Alien³ (Probe Software)

 

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Développeur : Probe Software Ltd.
Éditeur : Arena Entertainment
Titres Alternatifs : Alien 3 (graphie alternative), エイリアン3 (Japon)
Testé sur : Megadrive, Amiga, Commodore 64, Master System, NES, Super Nintendo, Game Gear

La licence Alien (jusqu’à 2000) :

1 – Alien (Fox Video Games) (1982)
2 – Alien (Concept Software) (1984)
3 – Aliens: The Computer Game (Activision) (1986)
4 – Aliens: The Computer Game (Software Studios) (1987)
5 – Aliens: Alien 2 (1987)
6 – Aliens (1990)
7 – Alien³ (Probe Software) (1992)
8 – Alien³ (B.I.T.S.) (1993)
9 – Alien³: The Gun (1993)
10 – Aliens: A Comic Book Adventure (1995)
11 – Alien Trilogy (1996)
12 – Alien: Resurrection (2000)

– Version Megadrive –

Année de sortie : 1992
Nombre de joueurs : 1
Disponible en Français : Non
Version testée : Européenne, Rev A
Spécificités techniques : –

Vidéo – L’écran-titre du jeu :

En 1992, le troisième épisode de la saga Alien avait été lancé avec de grands espoirs, particulièrement de la part de la 20th Century Fox, qui pensait renflouer ses caisses avec une prise de risque minimale à l’aide d’une licence dont le succès commercial était garanti.

Trainez un peu trop, et c’est une vie de perdue

Le résultat, à force de réécritures et d’ingérences des producteurs, s’était révélé si catastrophique que le film était parvenu à faire un bide aux États-Unis et à se voir renié dans son intégralité par David Fincher, son réalisateur, lequel aura d’ailleurs toujours refusé d’y retoucher depuis lors – au point de n’avoir collaboré en rien au remontage ni aux bonus des version DVD et Blu-ray qui prétendaient pourtant offrir une « Director’s Cut » de tous les épisodes de la saga. Pourtant, en dépit de sa genèse chaotique, le long-métrage aura finalement connu un succès réel sur le marché européen – en particulier en France – ainsi qu’une deuxième vie en vidéo. Voilà pour l’histoire d’un film qui divise aujourd’hui encore les fans, et qui n’a pas fini de faire couler beaucoup d’encre.

Ellen Ripley va encore avoir l’occasion de vivre sa relation privilégiée avec les xénomorphes

Du côté vidéoludique, cette fois, c’était un autre type de malédiction qui suscitait des inquiétudes. Tout le monde connait la grande tradition voulant que les adaptations de blockbusters cinématographiques se révèlent être, dans 95% des cas, de sordides ersatz développés trop vite dans l’espoir de gratter un peu d’argent facile à l’aide d’une licence porteuse – tiens, exactement ce que la 20th Century Fox avait espéré faire avec la saga cinématographique. Un bon film engendrant très souvent un mauvais jeu, la logique par l’absurde soulevait pour sa part une question intéressante: qu’allait engendrer un film médiocre? La réponse n’aura pas mis très longtemps à se matérialiser avec ce Alien³ développé par l’équipe de Probe Software l’année même de la sortie du long-métrage.

Les derniers niveaux sont infernaux

Sans surprise, le jeu vous place aux commandes d’Ellen Ripley, fraichement débarquée sur la planète-prison Fiorina 161 conformément au scénario du film. Mais là où le long-métrage ne composait qu’avec un seul xénomorphe (les créatures autour desquelles gravite la saga), le jeu, pour sa part, aura choisi de réaliser une première entorse en mettant notre héroïne aux prises avec une opposition pléthorique, évoquant ainsi bien plus la situation d’Aliens, le deuxième épisode de la licence. Mais loin de se contenter de vous transformer en Rambo futuriste au long de ses quinze niveaux (sans compter les boss), le titre va en fait vous mettre aux prises avec un objectif qui traduira un peu mieux la tension du film: récupérer un certain nombre de prisonniers, à chaque stage, et rejoindre la sortie avant que le chronomètre n’atteigne zéro. Oui, c’est finalement le même principe que celui qui sera repris plus tard dans un logiciel comme Daffy Duck in Hollywood – mais je vous rassure tout de suite, cela n’accouche pas du même fiasco.

