Galaxy Force I & II

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Développeur : SEGA-AM2 Co., Ltd.
Éditeur : SEGA Enterprises Ltd.
Titre original : ギャラクシーフォースⅡ
Testé sur : Arcade, Amstrad CPC, Commodore 64, Master System, ZX Spectrum, Amiga, Atari ST, Megadrive

***** Version Arcade *****

Année de sortie : 1988
Nombre de joueurs : 1
Disponible en Français : non

Vidéo – L’introduction du jeu :

Avant même de se lancer à corps perdu dans ce test, je sens bien qu’il va falloir commencer par répondre à une question qui aura angoissé tout ceux qui auront posé les yeux sur le titre de l’article: « Pourquoi tester deux jeux en même temps? » Flemmardise? Formule accélérée? Faute de frappe? Manque de matière? Rien de tout cela – et non, rassurez-vous, je ne compte pas commencer à tester les jeux par grappes de deux ou trois pour gagner du temps, ce n’est tout simplement pas la philosophie de la maison. Pourquoi alors faire exception pour ce(s) titre(s)?

Les nombreux obstacles permettent qu’on n’ait pas le sentiment de jouer à un Rail Shooter

Eh bien la réponse est plus simple qu’il n’y parait: Galaxy Force II, sorti la même année que le premier épisode, n’est rien d’autre – en dépit de son nom trompeur – qu’une simple mise à jour de Galaxy Force – un peu comme cela avait déjà été le cas pour le deuxième épisode d’After Burner, avec qui Galaxy Force partage d’ailleurs de très nombreux points communs. À tel point que le premier opus est aujourd’hui extrêmement difficile à trouver (il n’est, par exemple, même pas émulé sous MAME, qui compte pourtant plus de 33.000 titres). Autant dire que, si les différences entre les deux versions seront rapidement présentées, l’essentiel du test portera bien sur l’opus le plus récent et le plus complet, à savoir Galaxy Force II.

« Primitive », la 3D des années 80? Vous avez bien regardé?

Retour au vif du sujet. Galaxy Force et sa suite sont deux jeux tirant profit de la technologie du Sprite Scaling créé par SEGA dans les années 80 et initiée avec Space Harrier, avant d’être réutilisée dans des titres comme OutRun ou After Burner. De ce dernier titre, Galaxy Force reprend d’ailleurs le concept d’une cabine sur vérins hydrauliques, capable de se pencher ou de pivoter sur 335 degrés, histoire de bien renforcer l’immersion. En effet, si le logiciel de SEGA vous place toujours aux commandes d’un engin volant, oubliez cette fois le jet pour passer directement au vaisseau spatial! Le scénario est tellement insignifiant que la borne ne prend d’ailleurs même pas la peine de le développer avant l’écran de fin: vous allez simplement devoir parcourir une série de planètes pour tout détruire sur votre chemin histoire de sauver l’univers, parce que bon, ce serait moins motivant si vous faisiez ça pour payer votre loyer.

Incroyable: Thunder Force III existait déjà dans une version 3D deux ans avant sa sortie!

Précisons immédiatement que si Galaxy Force proposait à l’origine quatre niveaux, Galaxy Force II aura enrichi la formule en en ajoutant deux, en prolongeant et en rééquilibrant les niveaux existants, et en centralisant l’usage des missiles sur un seul bouton. Curiosité historique ou recherche de bornes rares mises à part, peu de joueurs trouveront donc un intérêt à jouer au premier épisode plutôt qu’au second – ce qui tombe bien étant donné la difficulté, déjà mentionnée, de parvenir à en trouver un exemplaire aujourd’hui. Fin de la parenthèse.

Attention: même si le jeu est loin d’être impossible, vous n’êtes pas invulnérable

La partie s’ouvre donc par le choix de la planète à partir nettoyer, parmi cinq possibilités – le sixième niveau étant réservé pour la fin. Chacune de ces planètes représentera un environnement particulier (planète de feu, champ d’astéroïdes, planète verdoyante, planète aérienne…) histoire d’offrir un peu de variété, mais respectera en fait un déroulement défini: vous commencerez à chaque fois votre périple à la surface du globe ou directement dans l’espace, avant de pénétrer (parfois à plusieurs reprises) dans une structure interne ou souterraine dans laquelle vous chercherez à faire la maximum de dégâts avant d’aller détruire le réacteur central ou ce qui en tient lieu, au terme d’un passage qui fera immanquablement penser à l’attaque au cœur de la deuxième Étoile Noire dans Le Retour du Jedi. Simple, mais efficace – surtout dans une cabine qui vous aide à y croire à fond.

Les environnements changent souvent – et ça fait plaisir

Pour y parvenir, vous pourrez à la fois moduler votre vitesse à l’aide d’un levier qui n’a objectivement qu’un effet assez marginal sur votre rythme de croisière, et détruire vos adversaires à l’aide de vos canons ou d’une réserve assez généreuse de missiles à tête chercheuse. Cette destruction ne comptera d’ailleurs pas que pour le score, puisqu’en dégommant tout ce qui se trouve sur votre route, vous accumulez également des points d’énergie qui font office à la fois de carburant et de points de vie pour votre astronef, qui ne pourra pas compter indéfiniment sur le bouclier qui le protège en début de mission. Que votre énergie tombe à zéro – soit parce que vous prenez trop de dégâts, soit parce que vous n’en faites pas assez, soit parce que vous traînassez trop – et c’est le Game Over.

Les attaques de bases spatiales font toujours leur petit effet

La bonne nouvelle, c’est que Galaxy Force II n’a pas uniquement fait un bond en terme de réalisation depuis After Burner, il a également fait d’énormes progrès en terme de jouabilité. En ce qui concerne le premier point, je vous laisse observer les captures d’écran ou visionner la vidéo en clôture du test: difficile d’en demander plus à de la 3D en 1988.

C’est quand même plus varié qu’After Burner!

Non seulement la borne parvient à afficher un nombre hallucinant de sprites à l’écran, mais elle parvient à les assembler pour en faire des structures parfois réellement impressionnantes, comme ces vaisseaux gigantesques qui vous survolent de temps à autre histoire d’en rajouter une couche dans la référence à Star Wars. Le fait que tout le décor penche en même temps que votre cabine à chaque virage est toujours aussi efficace pour l’immersion, et on appréciera qu’il ne se limite pas à une simple ligne d’horizon mais offre cette fois des reliefs, des rochers, des nuages, des rivières de lave ou même des serpents de feu et des météorites, le tout de manière extrêmement dynamique. En dépit de l’âge du logiciel, on se surprend encore à pencher la tête ou à serrer les dents au cours d’un virage un peu serré, notamment parce que le pilotage ne se limitera pas cette fois à éviter les tirs adverses mais bel et bien à manœuvrer au sein de couloirs ou de galeries à pleine vitesse. Pour ne rien gâcher, la musique très rythmée colle parfaitement à l’action, et se prend largement au jeu – allons même jusqu’à dire qu’on s’amuse vraiment.

Les gros vaisseaux, c’est la classe

Du côté de la jouabilité, d’ailleurs, SEGA aura procédé à un choix très intelligent en sacrifiant pour une fois l’extrême vitesse sur laquelle reposait l’essentiel de l’adrénaline de titres comme Space Harrier – mais qui condamnait le joueur à compter plus sur la chance ou sur des réflexes de Jedi que sur une réelle maîtrise. Cette fois, le jeu se déroule à un rythme élevé, mais largement pensé pour vous permettre de vous sentir enfin maître de votre destin sans avoir à gesticuler anarchiquement dans tous les sens.

Qu’est-ce qu’on fait? On se risque sur le bizarre?

On voit où on tire, on sait dans quelle direction on se dirige, on a enfin le temps de composer avec l’opposition et de prendre des décisions – bref, on cesse de se sentir purement spectateur d’un jeu qui semble se dérouler sans nous. C’est un énorme progrès, ce qui explique certainement pourquoi on peut enfin se sentir frustré de l’extrême brièveté du jeu, qui n’atteint même pas les vingt minutes. Mais il faut également être conscient que le gameplay, dont l’efficacité repose précisément sur une simplicité assumée, aurait fatalement fini par s’essouffler en étirant les niveaux sur la durée. Disons qu’on aurait quand même signé pour deux ou trois planètes de plus, et quand on voit avec quel plaisir on peut reprendre les commandes pour une petite partie de temps à autre – même à l’ère de la 3D hyperréaliste – c’est quand même un assez bon indicateur de la réussite du jeu.

Vidéo – Le premier niveau du jeu :

NOTE FINALE : 15/20

En reprenant les meilleurs aspects de Space Harrier et d’After Burner, Galaxy Force a également l’excellente idée, cette fois, de ne pas faire reposer l’intégralité de son gameplay sur la vitesse à l’état pur. Ce que le titre perd (légèrement) en adrénaline, il le gagne en revanche en jouabilité, avec une réalisation impressionnante donnant plus que jamais au joueur le sentiment d’être sur le siège du pilote dans des niveaux qui font leur maximum pour nous faire vivre, à leur façon, les meilleurs passage des films façon Star Wars. L’expérience est hélas aussi brève qu’elle est intense – moins d’une vingtaine de minutes – et ne gagnerait sans doute pas à être trop prolongée, tant le gameplay simpliste ne s’accommode de toute façon que de séances assez courtes. Mais cela n’empêche en rien Galaxy Force d’être l’un des meilleurs logiciels à avoir tiré profit de la technologie du Sprite Scaling imaginée par SEGA – une forme d’aboutissement qui ferait presque regretter que la série n’ait pas connu de troisième épisode.

CE QUI A MAL VIEILLI :

– Structure des niveaux redondante

– Très court

– Gameplay très basique

***** Version Amstrad CPC (Galaxy Force)*****

Année de sortie : 1989
Nombre de joueurs : 1
Disponible en Français : non

Ah oui, en effet, c’est hmmm… différent

Dans la grande fournée de livraison des portages de Galaxy Force, les ordinateurs 8 bits auront été les premiers servis, en 1989 – ce qui peut paraître étrange tant ce n’étaient pas les machines les plus adaptées pour convertir un titre aussi techniquement exigeant que le logiciel de SEGA, mais, hé, c’était malgré tout les plus répandues. Sur la machine d’Amstrad, et comme on pouvait s’y attendre, Galaxy Force n’a plus grand chose à voir avec la borne d’arcade. Face à tous ces gros pixels, la sensation de vitesse est pratiquement inexistante en extérieur: il n’y a tout simplement pas assez de sprites pour la créer. En intérieur, cela fonctionne un peu mieux, d’autant que le jeu reste relativement fluide. La maniabilité à un bouton est un peu particulière: il faut laisser le bouton appuyé pour tirer aux canons, ou le presser une seule fois pour tirer les missiles. La musique est passée à la trappe – en-dehors d’un court jingle entre les niveaux, mais l’essentiel du contenu est là, à commencer par les six niveaux du jeu (il s’agit donc bien de Galaxy Force II, en dépit du nom du jeu). On s’amuse quand même, mais difficile de comparer les sensations de jeu avec un jeu d’arcade qui reposait en très grande partie sur sa réalisation.

NOTE FINALE : 10/20

L’honnêteté oblige à reconnaître que Galaxy Force sur CPC offre l’essentiel de ce que proposait la version arcade: six niveaux où l’on commence en plein air avant de pénétrer à l’intérieur d’une base pour en détruire le réacteur lors d’une expédition en 3D. Malheureusement, et même si le jeu est relativement jouable, comparer la réalisation pour le moins spartiate sur la machine d’Amstrad avec la cabine sur vérins hydrauliques à la pointe de la technologie imaginée par SEGA parait un peu vain. On a vu pire, bien pire sur CPC, mais proposer un jeu reposant en grande partie sur sa réalisation sur un ordinateur qui n’avait pas les capacités pour offrir 1% des sensations de la borne d’arcade avait-il réellement un sens?

***** Version Commodore 64 (Galaxy Force II) *****

Année de sortie : 1989
Nombre de joueurs : 1
Disponible en Français : non

C’est quand même difficile de hurler au génie

Comme sur CPC, Galaxy Force tousse un peu une fois porté sur C64. La 3D est un peu plus détaillée, mais on ne peut pas dire qu’elle soit plus fluide, et dans l’ensemble la sensation de vitesse ne fonctionne pas – pas même en intérieur, où la machine de commodore fait même clairement moins bien que la machine d’Amstrad. Malgré une interface réduite au strict minimum, c’est toujours la foire aux pixels, et si le sensations de jeu sont très correctes on n’a pas toujours le sentiment de contrôler grand chose. Bon point, cependant: la musique est de retour, et elle s’en sort assez bien, et tout le contenu du jeu est toujours là.

