, un bateau secoué par les vagues en temps réel, un train dont il vaudra mieux déserter le toit en cas de tunnel, un cirque où il vous sera possible d’utiliser le canon géant pour tirer des clowns sur votre adversaire (!)… Tout cela est prévu, permis, mis en avant et compose la meilleure façon de profiter d’un système de combat reposant autrement sur deux boutons: un pour frapper, un pour sauter.

Combat au corps-à-corps au milieu des grenades

Cela vous parait peu? D’accord, mais si je vous dit qu’il y a également des grenades, des pistolets, des mitrailleuses, des lances-flammes ou même des sabres à aller récupérer? Leur utilisation pourra faire une grosse différence, mais mieux vaudra être malin: un seul coup encaissé vous poussera à les lâcher, et la méthode du « je vais camper à vingt centimètres de toi jusqu’à ce que tu te relèves » ne fonctionnera pas ici, chaque coup au but déclenchant une courte phase d’invincibilité. Chaque combat est donc une longue partie de chat et de souris, où savoir utiliser le décor et les armes mis à votre disposition d’une façon que votre adversaire n’imaginait pas sera bien souvent beaucoup plus efficace que de taper sans réfléchir. Et ça change tout!

Un des (multiples) détails qui tuent: si vous tombez du train, un employé vous ramène sur une draisine!

En fait, quand on voit le joyeux chaos que représente un affrontement, on est heureux d’avoir enfin à improviser et à savoir réagir sur l’instant plutôt que de reproduire des combinaisons apprises par cœur ad nauseam.

Le boss final est original, mais assez fastidieux

Un joueur débutant a pour une fois une réelle chance de poser des problèmes à un adversaire plus rodé pour peu qu’il se montre astucieux, et la simple possibilité de pouvoir se ramasser une boule de métal, une partie du plafond ou une baleine géante sur le crâne compose assurément une problématique qui nous change des canons du genre! La mobilité, le placement, la réactivité et l’adaptation sont ici des vertus reines, et le tout est tellement rempli d’idées qu’on en vient surtout à regretter qu’il ne propose pas plus de contenu: plus de personnages jouables, plus de joueurs en même temps, plus d’armes, plus d’arènes, plus de tout!

Difficile de viser en pleine houle

C’est réellement amusant, dès les premières secondes, à tel point qu’on en vient à se demander pourquoi le jeu n’a pas connu davantage de succès, certainement égaré qu’il était au milieu de dizaines de titres de combat à une époque où les joueurs commençaient à saturer un peu, et surtout où l’émergence de la Playstation et de la 3D renvoyait ses bitmaps, ses rotations et ses zooms dynamiques à leurs chères études. Qu’importe! The Outfoxies représente une de ces perles cachées à redécouvrir d’urgence, le type même de logiciel parfait pour de courtes parties entre amies découvrant tous le titre en même temps. Peut-être pas de quoi y passer des dizaines d’heures, car on finit fatalement par épuiser le contenu de chacune des arènes, et les personnages n’offrent pas un maniement assez différent pour pousser à en maîtriser un plutôt qu’un autre, mais pour s’éclater le temps de quelques dizaines de partie, c’est assurément un titre à essayer d’urgence.

Vidéo – Combat B. White vs. Dweeb :

NOTE FINALE : 17/20 Les idées géniales ne se traduisent pas toutes par un tabac commercial, et The Outfoxies en est un parfait exemple. Probablement sorti trop tard à une époque où les salles d'arcade étaient déjà en perte de vitesse, le titre de Namco mérite de recevoir le titre qui lui est dû: le véritable ancêtre de Super Smash Bros. et du arena fighting, c'est lui! Tandis que l'on découvre et que l'on épuise les possibilités de chaque stage, dans une action frénétique où les joueurs débutants mais malins auront pour une fois leur chance face aux techniciens surentrainés, on est littéralement soufflé que cette mine à trouvailles dopée au fun ne se soit pas faite un nom immédiatement. Certes, on sait maintenant que ce chaos méthodique serait encore plus amusant à quatre, mais en l'état, sur le toit d'un train ou dans la tourelle d'un avion, à briser un aquarium géant pour relâcher des requins ou à tirer des hommes-canon au milieu des acrobates de cirque, le fait est qu'on s'éclate, tout simplement. Le contenu n'est peut-être pas suffisant pour vous retenir des dizaines d'heures, mais chaque minute passée au milieu de ces tueurs à gages sera une minute que vous ne regretterez pas. Très bon!

CE QUI A MAL VIEILLI : – Seulement sept personnages au roster – Très peu de différences de gameplay d'un personnage à l'autre – Action pas très lisible lorsque les personnages sont éloignés les uns des autres – Boss final plus pénible qu'autre chose

Wetlands

Cette image provient du site https://www.mobygames.com

Développeur : Hypnotix, Inc.
Éditeur : New World Computing, Inc.
Titres alternatifs : Wetlands : Take a Deep Breath (boîte anglo-saxonne), Wetlands: Tief Duchatmen! (boîte allemande), Wetlands: Respira Hondo… (boîte espagnole), עיר המים (graphie hébraïque)
Testé sur : PC (CD-ROM)

Version PC (CD-ROM)

Année de sortie : 1995
Nombre de joueurs : 1
Disponible en Français : Oui
Version testée : Version CD-ROM française émulée sous DOSBox
Spécificités techniques : Graphismes: VGA – Musique et sons: Adlib & compatibles, Ensoniq Soundscape, Gravis Ultrasound, Microsoft Sound System, Pro Audio Spectrum, Roland RAP-10, Sound Blaster/Pro/16/Awe 32 & compatibles, Wave Jammer

Vidéo – L’introduction du jeu :

Parmi les grandes modes vidéoludiques ayant plus ou moins sombré dans l’oubli, on a parfois tendance à oublier que la plupart d’entre elles n’auront pas vécu dans une case à part, mais que les rencontres étaient possibles, et même souvent encouragées. Les début de l’ère occidentale du CD-ROM auront correspondu à celle de la FMV ou Full Motion Video: puisqu’on avait enfin un support assez volumineux pour inclure des vidéos, pourquoi se priver?

Le jeu prend la peine de vous annoncer le programme avant chaque mission

Cela aura accouché de nanars sympathiques à la Night Trap, de super-productions à la Wing Commander III et IV, ainsi qu’à quantités de jeux d’aventure façon The Beast Within, Phantasmagoria ou Ripper. Mais il est une sous-catégorie encore plus oubliée, et qui aura également connu un certain essor dans la première moitié des années 90: les antiques rail shooters dopés aux hormones à grands coups de passages filmés. Avant que des Virtua Cop ou des Time Crisis ne se chargent de faire transiter le genre dans l’ère de la 3D temps réel, on aura dû compter sur des jeux à la Mad Dog Mc Cree, à la Crime Patrol ou à la Corpse Killer, suivis par les apôtres de la 3D pré-calculée à la Chaos Control. Mais il existe encore un titre au style particulier, et pourtant largement oublié, qui mériterait presque une catégorie à part: Wetlands.

John Cole, faut pas lui baver sur les rouleaux!

Waterworld, mais vu d’en-dessous

A priori, le titre d’Hypnotix n’introduit pourtant aucune forme de révolution dans le genre: l’intégralité du gameplay du jeu consiste toujours à déplacer un curseur à l’écran à l’aide de la souris ou du joystick afin de détruire des adversaires avant qu’ils ne se décident à faire de même avec vous.

La réalisation fonctionne encore bien, et c’est tout ce qu’on lui demande

La bonne nouvelle est que cela se fera pour une fois de façon assez naturelle, sans avoir à souffrir de la maniabilité pénible qui handicapait des titres comme Rebel Assault histoire de gonfler artificiellement la difficulté; ici, le seul vrai défaut consistera bien souvent en des masques de collisions très restreints qui vous obligeront à faire preuve d’une précision absolue sur des cibles bougeant le plus souvent très vite, mais à l’exception d’un passage atroce pratiquement infaisable à la souris, la mémoire et les réflexes seront très largement suffisants pour espérer voir la conclusion du jeu. Non, l’intérêt, une fois n’est pas coutume, proviendra bel et bien de l’aspect de la période qui a généralement le plus mal vieilli: les scènes cinématiques.