L’ambiance du film est très bien rendue

« S’il faut aborder les indéniables qualités d’Alien³, autant commencer par l’une des plus évidentes: sa réalisation. »

La plupart des niveaux vous demandent de parcourir la colonie pénitentiaire pour trouver la totalité des prisonniers détenus à l’intérieur, dont le nombre peut monter jusqu’à une quinzaine, dans un laps de temps relativement court (rarement plus de cinq ou six minutes, même si cela varie selon le niveau de difficulté choisi).

Apprendre à dénicher les passages secrets deviendra rapidement une nécessité

Bien évidemment, des xénomorphes se placeront sur votre route… et strictement rien d’autre. En effet, exception faite des célèbres facehuggers et des « œufs » qui les génèrent, vous ne croiserez qu’un seul type d’adversaire de toute la partie – sans compter les boss, qui reprennent de toute façon tous le même modèle. Cela a au moins le mérite de ne pervertir en rien l’esprit de la saga dont le jeu est tiré, mais cela a également un côté très redondant, comme on peut s’en douter. Pour y faire face, vous pourrez compter sur un vrai petit arsenal aux munitions limitées: mitrailleuse, grenades, lance-flamme ou canon entre lesquels vous pourrez alterner à l’aide du bouton A. Si la plupart de ces armes auront sensiblement la même fonction, les grenades pourront se révéler particulièrement utile pour faire le nettoyage dans des endroits étroits comme les conduits d’aération que vous serez régulièrement appelé à visiter.

Un prisonnier se cache à l’écran! Sauras-tu le trouver?

Les munitions, dissimulées au sein des niveaux, sont rares – mais il est à noter que les ennemis ont le bon goût de ne pas réapparaître après leur décès. Vous bénéficierez également d’un compteur, en haut de l’écran, vous indiquant à la fois le temps restant et le nombre de prisonniers à libérer, ainsi qu’un radar en haut à droite qui ne fonctionnera malheureusement que pour une durée assez courte, et que vous pourrez réactiver ponctuellement en mettant la main sur des recharges.

Atteindre un prisonnier peut être un véritable parcours du combattant

S’il faut aborder les indéniables qualités d’Alien³, autant commencer par l’une des plus évidentes: sa réalisation. Sans être à décrocher la mâchoire, le titre de Probe Software fait preuve d’une fidélité assez remarquable au film éponyme, parvenant à varier les environnements au sein de Fiorina 161 sans jamais trahir une esthétique particulièrement bien rendue. C’est sale, c’est glauque, c’est détaillé, c’est très bien animé: on y croit immédiatement, ce qui est un très bon point. Échouer à sauver les prisonniers dans les temps se traduira par une image fixe montrant les aliens se frayant un chemin hors de la poitrine de leurs hôtes: un plus pour l’immersion. Ellen Ripley tire, saute, rampe, monte et descend les échelles avec une fluidité irréprochable, et les xénomorphes lui foncent dessus avec une telle vitesse qu’on est rapidement aussi tendu qu’elle devrait l’être. L’ambiance sonore, elle aussi, est très réussie: la musique est angoissante et laisse parfois la place à une atmosphère lourde et poisseuse où le moindre bruitage vous fera sursauter. Bref, rien à redire de ce côté-là: on a réellement le sentiment d’évoluer dans l’univers du film sans s’y sentir pour autant cloisonné, encore un très bon point.