NOTE FINALE : 10,5/20

Porter Galaxy Force sur Commodore 64 revient un peu à reproduire Le Radeau de la Méduse au dos d’un timbre-poste: c’est possible, mais on sent bien qu’on perd quand même pas mal de choses en route. La 3D plus que rudimentaire passe la partie à hurler sa douleur, mais l’essentiel du jeu est très exactement à sa place. Pour ce qui est des sensations, en revanche… Mais, hé, on savait à quoi s’attendre, et on ne peut pas dire que le travail ait été bâclé. Rien qui puisse vous tenir éloigné de la version arcade, cependant.

***** Version Master System (Galaxy Force)*****

Année de sortie : 1989
Nombre de joueurs : 1
Disponible en Français : non

Bon, ça ressemble déjà UN PEU PLUS à la version arcade

Dès le lancement, on sent bien que la version Master System de Galaxy Force est une des plus ambitieuses de tous les systèmes 8 bits. Graphiquement, le jeu est indéniablement des kilomètres au-dessus de ce que proposaient les portages sur ordinateur, et il bouge également bien mieux – même si parler de « fluidité » serait très exagéré, tant on sent parfaitement à quel point le jeu tire sur les ressources de la console, au point d’ailleurs de connaître son lot de ralentissements. Le déroulement des niveaux est assez largement modifié, mais respecte les mêmes codes: extérieur/intérieur puis destruction du centre – et ils sont également bien plus longs. La musique, elle aussi, est restée très sympathique. En revanche, on sent bien qu’il a fallu faire des sacrifices: il n’y a plus de jauge d’énergie (dorénavant tout repose sur les boucliers), pas question de voir le décor se pencher dans les virages (comme dans toutes les versions domestiques), et surtout, le cinquième niveau a disparu, ce qui est déjà un peu plus dommageable. Reste qu’on pouvait objectivement difficilement en demander plus à la petite 8 bits.

NOTE FINALE : 12/20

D’accord: c’est nettement moins impressionnant, ça se traine un peu et on a perdu du contenu. Reste que Galaxy Force sur Master System peut sans difficulté revendiquer la palme de la meilleure adaptation 8 bits du jeu – et même donner quelques leçons aux versions Atari ST et Amiga. Si la magie aura bien du mal à opérer sur autre chose que les nostalgiques de la console de SEGA, on appréciera néanmoins l’effort à sa juste valeur.

  • LES AVIS DE L’ÉPOQUE :

« Alors que j’avais trouvé la version arcade bien peu palpitante, j’ai été agréablement surpris par la version sur Master System. J’apprécie particulièrement sa rapidité, les sprites n’entravant en rien le déroulement du jeu. Le graphisme est satisfaisant même si la 3D laisse parfois à désirer, l’attention accordée aux détails mérite d’être signalée. (…) Un éventail de niveaux plus larges ferait de Galaxy Force mon shoot’em’up favori. »

Matt, Consoles + n°0, Juillet-Août 1991, 85%

***** Version ZX Spectrum (Galaxy Force)*****

Année de sortie : 1989
Nombre de joueurs : 1
Disponible en Français : non

Franchement, ça aurait pu être tellement pire…

Porté sur ZX Spectrum, Galaxy Force fait immédiatement penser à la version parue sur Amstrad CPC – la couleur en moins. Comme souvent, la réalisation est globalement monochrome, et je ne dis « globalement » que parce que l’interface, elle, est en couleurs (on aurait préféré l’inverse). Le jeu tourne relativement bien et reste jouable, et peut même s’enorgueillir d’avoir un thème musical pendant la partie, mais une nouvelle fois, si jouer à un pareil titre sur la machine de Sinclair pouvait faire sens en 1988, l’acte tient aujourd’hui davantage de l’archéologie.

NOTE FINALE : 09,5/20

Adapter Galaxy Force sur ZX Spectrum tenait plus de défi à relever que de l’acte rationnel, un peu comme ces programmeurs passionnés qui s’acharnent à porter Doom sur les calculatrices. Au moins l’essentiel a-t-il été préservé – à savoir que le jeu est jouable, et qu’on pouvait difficilement demander à la machine de Sinclair d’en faire beaucoup plus, sauf peut-être du côté de la palette de couleurs. Une nouvelle fois, une version à réserver exclusivement aux nostalgiques de la première heure.

***** Version Amiga (Galaxy Force II)*****

Année de sortie : 1990
Nombre de joueurs : 1
Disponible en Français : non

Franchement, vous pouviez faire mieux que ça

On se souvient que les conversions de Space Harrier et d’After Burner réalisées par Activision pour l’Amiga et l’Atari ST n’avaient pas exactement été éblouissantes. Programmer un moteur 3D correct demande du temps et des moyens – ou de la puissance de calcul à foison. Malheureusement, même en sortant deux ans après la version arcade, cette adaptation de Galaxy Force II ne rivalise même pas avec la version Master System! Le jeu a cru nécessaire de réintégrer le levier de propulsion, ce qui vous oblige à aller régler la vitesse sur le clavier – franchement, on s’en serait très bien passé. Graphiquement, disons-le tout net, c’est moche, ça bouge mal et ça se traine à en pleurer. La 3D des intérieurs n’est même pas au niveau de celle aperçue sur CPC, et la maniabilité est passable, ce qui n’empêche hélas pas de s’ennuyer assez rapidement. Difficile d’imaginer cette version espérer rivaliser avec Wing Commander, sorti la même année.

NOTE FINALE : 11,5/20

la 3D et l’Amiga ne constituaient déjà pas une association naturelle, et ce ne sont certainement les titres programmés avec les pieds comme ce Galaxy Force II qui seront venus changer la donne. Ce n’est pas très beau, ça ne va pas très vite et ce n’est pas très amusant – objectivement, le seul argument de vente de cette version est d’être plus belle que celles parues sur 8 bits, et encore, l’adaptation parue un an auparavant sur Master System lui est incontestablement supérieure. Bref, ça ne fera pas partie des jeux pour lesquels on aura envie de se souvenir de l’Amiga.

***** Version Atari ST (Galaxy Force II)*****

Année de sortie : 1990
Nombre de joueurs : 1
Disponible en Français : non

Pas de jaloux pour les ordinateurs 16 bits

Vous vous souvenez de la version Amiga de Galaxy Force II? Je crois qu’on va commencer par là, ça ira plus vite. Prenez la même version, au pixel près, avec une qualité musicale très inférieure, et voilà! On ne va même pas faire mine d’être surpris, mais vous comprendrez aisément qu’il me soit assez difficile de m’attarder sur cette version.

NOTE FINALE : 11/20

Comme (beaucoup) trop souvent, la version Atari ST de Galaxy Force II n’est rien d’autre qu’une copie issue du même moule que la version Amiga, avec quelques limitations techniques en plus – la musique n’est même pas à la hauteur de ce qu’on a pu entendre sur Commodore 64. Autant dire qu’il est extrêmement difficile de passer beaucoup de temps sur cette adaptation pour quiconque a eu l’occasion de mettre les mains au moins une fois sur la version arcade. Portage fainéant, intérêt ludique très limité, à oublier.

***** Version Megadrive (Galaxy Force II)*****

Année de sortie : 1991
Nombre de joueurs : 1
Disponible en Français : non

On est toujours très loin de l’arcade, mais ça commence à ressembler à quelque chose

Pour être honnête, avant même de lancer Galaxy Force II, on nourrit quelques espoirs de voir l’honneur des machines 16 bits être sauvé par la Megadrive. En effet, non seulement SEGA avait tout intérêt à ne pas faire mentir son principal argument de vente de l’époque – à savoir que sa nouvelle console offrait les sensations de l’arcade à domicile – mais en plus, l’adaptation assez réussie du jeu sur la Master System avait toutes les raisons de laisser entrevoir ce portage avec optimisme, surtout sur une machine qui venait justement de donner une sacrée leçon aux ordinateurs avec sa propre version de Strider.

Les intérieurs sont très décevants

Commençons par une bonne habitude prise par la firme au hérisson: celle d’ajouter un menu des options très complet qui, en plus d’un sound test, vous propose de paramétrer la difficulté, la vitesse de la déperdition d’énergie, la solidité des boucliers, et même le schéma des commandes. Ainsi, par défaut, A sert à accélérer, C à freiner, B à tirer les missiles et le tir est automatique. Bien fichu. En terme de réalisation, disons le tout net, le titre est plus proche de la version Master System que de la version arcade: on retrouve les mêmes niveaux (au détail près que la cinquième planète est bien là, cette fois), et les sensations sont assez comparables, même si le jeu va heureusement plus vite. Les graphismes sont bien évidemment plus détaillés, mais les extérieurs sont toujours aussi vides et les intérieurs toujours aussi décevants – sans compter que le jeu est également empoisonné par des effacements de sprites auxquels la Megadrive ne nous avait pas habitués. La musique, en revanche, est excellente, et retrouve parfaitement les sonorités et le rythme de la version arcade.

Les fonds sont détaillés, mais alors du côté du sol, c’est le néant absolu

NOTE FINALE : 13/20

Galaxy Force II a beau trouver sa meilleure version domestique sur Megadrive, on sent très bien que la 16 bits de SEGA en avait encore largement sous le capot et n’aura pas vraiment craché ses tripes dans le processus. Cela va plus vite, c’est un peu plus beau, c’est indéniablement plus détaillé que sur Amiga ou Master System, mais on est encore très, très loin de l’expérience originale – sauf du côté de la musique, où la Megadrive fait mieux que se défendre. Un portage sympathique à petites doses, mais sans plus.

Katakis

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Développeur : Rainbow Arts Software GmbH
Éditeur : Rainbow Arts Software GmbH
Titres alternatifs : Denaris (republication de 1989), Neutralizer (titre de travail)
Testé sur : Commodore 64, Amiga

***** Version Commodore 64 *****

Année de sortie : 1988
Nombre de joueurs : 1 à 2
Disponible en Français : non

Vidéo – L’écran-titre du jeu :

On l’oublie souvent, mais la question de la propriété intellectuelle sera longtemps resté un terrain en friche dans le monde du jeu vidéo. À une heure où les joueurs n’entendent parler que de MOBA-like, de DOTA-like, de COD-like bien des années après les Quake-like et les Doom-like, la question semble incongrue, pourtant savoir tracer une ligne entre ce qui relève des mêmes mécaniques de jeu et ce qui relève du plagiat pur et simple s’est souvent avéré plus difficile qu’on pourrait le croire. Ainsi, pour avoir un peu trop collé à la formule de Super Mario Bros., Rainbow Arts avait dû retirer The Great Giana Sisters des bacs dès sa sortie en 1987. De quoi refroidir bien des ardeurs… Mais chez Rainbow Arts, on avait visiblement de la suite dans les idées; c’est pourquoi après ce coup du sort, l’éditeur allemand décida de se lancer dans le développement… d’un clone de R-Type. Ainsi naquit la légende de Katakis.

Hmm… Attends… On ne s’est pas déjà vus quelque part, toi et moi? Dans une salle d’arcade, en 1987…

Le scénario du jeu, pas plus intéressant que celui de la moyenne des Shoot-them-up, vous envoie secourir une colonie humaine sur la planète Katakis, menacée par une intelligence artificielle, blablabla, ça n’intéresse personne. Le prétexte n’ayant absolument aucune importance, vous prenez donc les commandes de votre vaisseau DS-H75 (pas très inspiré non plus de ce côté-là, les scénaristes) et vous partez à l’assaut des douze niveaux du jeu histoire de faire régner la paix en détruisant tout ce qui se trouve sur votre chemin.