Les séquences d’action en elles-mêmes ne réservent aucune surprise

L’histoire, en grande partie dans un roman graphique fourni dans la boîte du jeu, vous place à la toute fin du XXVe siècle, à une époque où la Terre n’est plus qu’une planète sous-marine suite à des pluies interrompues initiées par les effets secondaires d’un mystérieux « Projet Othello » lancé par les États-Unis en 1995.

La 3D a immanquablement plus mal vieilli que le reste

L’humanité est désormais divisée entre une fédération des derniers gouvernements terriens et un groupe de fanatiques appelés les Valarins cherchant à fonder un empire intergalactique et ayant capturé plusieurs des colonies terriennes. Le jeu commence au moment où un scientifique appelé Phillip Nahj s’évade d’une prison de la fédération, et où celle-ci décide de faire appel à un mercenaire du nom de John Cole pour le ramener vivant. C’est bien évidemment lui que vous allez incarner pendant toute la partie, avec l’aide de sa vieille amie, le Lieutenant Christine Mills, dans une enquête qui se laissera suivre avec plaisir à condition d’accrocher à une esthétique qui évoquera immédiatement le pendant américain de feu le magazine Métal Hurlant.

Règle numéro un de l’esthétique à la Heavy Metal: n’importe quel personnage féminin est systématiquement une bombe anatomique dans une combinaison moulante…

Comme on l’a déjà vu, en effet, Wetlands ne présente qu’un intérêt assez limité d’un point de vue strictement ludique: c’est un simple jeu de tir avec des mécanismes de quarante ans d’âge dont le principal mérite est de ne jamais mettre le cerveau à contribution.

…Et tant qu’à faire, si elle a une déchirure précisément au niveau de la poitrine, c’est encore mieux

En revanche, du point de vue de la mise en scène, le choix de cinématiques animées d’un niveau très correct ayant probablement recours à la rotoscopie reste dépaysant encore aujourd’hui, et permet d’oublier le recours un peu trop systématique à une autre des obsessions de l’époque, à savoir la 3D pré-calculée sortie tout droit de 3DS Max. L’histoire de notre duo de choc, qui n’est d’ailleurs pas sans évoquer la doublette Kyle Katarn/Jan Ors de Dark Forces, est en effet le principal – et j’irais même jusqu’à dire le seul – intérêt du jeu, où le moteur de progression reste de connaître la suite d’une histoire qui nous est comptée assez efficacement, avec à peu près tous les passages obligés (cantina spatiale où le héros rencontre un personnage mafieux, scènes d’actions, explosions, combats à mains nues, références à Star Wars ou à Blade Runner) et un genre « adulte » assumé qui tendra plus souvent vers ce qui était censé plaire à un adolescent en 1995.

Cette séquence, littéralement impraticable à la souris, doit être la pire de tout le jeu

Le résultat est d’autant plus efficace que les séquences sont bien réalisées, avec une animation globalement réussie à quelques ratés près, et que le rythme est efficace avec quelques pointes d’humour qui font mouche – l’encodage est également de suffisamment bonne qualité pour ne pas se transformer en bouillie de pixels.

On ne peut pas dire qu’on s’amuse énormément pendant les scènes d’action

Pour ne rien gâcher, le jeu a eu la chance de bénéficier d’un doublage français assuré par des professionnels – ce qui n’était pas encore une évidence en 1995 – qui, s’il ne peut pas prétendre se hisser au niveau de l’irréprochable doublage original, reste globalement d’un très bon niveau en dépit d’un nombre de doubleurs limité et de quelques performances en léger sous-jeu. La traduction a d’ailleurs été faite avec suffisamment de sérieux pour que tous les textes à l’écran apparaissent eux aussi en français, même au cours des vidéos.

Que serait un jeu de SF sans une entrevue dans une cantina du futur?

Un jeu qui se regarde, mais qui ne se joue pas

Noter Wetlands s’est donc avéré un processus délicat: c’est un titre extrêmement limité sur le pur plan ludique, à moins que vous preniez un plaisir extrême à déplacer un curseur sur des vidéos pré-calculées. Mais il faut bien reconnaître qu’en le considérant comme une sorte d’adaptation animée d’un récit tiré de Heavy Metal, on peut facilement trouver un charme certain à son aventure « spécial adolescents » riche en héros taciturne et sévèrement burné à la voix rocailleuse, en méchant mégalomane, en soldats impériaux qui ratent tous leurs tirs et en femmes immanquablement pulpeuses, le tout avec sa dose de sang et de morts gratuites.

Le repos du guerrier, version beauf

En résulte une sorte de petit plaisir transgressif à regarder ce qui ressemble au pilote d’une série qu’on aurait assurément été heureux de suivre en 1995, et qui conserve le mérite de ne connaître pratiquement aucun équivalent dans le monde vidéoludique, même vingt-cinq ans après. À tel point que les phases de jeu, au final, sont plus une gêne qu’autre chose, et qu’on est pressé de s’en débarrasser pour voir enfin avancer un peu le scénario. Pas franchement le type de logiciel qu’on recommencera en boucle, donc, mais typiquement le genre de curiosité que chaque gamer blasé pourra être tenté de découvrir histoire de réenchanter un peu un univers du jeu vidéo qui ne nous surprend plus.

Vidéo : La première mission du jeu :

NOTE FINALE : 12,5/20 D'un point de vue strictement ludique, inutile de le nier: Wetlands n'est rien de plus qu'un énième rail shooter comme en aura beaucoup connus le début des années 90, à une époque où remplir un CD-ROM avec de jolies cinématiques ne laissait pas toujours beaucoup de temps pour se pencher sur le jeu en lui-même. Pourtant, dans son genre, il faut reconnaître que son animation 2D façon Métal Hurlant lui donne un cachet certain, et que c'est finalement dans sa dimension "film interactif" assumée que le titre d'Hypnotix reste le plus intéressant... au point que les séquences d'action finissent par nous gêner plutôt qu'autre chose, curieux qu'on est de découvrir la suite de l'histoire comme on le ferait avec une série sur Netflix sans avoir à promener un curseur à la souris sur des cibles difficiles à viser toutes les cinq minutes. Autant dire que la curiosité sera probablement votre seule raison de découvrir un titre atypique et assurément ambitieux servi par une VF de qualité professionnelle, mais d'un intérêt à peu près nul dès l'instant où l'histoire et sa mise en scène ne vous intéressent pas. À essayer, donc, mais uniquement si vous trouvez une version pas chère en train de trainer quelque part.

CE QUI A MAL VIEILLI : – Un simple rail shooter: on balade un curseur et on clique – Si l'animation 2D a encore un charme certain, c'est nettement moins vrai pour la 3D pré-calculée – Des masques de collision trop réduits – Le passage de la sonde, infaisable à la souris

Tyrian

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Développeur : Eclipse Software
Éditeur : Epic MegaGames, Inc.
Testé sur : PC
Disponible sur : iPad, iPhone, Mac OS X (10.6.8), Windows (7, 8, 10)
La version « surgonflée » : Tyrian 2000
Téléchargeable gratuitement sur : Gog.com (Tyrian 2000)

Version PC

Année de sortie : 1995
Nombre de joueurs : 1 à 2
Disponible en Français : Non
Version testée : Version dématérialisée émulée sous DOSBox
Spécificités techniques : Graphismes: VGA – Musique: Adlib, Ensoniq Soundscape, Gravis UltraSound, Mediavision Thunderboard, Roland RAP 10, Sound Blaster/Pro/16/AWE 32, Terratec Maestro32, WaveBlaster Midi – Sons: Gravis ultraSound, Mediavision Thunderboard, Pro-Audio Spectrum 16, Sound Blaster/Pro/16/AWE 32, Terratec Maestro32, Windows Sound System

Le titre vous parait écrit bizarrement? Essayer de le retourner sur l’axe vertical et vous allez comprendre…

L’histoire du jeu vidéo est (aussi) faite d’anomalies.