Les boss ne sont ni très compliqués ni très intéressants

« Il est pratiquement impossible de finir une bonne moitié du jeu sans connaître le déroulement des niveaux par cœur. »

Si la jouabilité est, dans l’ensemble, assez bonne, le jeu ne tarde pas à révéler quelques approximations plus ou moins étranges qui ne tardent pas à agacer. Par exemple, le simple fait de descendre d’une échelle à un étage intermédiaire – ce qui vous arrivera très souvent – demande un placement au pixel près pour que l’héroïne daigne enfin poser le pied au sol.

Les facehuggers sont également de la partie

Cet acte a priori banal pourra parfois vous prendre plus d’une dizaine de secondes d’efforts agacés, ce qui serait déjà très énervant si le chronomètre n’était pas, en plus, en train de tourner! Encore plus gênants: les xénomorphes sont des créatures très rapides. Si rapides, en fait, qu’à moins d’avoir des réflexes surhumains, il est pratiquement impossible de ne pas se faire surprendre lorsqu’un d’eux jaillit à l’écran. Cela se traduira non seulement par une perte de point de vie, mais également par le fait que Ripley restera au sol pendant cinq bonne secondes – c’est interminable. C’est déjà problématique, mais cela devient même ingérable quand, dans les niveaux avancés, il devient impossible de voir un xénomorphe sortir du sol parce qu’il se confond dans le décor! On se retrouve alors face à une évidence désagréable: il est pratiquement impossible de finir au minimum une bonne moitié du jeu sans connaître le déroulement des niveaux par cœur.

Attendez-vous à passer beaucoup de temps au sol

Car si les premiers stages acceptent encore de vous laisser une certaine marge de manœuvre, les niveaux deviennent rapidement de plus en plus tentaculaires, les prisonniers de plus en plus nombreux et le chrono de plus en plus serré, ce qui fait que votre total de vies, que vous pouvez gonfler jusqu’à neuf dans les options, descend malgré tout à vitesse grand V. Pour ne rien arranger, rater un seul prisonnier voudra obligatoirement dire recommencer le niveau depuis le début et retourner chercher tout le monde, et sachant que le jeu est assez long (quinze niveaux sans compter les boss, comme on l’a vu) et ne contient aucun système de mot de passe, mieux vaudra être très patient pour espérer aller loin.

L’aspect plateforme est parfois assez énervant

« Le jeu, qui n’était qu’exigeant en début de partie, se transforme en véritable Die-and-Retry« 

Tout cela fait déjà qu’on sent de plus en plus le plaisir laisser place à la frustration au fur et à mesure de l’avancée de la partie.

Descendre d’une échelle, le plus grand exploit du jeu

Les choses ne s’arrangent pas lorsqu’on découvre que le jeu se permet, dans sa deuxième moitié, des errances qu’il avait très bien su éviter dans la première: des prisonniers cachés dans des passages secrets, par exemple, ce qui n’est vraiment pas une bonne idée, des passages plateforme de plus en plus corsés, des sols qui s’effondrent, vous contraignant à refaire de larges portions du niveaux pour atteindre un prisonnier – voire, encore pire, vous interdisant de revenir en arrière, ce qui vous oblige alors à attendre la fin du temps imparti pour perdre une vie et avoir le droit de reprendre le niveau depuis le début! Le jeu, qui n’était qu’exigeant en début de partie, se transforme alors en véritable Die-and-Retry, ce qui n’est pas très agréable lorsqu’il ne vous reste qu’une poignée de vies et que le titre ne comporte aucun continue. Notons que le programme tente également de temps à autre de casser la routine en vous proposant des niveaux sans monstre ou, au contraire, sans prisonnier à libérer, mais cela ne transcende pas plus l’expérience de jeu que les combats de boss, assez répétitifs et pas franchement prenants.