Katakis sait renouveler ses ambiances

Évidemment, dès que l’on lance la partie au terme d’un (long) chargement, il est très difficile de mettre plus de trente secondes à déceler l’inspiration principale de Katakis: R-Type. Le titre de Rainbow Arts emprunte effectivement beaucoup de choses à celui développé par Irem et sorti, rappelons-le, l’année précédente. Ce sont certes deux Shoot-them-up à défilement horizontal prenant place dans un univers tantôt mécanique, tantôt biologique, mais les points communs ne s’arrêtent pas là. Non seulement les bonus du jeu se collectent de la même façon que dans R-Type – en détruisant des petits robots sphériques dont le sprite est d’ailleurs quasi-identique – mais on retrouve également le mécanisme du module qui vient se placer à l’avant de votre astronef (qui existe cette fois en différentes tailles), ainsi que la plupart des options du jeu d’Irem: lasers à la trajectoire oblique rebondissant sur les murs, satellites venant se placer au-dessus et en-dessous de votre vaisseau, missiles…

L’action ne faiblit jamais

Cela va plus loin: on retrouve également le niveau du vaisseau géant, dont le sprite ressemble d’ailleurs beaucoup à celui du jeu d’Irem, ces petits vaisseaux qui laissent une trainée derrière eux, plusieurs passages pratiquement repris tels quels, et même des sprites copiant ceux de R-Type!  Mais quitte à aller piller d’autres Shoot-them-up, Katakis a également décidé de se servir dans Darius (au point où on en est, pourquoi se gêner!), avec un système de bonus de couleurs venant gonfler les jauges de trois types d’armes en bas de l’écran: rouge pour le canon principal, vert pour les missiles, et bleu pour le bouclier.

Chaque boss est plus ou moins sensible à un certain type d’arme

Ce travail de pompage éhonté, qui rappelle au passage les grandes heures des consoles pirates chinoises, étant quand même un peu gonflé, Rainbow Arts aura décidé d’y ajouter au moins une idée originale: un mode deux joueurs un peu particulier. En effet, en appuyant sur F5, le deuxième joueur ne contrôlera pas, comme on pourrait s’y attendre, un autre astronef, mais bien… le module du vaisseau. Si cela pourrait ressembler à une idée de dernière minute ajoutée à l’arrache, il n’en est rien: le titre prend au contraire un aspect stratégique des plus intéressants. Le module est invincible et peut aller chercher n’importe quel adversaire – mais, ce faisant, il abandonne l’astronef qui est, de son côté, le seul habilité à ramasser les bonus dont bénéficieront les deux joueurs. Il faudra donc une fine équipe composée de deux personnes connaissant bien les niveaux pour tirer toute la substantifique moelle de ce mode très bien pensé, et qui aura fait un malheur en son temps.

Il y a quand même des idées originales, comme ce niveau dans un circuit informatique…

On comprend d’autant mieux l’intérêt de ce mode deux joueurs lorsqu’on découvre la difficulté du titre de Rainbow Arts. R-Type était déjà un jeu difficile que peu de joueur peuvent se vanter d’avoir bouclé dans sa version arcade, mais Katakis est encore plus difficile – et la longueur délirante du jeu (douze niveaux!) n’arrange rien à l’affaire. Comme toujours, votre vaisseau meurt au moindre tir, et pas question de réapparaître à l’endroit de votre mort: ce sera retour au dernier point de passage.

…Mais dans l’ensemble, on dira que l’inspiration du jeu est évidente

Tout, dans le déroulement, est pensé pour que vous soyez pratiquement obligé de connaître chaque niveau par cœur pour avoir une chance de survivre, et le fait qu’il soit très difficile de savoir à quel moment on parvient ou non à faire du dégât aux différents boss est à s’arracher les cheveux. Histoire de vous cueillir à froid, les deux premiers boss du jeu vous fonceront d’ailleurs droit dessus, vous laissant une grosse vingtaine de secondes pour en venir à bout! Bref, autant dire que les amateurs de la « petite partie pour se détendre » n’iront sans doute pas bien loin: c’est exigeant, c’est pensé pour l’être, et il faudra batailler des mois pour espérer venir à bout du jeu.

Le décor risque de vous coûter souvent la vie

Ce qui n’aurait sans doute pas nécessairement tenté grand monde si Katakis ne s’avérait pas être un des jeux les mieux programmés sur Commodore 64. Non seulement c’est à n’en pas douter le plus beau Shoot-them-up jamais paru sur la machine de Commodore, mais le titre réussit en plus la performance d’afficher des dizaines de sprites ou des boss gigantesques sans que cela ne provoque jamais le plus petit ralentissement.

Attendez-vous à batailler pendant un sacré bout de temps

Pour ne rien gâcher, l’identité visuelle des différents niveaux est bien marquée, et chacun d’eux dispose de son propre thème musical! Rien d’étonnant, donc, à ce que les fans du C64 vouent, aujourd’hui encore, un culte à ce jeu: c’était un accomplissement majeur pour l’époque, et certainement l’un des titres les plus ambitieux jamais publié sur la machine. Naturellement, avec le regard de 2018, c’est nettement moins impressionnant, et même poussé dans ses derniers retranchements, le C64 aura du mal à faire rêver un joueur du XXIe siècle. Cela n’empêche cependant en rien Katakis de rester, même trente ans après sa sortie, un logiciel jouable et agréable à pratiquer, particulièrement à deux.

Soyons honnêtes: pour du C64, c’est magnifique

Pour la petite histoire, Katakis se sera bel et bien attiré les foudres d’Activision, le distributeur occidental de R-Type. Cela aboutit à un ultimatum: soit les responsables de la version Amiga de Katakis, un studio nommé Factor 5, acceptaient de s’occuper du portage officiel de R-Type, soient ils se prenaient un procès. Activision avaient en effet les pires difficultés à trouver une équipe compétente pour effectuer ce travail délicat, et l’équipe employée par Rainbow Arts venait de démontrer qu’elle était largement à la hauteur de la tâche. Ce qu’on appelle du gagnant-gagnant, en quelque sorte. Et voilà comment R-Type fut porté sur les machines de Commodore en utilisant le moteur développé pour un de ses clones… pendant que Katakis, lui, ressortait après quelques modifications sous le nom de Denaris – mais nous garderons cette histoire pour le test de la version Amiga. Pour ceux qui souhaiteraient connaître les quelques différences entre Katakis et sa ressortie Denaris sur C64, vous trouverez tous les détails sur cette page.

Vidéo – Le premier niveau du jeu :

NOTE FINALE : 11/20

Pour tous les joueurs ayant un jour possédé un Commodore 64, Katakis, c’est LE Shoot-them-up définitif, la claque, celui qui donnait le sentiment de jouer à R-Type sur son ordinateur 8 bits – et tant pis si c’était du plagiat! Évidemment, avec trente ans de recul, à une époque où n’importe quel téléphone peut faire tourner sans effort les titres des bornes d’arcade d’alors, on retrouve un jeu qui n’a ni l’aura ni l’imagination du maître, mais dont le contenu reste impressionnant, et le mode deux joueurs très original. Cela demeure aujourd’hui encore un des titres les plus ambitieux et les plus jouables de toute la ludothèque du C64; largement de quoi pousser les vieux de la vieille à retourner s’y frotter de temps à autre.

CE QUI A MAL VIEILLI :

– C’est très long, c’est très dur, à un comme à deux joueurs

– Pour du Commodore 64, c’est magnifique, mais il faut reconnaître que le joueur de moins de quarante ans risque d’être moins impressionné

– Les boss sont plutôt mal pensés, et il est toujours difficile de comprendre comment leur faire du dégât

– Des sprites, des mécanismes et des passages entiers directement pompés sur R-Type, quand ce n’est pas sur Darius.

***** Version Amiga *****

Année de sortie : 1988
Nombre de joueurs : 1 à 2 (à tour de rôle)
Disponible en Français : non

Vidéo – L’écran-titre du jeu :

L’histoire d’amour entre Katakis et Commodore ne se sera pas limitée au C64. Après avoir tiré la quintessence de la machine 8 bits du constructeur, Rainbow Arts décida qu’il était temps de réaliser le même exploit sur l’Amiga, et confia pour cela la mission à un studio allemand: Factor 5. Ceux dont le nom n’était pas encore associé à celui du légendaire Turrican allaient-ils accomplir leur mission avec brio?

Ça rappelle quelque chose, hein?

Inutile de faire durer le suspense: la réponse est oui. Si Katakis est devenu lors de sa conversion sur Amiga un jeu n’ayant plus grand chose à voir avec l’original sur C64, les deux versions partagent immédiatement deux points communs: techniquement, c’est toujours aussi réussi, et c’est toujours largement pompé sur R-Type – peut-être même un peu plus encore. Les emprunts à Darius constatés dans la version originale ont ici disparu: cette fois, on marche clairement sur les traces du système de jeu de la borne d’Irem et on ne fait même pas mine de s’en cacher. De nombreux passages sont également de purs décalques de R-Type, tout comme certains adversaires, sans même parler du boss final – et oui, on retrouve encore le vaisseau géant, pourquoi se priver. Le titre est d’ailleurs encore plus difficile que sur Commodore 64, et n’espérez pas cette fois compter sur un mode deux joueurs en simultané. En terme de réalisation, le titre était clairement ce qu’on pouvait trouver de mieux sur Amiga en 1988: en dépit du grand nombre de sprites à l’écran, ça ne ralentit absolument jamais, et les décors donnaient alors l’impression de jouer à une borne d’arcade à domicile. Avec trente ans de recul, en revanche, il faudrait admettre que l’éternel thème métallique (sauf au dernier niveau) finit par être très redondant, et qu’on ne retrouve pas la même variété dans les environnements que sur C64. En revanche, en terme de plaisir de jeu, c’est toujours aussi prenant – à condition, bien entendu, d’apprécier les jeux monstrueusement difficiles.

…Et ça aussi, non?

Il m’apparait important de noter ici qu’en ressortant sous le nom de Denaris en 1989, le jeu ne se sera pas contenté de changer d’écran-titre. La version aura également été copieusement retouchée, redessinant certains sprites (un boss, plusieurs ennemis, les tourelles du vaisseau géant) en les rendant parfois plus impressionnants, mais également moins colorés au passage. L’ordre des niveaux a également été modifié, et le jeu compte un niveau supplémentaire – bref, à moins de vouloir posséder la version originale à tout prix, mieux vaut investir dans la ressortie de 1989.

Comparatif: voici un boss de Katakis, en 1988…
…et le même dans Denaris, en 1989. À vous de décider lequel vous préférez

NOTE FINALE : 14/20

Katakis avait transcendé les capacités du Commodore 64, il sera parvenu à faire la même chose sur Amiga, au point d’en avoir fait un des plus grands exploits techniques de la machine jusqu’à la sortie de Shadow of the Beast. Devenu un jeu assez différent – mais plus proche que jamais de son modèle R-Type – le logiciel programmé par Factor 5 aura parfaitement pavé le chemin pour le portage officiel du titre d’Irem avec un plagiat éhonté mais néanmoins ludique, à condition que la difficulté ne vous effraie pas. Dommage que le mode deux joueurs ait disparu, en revanche.

  • LES AVIS DE L’ÉPOQUE :

« Denaris est un superbe jeu d’action dont les pièges et la difficulté ont été soigneusement élaborés. toute la science d’un joueur confirmé est mise à rude épreuve! Les graphismes sont impressionnants: c’est un déchainement de couleurs, le tout réalisé avec un luxe de détails extraordinaire. L’animation est une des plus réussies sur Amiga, un plaisir! Ajoutez à cela des bruitages irréprochables, et vous avez un jeu digne des salles d’arcade. »

Dany Boolauck, Tilt n°62, Janvier 1989, 19/20

NARC

Cette image provient du site https://flyers.arcade-museum.com

Développeur : Williams Electronics Games
Éditeur : Williams Electronics Games
Titre alternatif : N.A.R.C.
Testé sur: Arcade, Amiga, Amstrad CPC, Atari ST, Commodore 64, NES, ZX Spectrum

***** Version Arcade *****

Année de sortie : 1988
Nombre de joueurs : 1 à 2
Disponible en Français : non

L’écran-titre du jeu:

La drogue, ce fléau mondial. Face à la toute puissance des cartels aux budgets illimités, le plus puissant état du monde a décidé de mener une politique éducative de longue haleine qui permettra, par la pédagogie et la discussion, de… ah, pardon, on me dit dans l’oreillette qu’en fait la DEA a opté pour une solution plus radicale: envoyer deux gros bourrins tuer quelques milliers de personnes, histoire de nettoyer les rues des dealers, des junkies et des, heu, clowns (??!) avant de remonter jusqu’à Mr. Big, baron de la drogue de l’omniprésent cartel KRAK (les scénaristes étaient décidément très en forme, ce jour-là), afin de lui régler son compte. Ne manque plus qu’un rouage dans cette implacable machine de punition: vous (et éventuellement, un copain pour faire le nombre)!