Prenez l’exemple du PC. Vu l’extraordinaire et surnaturelle longévité de la machine originellement imaginée par IBM, qui va bientôt fêter ses quarante ans (!), décrire sa ludothèque comme « colossale » n’est pas franchement un abus de langage. C’est, à n’en pas douter, la plus dense et la plus fournie de l’histoire vidéoludique, et cela ne fait que devenir plus vrai à chaque minute qui passe. Et pourtant, cette ludothèque riche de quelques dizaines de milliers de titres comporte un étrange creux, une catégorie pratiquement vide: les shoot-them-up.

On n’a pas le temps de s’ennuyer!

Cela n’est finalement pas aussi surprenant qu’il y parait si l’on se souvient que l’essor du PC en tant que machine de jeu, dans la première moitié des années 90, correspond également précisément au déclin du shoot-them-up en tant que genre. Au moment où les premiers Pentium commençaient à apparaître, où Commodore et Atari étaient en faillite ou engagés sur une pente fatale, où le seul concurrent informatique se nommait Apple, la 3D sonnait son entrée en fanfare sur le marché des consoles, annonçant avec elle le déclin de plusieurs domaines autrefois porteurs, parmi lesquels le point & click ou le shoot-them-up – et passant tout près de sonner le glas d’autres genres comme le jeu de plateforme, miraculeusement sauvés par des miracles à la Mario 64. Tout cela pour dire qu’au moment où le PC se sentait prêt à faire tourner à peu près n’importe quel type de logiciel, le shoot-them-up n’était tout simplement plus un genre assez viable pour que les studios se pressent sur les rangs pour venir proposer leur classique du genre. Ce qui explique qu’aujourd’hui encore, même les joueurs les plus versés dans la machine d’IBM soient bien en peine de vous citer plus d’une poignée de titres marquants dans le domaine, les deux maigres noms appelés à revenir étant Raptor: Call of the Shadows et… Tyrian.

Vous vouliez de l’action sur PC? On a ça!

Tyrian, donc, est un shoot-them-up un peu spécial. Certes, si on le lance en mode arcade, on retrouve alors toutes les valeurs sûres d’un jeu de tir à défilement vertical: une dizaine de types de tir dont on peut augmenter la puissance, mais aussi une dizaine de types de tirs secondaires (augmentables, eux aussi), une dizaine de types de satellites dont des armes spéciales à munitions limitées, et même différents types d’astronefs ayant un impact sur deux valeurs appelées à jouer un rôle crucial dans vos chances de survie: la puissance de votre bouclier et la valeur de votre armure.

Prenez bien le temps d’équiper votre appareil

Car si votre vaisseau peut généralement encaisser une copieuse quantité de coups avant d’exploser en une myriade d’étoiles (ce qui nous change des canons du genre, où la durée de vie dépasse rarement le premier tir adverse à vous frôler), chaque mort se traduira par une perte de puissance vous obligeant à rester d’autant plus concentré que le titre est très long (pas moins de quatre épisodes de six à dix niveaux chacun). Ajoutez-y la possibilité de jouer à deux simultanément, et même d’activer un mode vous permettant de fusionner avec le deuxième joueur, façon Hyper Dyne, et vous devrez admettre que le contenu comme les possibilités sont déjà réellement impressionnants. Et le pire, c’est que ce n’est même pas fini, puisqu’il est également possible de débloquer des modes de difficulté supplémentaires en terminant la campagne du jeu, et le titre est si riche en niveaux secrets et en niveaux bonus plus ou moins loufoques (attendez de vous retrouver à collecter des bocks de bière sur fond de musique polka) que prétendre avoir fait le tour de ce qu’il a à vous offrir pourra vous prendre des mois.

Dire qu’il aura pratiquement fallu attendre la sortie du Pentium pour voir un shoot-them-up correct sur PC…

Mais le mode de jeu le plus intéressant de Tyrian reste sans doute son mode de base à un joueur. Imaginez-vous débuter une partie avec un appareil lambda, un tir anémique et un capital de 10.000 crédits. Tout l’intérêt de ce mode est qu’avant de débuter chaque niveau, vous pouvez non seulement sauvegarder votre partie, mais aussi investir dans du matériel pour augmenter vos chances de survie – en vous efforçant, au passage de composer avec quelques dilemmes.

Les boss peuvent se montrer assez coriaces

Dilapider tout votre argent en puissance de feu risque en effet non seulement de vous laisser dangereusement vulnérable, mais également de tirer dans les réserves de votre réacteur, lequel alimente non seulement votre bouclier, mais également votre cadence de tir. Avoir les yeux plus gros que le ventre risque donc de se payer au prix fort dans les situations tendues, et mieux vaudra parfois prendre le temps d’investir dans les réserves d’énergie quitte à remettre le surarmement à plus tard. Une fois la partie lancée, le score, en bas à gauche, fait également office de monnaie: plus vous faites de dégâts et plus vous pourrez vous permettre d’investir pour en faire encore davantage. En revanche, en cas de décès, ni vies ni checkpoint: c’est le Game Over et le retour immédiat à la dernière sauvegarde – si vous en avez fait une, naturellement.

Bien qu’on les visite plusieurs fois au cours d’une même partie, les environnements restent très variés

Le principal intérêt de ce mode de jeu, en plus de sa dimension tactique (dans quel type de tir investir en priorité? Comment adapter votre armement en fonction du niveau? Que sacrifier?), c’est sa durée de vie.

Les instants de répit sont rares

Car non seulement boucler les quatre épisodes du jeu vous demandera pas mal de temps, en fonction de votre adresse, mais chaque campagne complétée vous débloquera un nouveau mode de difficulté dans lequel vous pourrez continuer votre montée en puissance en cherchant à acquérir des équipements toujours plus performants et des vaisseaux toujours plus résistants! De quoi y passer des mois! Cerise sur le gâteau, le jeu va même jusqu’à proposer un scénario assez intéressant, qui pourra être suivi par le biais de datacubes à collecter en jeu et à lire entre les missions – reconnaissez que ça n’arrive pas souvent dans un shoot-them-up. On peut même aller jusqu’à concevoir son propre vaisseau par le biais d’un éditeur dédié! Bref, pour peu que vous mordiez au concept, vous risquez de passer un bon moment à tenter d’écluser le contenu du programme.

Admirez l’effet de transparence sur le nuage en haut à gauche

Niveau réalisation, Tyrian est un titre de 1995, et cela se sent – en bien. Certes, le design général est assez générique, tout en rondeurs, et ne décrochera la mâchoire de personne – on faisait déjà plus bluffant sur PC Engine ou sur Megadrive trois ou quatre ans plus tôt.

Un shoot-them-up avec de la lecture? C’est original!

Mais il faut reconnaître que techniquement, ça tient la route: ça va vite, c’est fluide, ça bouge dans tous les sens, il y a des effets de transparence, de distorsion, des niveaux plongés dans le noir où on s’éclaire à l’aide d’un projecteur… difficile de prendre le jeu en défaut de ce côté-là. Du côté de la musique, c’est même encore un peu plus emballant, avec des thèmes électroniques très rythmés qui mettront du temps à vous sortir du crâne, et qui prouvent qu’un PC utilisé correctement n’avait pas besoin d’attendre le support CD pour proposer des thèmes musicaux largement capables de rivaliser avec ceux d’un Amiga. La jouabilité est elle aussi irréprochable, avec seulement deux boutons mobilisés, que ce soit au clavier, au joystick ou à la souris. Bref, on ne pourra que remercier ce Tyrian d’être venu remplir le vide des shoot-them-up sur PC avec classe. À essayer!

Vidéo – Le premier niveau du jeu :

NOTE FINALE : 16,5/20 À première vue, Tyrian n'est pas grand chose de plus qu'un shoot-them-up certes sympathique, mais finalement assez générique, sorti à une époque où le genre était déjà devenu largement marginal face à l'essor de la 3D. Mais ce qui fait la grande force du titre d'Eclipse Software, c'est son contenu: quatre épisodes, des niveaux de difficulté à débloquer, un mode arcade, la possibilité de jouer à deux, des idées originales, des niveaux secrets à la pelle, des appareils et des upgrades par dizaines sans oublier une musique qu'on n'oublie pas et même un scénario qui mérite d'être suivi - on ne voit même pas ce qu'on aurait bien pu demander de plus! Peut-être pas de quoi entendre rivaliser avec les derniers monstres qui continuaient de paraître sur borne d'arcade à l'époque, mais pour passer des heures sur ce qui doit être la quintessence du shoot-them-up sur ordinateur, difficile de trouver mieux. Et en plus, Tyrian 2000 est encore meilleur et disponible gratuitement, alors pourquoi hésiter?