J’espère que vous aimez ramper dans les conduites d’aération

Au terme de ce laborieux énoncé, on pourrait en venir à penser qu’Alien³ est un titre largement aussi critiquable que le film dont il est tiré. Disons que, s’il est loin d’être parfait, il réussit malgré tout à remplir l’objectif de nous placer dans la peau d’Ellen Ripley de manière suffisamment convaincante pour qu’on se laisse réellement prendre au jeu. Le fait que les parties s’étirent sans jamais renouveler le concept initial, risque hélas de pousser rapidement le joueur occasionnel à poser la manette pour se consacrer à autre chose, mais le programme conserve malgré tout un petit goût de reviens-y certainement dû à son ambiance très bien restituée et à ses mécanismes assez particuliers. Il faudra s’accrocher pour voir le très décevant terme de l’aventure (un simple écran fixe avec un texte et basta), et tout le monde n’aura pas la patience de s’accrocher jusque là, mais la plupart des joueurs auront malgré tout le temps de vivre quelques moments très prenants avant de se décider à ranger pour de bon la boite du jeu dans une étagère.

Vidéo – Le premier niveau du jeu :

NOTE FINALE : 14,5/20

Échappant avec brio à une longue tradition d’adaptations ratées, Alien³ offre une expérience solide servie par une réalisation à la hauteur. Mais tandis que les parties s’enchaînent dans les couloirs et les conduits d’aération de Fiorina 161, dans une ambiance évoquant d’ailleurs davantage Aliens que le film de David Fincher, on ne peut s’empêcher de penser qu’il manque un peu d’ambition au titre de probe Software, un léger supplément d’âme, d’originalité et surtout de variété, pour éviter que les objectifs du jeu deviennent redondants jusqu’à la lassitude. Quelques mécanismes frustrants associés à des erreurs évitables en terme de jouabilité et de level design pénalisent malheureusement le jeu, au point de l’enfermer dans la case des titres sympathiques à court-terme mais à qui il manque le truc en plus pour entrer dans la catégorie enviées des logiciels mémorables. Une bonne excursion dans l’univers de la saga, malgré tout.

CE QUI A MAL VIEILLI :

– Le temps infini que met Ripley à se relever après chaque coup

– Le placement au pixel près pour réussir à descendre d’une échelle

– Aucune variété dans les ennemis rencontrés (certes, à ce niveau le jeu respecte le film, mais n’aurait-il pas mieux valu le trahir un peu?)

– Beaucoup d’adversaires à peu près inévitables si on ne connait pas leur position à l’avance

– Les derniers niveaux, profondément injustes

– Version Amiga –

Année de sortie : 1992
Nombre de joueurs : 1
Disponible en Français : Non
Version testée : V1.0 sur Amiga 500
Spécificités techniques : –

On a bien perdu quelques couleurs, mais ça ne se voit pas trop la plupart du temps

Alien³ aura été fidèlement porté sur Amiga 500, dans une version qui aurait pu être un calque parfait sans quelques limitations techniques évidentes. La plus évidente est que le jeu vous impose désormais de choisir, dans le menu des options, entre la musique et les bruitages. Difficile de penser qu’il ne pouvait pas assurer les deux à la fois (probablement un résultat de cette obsession de ne jamais exiger une extension de mémoire pour ne pas s’aliéner une partie du marché). Les thèmes musicaux sont assez fidèles à ceux de la version originale, moins bons sur le plan mélodique mais un peu meilleurs sur le plan des percussions. les bruitages, eux, sont équivalents, mais mieux vaut dans tous les cas jouer avec la musique. Niveau graphismes, on sent qu’on a perdu quelques couleurs dans la manœuvre – ce qui, là encore, ne se justifie pas forcément – ainsi que quelques éléments de premier plan. Le ciel au tout début du jeu, par exemple, a clairement changé de teinte. L’ambiance y perd légèrement, mais le jeu reste relativement fluide, et la jouabilité a le bon goût de tirer parti des joystick à deux boutons – il est hélas toujours aussi compliqué de parvenir à descendre d’une échelle. Le déroulement du jeu, lui, n’a pas varié d’un iota.