Bienvenue dans le fantasme d’un beauf ultra-sécuritaire avec de grave problèmes personnels

Passons rapidement sur la stupidité crasse du scénario, et efforçons-nous de ne pas nous attarder sur son aspect profondément réactionnaire. On admirera la logique de l’équation qui sert de prétexte au titre: la drogue tue? Tuons à sa place! Et tant qu’à faire, en mettant tout le monde dans le même sac, les coupables comme les victimes, tant il est vrai que ça simplifie agréablement la procédure. Charles Bronson n’a qu’à bien se tenir: on a trouvé encore moins subtil que son Justicier pour faire régner l’ordre à défaut de la justice. En tant que représentant du NARC, votre mission va donc être aussi simple qu’on peut l’espérer d’un jeu d’arcade: tirer d’abord et poser les questions ensuite. Et tant qu’à faire, histoire de se donner la bonne conscience qui fait la différence entre un fou meurtrier et un représentant de la loi, autant en profiter pour arrêter deux ou trois personnes au milieu du carnage que vous allez commettre dans la joie et la bonne humeur (mais c’est, bien sûr, complètement facultatif).

Le cartel nommé KRAK a visiblement décidé de vous envoyer tout ce qu’il a – le plus simple est encore d’avancer sans se préoccuper de cet hélicoptère

Vous voici donc lâchés sur la ville, à bord de votre grosse bagnole (probablement piquée à un autre baron de la drogue), tous muscles dehors sous votre casque de moto et votre gilet pare-balles sans manches. Oui, vous êtes ridicule – mais attention, ridicule d’une façon très années 80, qui gardent à ce titre un cachet inégalable dans le mauvais goût. Mauvais goût d’ailleurs encore renforcé par l’emploi d’une technologie novatrice qui se voulait certainement révolutionnaire: la digitalisation graphique. Tous les fans de Mortal Kombat connaissent le principe consistant à filmer un acteur costumé pour en faire un sprite et l’intégrer directement dans le jeu, sous forme de héros ou de méchant(s) – ou ici, des deux. Le procédé était effectivement très novateur à la fin des années 80 (Mortal Kombat ne verra le jour qu’en 1992), et histoire d’enfoncer le clou, NARC aura également sa petite ligne dans les livres d’histoire pour avoir été la première borne d’arcade dotée d’un processeur 32-bits. En 1988 – à un moment, donc, où les consoles 16-bits n’étaient même pas encore disponibles à la vente. Alléchant, non?

Les clowns, obsession récurrente des développeurs américains

Dans les faits, ce choix graphique qui pensait certainement permettre ainsi au titre de côtoyer l’ultra-réalisme est sans nul doute l’un des aspects les plus datés du jeu. Là où le pixel art peut encore avoir un charme certain auprès des joueurs nostalgiques, les digitalisations grotesques de NARC sont désespérément dépourvues d’âme, rendant le titre atrocement générique autant que ridicule. Williams Electronics Games n’ayant certainement eu aucune envie de payer des acteurs professionnels qui n’auraient de toute façon probablement pas compris grand chose, à l’époque, de ce qu’on pouvait attendre d’eux, on se retrouve avec des techniciens à moumoutes déguisés n’importe comment avec ce qu’on a trouvé dans la penderie pour figurer des dealers de Prisunic ou des latinos de cirque.

Qu’est-ce qu’on s’amuse!

Le sommet du navrant est atteint en voyant votre héros rouler atrocement des épaules à chaque pas – encore s’agit-il certainement de l’animation la plus détaillée du jeu, vos adversaires devant compter au maximum deux images pour figurer chacune de leurs actions. Histoire d’en rajouter une couche, le jeu mise à fond sur un gore tape-à-l’œil à base de bouts de bidoche dans tous les sens en cas de tir de lance-roquettes qui fera, une nouvelle fois, penser à Mortal Kombat. Inutile de dire que ce déferlement d’hémoglobine aura bien du mal à faire soulever ne fut-ce qu’un sourcil au joueur du XXIe siècle. Comble de malheur, les décors ne relèvent pas franchement le niveau: assemblages aléatoires de boutiques, de murs, de poubelles et de bidons probablement directement pris en photo en bas de la rue, ils sont aussi laids que passablement illisibles.

Voici les portes verrouillées qui clôtureront les niveaux. Appréciez, au passage, le bon goût de la décoration

Bon, mais des jeux à la réalisation datée, on en trouve sans doute un bon paquet, surtout à la fin des années 80. Au-delà de son scénario crétin et de sa technologie considérée comme « de pointe » il y a trente ans, qu’a réellement à nous offrir un titre comme NARC? Comme on l’a vu, le plan est très simple: nettoyer les rues. Pour cela, notre héros et son éventuel allié disposent de pas moins de quatre actions: s’accroupir, sauter, tirer avec leur pistolet ou même carrément au lance-roquettes (on nettoie du sol au plafond, à la DEA!).

Le jeu vous délivrera une photo de vos cibles, mais je vous mets au défi de les reconnaître une fois sur les lieux

Face à l’opposition, pléthorique par le nombre mais consternante par son manque de variété, il faudra également prendre garde à économiser les munitions, qui sont très loin d’être illimitées. Les bases sont donc placées: on avance vers la droite, on tire, on tire encore, on tire davantage, et on prie pour que les junkies/dealers/clowns que l’on descend à la chaîne aient le bon goût de nous abandonner, en plus de liasses de billet ou de sachets de drogue n’ayant aucun autre intérêt que le scoring, quelques précieuses munitions. Mais que faire si vous êtes à sec, alors? Eh bien le jeu vous propose justement une première (timide) originalité: la possibilité d’emprisonner vos victimes plutôt que de les occire.

Les phases de conduite sur le pont sont absolument sans intérêt

La manœuvre est simple: restez au corps à corps suffisamment longtemps pour que votre adversaire se rende, que vous lui passiez les menottes et qu’il disparaisse. Petit problème: vu le monde à l’écran, autant vous dire que la démarche résultera plus souvent de la surpopulation des rues de la ville que d’un choix volontaire. Deuxième petit problème: tous les adversaires ne se laisseront pas embarquer sans rien dire, ce qu’il fait qu’il vaudra mieux bien réfléchir à ce que vous faites avant de vous jeter dans le tas. Troisième problème, beaucoup plus gênant: l’absence totale d’attaque au corps-à-corps. Traduit en clair, une fois à court de munitions (ce qui risque d’arriver très vite), votre seul salut risque de passer par la fuite en avant vers la fin du niveau – bon courage.

On croise ici quelques esquisses d’étranges fascinations qui perdureront jusqu’à Smash T.V., également de Williams Electronics Games

Cette fuite en avant pourrait d’ailleurs se retrouver compliquée par la deuxième (minime) originalité du jeu: ses sous-niveaux. Concrètement, il peut arriver que vous puissiez entrer dans l’une des portes que vos adversaires utilisent pour sortir. Lesquelles? Beeeeen… Essayez-les toutes, on ne sait jamais (elles sont parfois surmontées d’une flèche, mais c’est loin d’être systématique). Cette très légère entorse à l’extrême linéarité du titre dissimule en fait une autre quête: des passes de couleur. Ou des clés, quoi, si vous préférez. La plupart des fins de stage sont en fait fermées par une porte qui nécessitera un de ces fameux passes pour être franchie. Ceux-ci ne sont heureusement jamais très loin de la porte en question, et nécessiteront généralement de tuer un des ennemis à proximité – et pratiquement jamais de consulter l’inutile et encombrant radar placé en haut de l’interface.

Raser les labos, passage obligé de l’action antidrogue au lance-roquettes

Malheureusement, cela restera juste assez pénible pour vous obliger périodiquement à effectuer un backtracking dont vous vous seriez bien passé, tant l’action est aussi répétitive que désordonnée. La gestion des munitions empêche le jeu d’être un simple défouloir, et vu les possibilités extrêmement limitées en terme de gameplay – associées à la difficulté toute « arcade » du titre – on trouve rapidement le temps long, la faute à des vagues incessantes d’ennemis qui reviennent inlassablement, vous poussant à prendre inutilement des risques sans lesquels votre durée de vie aurait déjà bien du mal à prétendre dépasser la minute. Bref: c’est dur, c’est moche, c’est contraignant et ce n’est jamais réellement amusant. Pas la meilleure publicité dont on ait pu rêver pour ce nouveau processeur 32-bits…

Les deux premiers niveaux du jeu:

NOTE FINALE : 09/20

L’histoire retiendra que la toute première borne d’arcade dotée d’un processeur 32-bits aura accouché d’une souris – et pas grand chose d’autre. Jeu sans âme aussi crétin qu’insipide, NARC essaie désespérément de choquer, d’en mettre plein la vue et de proposer une action débridée – mais se rate lamentablement dans les trois cas. En dépit d’une composante « exploration » vaguement originale mais totalement sous-exploitée, le titre n’a au final pas grand chose d’autre à offrir que des grands couloirs moches émaillés d’adversaires extrêmement redondants dans une action aussi plate que répétitive. Un jeu parfaitement oubliable.

CE QUI A MAL VIEILLI :

– Les digitalisations du jeu ne provoqueront aujourd’hui qu’un vague sourire navré

– On a fait le tour des possibilités du jeu au bout d’à peu près vingt secondes

– Bon sang que c’est répétitif

– Les munitions partent beaucoup trop vite

 

***** Version Amiga *****

Année de sortie : 1990
Nombre de joueurs : 1 à 2
Disponible en Français : non

Les briefings n’ont pas trop souffert lors de la conversion…

Il aura quand même fallu attendre deux ans pour que Williams Electronics Games se décide à porter son jeu 32-bits sur les machines de salon – ou plutôt, pour laisser à Ocean Software le soin de s’en charger. Comme on pouvait le craindre, le jeu ne s’est pas exactement transformé en joyau lors de la conversion. Les graphismes ont au moins l’avantage d’avoir été redessiné à la main, et respirent un peu moins le toc digitalisé. On ne peut hélas pas dire que cela ait suffit à les rendre beaux: la résolution a été divisée par deux, et les couleurs sont aussi limitées qu’elles sont baveuses. Côté son, ça pétarde à tout va, mais il ne faudra pas espérer entendre de la musique au-delà de l’écran-titre.

…ce qui est hélas moins vrai pour le jeu proprement dit, dont les graphismes arriveraient presque à nous faire regretter ceux de la version arcade

Comme souvent avec Ocean, les plus gros dégâts sont néanmoins à attendre du côté de la jouabilité. Le calcul est simple: la borne d’arcade originale employait quatre boutons, les joysticks standards sur Amiga n’en avaient qu’un. On se retrouve donc à devoir laisser le bouton de tir appuyé une seconde pour lancer une roquette (ce qui signifie qu’il n’y a pas d’autofire), à faire bas deux fois d’affilée pour s’accroupir et haut deux fois d’affilée pour sauter. Sans être aussi catastrophique que ce qu’on pouvait craindre, ça n’est quand même pas franchement naturel, et vu la difficulté du jeu, il vaudra mieux être très patient pour réussir à tirer le maximum de la jouabilité du titre. En terme de contenu, le jeu est identique à la version arcade, mais autant dire qu’il faudra être très motivé – ou particulièrement masochiste – pour en voir le bout.

Non seulement ça ne ressemble pas à un jeu 32-bits, mais ça a déjà bien du mal à ressembler à un jeu 16-bits

NOTE FINALE : 08/20

Prenez un jeu déjà médiocre à la base, enlaidissez-le, rendez-le encore moins jouable, supprimez la musique, et vous obtiendrez NARC sur Amiga. Très honnêtement, on ne peut pas dire que l’expérience de jeu souffre énormément de cette conversion passablement ratée, mais elle aurait de toute façon eu bien du mal à se révéler pire que sur le support original. Une version à réserver aux curieux et aux nostalgiques uniquement – et il ne doit pas y en avoir beaucoup.