CE QUI A MAL VIEILLI : – Graphiquement réussi, mais en manque d'une identité visuelle marquée – Assez peu de surprises, malgré quelques bonnes idées – Des power-ups assez déséquilibrés – Quelques bugs et soucis d'équilibrage

Tyrian 2000

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Date de sortie : 1999
Disponible sur : PC, Mac OS X (10.6.8), Windows (7, 8, 10)
En vente sur : Gog.com

Allez hop, encore un épisode de plus, c’est cadeau!

Tyrian n’aura pas fini sa carrière en 1995. Fort d’un certain succès auprès des joueurs PC, trop sevrés de shoot-them-up pour pouvoir s’empêcher de faire la promotion du jeu d’Eclipse Software par le biais du bouche-à-oreille, le jeu aura connu une ressortie quatre ans plus tard, sous le nom de Tyrian 2000, qui l’aura vu gonfler encore un peu un contenu déjà conséquent. Passons rapidement sur le fait que le jeu soit censé tourner sous Windows: ce n’est plus le cas avec les versions les plus récentes du système d’exploitation, et vous vous en sortirez probablement beaucoup mieux avec DOSBox. Le plus important est plutôt l’ajout de tout un épisode supplémentaire, qui vient encore prolonger un peu la campagne principale. Le titre gagne également un nouveau mode de jeu intitulé « Timed Battle », diverses optimisations graphiques, ainsi qu’une pléthore de nouveaux secrets. Il est même possible de débloquer un niveau de détails caché dans le programme de configuration du jeu (accessible en sélectionnant le curseur de détails et en appuyant sur « w ») et ajoutant un effet visuel de vent jusque dans les phases spatiales! Bref, c’est la même chose en mieux, avec une très légère nuance: pour une raison inexplicable, la musique est légèrement inférieure, à matériel équivalent, dans cette version. Dans tous les cas, le jeu est téléchargeable gratuitement à plusieurs adresses, dont celle donnée en ouverture du test, on aurait donc du mal à donner une bonne raison aux mordus du genre de ne pas s’y essayer.

Le mode de détails « wild » ajoute quelques fioritures, comme ces stries tranversales animées sur le sol

NOTE FINALE : 17/20

Prenez un très bon jeu, dopez son contenu, corrigez quelques bugs, améliorez les contrôles, rendez-le compatible avec Windows et distribuez-le gratuitement, et vous obtiendrez cet excellent Tyrian 2000. Aucune raison de le bouder.

Command & Conquer

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Développeur : Westwood Studios, Inc.
Éditeur : Virgin Interactive Entertainment (Europe) Ltd.
Titres alternatifs : Command & Conquer: Tiberian Dawn (titre de travail), 終極動員令 (Chine), Command & Conquer: Teil 1 – Der Tiberiumkonflikt (Allemagne), コマンド&コンカー (Japon)
Testé sur : PC, Saturn, Playstation, Nintendo 64
L’extension du jeu : Opérations Survie
Le remaster du jeu : Command & Conquer : Remastered Collection

La série Command & Conquer (jusqu’à 2000) :

  1. Command & Conquer (1995)
  2. Command & Conquer : Alerte Rouge (1996)
  3. Command & Conquer : Soleil de Tibérium (1999)
  4. Command & Conquer : Alerte Rouge 2 (2000)

Version PC (MS-DOS)

Année de sortie : 1995
Nombre de joueurs : 1 à 2
Disponible en Français : Oui
Version testée : Version française DOS émulée sous DOSBox
Spécificités techniques : Graphismes: VGA – Musique et sons: Cardinal Sound Studio, Ensoniq Soundscape, ESS Audiodrive, Gold Sound Standard, Gravis Ultrasound/Max, Microsoft Sound System, Pro Audio Spectrum Plus/16, Roland RAP-1, Sound Blaster/Pro/Pro 2/ASP/16/AWE-32 – Multijoueur: Câble série ou NULL modem

Vidéo – L’introduction du jeu :

L’histoire aura démontré qu’il en va de l’industrie vidéoludique comme de l’industrie musicale: chaque période a ses modes, ses succès et ses rockstars.

Prenez Westwood Studios, par exemple. Si la compagnie américaine a disparu corps et bien depuis 2003, elle figurait au début des années 90 au rang des valeurs montantes, pour ne pas dire des têtes d’affiche.

Les troupes du NOD devront parfois raser des villages civils. Comme ça, juste pour être méchants

Souvenez-vous: la firme avait tour à tour transfiguré le genre du Dungeon Crawler avec Eye of the Beholder II et Lands of Lore, placé son empreinte dans le domaine du Point & Click avec Legend of Kyrandia et Hand of Fate, et surtout assis les bases de la stratégie en temps réel avec Dune II. Sacré programme, en à peine deux ans! Alors autant vous dire que quand la société américaine annonçait Command & Conquer, l’héritier spirituel d’un de leurs titres les plus emblématiques, on salivait d’avance dans les chaumières en regardant les photos dans les magazines. Le Graal fut délivré en 1995, et on se précipita dessus pour vérifier qu’il tenait ses promesses.

L’attaque d’une base adverse constituera toujours le moment crucial de la très grande majorité des missions

En quoi consiste le titre de Westwood Studios? Eh bien, en sensiblement la même chose que Dune II (vous risquez d’entendre ce nom souvent, aussi je vous encourage à aller lire le test si vous ne savez pas de quoi il est question): construire une base, récolter des ressources, produire des unités, exterminer le camp adverse. Le principe n’a pour ainsi dire pas changé: Arrakis a été remplacé par le monde moderne, l’épice par une ressource nommée le Tibérium, et les trois maisons par deux factions bien manichéennes: le GDI (une force de défense formée par les pays du G6, les « gentils ») et le NOD (des vilains terroristes qui font rien qu’à mentir et à tuer des civils, et dont la répartition correspond étrangement à l’ancien Bloc de l’Est, plus la Chine).

Rien de tel qu’un acteur et un fond vert pour vous sentir impliqué

Leurs motivations seront développées par le biais de vidéos mettant en scène des acteurs plus ou moins compétents chargés de vous délivrer vos objectifs tout en développant tant bien que mal un background qui aura visiblement eu du mal à accepter la fin de la guerre froide, et qu’Alerte Rouge se chargerait un peu plus tard de directement transformer en lutte assumée contre le communisme. Dire que ce scénario digne de l’Amérique reaganienne triomphante – déjà un avatar du passé à l’époque – a mal vieilli serait en-dessous de la vérité, mais il faut également rappeler que l’aspect cinématique était encore une innovation majeure en 1995, à une ère où le CD-ROM finissait tout juste de se démocratiser sur PC ou sur Playstation. Autant dire qu’on se contente donc très bien d’avoir quelque chose à se mettre sous la dent entre les missions afin de faire avancer un peu le schmilblick.

Constituer une ligne de défense efficace en attendant d’avoir accumulé assez d’unités pour partir à l’assaut du camp adverse sera votre première priorité

Dans les faits, et une fois la partie lancée, la parenté de Dune II est absolument flagrante. Les mécanismes ont très peu évolué: il n’y a toujours qu’une seule ressource, on ne peut toujours construire les bâtiments qu’au contact les uns des autres, et chaque pan de la carte dévoilé le reste jusqu’à la fin de la mission – le concept du « brouillard de guerre » et la possibilité de construire n’importe où étant inaugurés, eux, par Warcraft II, paru le même mois.

Le jeu s’appuie également sur de très nombreuses cinématiques en 3D

Même les unités, de l’infanterie aux tanks en passant par les quads et les unités aériennes, feront immédiatement penser aux troupes disponibles sur Arrakis – comme dans Dune II, chaque camp a ses spécificités mais le gameplay restera identique à 90% d’une armée à l’autre. Seules nuances: il n’y aura plus besoin de construire des dalles en béton (ni de les utiliser pour agrandir la surface de sa base et aller construire des bâtiments plus loin), et les vers des sables ont bien évidemment disparu.