NOTE FINALE : 14/20

Probe Software visait visiblement le portage le plus fidèle possible pour ce Alien³ version Amiga: mission presque accomplie. C’est un tout petit peu moins beau, c’est un tout petit peu moins fluide, c’est très légèrement moins jouable – le plus dommage reste malgré tout d’avoir à choisir entre la musique et les bruitages (conseil: choisissez la musique). Si vous avez une Megadrive, aucune raison de préférer ce portage, mais les joueurs Amiga n’ont pas dû se sentir (trop) lésés.

– Version Commodore 64 –

Année de sortie : 1992
Nombre de joueurs : 1
Disponible en Français : Non
Version testée : V1.0 (disquette)
Spécificités techniques : –

Franchement, Probe Software ne s’est pas moqué du monde avec ce portage

Sur Commodore 64, Alien³ réserve quelques surprises, et pas forcément à l’endroit où on les attendait. La réalisation est clairement dans le haut du panier de la machine: les graphismes sont détaillés et lisible, l’animation irréprochable, et on n’a pas besoin cette fois de choisir entre la musique (d’ailleurs très correcte) et les bruitages! La jouabilité est très bonne, à trois petits détails près: il est toujours aussi pénible de descendre d’une échelle, il faut désormais passer par le clavier pour changer d’arme, et surtout les xénomorphes peuvent désormais vous tirer dessus! Non seulement cela n’était vraiment pas nécessaire, puisque les créatures vont toujours aussi vite, mais en plus cela rend vos armes à courte portée comme le lance-flamme totalement inutiles, et pour ne rien arranger ce fameux tir qu’ils vous envoient est à peu près inévitable! Cela ne contribue heureusement pas trop à augmenter la difficulté du jeu, plutôt plus simple que sur les machines 16 bits, mais quel choix de game design discutable. À noter que, si le jeu comprend toujours 15 niveaux, le plan de ceux-ci est totalement original et ne reprend pas celui de la version originale.

NOTE FINALE : 13/20

Difficile de reprocher grand chose à ce portage d’Alien³ réalisé avec beaucoup de sérieux – à part ce choix frustrant, inutile et injuste de permettre aux xénomorphes de vous tirer dessus. Pour le reste, on retrouve à la fois la réalisation irréprochable et le manque de variété de l’expérience originale – mais dans quinze nouveaux niveaux. À essayer.

– Version Master System –

Année de sortie : 1992
Nombre de joueurs : 1
Disponible en Français : Non
Version testée : Européenne
Spécificités techniques : –

Trouver les prisonniers et anticiper les mouvement adverses est désormais bien plus simple

La version Master System d’Alien³ reprend dans les grandes lignes le déroulement de la version Megadrive, à quelques petites adaptations près. Graphiquement, la vue est désormais bien plus éloignée: cela facilite grandement les phases de recherche et pénalise légèrement le côté « claustrophobe » du jeu. Surtout, on voit dorénavant les xénomorphes arriver de bien plus loin, ce qui simplifie grandement les choses. La réalisation en elle même est très bonne, on ne déplore aucun ralentissement ni effacement de sprite, et il est enfin possible de descendre d’une échelle sans y consacrer dix secondes. La musique est assez limitée, mais remplit correctement son office. Au rang des nouveautés, on sent que quelques petites modifications ont été apportées pour compenser la facilité introduite par la nouvelle vue: par exemple, si les niveaux suivent scrupuleusement les mêmes plans que sur Megadrive, les prisonniers ne sont plus tous placés aux mêmes endroits. Ripley ne commence la partie qu’avec des munitions de mitrailleuse, désormais, il faudra collecter les autres au fil des niveaux, la jauge de vie ne sera plus régénérée entre les stages, et il n’y a plus de radar. On assiste également à l’apparition d’une nouvelle sorte de xénomorphe jaillissant du sol et qui fait en fait office de « piège » inévitable si vous ne savez pas d’avance où il se trouve. Petit regret: l’interface n’est pas affichée en permanence à l’écran, ce qui fait que vous ne pourrez voir le nombre de prisonniers restants qu’au moment d’en libérer un ou de rejoindre la sortie, vos munitions en tirant ou vos points de vie en encaissant des dégâts: pas très pratique. Mais pour le reste, l’expérience de jeu reste prenante et agréable.