 

***** Version Amstrad CPC *****

Année de sortie : 1990
Nombre de joueurs : 1 à 2
Disponible en Français : non

Même les briefings sont lents – mais bon, pour du CPC, ça se défend

Déjà pas très convaincant sur Amiga, NARC part avec un sérieux handicap du côté du hardware pour faire mieux sur CPC. D’entrée de jeu, si le mode deux joueurs n’a pas été sacrifié, il faudra en revanche composer avec un silence de mort une fois passé l’écran-titre. Graphiquement parlant, c’est certes plus coloré que sur la machine de Commodore, mais l’interface bouffe désormais une bonne moitié de l’écran – et la bouillie de pixels qui fait office de fenêtre de jeu a bien du mal à rester lisible en toutes circonstances.

Une fois en jeu, vous aurez tout votre temps pour profiter de cette bouillie de pixels

La vraie mauvaise surprise, cependant, arrive en commençant à jouer. Le titre est d’une lenteur de tortue rhumatisante, et vos réflexes ne seront pas franchement mis à contribution puisque le moindre adversaire se ferait doubler par une nonagénaire en déambulateur. Pour ne rien arranger, s’il est théoriquement toujours possible de sauter et de s’accroupir, il s’agit d’un exploit que je ne serai tout simplement jamais parvenu à réaliser une fois le joystick en main. Il est de toute façon possible de jouer au clavier et de réattribuer les touches, mais bon courage au malheureux qui se verra contraint d’hériter du joystick, comme ce sera obligatoirement le cas à deux joueurs. La difficulté du titre est de toute façon grandement diminuée par la lenteur générale – et la constatation que n’importe quel niveau peut généralement être bouclé en se contentant d’aller tout droit sans se préoccuper des adversaires.

Vu comme le jeu se traine, la durée d’une partie sera facilement doublée, voire triplée, par rapport à ce qu’on a pu connaître sur arcade

NOTE FINALE : 06,5/20

Pas de miracle pour cette version CPC de NARC, dont la réalisation tout juste honnête doit composer avec une lenteur déprimante et avec un silence qu’on ne rencontre plus guère que sur la banquise pendant les nuits les plus noires. La jouabilité n’étant pas exactement irréprochable elle non plus – et le jeu pouvant désormais être bouclé en se contentant de pousser le joystick à droite 90% du temps -, on n’hésitera pas à qualifier cette conversion de « dispensable ».

 

***** Version Atari ST *****

Année de sortie : 1990
Nombre de joueurs : 1 à 2
Disponible en Français : non

Tout le jeu donne désormais l’impression de se dérouler de nuit

Prenez la version Amiga de NARC, copiez-la à l’identique (en prenant, malgré tout, le soin de la rendre deux fois plus sombre), et voilà! Une conversion pas fatigante torchée en un temps record. Notons quand même que le jeu est désormais « jouable » (je mets les guillemets à dessein) à la souris, et qu’il faudra obligatoirement débrancher cette dernière si vous avez l’espoir de jouer au clavier. Original…

NOTE FINALE : 07,5/20

NARC sur Atari ST, c’est tout la médiocrité de la version Amiga à l’identique, sauf qu’il vous faudra en plus investir dans une paire de lunettes à vision nocturne pour avoir une chance de distinguer quoi que ce soit à l’écran tant le jeu est sombre. Encore un très bel exemple de portage honteux made in Ocean.

 

***** Version Commodore 64 *****

Année de sortie : 1990
Nombre de joueurs : 1 à 2
Disponible en Français : non

Honnêtement, le jeu n’est pas à des kilomètres de la version Amiga en terme de graphismes

Vu les errements constatés sur les portages de NARC sur les ordinateurs 16 bits, et vu le précédent de la version CPC, il n’y avait pas de raison d’être particulièrement enthousiaste au moment de lancer cette version C64. Et pourtant, sans transporter le joueur au septième ciel, il faut bien reconnaître que cette conversion évite une bonne partie des écueils rencontrés par les précédentes. Ainsi, si on ne hurlera pas au génie en posant les yeux sur les graphismes du jeu, il faut reconnaître que l’action est lisible, infiniment plus rapide que sur CPC, qu’il y a au moins autant de monde à l’écran que sur les versions 16-bits – et surtout que, pour une fois, la musique n’a pas été sacrifiée! Alors certes, il faudra une nouvelle fois composer avec la jouabilité ô combien aléatoire à un seul bouton, mais force est de reconnaître qu’on prend plus de plaisir sur ce portage que sur la quasi-totalité de ceux qui l’ont précédé.

NARC sur C64 n’est pas subitement devenu un bon jeu, mais l’essentiel a été préservé

NOTE FINALE : 08/20

Hardware oblige, NARC sur C64 n’est pas franchement beau. Mais sans transcender aucune des limites de la version originale, il parvient néanmoins à offrir une expérience relativement ludique, à un comme à deux joueurs – ce qui, vu l’étendue du désastre qu’ont représenté les autres conversions, est déjà un bel exploit.

 

***** Version NES *****

Année de sortie : 1990
Nombre de joueurs : 1 à 2
Disponible en Français : non

D’accord, c’est moche, mais moins que les autres version 8-bits

NARC aura également connu son adaptation sur la 8-bits de Nintendo. Évacuons tout de suite le point qui fâche: c’est toujours aussi moche. On ne peut certes pas exiger de la petite console de salon d’aller rivaliser avec une borne d’arcade 32-bits, mais même à sa sortie en 1985, la console disposait déjà de jeux aux graphismes supérieurs à ce qu’on voit ici. La musique n’est pas franchement inoubliable non plus – au moins a-t-elle le mérite d’exister. Mais pour le reste, il faut reconnaître que la NES s’en sort plutôt bien, offrant un jeu nerveux et rapide, et pour une fois relativement jouable puisque les quatre boutons de la manette sont employés (même si sauter avec Select n’est quand même pas extrêmement pratique, pas plus que le fait d’être privé de pause puisque Start sert à lancer une roquette). Tout le contenu du jeu, gore excepté, est présent – y compris la petite séquence d’arrivée en voiture, supprimée de toutes les autres conversions. Bref, rien de transcendant, mais du travail qui a eu le mérite d’être fait à peu près consciencieusement.

Cette version reste la plus jouable en-dehors de l’arcade

NOTE FINALE : 08,5/20

En dépit d’une réalisation navrante, particulièrement pour un titre paru en 1990, NARC sur NES n’en reste pas moins une conversion globalement plus réussie que toutes les autres.

 

***** Version ZX Spectrum *****

Année de sortie : 1990
Nombre de joueurs : 1 à 2
Disponible en Français : non

Très honnêtement, les graphismes sont très corrects pour la machine, mais on aurait aimé un peu plus de couleurs

On est parfois surpris de voir qu’en 1990, alors que la guerre Commodore/Atari battait son plein et que le PC commençait juste à s’affirmer comme un concurrent crédible, il était encore commercialement viable de sortir des jeux au format cassette sur l’antique ZX Spectrum. Sans surprise, le jeu est réservé à un public de niche atrocement réduit. La réalisation du titre reste lisible, mais la fenêtre de jeu, bien que plus large que sur CPC, est également atrocement monochrome. Le titre est également un tout petit peu plus rapide que sur la machine d’Amstrad, mais à peine. Et si la jouabilité est correcte (possibilité de redéfinir les touches au clavier), on ne peut pas vraiment dire qu’on s’amuse comme des petits fous.

NOTE FINALE : 07/20

Le ZX Spectrum fait de son mieux, mais on aura énormément de mal à recommander cette version à quiconque, sauf peut-être les nostalgiques fanatiques refusant de toucher à autre chose qu’à la machine de Sinclair. Reste un jeu correct pour ce qu’il a à offrir – c’est à dire pas grand chose.

Kabuki-Z

Développeur : Kaneko Co., Ltd.
Éditeur : Taito Corporation
Testé sur : Arcade

***** Version Arcade *****

Année de sortie : 1988
Nombre de joueurs : 1
Disponible en Français : non
Version : Internationale

L’introduction du jeu:

Le jeu vidéo, comme n’importe quel autre domaine artistique et/ou commercial connait des effets de mode. C’est normal. Après un succès commercial initiant une frénésie autour d’un titre, puis d’un genre, difficile de ne pas imaginer la concurrence venant s’aligner sur ce qui marche histoire de profiter des retombées positives de la dernière tendance du moment. Ainsi, de la même façon que le début des années 90 se sera vu inondé de clones plus ou moins inspirés de Street Fighter II, la fin des années 80, elle aura dû composer avec une série inépuisable de Beat-them-all installés dans la traine du tabac commercial qu’avait été Double Dragon. Si le concept du combat de rue opposant le joueur à des bandes de loubards aura longtemps eu le vent en poupe, certains studios auront décidé de décliner le concept dans des cadres un peu plus dépaysants, comme SEGA avec son Golden Axe… ou Kaneko avec Kabuki-Z, le titre qui nous intéresse aujourd’hui.

Combat au sommet qui, selon votre bonne étoile, durera entre quinze secondes et cinq bonnes minutes

Qu’est-ce que le Kabuki? Eh bien, pour tenter d’y répondre en quelques mots, disons simplement que le Kabuki est une des formes du théâtre japonais traditionnel. Postulat original: allons-nous donc jouer un comédien? Heu, non, nous sommes apparemment aux commandes d’un samouraï.

Le jeu mélange les styles et les époques sans aucune forme de logique

Je dis « apparemment », car vers le milieu du jeu (c’est à dire au bout de dix minutes), notre héros se transforme soudain en gladiateur tendance « antiquité grecque » transporté dans un cadre médiéval (oui, cela fait effectivement trois anachronismes en une seule phrase) jusqu’à la fin de la partie. Pourquoi? Eh bien on ne le saura probablement jamais, Kabuki-Z ne nous gratifiant même pas d’une quelconque ligne de contexte ou de scénarisation. L’écran-titre vous montrera simplement un homme à l’identité inconnue en train de commettre l’acte de seppuku (ou hara-kiri, si vous préférez) avant qu’un autre personnage ne vienne lui donner le coup de grâce en le décapitant comme le demande le rituel. Ce sera là la seule histoire dont vous disposerez – ce qui aura au moins le mérite de vous indiquer, au passage, que le jeu compte visiblement appuyer une partie de sa réputation sur un aspect gore totalement gratuit qui aura bien du mal à faire lever un sourcil au joueur du XXIe siècle.

La réalisation du jeu serait tout à fait honnête sans ces animations ridicules

Vous débutez donc la partie avec votre personnage de samouraï/gladiateur lâché dans un environnement très japonisant dont vous ne profiterez pas très longtemps, puisque la plupart des niveaux du titre s’étendent sur à peine trois écrans – ce qui, vu la taille de votre héros, se traversera très vite. L’occasion de constater que les graphismes, sans être extraordinaires, sont relativement honnêtes pour un titre de 1988. Les animations, en revanche, risquent de vous prendre par surprise: votre héros « glisse » plus qu’il ne marche, traversant un écran en quelques secondes là où les quelques malheureux petits pas qu’il effectue devraient l’empêcher d’avancer à plus de deux kilomètres/heure. Le comble du ridicule étant atteint lorsque l’on réalise que ledit héros avance très exactement à la même vitesse lorsqu’il est accroupi, ce qui constitue un bel exploit. Accroupi? Oui, car afin de se distinguer de la concurrence, le titre compte manifestement s’appuyer sur une jouabilité toute particulière.

On ne saura jamais pour quelle raison notre samouraï se transforme en gladiateur court-vêtu à la moitié du jeu

À première vue, difficile pourtant d’imaginer monts et merveilles à partir des deux boutons de la borne d’arcade. Sans surprise, l’un d’eux sert à frapper. L’autre servira-t-il à sauter? Que nenni! Sauter nécessitera en fait d’appuyer sur les deux boutons à la fois, et représentera un acte totalement inutile pendant la quasi-totalité du jeu. Non, votre premier bouton servira en fait, soit de parade soit, une fois accompagné d’une direction, à changer de posture. Votre héros peut effectivement passer à la volée d’une posture à une autre dans une sélection de trois: une attaque portée depuis au-dessus de sa tête, une attaque au niveau du torse, et enfin une attaque accroupie portée au niveau des jambes. Tout l’intérêt de se système de posture se révèlera lors des combats de boss ou de demi-boss – c’est à dire très vite, les niveaux étant généralement composés d’un boss et d’un demi-boss entrecoupés d’adversaires inoffensifs tuables en un seul coup et qui serviront grosso modo à vous lâcher des bonus, une partie servant à restaurer vos points de vie et l’autre… ne servant à rien, puisque le jeu ne bénéficie même pas d’un système de score.