Le Tibérium remplace l’épice, mais ça ne change pas grand chose

Surtout, les spécificités introduites par Warcraft l’année précédente auront également été intégrées: les objectifs sont plus variés, certaines missions ne comprennent pas de construction de base, il arrive même qu’on vous place aux commandes d’une seule et unique unité de commando capable de faire de gros dégâts aux bâtiments et redoutable face aux unités isolées mais condamnées à mort face aux blindés ou aux défenses au sol. Bref, on casse un peu la routine, mais on reste dans un moule très largement fidèle à celui instauré par Dune II, inclusion d’un mode multijoueur mis à part, à tel point qu’on a bien du mal à cerner la révolution annoncée. Celle-ci tient en fait à deux angles: la réalisation, et surtout la jouabilité.

La répartition entre les « gentils » et les « méchants » suit une logique politique qui a un air très familier…

En ce qui concerne le premier point, Command & Conquer aura été l’un des marqueurs de la prise de pouvoir du CD-ROM sur PC. Comme on l’a vu, la présence de scènes vidéos, mais aussi d’animations en 3D pré-calculée, représentait un apport très ambitieux par rapport aux écrans fixes et aux animations en pixel art qui étaient encore largement la règle à l’époque, et en on prenait plein les mirettes…

Autre nouveauté intéressante: on peut désormais capturer un bâtiment avec une simple unité d’ingénieur, sans avoir à endommager l’édifice au préalable

Tout en bougonnant, malgré tout, que le jeu ait fait le choix de rester cantonné au VGA alors que la haute résolution (comprenez: 640×480) commençait à s’imposer comme une évidence sur les PC d’alors. Le résultat est une vue trop proche de l’action, où l’on regrette de ne pas avoir davantage de recul pour mieux commander nos troupes. En revanche, le plaisir des oreilles, lui, était indéniable: la bande-son du jeu, faite de composition électro-rock très pêchues, aura marqué au fer rouge des milliers de joueurs, et reste très efficace encore aujourd’hui. Faites l’expérience: après une partie de Panzer General et ses compositions militaires déprimantes, ça donne comme un coup de fouet!

Contrôler de larges groupes d’unités est désormais devenu très simple

Mais le vrai apport de Command & Conquer, celui qui aura dynamité le genre et l’aura définitivement fait sortir de sa niche pour se lancer à l’assaut du grand public, c’est clairement sa jouabilité. On se souvient du travail d’orfèvre que représentait l’action de déplacer une dizaine d’unités jusqu’à la base adverse dans Dune II ou dans Warcraft: on pourrait même dire que l’essentiel de la difficulté de ces deux titres résidait principalement dans la microgestion des troupes.

Kane, au centre, sera appelé à devenir le méchant récurent de la saga

Vous pouvez oublier tout cela: vous désirez mener une attaque? Tracez un cadre autour de vos troupes, cliquez à destination, et voilà. Coup de tonnerre: non seulement il est possible de composer des groupes, non seulement il est possible de les sauvegarder, mais en plus ils ne sont plus limités en nombre et le pathfinding a fait des progrès considérables! Conséquence immédiate: le maniement du jeu correspond immédiatement aux canons actuels, et même si certaines fioritures comme les points de ralliement à la sortie des usines ou le fait de produire les unités à la chaîne n’existent pas encore, on se sent en terrain connu au bout d’une poignée de secondes. Dune II avait fondé le genre du STR, Command & Conquer l’aura fait basculer dans l’ère moderne à peine trois ans plus tard!

Les missions où l’on contrôle un commando sont une originalité bienvenue

Cela peut ressembler à un point de détail, mais on réalise que l’interface, bien plus encore que la réalisation, est souvent le domaine par lequel les jeux les plus anciens apparaissent comme datés et difficiles à aborder. Constater à quel point les fondamentaux de la stratégie temps réel auront finalement assez peu changé en 25 ans montre à quel point le titre de Westwood Studios aura mis dans le mille, et ce que tous les jeux du genre lui doivent. On peut encore aujourd’hui lancer le jeu et se sentir dans ses pantoufles dès les premiers instants sans jamais avoir approché le manuel d’instructions – ce qui était encore loin d’être la norme à l’époque.

L’infanterie, cruciale dans les premières missions, ne pèsera ensuite plus très lourd face aux blindés

On aura certes du mal à être surpris par les possibilités du titre, tant elles ont été systématiquement pillées et reprises par à peu près tous les logiciels du même genre depuis, mais on peut passer un très bon moment – particulièrement si on parvient à faire fonctionner le mode multijoueur. Command & Conquer représente à ce niveau un des premiers titres à n’avoir pratiquement pas vieilli en dépit de son âge canonique – la résolution restera sans doute le principal point de friction jusqu’à ce qu’on le contourne par le biais de la version Windows 95. Dans tous les cas, si vous voulez aujourd’hui découvrir les racines du genre sans avoir à composer avec une prise en main antédiluvienne, vous voici face à une excellente porte d’entrée. N’hésitez pas à lui donner sa chance.

Bien organiser sa base pourra vous permettre d’optimiser votre production et l’acheminement des troupes

Un mot enfin, comme c’est la coutume, sur la version française du jeu. Signe des temps, celle-ci aura été confiée à une équipe professionnelle, ce qui se voit – et surtout s’entend – immédiatement. Les doubleurs font leur travail avec sérieux, et même si certains mettent un peu à côté dans les intonations (au hasard, le comédien doublant Seth qui hésite visiblement entre incarner son personnage au premier ou au second degré), la magie n’est jamais rompue et on se prend immédiatement au jeu. Aucune raison de bouder cette version, donc.

Vidéo – La première mission du jeu (GDI) :

NOTE FINALE : 18/20 Command & Conquer, c'est un peu Dune II dopé aux hormones. Pas dans le principe ni dans les mécanismes, qui n'ont pour ainsi dire pas évolué d'un iota, mais bien dans la réalisation et surtout la jouabilité, qui propulsent enfin le genre de la stratégie en temps réel dans l'ère moderne - les rares éléments manquants étant introduits quasi-simultanément par Warcraft II. Le résultat en est un jeu à la prise en main immédiate, amusant en multijoueur, avec une bande-son qui justifie pratiquement à elle seule l'achat du titre. Dommage que le scénario, très négligeable, ait de mauvais relents de fin de guerre froide, mais le fait est que le logiciel de Westwood Studios est resté pratiquement aussi amusant à jouer qu'au moment de sa sortie. Et ça, c'est quand même un signe. CE QUI A MAL VIEILLI : – Scénario américano-centré de type "Nous les gentils pays riches contre les méchants pays pauvres" – Résolution trop basse qui pénalise la lisibilité de l'action – Strictement aucune nouveauté depuis Dune II en termes de mécanismes de jeu – Infanterie pratiquement inutile dès l'apparition des blindés

Version PC (Windows 95)

Année de sortie: 1996
Nombre de joueurs: 1 à 2
Disponible en Français: Oui
Version testée : Version CD Gold
Spécificités techniques : Nécessite Windows 95

On se sent tout de suite moins à l’étroit, et on ne va pas s’en plaindre

La commercialisation de Windows 95 aura mine de rien représenté un moment charnière au sein de l’environnement PC: la mort progressive du DOS, remplacé par un environnement graphique que n’aurait d’ailleurs pas renié la concurrence de chez Apple. Pour les joueurs, cela se sera souvent traduit, au début, par des titres mal optimisés tournant péniblement dans des fenêtres là où cela ne présentait aucun intérêt hors du bureau. Pour ce qui est de Command & Conquer, cela aura malgré tout apporté une caractéristique qui préfigurait assez bien ce qu’offrirait Alerte Rouge la même année: la gestion du SVGA. Loin d’être une simple coquetterie, cette résolution doublée a un impact dramatique sur la vision offerte par la fenêtre de jeu, où l’on peut embrasser bien plus de terrain sans perdre un seul pixel de la réalisation graphique – l’interface est même sensiblement plus détaillée. Autant dire que le gain en terme de confort de jeu est loin d’être négligeable – à condition, bien sûr, de parvenir à faire tourner le jeu sur les systèmes modernes, ce qui est possible par le biais de patchs. Le jeu intègre également de nouvelles options, comme la possibilité de régler la vitesse de la partie – un très bon moyen de personnaliser son expérience ou d’accélérer un peu les choses lorsqu’on attend la prochaine livraison de Tibérium. Bref, c’est mieux à tous les niveaux, alors autant en profiter.

NOTE FINALE : 18,5/20

Pour une fois, Command & Conquer n’aura pas débarqué sur Windows 95 avec les mains dans les poches: le jeu aura bénéficié de différentes options spécifiques au support, à commencer par une résolution doublée qui fait un bien fou. Autant de très bonnes raisons de privilégier cette version à l’itération DOS.

Command & Conquer : Opérations Survie

Cette image provient du site https://www.mobygames.com

Titre original : Command & Conquer : The Covert Operations
Date de sortie : 22 avril 1996
Disponible sur : PC (DOS et Windows 95)

Ça fait toujours un peu de contenu en plus, mais on ne va pas hurler au génie pour autant

Vu son succès à sa sortie, Command & Conquer ne pouvait pas échapper à la mode des extensions, particulièrement présente pendant les années 90. On n’aura donc attendu que quelques mois pour voir débarquer ce Opération Survie dont le programme est assez basique: 15 nouvelles missions solo (7 pour le GDI, 8 pour le NOD), et 10 nouvelles cartes multijoueurs. Sans surprise, ces nouvelles missions sont beaucoup plus coriaces que celles du jeu de base mais, afin de ne pas trop vous arracher les cheveux sur une opération dont vous ne parviendriez pas à venir à bout, elles peuvent être effectuées dans n’importe quel ordre. Elles mettent également en jeu des unités cantonnées jusqu’ici au mode multijoueur, histoire d’apporter un peu de « nouveauté » à moindre frais. On ne peut d’ailleurs pas dire que cette extension transcende les possibilités du jeu d’origine: il n’y a même pas de nouvelles vidéos, juste du contenu qui ne doit pas occuper 10% du CD, et on aurait tout à fait pu obtenir la même chose à l’aide de matériel réalisé par des fans. À deux-trois bonus près (des niveaux vous opposant à des dinosaures accessibles par le biais d’un code), autant dire qu’on n’a aucune raison aujourd’hui de pousser à l’achat de cette extension très dispensable, à moins d’être un fan mordu.

Version Saturn

Année de sortie: 1996
Nombre de joueurs: 1
Disponible en Français: Non
Version testée : Européenne
Spécificités techniques :

Ça ressemble beaucoup à la version DOS, et c’est sans doute ce qu’on pouvait espérer de mieux.

On tend à l’oublier, mais la Playstation avait des concurrentes, parmi lesquelles la Saturn de SEGA qui aura échoué à capitaliser sur le succès de sa grande sœur, la Megadrive. Comme un symbole de son succès programmé, Command & Conquer aura fait le trajet jusqu’à la console 32 bits dans une version ma foi assez fidèle à l’itération DOS. Sans surprise, la principale nuance vient de la jouabilité au pad, nettement moins naturelle que ce qu’offrait une souris. La barre de construction ne s’affiche qu’après une pression sur la touche C, pour vous laisser profiter au maximum du plein écran, et le curseur est un peu lent, mais dans l’ensemble on retrouve assez vite ses marques. Seuls regrets: impossible de profiter des missions d’Opérations Survie – et surtout, plus ennuyeux, du mode multijoueur. Disons que tous les possesseurs de PC n’auront que peu de raison de s’intéresser à cette version, mais les possesseurs de Saturn n’ont pas dû se sentir floués.

Les vidéos sont bien évidemment toujours de la partie

NOTE FINALE: 16,5/20

Command & Conquer sur Saturn aura dû composer avec la limitation évidente que constitue la jouabilité au pad mais, ce petit détail excepté, offre une expérience très proche de celle de la version DOS – sans le mode multijoueur, hélas. Un bon moyen de découvrir un jeu de stratégie en temps réel sur une console qui n’a pas dû en accueillir beaucoup.

Version Playstation

Année de sortie: 1996
Nombre de joueurs: 1
Disponible en Français: Non
Version testée : Européenne
Spécificités techniques :

Rien de très neuf sous le soleil, mais y en avait-il besoin?

Puisque l’on parlait de la Playstation, on ne sera pas surpris d’apprendre que la reine de la génération 32 bits n’aura bien évidemment pas été oubliée. Command & Conquer aura bel et bien eu droit à son portage sur la console de Sony, dans une version d’ailleurs extrêmement proche de celle développée pour la Saturn – les temps de chargement y sont juste un peu plus nombreux. En termes de réalisation, on est en terrain familier: c’est pratiquement identique à ce qu’offrait la machine de SEGA, et le commentaire vaut d’ailleurs également pour la jouabilité au pad. Le multijoueur fait hélas une nouvelle fois partie des victimes, mais le jeu intègre six missions bonus (dont une cachée) et surtout… tout le contenu de l’extension Opérations Survie, à condition de faire usage d’un code. Autant dire qu’on n’a toujours aucune raison de privilégier cette itération à celle parue sur PC, mais le travail a malgré tout était fait de manière très sérieuse.

Allez, on ne se lasse pas de cette tête de vainqueur

NOTE FINALE : 17/20

Command & Conquer sur Playstation présente sensiblement les mêmes limitations que sur Saturn (absence de multijoueur, jouabilité au pad), mais a la bonne idée d’y ajouter un peu de contenu bonus, voire même l’intégralité de l’extension du jeu via un code. Les joueurs fâchés avec une souris privilégieront donc cette itération sur la version Saturn, les autres lui préfèreront de toute façon la version PC.

Version Nintendo 64

Année de sortie: 1999
Nombre de joueurs: 1
Disponible en Français: Non
Version testée : Européenne
Spécificités techniques :

Souvenons-nous ensemble de la 3D de la fin des années 90

Command & Conquer est un titre tellement associé au support CD-ROM qu’on ne pourra que se montrer surpris de le voir arriver sur Nintendo 64 – à plus forte raison en 1999, soit l’année de la sortie du deuxième épisode de la saga. Connaissant le peu d’affinités entre la machine de Nintendo et la 2D, on se doute également qu’on va soudain se retrouver avec un titre en 3D temps réel, la question étant: brillante adaptation, ou accident industriel? Eh bien… ni l’un ni l’autre, pour être honnête. Le fait est que ce Command & Conquer N64 est tout simplement la copie conforme du jeu original avec de la 3D temps réel en lieu et place des graphismes originaux. Le résultat a naturellement un peu vieilli mais a l’avantage d’être lisible et fluide, d’autant plus que le jeu tourne assez vite, ce qui le rend particulièrement nerveux. Si les décors ont plutôt perdu au change, on appréciera les nouveaux effets graphiques des explosions – et on se prendra assez vite au jeu, même s’il faudra une nouvelle fois apprendre à composer avec le pad. Au rang des sacrifices, les vidéos, remplacées par un simple écran fixe accompagné d’un briefing audio, viennent s’additionner au multijoueur – mais on hérite, en contrepartie, de nouvelles animations en 3D. L’extension n’aura pas fait le trajet, elle non plus, mais le jeu hérite malgré tout de quatre opérations spéciales exclusives à cette version. Bref, ce n’est pas idéal, mais cela reste très bien pensé pour le système.

NOTE FINALE : 16/20

Porter un jeu célèbre pour ses vidéos sur le support cartouche était un pari assez gonflé, mais force est de reconnaître que Command & Conquer sur Nintendo 64 s’acquitte plutôt bien de sa mission. Le gameplay est nerveux, l’action est fluide, et on s’amuse au moins autant que sur les autres versions. Dommage, malgré tout, qu’on perde à la fois le multijoueur, les vidéos et le contenu de l’extension.