Admirez la trappe, qui n’est pas dans la même perspective que le sol, qui n’est lui-même pas dans la même perspective que le mur

Sur le papier, le principe est assez simple: vous ne pouvez toucher un adversaire qu’à partir du moment ou celui-ci est dans une posture différente de la vôtre. Sachant que vos ennemis disposent très exactement de la même étendue de mouvements que vous, on pourrait donc espérer des combats assez tactiques basés sur l’observation ou sur l’adaptation permanente… dans les faits, hélas, strictement rien ne permet d’anticiper la posture adoptée par votre adversaire, et une seule méthode conventionnée vous permettra de venir à bout des combats: faire absolument n’importe quoi, n’importe comment, de façon totalement anarchique, en priant pour que ça marche. Histoire d’ajouter une mauvaise idée à un concept déjà pas franchement bien rôdé, plusieurs boss disposent d’une compétence très désagréable qui paralysera votre personnage pendant quelques instants à chaque fois qu’une de ses attaques se verra parée. Au cas où on ne se sentirait pas déjà suffisamment spectateur d’un système reposant quasi-exclusivement sur la chance…

Les quelques adversaires qu’on vous oppose entre deux combats de boss ne servent pas à grand chose d’autre qu’à vous donner une occasion de remonter votre vie

Pour finir de parfaire le tableau, on ajoutera que Kabuki-Z trahit à de très nombreux niveaux plusieurs indices désignant un titre inachevé et publié beaucoup trop vite pour son propre bien. La « fin » du jeu est un simple message technique indiquant la version de la borne (classe!), les niveaux sont ridiculement courts, on n’aura jamais aucune idée des enjeux de la partie ni de l’identité de notre héros ni même du rapport avec le titre du jeu, et même les crédits sont remplis de coquilles… Bref, une sorte de version Alpha mal dégrossie publiée à la va-vite en quête d’un peu d’argent facile, là où parvenir à transformer ce concept boiteux en un jeu à peine honnête aurait de toute évidence nécessité au grand minimum huit à dix mois de développement supplémentaire. Mais en voyant ce que donne l’ersatz de jeu distribué dans les salles d’arcade, on comprendra que Kaneko ait préféré arrêter immédiatement les frais. Dommage pour les (rares) joueurs qui auront gaspillé de l’argent dans cette parodie de jeu.

Le premier niveau du jeu:

NOTE FINALE : 06/20

En dépit de son désir de hurler sa différence, Kabuki-Z n’est finalement qu’un beat-them-all pire que médiocre où tout ce qui n’est ni creux ni atrocement générique se révèle être une suite de mauvaises idées. En plus d’une réalisation où le passable côtoie le grotesque, le titre de Kaneko pâtit à la fois d’une jouabilité pensée avec les pieds, d’un level design qui est une honte, d’une longévité qui aura au moins le mérite d’écourter la souffrance et d’un scénario totalement incompréhensible sans aucun rapport avec son titre. Bref, un petit titre fainéant et opportuniste programmé en urgence et absolument pas fini: ni fait, ni à faire.

CE QUI A MAL VIEILLI :

– Les graphismes sont corrects pour 1988, mais l’animation est une vaste blague qui risque de ne pas vous faire rire longtemps

– Le système de « posture » n’apporte absolument aucune profondeur et limite la moitié du temps les combats à un vaste n’importe quoi se jouant davantage sur la chance que sur une quelconque forme de dextérité

– Les cinq niveaux du jeu se bâclent en un quart d’heure

– Bon, mais en fait, c’était quoi, le but du jeu?

 

Cabal

Cette image provient du site https://www.escapepodonline.com

Développeur : Tad Corporation
Éditeur : Fabtek

***** Version Arcade *****

Année de sortie (Europe) : 1988
Nombre de joueurs : 1 à 2
Version: Internationale
Disponible en Français : non

L’introduction du jeu:

S’il est un concept pratiquement aussi ancien que le jeu vidéo lui-même, c’est bien de tirer sur tout ce qui bouge, de préférence à un contre mille, voire plus si affinités.

Vous aussi, défendez la liberté en tuant tout le monde

Si l’idée d’un personnage livrant un combat à mort face à des adversaires en surnombre a pu livrer son lot d’œuvres plus ou moins mineures dans à peu près tous les arts, de la littérature au cinéma en passant par la musique, on ne pourra qu’admirer la variété d’approches que cela aura pu susciter dans le cadre vidéoludique: en vue de dessus, en vue subjective, en vue de côté, en vue isométrique, à l’aide d’un joystick, d’une manette, d’un trackball ou même d’un pistolet factice – à peu près toutes les formes possibles et imaginables de destruction à l’écran ont dû être approchées, un jour ou l’autre, au cours des quarante dernières années. Cabal, pour sa part, est très certainement l’un des jeux qui aura contribué à populariser un genre encore assez anecdotique au moment de la sortie du jeu: le tir à la troisième personne.

Un scénario? Pourquoi faire? Tirez, soldat, on ne vous paie pas pour réfléchir!

En quoi consiste le titre, alors? Rien de plus simple: prenez un prétexte militaire quelconque (un groupe terroriste qui ne sera jamais présenté, œuvrant dans une zone jamais définie, en vue d’accomplir un objectif dont tout le monde se fout), larguez un énième clone de Rambo en territoire ennemi avec pour seule mission d’exterminer toute forme d’opposition, et voilà votre concept. À l’instar de n’importe quel rail shooter, vous allez donc passer votre temps à promener un viseur sur l’écran, afin de faire cracher le feu et la mort à votre arme aux munitions gracieusement illimitées afin de punir la méchante armée d’en face qui menace le monde libre, les États-Unis, la démocratie ou un truc dans le genre. La principale originalité, comparé à des titres en vue subjective comme Operation Wolf, sera donc que votre personnage sera cette fois visible en bas de l’écran, vous tournant le dos, et qu’il vous appartiendra de le déplacer afin d’éviter les (très nombreux) tirs adverses.

Raser la moitié du décor fait également partie des petits plaisirs du jeu

Pour se faire, Cabal vous propose une jouabilité tout à fait intuitive, employant originellement un trackball pour les déplacements et trois boutons pour les actions. Concrètement, le trackball déplace à la fois votre personnage et son viseur, un bouton vous servira à tirer, un autre à faire usage d’une des grenades dont vous disposez en nombre limité, et le dernier à faire une gracieuse roulade qui vous permettra d’éviter les projectiles se dirigeant vers vous de manière un peu plus efficace qu’en vous trainant comme vous le faites le reste du temps. Et histoire de vous laisser une chance de ne pas sauver le monde tout seul, le programme autorise également la présence d’un deuxième joueur, qui sera donc le bienvenue pour vous aider à faire le ménage au cours des cinq niveaux du jeu, chacun découpés en quatre stages.

Cabal nettoie tout du sol au plafond

L’objectif de ces quatre stages est à la fois limpide et clairement figuré par une jauge situé en bas de l’écran: faire un maximum de dégâts. À chaque soldat, sniper, hélicoptère, tank, avion ou véhicule blindé détruit, la jauge se remplira jusqu’à voir votre (ou vos) personnage(s) entamer une petite danse de la victoire avant de passer au stage suivant où vous referez la même chose, chaque niveau se terminant bien sûr par un boss nettement plus coriace que l’opposition à laquelle vous aurez eu à faire face jusqu’ici.

Les boss peuvent se montrer assez coriaces

Le principe étant d’une simplicité quasi-enfantine, que retenir du jeu en lui-même une fois la partie lancée? Eh bien, pour commencer, que l’action est rapidement aussi effrénée qu’on est en droit de l’attendre, et que le titre assume pleinement son statut de défouloir bourrin. Vous constaterez ainsi rapidement que la quasi-totalité des décors sont destructibles: non seulement cela fait son petit effet, graphiquement parlant (il est toujours plaisant de quitter un stage en ne laissant derrière soi qu’un champ de ruines), mais cela vous donnera également l’occasion de récolter des bonus. Ceux-ci sont de plusieurs types: gain de points pour le high-score, grenades supplémentaires, ou même de nouvelles armes à l’utilisation limitée dans le temps et disposant d’une cadence de tir bien supérieure à celle de votre arme de départ.

Le décor peut également servir à vous protéger. N’hésitez pas à en tirer parti!

Récolter ces bonus vous demandera d’aller les récupérer là où ils atterriront en bas de l’écran, ce qui peut parfois s’avérer assez complexe, d’abord parce que lesdits bonus disparaissent assez rapidement, et ensuite parce qu’aller les chercher peut constituer un excellent moyen de récolter un des projectiles avec lesquels vos adversaires sont occupés à vous canarder entre les deux yeux durant tout le jeu .

Et à ce niveau, en bon jeu d’arcade qu’il est, Cabal ne fait aucun cadeau: une balle et vous êtes mort. Chacun de vos crédits ne comprenant que trois vies, autant vous dire qu’il va falloir vous montrer particulièrement attentif pour rester en vie sans avoir à dilapider tout l’argent de poche mensuel dans la borne du jeu.

À deux, c’est encore mieux!

Cabal n’est heureusement pas aussi frustrant, à ce titre, que certains de ses successeurs comme NAM 1975. Si le jeu ne tarde pas à vous noyer sous une avalanche de tir, survivre plusieurs minutes n’a rien d’un exploit, particulièrement à deux joueurs – même si le chaos à l’écran peut rapidement vous amener à une erreur d’inattention.

Ne tardez pas trop à ramasser les bonus

Il faudra à la fois apprendre à reconnaître les projectiles que vous pourrez détruire avant qu’ils n’atteignent le plan sur lequel évolue votre personnage, mais aussi et surtout hiérarchiser les menaces pour prendre l’habitude de détruire les hélicoptères avant de vous préoccuper des troupes au sol, par exemple. Et naturellement, faire bon usage de vos grenades, qui seront largement capables de nettoyer cinq ou six unités d’un coup pour peu que vous les utilisiez au bon moment. Vous apprendrez également que, contrairement à toutes les règles de la bienséance, tirer sur des brancardiers sera ici une très bonne idée. Quoi qu’il en soit, le jeu est difficile mais largement faisable en quelques crédits par un joueur patient et attentif.

Un sous-marin dans vingt centimètres d’eau? Où est le problème?

Du côté de la réalisation, Cabal fait malheureusement largement son âge. Difficile, même pour les amateurs de Pixel Art, d’être ébloui par la réalisation du jeu. Les environnements sont rapidement redondants, pas franchement éblouissants, et l’opposition ne se renouvelle pas des masses non plus. On aurait bien aimé être confronté à des troupes à pied faisant usage d’armes un peu plus diversifiées, comme des lance-roquettes ou des lance-flammes, et à des situation plus variées que l’éternel étalage de bases militaires/aérodromes/terrains d’entrainement. Si le jeu reste très plaisant à jouer – particulièrement à deux -, on regrettera un certain manque d’ambition qui fait que la lassitude s’installe assez rapidement, faute de parvenir à surprendre le joueur, qui saura très exactement à quoi s’attendre au bout de deux minutes de jeu. Reste un titre fluide, amusant et parfaitement jouable, ce qui n’est déjà pas si mal.

Le premier niveau du jeu:

NOTE FINALE : 14/20

Premier représentant d’envergure au rang des jeux de tir à la troisième personne, Cabal demeure aujourd’hui encore un exutoire efficace et défoulant, servi par une jouabilité aussi simple qu’irréprochable mais desservi par une réalisation limitée et par des mécanismes trop vite redondants. Il aura malgré tout servi à ouvrir la voie à d’autres titres du même genre, à la réalisation et au concept plus aboutis. Il demeure un jeu efficace lorsqu’on a l’ambition de se débrancher le cerveau pendant vingt minutes, particulièrement à deux joueurs.

CE QUI A MAL VIEILLI :

– La réalisation était déjà loin d’être impressionnante en 1988

– Les stages peinent sérieusement à se renouveler

– L’opposition aurait gagné à être plus variée

 

***** Version PC *****

Année de sortie (Europe) : 1988
Nombre de joueurs : 1
Disponible en Français : non

On a déjà vu plus moche, mais ça n’est pas franchement jouable

Au grand jeu de la valse des portages, le PC aura été le premier servi. Cette version, programmée par Capcom, nous rappelle tout de suite l’ambition que pouvaient rencontrer les titres portés sur PC en 1988: graphismes EGA, haut-parleur interne, jouabilité au clavier ou au joystick (oubliez la souris), un seul joueur, aucun continue. Ça commence déjà très fort, et bien évidemment, n’espérez pas reconfigurer les touches du clavier, ce sera X pour les grenades et C pour tirer.

Si, graphiquement parlant, le jeu s’en tire assez honnêtement avec seize couleurs, il faudra en revanche composer avec un vague gargouillis crapoteux en guise de bruitage (seul vos tirs sont accompagné de « son », si on peut appeler ça comme ça). Pas de musique, ce qui n’est pas forcément une mauvaise nouvelle. En revanche, ce qui en est une, c’est que la version DOS ne comporte pas la roulade – stupidité ultime et inexcusable, qui rend le jeu totalement impossible, en dépit d’une action nettement moins frénétique que sur arcade.

NOTE FINALE: 08/20

En 1988, le PC n’était pas encore une machine de jeu – merci à ce portage honteux de nous le rappeler.  Que le jeu soit moche, que le son soit hideux, que la jouabilité soit infâme, qu’on ne puisse plus jouer à deux – allez, passe encore. Mais que le titre soit infaisable parce que les programmeurs de chez Capcom n’ont même pas jugé nécessaire d’inclure la roulade, ça, c’est totalement impardonnable – le PC était capable de beaucoup mieux que ça, même en 1988. Version à oublier. D’urgence.

 

***** Version Amiga *****

Année de sortie (Europe) : 1989
Nombre de joueurs : 1 à 2
Disponible en Français : non

Le jeu tourne bien, mais ce sont cette fois les grenades qui ont été sacrifiées sur l’autel de la jouabilité à un bouton

Cette fois assuré par Ocean, le portage de Cabal sur Amiga évolue tout de suite à un autre niveau que la version PC. Certes, ce n’est toujours pas éblouissant, graphiquement parlant, mais au moins rien ne semble avoir été sacrifié: tout est encore là, de la musique aux bruitages en passant par le mode deux joueurs. La barre d’objectif est désormais regroupée, avec le reste de l’interface, en haut de l’écran. Le jeu est parfaitement jouable au joystick, malheureusement toute la jouabilité a été pensée pour un seul bouton, ce qui veut dire qu’il vous faudra faire vos roulades à la diagonale – pas très naturel, mais passe encore – et surtout, accepter que le programme tire anarchiquement vos grenades au petit bonheur la chance – ce qui passe moins bien. Pour enfoncer le clou, et pour une raison mystérieuse, le niveau 2 de la version arcade a également disparu de ce portage. Reste un jeu agréable, mais encore une fois porté trop vite pour son bien.

NOTE FINALE: 12/20

Cabal sur Amiga n’est pas un mauvais jeu – il est même plutôt agréable à jouer – mais on ne pourra que regretter les choix assez radicaux opérés par Ocean au moment d’adapter la jouabilité du titre. Toujours un bon défouloir, mais Ocean aurait largement pu mieux faire – et ne pas se sentir obligé d’amputer le jeu d’un niveau.

 

***** Version Amstrad CPC *****

Année de sortie (Europe) : 1989
Nombre de joueurs : 1 à 2
Disponible en Français : non

Il aura fallu faire quelques sacrifices, mais on sent que le portage n’a pas été bâclé

Le portage de Cabal sur CPC a fait l’objet d’un certain soin: contrairement aux autres versions, il est ici possible de redéfinir ses touches – ce qui permettra de constater que la roulade a, une fois de plus, disparu. Le jeu est jouable au clavier comme au joystick, et il s’en sort plutôt bien dans les deux cas – surtout que, contrairement aux versions Amiga et Atari ST, on dispose d’une touche pour les grenades. Le jeu est assez lent, et saccade lorsqu’il y a beaucoup de monde à l’écran, mais reste globalement jouable, même à deux joueurs.

Niveau réalisation, les graphismes ont été refaits dans un genre plus « cartoon », avec des soldats plus courts sur pattes. Petite déception: les décors sont monochromes, mais le bon côté est que cela permet de distinguer facilement les ennemis. Les tirs ont une fâcheuse tendance à clignoter, mais le jeu reste faisable sans la roulade, contrairement à la version PC. Une assez bonne version pour la machine d’Amstrad.

NOTE FINALE: 11/20

Le CPC n’était pas le meilleur candidat, techniquement parlant, pour un portage de borne d’arcade, mais s’en tire malgré tout plutôt bien. Le jeu est jouable et amusant, quoique beaucoup moins frénétique que sur arcade, ce qui ne surprendra personne.

 

***** Version Atari ST *****

Année de sortie (Europe) : 1989
Nombre de joueurs : 1 à 2
Disponible en Français : non

On dirait la version Amiga avec un filtre sombre, mais c’est bien la version ST

Comme souvent, le portage de Cabal sur Atari ST a été fait exactement dans le même moule que la version Amiga. Les deux jeux sont donc extrêmement proches: même interface, même jouabilité, même réalisation, mêmes défauts – y compris le niveau manquant. Tout juste remarquera-t-on que les couleurs sont un peu moins criardes, que le jeu est un peu plus lent et que la musique est encore plus atrocement répétitive que sur Amiga. Paradoxalement, la relative lenteur du jeu le rend également plus simple.

NOTE FINALE: 12/20

Simple copier/coller de la version Amiga, la version Atari ST présente exactement les mêmes faiblesses – en plus lent.

 

***** Version Commodore 64 *****

Année de sortie (Europe) : 1989
Nombre de joueurs : 1
Disponible en Français : non

Le Commodore 64 s’en tire plutôt bien, même si on ne saura jamais pourquoi la résolution des adversaires et très inférieure à celle de votre personnage

Une nouvelle fois portée par Capcom, la version C64 de Cabal comporte beaucoup de points communs avec la version PC – à commencer par la disparition de la roulade et du mode deux joueurs. Le jeu est en revanche très fluide et beaucoup plus nerveux que sur CPC, mais une fois de plus, la jouabilité mutilée complique un jeu qui n’en avait pas besoin (était-il si outrageusement difficile de programmer, en 1989, un titre gérant deux boutons et une diagonale?). La réalisation est très correcte, quoi qu’un peu terne, et la petite danse de votre personnage est également passée à la trappe en fin de stage.

NOTE FINALE: 11/20

Avec un mode deux joueurs et un contenu préservé, Cabal aurait certainement pu prétendre au haut du panier des jeux d’action sur Commodore 64. En l’état, il reste un jeu sympathique mais inutilement expurgé.

 

***** Version ZX Spectrum *****

Année de sortie (Europe) : 1989
Nombre de joueurs : 1 à 2
Disponible en Français : non

Distinguer les ennemis ne sera pas toujours facile, dans ce foutoir

La version ZX Spectrum de Cabal fait un peu penser à la version CPC – en plus coloré, mais aussi en nettement moins lisible. Encore une fois, la roulade est aux abonnés absents, mais le mode deux joueurs est toujours là, lui. Il y a toujours autant de monde à l’écran – à tel point que l’action est parfois un peu difficile à lire – et le jeu tourne correctement sans être d’une fluidité ébouriffante.

NOTE FINALE: 10/20

Cabal sur ZX Spectrum est une version honnête pour la machine, mais qu’on se contentera, aujourd’hui, de réserver aux nostalgiques de la première heure.

 

***** Version NES *****

Année de sortie (Europe) : 1990
Nombre de joueurs : 1 à 2
Disponible en Français : non

La version NES reste colorée, lisible et fluide – très bon point

Dernier portage de Cabal, la version NES fait son possible pour proposer une expérience de jeu comparable à la version arcade – ce qu’elle fait assez bien. Le choix de la maniabilité est un peu étrange: plutôt que d’utiliser la diagonale, le jeu attribue la roulade à l’un des boutons et le tir à l’autre. Du coup, pour utiliser une grenade, il faut faire simultanément haut+tir, ce qui n’est pas franchement instinctif – au moins l’évitement est-il plus facile que sur Amiga et Atari ST. Graphiquement, sans être impressionnant, le jeu est très honnête et tourne assez bien – même si les clignotements de sprites ont une fâcheuse tendance à faire disparaître les tirs adverses, surtout à deux joueurs.

NOTE FINALE: 13/20

Bonne surprise que cette version 8-bits de Cabal: le titre est jouable, nerveux, et se joue presque aussi naturellement que sur arcade – même si faire usage d’une grenade demandera un temps d’adaptation. Un très bon défouloir à deux joueurs sur NES.

Zelda II : The Adventure of Link

Cette image provient du site http://www.neshq.com

Développeur : Nintendo Co., Ltd.
Éditeur : Nintendo Co., Ltd.
Titre original : リンクの冒険 (Zelda II: Link no Bōken)
Titre alternatif : Zelda II: A Aventura de Link (Brésil)
Testé sur : NES

La saga Zelda (Jusqu’à 2000):

1 – The Legend of Zelda (1986)
2 – Zelda II: The Adventure of Link (1987)
3 – The Legend of Zelda: A Link to the Past (1991)
4 – Link: The Faces of Evil (1993)
5 – Zelda: The Wand of Gamelon (1993)
6 – The Legend of Zelda: Link’s Awakening (1993)
7 – Zelda’s Adventure (1995)
8 – The Legend of Zelda: Ocarina of Time (1998)
9 – The Legend of Zelda: Majora’s Mask (2000)

***** Version NES *****

Année de sortie : 1987 (Europe: 1988)
Nombre de joueurs : 1
Disponible en Français : non

L’introduction du jeu:

Le deuxième épisode de la saga Zelda est, à bien des niveaux, un épisode à part.

À part dans son genre, tout d’abord: le seul Action-RPG dans une série de jeux d’aventure-action – ce qui lui vaut, comme un symbole, d’être classé sur ce site dans une catégorie différente de celle de tous les autres épisodes. À part dans son titre, ensuite: nouvelle anomalie, cet épisode est le seul d’une série pourtant prolifique à se voir accoler un numéro. Plus frappant encore: c’est également le seul (du moins dans la série « canonique », c’est à dire en excluant les jeux parus sur CD-i) à se voir dépourvu des termes The Legend of dans son intitulé, comme un vulgaire spin-off, comme un rejeton mal assumé. À part dans son statut, enfin: par sa différence, Zelda II est de loin l’épisode le plus clivant de la saga. Parfois renié jusqu’à être qualifié de « mouton noir » de la famille, le titre a pourtant largement autant de fans que de détracteurs, engagés dans un débat sans fond, depuis trente ans, pour savoir ce qu’on est en droit d’appeler un « vrai » Zelda.

« Je ne connais pas la peur!
– Tu auras peur! »

Difficile, donc, d’aborder aujourd’hui le test de ce titre déjà précédé de son cortège de débats et de polémiques sans être tenté de répondre à ces deux questions: Zelda II est-il oui ou non un bon jeu, et si c’en est-un, que lui reproche-t-on au juste?

Les vieux sages vous apprendront, cette fois, des sortilèges indispensables

Pour les connaisseurs de la saga, la première anomalie interviendra dès les premières lignes du scénario: Zelda II prend la suite immédiate du premier épisode, dans le même monde, avec le même héros. Ce qui pourrait sembler évident dans n’importe quelle autre série peut déjà être vécu comme une hérésie par le fan de Zelda du XXIe siècle, mais rappelons que l’on est en train de parler du deuxième épisode d’une saga qui ne savait certainement pas, à cet instant, à quel point elle était destinée à devenir florissante.