Command & Conquer : Remastered Collection

Date de sortie : 5 juin 2020
Développé par : Petroglyph Games – Lemon Sky Studios.
Publié par : Electronic Arts, Inc.
Disponible sur : Windows 8/10
Disponible en Français : Oui
En vente sur : Origin.com, Steam.com

Vidéo – L’introduction du jeu (en français) :

Pour célébrer les 25 ans de Command & Conquer, Electronic Arts aura décidé de confier un remaster du jeu au studio Petroglyph Games, lui-même doté d’une certaine expérience en matière de stratégie en temps réel – et qui avait en plus l’avantage non-négligeable d’avoir été fondé par des anciens de Westwood Studios. Cette édition contient bien évidemment tout le contenu du jeu original ainsi que de son extension et de tous les contenus additionnels développés pour les versions PlayStation et Nintendo 64 – et histoire de faire bonne mesure, elle comprend également Alerte Rouge, qui aura subi pour l’occasion un traitement similaire en intégrant ses deux extensions.

Tout est toujours à sa place, et c’est tant mieux

Au menu, on s’en doute, en plus d’une compatibilité assurée avec les systèmes modernes, on retrouve tout ce qu’on est en droit d’attendre de ce type de refonte: des graphismes qui gèrent dorénavant tout un panel de résolutions élevées et compatibles avec le 16/9e et le 16/10e, une refonte graphique haute-résolution activable ou désactivable à n’importe quel moment via une simple pression sur la barre d’espace, le choix entre les thèmes musicaux d’origine, des versions remixées ou des thèmes inédits, la possibilités de moderniser l’interface, de produire des unités à la chaîne, sans oublier l’ajout d’un choix de la difficulté et l’inclusion, en plus du mode multijoueurs, de la possibilité de jouer contre l’intelligence artificielle. En revanche, il n’est toujours pas possible de placer un point de ralliement à la sortie des bâtiments, et le pathfinding reste assez lacunaire, mais on trouve néanmoins largement l’essentiel pour retrouver les sensations originelles dans un écrin tout neuf sans les trouver trop pesantes.

À gauche, les graphismes redessinés, à droite, les graphismes « originaux » – mais dans les deux cas, la résolution est désormais bien plus élevée et la lisibilité bien meilleure

Du côté de l’habillage, on notera d’ailleurs que cette édition pousse le vice jusqu’à re-simuler une installation façon MS-DOS à son lancement, avec la sélection de cartes sonores d’époque, et qu’elle offre une sélection de bonus déblocables correspond principalement à des versions « making of » des différentes vidéos des briefings du jeu.

C’est fou comme quelques filtres peuvent faire un bien fou pour transcender des vidéos en VGA

Pour ce qui est de ces vidéos, justement, les sources originales n’ayant pas pu être retrouvées, ne vous attendez pas à de la qualité Blu-Ray: les fichiers ont été passé à travers un certain nombre de filtres vidéos, et même si on sent bien que le matériau de base était en 320×240, le gain qualitatif demeure impressionnant. On se retrouve donc face à un très bon moyen de redécouvrir le jeu aujourd’hui, avec une campagne qui a bien évidemment vieilli mais avec la possibilité de continuer à s’adonner au multijoueur, ce qui fait toujours plaisir. Si jamais composer avec DOSBox n’a jamais été à votre goût, ou si vous n’étiez tout simplement jamais parvenu à mettre la main sur le jeu, voilà un excellent moyen de faire un saut vers le passé sans avoir à composer avec les inconvénients de la réalisation originale.

NOTE FINALE : 19/20

Composé avec l’aide de membres de la communauté de fans, ce Command & Conquer : Remastered Collection arrive à un bon consensus en offrant les gains nécessaires en termes de contenu, de confort visuel et de mise à niveau de la jouabilité sans trahir en rien l’expérience originale. Un très bon moyen de redécouvrir le jeu aujourd’hui.

STAR WARS : Rebel Assault II – The Hidden Empire

Cette image provient du site https://www.mobygames.com

Développeur : LucasArts Entertainment Company, LLC
Éditeur : LucasArts Entertainment Company, LLC
Testé sur : PCPlaystation
Disponible sur : Linux (Ubuntu 14.04, Ubuntu 16.04, Ubuntu 18.04), Mac OS X (10.7.0+), Windows (XP, Vista, 7, 8, 10)
En vente sur : Gog.com, Steam.com (version DOS vendue dans un pack comprenant Rebel Assault 1 et 2)

La série Rebel Assault :

  1. STAR WARS : Rebel Assault (1993)
  2. STAR WARS : Rebel Assault II – The Hidden Empire (1995)

Version PC (CD-ROM)

Année de sortie : 1995
Nombre de joueurs : 1
Disponible en français : Oui
Version testée : Version dématérialisée émulée sous DOSBox
Spécificités techniques : Graphismes: VGA – Musique et sons: Aria, Gravis Ultrasound, Pro Audio Spectrum/16, Sound Blaster/Pro/16

Vidéo – L’introduction du jeu :

Au fil des années 90, LucasArts aura opéré un virage certain quant à la forme de sa production vidéoludique. Il faut dire que le genre ayant porté la compagnie américaine jusqu’au sommet de sa gloire, à savoir le Point & Click, était en train de vivre après 1993 la gueule de bois de son âge d’or, au point de péricliter lentement jusqu’à disparaître pratiquement corps et biens à l’arrivée du nouveau millénaire. En dépit du développement d’une bonne partie des derniers jeux d’aventure marquants de la décennie, de The Dig à Grim Fandango en passant par Full Throttle, l’arrivée de la 3D et l’explosion de ce qu’on allait prendre l’habitude d’appeler le FPS plutôt que le Doom-like allait conduire LucasArts à capitaliser sur une de ses licences phares: Star Wars.

C’est l’heure de reprendre du service!

Justement, entre deux épisodes des sagas Dark Forces ou X-Wing, l’idée de donner une suite à Rebel Assault prenait d’autant plus de sens que la puissance des processeurs et surtout la qualité des méthodes d’encodage avaient progressé à vitesse grand V en deux ans. Le premier opus ayant déjà connu un succès commercial indéniable, il y avait de quoi nourrir de grands espoirs pour un deuxième épisode à présent que les lecteurs CD-ROM étaient devenus des équipements standards pour n’importe quel possesseur de PC. Vincent Lee se remit donc à l’ouvrage avec son équipe pour offrir ce qui semblait l’approche la plus évidente: la même chose, mais en mieux.

La réalisation a fait de gros progrès – dommage qu’on ne puisse pas en dire autant de l’intérêt du jeu

Histoire de ne pas proposer du réchauffé – et vu qu’on n’a pas toujours une Étoile Noire sous la main – Rebel Assault II vous propose cette fois une aventure originale narrée non plus à coups d’extraits tirés directement des films de la saga et d’illustrations en pixel art, mais bien à l’aide de séquences tournées en vidéo avec des acteurs réels. Celle-ci vous opposera, sans grande originalité, à un énième système expérimental de camouflage (une intrigue qui n’avait déjà rien de neuf à l’époque, et ça ne s’est pas arrangé depuis) histoire de justifier une nouvelle quinzaine de niveaux où vous ferez exactement la même chose que dans le premier opus: tirer sur des trucs, comme dans n’importe quel Rail Shooter.

Cette véritable bombe de non-charisme est le personnage que vous allez incarner pendant tout le jeu…

La bonne nouvelle, c’est que la jouabilité et la réalisation de ces séquences se sont toutes deux largement améliorées. Si se contenter d’utiliser tranquillement la souris comme on le ferait sur le bureau de Windows est toujours hors de question, la maniabilité au joystick a heureusement gagné en précision – ce n’est pas encore la panacée, mais on peut cette fois arriver à placer le curseur à l’endroit que l’on cherchait à atteindre sans que cela prenne plusieurs secondes.

…Mais il a quand même moins une tête à claque que cet acteur dont le seul rôle est de donner la réplique à Dark Vador

Le principe en lui-même n’a pas changé: on tire sur des cibles placées dans des séquences filmées, et on évite parfois certains éléments en déplaçant le curseur comme cela était déjà possible dans le premier épisode: la surface filmée est en fait plus grande que la surface affichée en jeu, ce qui permet de déplacer l’image dans les huit directions lorsque vous déplacez votre vaisseau. La bouillie de pixels de Rebel Assault a heureusement laissé la place à des séquences en haute résolution, malheureusement toujours bloquées par défaut à 15 images/seconde (il est possible d’augmenter le nombre d’images, mais cela accélère alors le jeu et provoque des chevauchements dans les dialogues).

Rien de tel qu’une petite conversation anodine, côte à côte, pendant qu’on vole en rase-motte à 300 km/h

Évidemment, il serait exagéré de dire que ces phases impressionneront davantage un joueur du XXIe siècle que celles du premier opus, mais la qualité, la fluidité et la variété de l’ensemble sont incontestablement supérieures, offrant une expérience d’autant plus fluide que les passages les plus insupportables (le labyrinthe de la planète Hoth, au hasard) n’ont cette fois pas d’équivalent. Il est également possible de configurer très précisément la difficulté du jeu selon une grande variété de critères, ce qui n’empêche hélas pas l’équilibrage d’être à revoir: le troisième niveau, intervenant au bout de dix minutes, doit ainsi être un des plus difficiles de tout le jeu…

Petit clin d’œil à Dark Forces, lors d’une séance de tir en vision nocturne pas passionnante

Dans l’ensemble, si le gameplay est toujours aussi limité, il a au moins le mérite d’être immédiatement fonctionnel, ce qui n’était pas franchement le cas dans le premier épisode. On ne peut pas dire qu’on vive une révolution de ce côté-là, mais quitte à se frotter à un concept aussi basique, autant assumer la simplicité de la chose plutôt que de saboter la jouabilité pour chercher à prolonger artificiellement l’expérience. En revanche, il faudra cette fois composer sans tous les passages iconiques de la saga, remplacés, donc, par un scénario cousu de fil blanc cherchant à vous tenir en haleine… et échouant lamentablement.

La difficulté sera moins de viser que d’anticiper les mouvements de votre vaisseau

Il faut dire que chercher à recréer l’univers visuel foisonnant de Star Wars en comptant principalement sur des fonds bleus, des accessoires retrouvés dans le débarras du Skywalker Ranch et une poignée d’acteurs probablement tous recrutés directement parmi les programmeurs du jeu, le tout filmé avec une caméra vidéo et une lumière dégueulasse, est quelque chose qui fait nettement moins illusion à une époque où n’importe qui a accès à du matériel numérique et à des logiciels de montage qu’au milieu des années 90.

Quitte à vendre un scénario sans intérêt, autant en profiter pour rameuter tout le casting masqué des films en renfort…

Soyons clairs: non seulement le scénario est totalement indigent, mais il est en plus mis en scène n’importe comment et porté par des acteurs dont la très grande majorité – à commencer, hélas, par celui qui interprète le personnage que vous incarnez – jouent comme des pieds. Pour leur défense, on leur fait interpréter des rôles d’une telle platitude qu’on aurait du mal à leur donner plus d’épaisseur qu’à une feuille de papier-cigarette, mais le fait est qu’on a davantage l’impression d’assister au spectacle de fin d’année du groupe des refoulés de la kermesse de la salle André Bourvil de Bondy qu’à un épisode inédit de la saga de George Lucas. Même l’acteur incarnant Dark Vador trouve le moyen de jouer faux alors qu’on ne lui demande jamais plus que d’endosser le célèbre costume et de faire acte de présence: un exploit!

La visée est plus précise, mais les masques de collision, eux, sont catastrophiques

Pour ne rien arranger, même les fans les mieux disposés pourront tiquer à la vue de quelques incohérences par rapport aux canons de la saga: l’introduction du jeu montre par exemple des pilotes de X-Wing coiffés de casques de pilotes de B-Wing, alors que la partie vous fait commencer aux commandes d’un B-Wing… avec un casque de pilote de X-Wing. Dans le même ordre d’idées, on essaiera de ne pas trop se formaliser du fait que, dès la première mission, une patrouille de deux B-Wings (équivalents, rappelons-le, à des bombardiers lourds) parvienne à venir à bout d’une bonne cinquantaine de chasseurs TIE. Bref, on n’y croit pas beaucoup, ce qui dilue mine de rien énormément de la magie qui constitue souvent la vraie bonne raison de se replonger dans un jeu du siècle dernier. Alors oui, le cœur du jeu – les scènes d’action en elles-mêmes – est meilleur, mais quand on parle une nouvelle fois de déplacer un curseur sur des vidéos, autant dire que l’enrobage compte largement autant que le fond, et qu’on prend vite un sacré coup de vieux.

« Qu’est-ce que tu dis? Des rebelles ont atterri près de notre base secrète? Allons, qu’est-ce qu’on risque à rester piqués là comme deux crétins en tournant le dos au seul accès par lequel ils pourraient nous attaquer? »

Quelques mots, comme toujours, sur la version française: celle-ci dispose cette fois d’un doublage intégralement dans la langue de Molière, contrairement au premier épisode. Le travail a été confié à des doubleurs professionnels, qui remplissent proprement leur office, sans transcender ni ridiculiser davantage le jeu pitoyable des acteurs d’origine. Seul petit regret: le rôle de Dark Vador n’a été confié à aucune des voix officielles du personnage, laissant la place à un acteur qui force sur sa voix sans vraiment faire illusion. Aucune raison de fuir cette adaptation même si les puristes se dirigeront, comme souvent, vers la version originale.

Vidéo – le premier chapitre du jeu :

NOTE FINALE : 12/20 En reprenant très exactement la formule initiée par le premier épisode, STAR WARS: Rebel Assault II - The Hidden Empire ne la transcende en rien, mais en profite pour la peaufiner et la changer - enfin! - en expérience jouable. En dépit d'un scénario original - qui ne surprendra d'ailleurs personne - et d'une réalisation qui a fait d'énormes progrès en deux ans, le titre de Vincent Lee consiste malheureusement toujours à promener un curseur dans des environnements d'ailleurs un peu trop inspirés de ceux de leur prédécesseur. En résulte un jeu convenu, bancal et atrocement prévisible, mais malgré tout auréolé de ce charme propre aux titres des années 90 abusant de la vidéo pour vous transporter, le temps de quelques heures, dans un univers que les fans seront toujours heureux de retrouver. CE QUI A MAL VIEILLI : - Personnages toujours aussi creux - Mécanismes toujours aussi datés - Scénario cousu de fil blanc - Réalisation vidéo qui sent le fond bleu et le carton-pâte - Des acteurs qui jouent comme des pieds - Quelques bizarreries qui feront tiquer les fans

Version Playstation

Année de sortie : 1996
Nombre de joueurs : 1
Disponible en français : Non
Version testée : Version américaine
Spécificités techniques :

Vidéo – L’introduction du jeu :

Signe des temps, alors que le premier épisode avait été porté sur Mega-CD, Rebel Assault II, lui, aura finalement atterri sur la console de Sony. Au menu, sur deux CD, sensiblement la même chose que sur PC… mais avec quelques menues variations, malgré tout.

Dommage que les masques de collision ne se soient pas améliorés

La première, la plus évidente, est la résolution: pas question de faire tourner de la vidéo en 640×400 sur une Playstation. En résulte une image bien évidemment moins fine, même si la perte de qualité est paradoxalement plus sensible pendant les séquences de jeu que lors des cinématiques. Sachant que l’aspect esthétique ne pèse de toute façon plus très lourd dans la balance pour un jeu de ce type, on dira qu’on s’y fait vite. En revanche, il n’y a plus dorénavant que trois modes de difficulté, certaines des séquences de tir vous autorisent à changer d’angle de caméra, et on assiste à l’apparition de modèles et d’effets 3D qui, s’ils bougent incontestablement mieux que sur PC, tranchent d’autant plus avec la vidéo diffusée en fond. Les contrôles ont un peu perdu en précision, particulièrement dans les scènes de pilotage, mais vous ne devriez pas pour autant rencontrer de grandes difficultés pour terminer le jeu. Bref, du bon et du moins bon pour une version qui n’a globalement pas à rougir de sa prestation.

Ça sent un peu le gros pixel quand même

NOTE FINALE: 11,5/20

Rebel Assault II sur Playstation est moins fin, moins configurable, peut-être un peu moins jouable que sur PC, mais il apporte également son lot de petites finitions qui font que l’expérience de jeu ne pâtit finalement que très peu du changement de support. Sans doute pas le meilleur jeu estampillé Star Wars sur la machine, mais certainement pas le pire non plus.