La dimension plateforme du titre ne va pas faire que des heureux

À la suite de The Legend of Zelda, Ganon est donc mort. Et vous en savez quelque chose, puisque c’est vous qui l’avez tué. Mais, les mois passant, la paix annoncée tarde à revenir, et les monstres qui parcourent le royaume semblent avoir une cible précise en tête: Link, dont il est dit que seul son sang, versé sur les cendres de Ganon, pourra ramener le prince des ténèbres à la vie. Les choses ne s’améliorent pas lorsque notre héros, à la veille de son seizième anniversaire, découvre un symbole ressemblant à l’emblème du royaume apparu sur le dos de sa main. Parti consulter Impa, la nourrice du premier épisode, celle-ci l’emmène au château du nord en lui contant une terrible histoire: celle d’une princesse nommée Zelda plongée dans un sommeil éternel. Le seul moyen de l’éveiller – et de sauver le royaume, vous vous en doutez – sera de parvenir à trouver la Triforce du Courage, dissimulée au fond du plus grand palais d’Hyrule, dans la terrible Vallée de la Mort. Mais pour pouvoir y accéder, Link devra d’abord vaincre les gardiens des six palais qui gardent les statues dans lesquelles six cristaux devront être placés. Alors, seulement, le passage s’ouvrira à lui…

La montagne de la Mort – l’un des pires passages de Zelda II – arrivera, hélas pour vous, très tôt dans le jeu

Voici donc l’aventure lancée, et l’objectif est aussi clair que celui du premier épisode: trouver la Triforce. Certes, celle-ci n’a cette fois pas été divisée en fragments, mais l’idée semble être restée la même: explorer le monde, vaincre des donjons (au nombre de sept, cette fois) et sauver une nouvelle fois la princesse (qui n’est pas la même, mais qui s’appelle de la même façon. Vous suivez?).

Placer un cristal vous vaudra une montée de niveau gratuite – ça ne se refuse pas!

Vous allez donc reprendre la route, ainsi qu’une grande partie de ce qui avait fait le succès de The Legend of Zelda, mais d’une manière… un peu différente. La première nouveauté, celle qui vous sautera aux yeux dès le premier écran, c’est cette vue de profil qui va composer une grosse majorité du jeu. Oubliez les combats en vue de dessus: dorénavant, celle-ci sera limitée à vos phases d’exploration. Lorsque vous vous promenez sur la carte du monde, vous découvrirez rapidement que des monstres apparaissent parfois dessus, et que vous ne les y combattrez pas directement: entrez en contact avec eux, et la vue basculera, pour vous ramener à ces séquences de combat en vue de profil. Cette vue a plusieurs intérêts: il vous est désormais possible de sauter, ce qui confère au jeu un aspect plateforme qui participe certainement au relatif désamour à l’encontre du titre. Mais il vous est également possible de vous baisser, ce qui ouvre la voie à des attaques hautes ou basses qui vous seront indispensables pour espérer venir à bout des adversaires dotés, comme vous, d’un bouclier capable de parer les assauts.

Labyrinthique, ce jeu? Naaaan

Cela peut rendre les combats étonnamment techniques – mais aussi extrêmement exigeants, l’un des pires griefs à exprimer contre votre héros étant la faiblesse de son allonge – on aurait vraiment apprécié que notre ami Link se batte avec une épée un peu plus longue. En l’état, il faut être très proche des adversaires pour avoir une chance de les toucher, et vu leur mobilité, le simple fait de les approcher est souvent délicat. Ajoutez-y le fait qu’en cas de dégât, votre personnage recule le temps d’encaisser, et vous découvrirez vite que le moindre coup à proximité d’une falaise ou d’un puits sera synonyme de mort instantanée à la Castlevania. Un mauvais coup au mauvais endroit au milieu d’un donjon, et à vous le plaisir de le recommencer depuis le début – s’il vous reste une vie, qui sont extrêmement rares et difficiles à trouver, et ne réapparaissent jamais bien sûr sinon ce ne serait pas drôle. Dans le cas contraire, vous repartirez de la chambre de Zelda au début du jeu.

Les objets servent ici plus à débloquer le passage vers le prochain donjon qu’à étendre vos possibilités d’action comme dans le premier épisode

Mais il n’y a pas que des donjons, des grottes, des phases de plateforme et des combats, dans Zelda II, il y a aussi – grande nouveauté – des villes peuplées de PNJs avec qui vous pouvez discuter! Certes, ces PNJs ne sont pas très bavards – une phrase grand maximum – et les très rares indices qu’ils acceptent de vous donner sont plutôt du genre… cryptiques. La très grande majorité d’entre eux n’a hélas strictement rien d’intéressant à vous dire, et la qualité discutable de la traduction anglaise n’arrange rien – le célèbre « I am Error » étant devenu un mème récurrent sur internet. Plus intéressant: en cherchant bien, dans ces villes, vous pourrez parfois trouver un vieux sage vous apprenant un sortilège – bien souvent totalement indispensable pour la suite, cela va de soi – ou un guerrier vous apprenant une nouvelle technique de combat – même remarque. Si les premiers de ces « personnages-clés » sont simplement placés bien tranquillement dans des bâtiments aux portes grandes ouvertes, au fur et à mesure du jeu, il vous faudra apprendre à vous montrer inventif, utiliser un sort de saut pour rentrer dans une maison par la cheminée ou penser à donner tel objet à tel PNJ pour qu’il vous ouvre une porte étant souvent la seule façon de trouver votre salut.

Les blocs qui tombent peuvent vous permettre d’attendre la clé. Mais évidemment, ils vous blessent…

Le problème étant que savoir ce que le programme attend de vous est parfois – souvent – d’une difficulté sans nom. Certains endroits vitaux sont ainsi cachés sur la carte du jeu: vous devrez la parcourir case par case pour espérer les trouver. Dans le même ordre d’idées, l’un des derniers villages du jeu est dissimulé dans une case de forêt qu’il vous faudra détruire à l’aide d’un maillet (?) que vous n’aviez jusqu’ici utilisé que pour détruire des rochers. Comment étiez-vous censé deviner que cette case de forêt précisément, parmi les milliers dont est composée la carte du jeu, abritait un village? Très bonne question, le problème étant qu’elle n’a pas de réponse, et que les passages totalement opaques de ce genre sont si nombreux qu’on peut objectivement en arriver à se demander s’il est possible de terminer ce jeu sans avoir une solution complète à portée de main.

Les boss seraient déjà difficiles si vous ne les affrontiez pas après avoir été essoré par le donjon

Cela commence à faire plusieurs fois que des termes comme « difficile » ou « frustrant » apparaissent au cours de ce test, et il pourrait être temps d’aborder l’aspect le plus clivant du titre – celui qui lui vaut encore aujourd’hui l’essentiel de sa réputation mitigée: sa difficulté. Aucun débat possible à ce sujet: Zelda II est le jeu le plus difficile de la saga, de très loin et à tous les niveaux. Survivre, gagner les combats, vaincre les donjons et les boss ou même simplement savoir quoi faire: tout est ardu, tout le temps, toujours. La moitié des adversaires du jeu peuvent se transformer en pompes à points de vie si les choses se passent mal, le moindre saut peut se finir en game over, ne pas avoir la moindre idée de la suite des événements est un mal récurrent qui ronge le jeu jusqu’à l’inévitable usure nerveuse.

Vous allez haïr ces chevaliers et leur bouclier d’un bout à l’autre du jeu

Pour ne rien arranger, la difficulté n’est absolument pas progressive: l’un des passages les plus complexes du jeu, la montagne de la Mort, se situe ainsi… juste avant le deuxième donjon. Et ça ne va pas en s’arrangeant: l’ultime château du jeu doit être l’une des épreuves les plus difficiles de toute l’histoire du jeu vidéo. Oui, c’est réellement dur à ce point. Et encore une fois, ça ne serait pas aussi frustrant si la marche à suivre n’était pas aussi incompréhensible: comment deviner, par exemple, que les bottes trouvées dans le quatrième palais vous permettent de marcher sur certaines cases d’eau – mais pas toutes, donc, à vous le bonheur de découvrir la chose totalement au pif. Ou bien comment deviner qu’on accède au troisième donjon par… un trou, caché au milieu d’un cimetière vaste d’une cinquantaine de cases, à un endroit que personne dans le jeu ne prend la peine de mentionner?

Les villes, nouveaux passages obligés, vous demanderont souvent de faire preuve d’imagination

Pour faire face à cette difficulté infernale, on pourrait être tenté d’utiliser l’ultime recours du jeu de rôles: le grinding. Car après tout, Zelda II est un RPG: il est possible d’accumuler des points d’expérience et de monter de niveau, chaque palier vous laissant augmenter, selon la situation, votre vie, votre magie ou vos dégâts. Plusieurs problèmes vont cependant rapidement se poser: premièrement, ces montées de niveau sont lentes. Quand la plupart des adversaires croisés au début du jeu rapportent 2 points d’expérience et qu’il vous en faut 500 pour monter de niveau, vous comprenez vite que cela va prendre du temps. Les monstres qui rapportent sont rares – et difficiles à tuer.

La clé magique arrivera si tard qu’elle ne vous servira que pour un seul donjon

Deuxièmement, certains adversaires vous font perdre de l’expérience lorsqu’ils vous touchent. Oui, ça, ça doit vraiment être la pire idée de toute l’histoire de l’humanité! Comme si ce n’était pas déjà assez frustrant… Et, cerise sur le gâteau, chaque chargement de partie, chaque Game Over ramènera votre expérience à zéro. Non, vous ne perdrez pas les niveaux déjà gagnés (encore heureux!), mais il faudra reprendre votre progression actuelle à partir de rien, ce qui veut dire que les joueurs haïssant les longues sessions de jeu auront une raison supplémentaire d’en vouloir au titre. Seul petit bonus: les réceptacles de cœur – et leur équivalent magique – existent toujours, et permettent là encore d’augmenter votre jauge de vie ou de magie. Ils sont bien évidemment aussi rares que difficiles à trouver.

Indice: il y a quelque part sur cette carte un accès vers le troisième palais. Et non, ce n’est pas la croix toute seule au milieu, ce serait trop simple

Côté réalisation, Zelda II s’en sort assez bien. Le jeu est assez beau, plutôt réactif – en dépit de quelques ralentissements. Certes, les PNJs ne sont pas très variés, la police d’écriture est grossière, la magie est rarement impressionnante – mais ça reste aussi lisible que fonctionnel, ce qui est l’essentiel, et les monstres, eux, sont assez bien trouvés. On se souviendra que le jeu est sorti au Japon en 1987 – pas réellement la période où on savait déjà pousser la console à sortir ses tripes pour en tirer le maximum. Niveau musical, le jeu est encore une fois un peu à l’écart de la saga, avec assez peu de thèmes marquants – et une impasse complète sur le thème désormais culte du premier épisode, repris ou remixé dans chacun des épisodes de la saga depuis. Le thème des donjons, lui, risque de vous rester en tête un petit moment. Mais encore une fois, on a le sentiment que le titre échoue à placer la barre – très difficile à atteindre, certes – au même niveau que le premier épisode sur à peu près tous les points.

Les dix premières minutes du jeu:

NOTE FINALE : 17/20

Mal aimé pour sa différence autant que pour sa difficulté légendaire, Zelda II est, à bien des niveaux, un très bon jeu lorsqu’on le replace dans le contexte de sa sortie et qu’on ne s’attend pas à jouer à un autre Legend of Zelda. Définitivement à part dans la saga, à jamais, le titre est aussi prenant que frustrant, aussi passionnant qu’injuste, aussi marquant qu’impardonnable. Ceux qui feront le choix, aujourd’hui, de l’aborder sans aide ni solution devront s’apprêter à subir l’épreuve du feu et à souffrir comme jamais ils ne l’ont fait pour, peut-être, au terme de longues semaines de quasi-supplice, ressentir la fierté indépassable d’être parvenu à vaincre l’épisode le plus exigeant de la saga – et peut-être même l’un des jeux les plus difficiles de l’histoire du jeu vidéo.

CE QUI A MAL VIEILLI :

– Cela restera toujours un Zelda qui n’est pas tout à fait un Zelda: les fans de la série seront peut-être les plus sévères à son encontre

– La difficulté du jeu demandera une âme de compétiteur et une patience à toute épreuve. Attendez-vous à refaire les derniers donjons en boucle, à dresser des plans, à chercher des passages secrets que rien ne laisse entrevoir, à souffrir face aux boss – à en baver, tout simplement

– Le jeu peine un peu à retrouver l’ambiance si particulière des autres épisodes

– Parfois, deviner où aller ensuite est une quasi-impossibilité

  • LES AVIS DE L’ÉPOQUE :

« The Adventure of Link est un programme d’une grande richesse, avec de vastes territoires à explorer, des adversaires variés, de nombreux objets à découvrir, et bien d’autres choses encore. (…) Ce programme est légèrement inférieur au précédent, mais il n’est pas évident d’égaler un tel chef-d’œuvre et ce n’est pas une moindre référence que de s’en approcher. Un programme indispensable à tout possesseur de cette console, car des softs d’une telle richesse ne sont pas légion. »

Alain Huygues-Lacour, Tilt n°79, Juin 1990, 17/20