Le jeu n’est plus difficile pour les mêmes raisons qu’auparavant

NOTE FINALE : 13,5/20

Beaucoup d’écueils auraient pu atteindre cette version Master System d’Alien³, mais force est de reconnaître que Probe Software les a intelligemment évités. S’il est désormais bien plus simple d’anticiper les mouvements adverses et de dénicher les prisonniers, il faudra également composer avec des munitions plus rares, avec une vie qui ne remonte plus entre les niveaux et avec quelques nouveaux pièges vicieusement placés. Si l’interface n’est pas très bien pensée, la jouabilité, elle, est irréprochable, tout comme la réalisation. Un bon jeu d’action pour la Master System.

– Version NES –

Année de sortie : 1993
Nombre de joueurs : 1
Disponible en Français : Non
Version testée : Américaine
Spécificités techniques : –

Les choix effectués pour cette version n’ont peut-être pas été les bons

Alien³ aura également débarqué sur NES mais, pour une raison mystérieuse, Probe Software aura une nouvelle fois décidé d’apporter son lot de modifications à l’expérience originale. Le but du jeu n’a pas changé, pas plus que le principe des quatre armes et du radar, mais il n’y a plus, désormais, que huit niveaux – et, pour compenser, ceux-ci tendent à être bien plus grands. Si les xénomorphes ne sont pas très difficiles à éviter, les sauts sont d’une raideur catastrophique qui tendant à transformer les phases de plateforme les plus basiques en séances de masochisme, et surtout le chronométrage est vraiment extrêmement serré. Pour ne rien arranger, on n’a apparemment pas trouvé le moyen, en dépit de la place dans l’interface au bas de l’écran, d’y faire figurer le nombre de prisonniers restants! On a donc le sentiment de progresser à l’aveuglette la moitié du temps – c’est à dire la moitié qu’on ne passera pas à s’arracher les cheveux à cause de la difficulté du titre, qui nécessitera de mémoriser intégralement les niveaux pour avoir la moindre chance d’avancer. Sans doute pas l’adaptation la plus heureuse de de côté-là. La réalisation, de son côté, est assez bonne – les sprites sont plutôt ratés, mais les décors sont réussis, et la musique est correcte, sans plus. Le reste, malheureusement, ne suit pas.

NOTE FINALE : 11/20

Beaucoup d’erreurs surprenantes de la part de Probe Software pour cette adaptation d’Alien³ sur NES. Entre les sauts insupportables, la difficulté frustrante et quelques errements inexplicables dans l’interface, on a vraiment le sentiment de jouer à un titre développé trop vite pour son propre bien. C’est d’autant plus dommage qu’on sent qu’il ne manquait vraiment pas grand chose pour tenir un très bon jeu d’action, mais le fait est qu’on a beaucoup de mal à s’amuser.

– Version Super Nintendo –

Année de sortie : 1993
Nombre de joueurs : 1
Disponible en Français : Non
Version testée : Européenne
Spécificités techniques : –

En terme d’ambiance, pas de problème, on est en terrain connu

Attention, surprise! Porté par la même équipe sur Super Nintendo, Alien³ y est devenu quelque chose de très différent. Oubliez les prisonniers à secourir dans des niveaux chronométrés: la pression du temps n’existe plus, dorénavant. Quant à aller libérer des détenus, cela pourra vous arriver, mais ne représentera qu’une infime partie du jeu. En fait, le principe est même profondément original: imaginez des niveaux gigantesques, dans lequel vous pouvez circuler librement d’un secteur à l’autre: cellules, infirmeries, arsenaux, ventilations, boyaux de mine… À l’intérieur, des monstres à foison, bien sûr, qui auront le bon goût d’être plus variés que dans la version Megadrive, et que vous pourrez toujours éliminer à l’aide des trois mêmes armes que dans les autres versions moins le canon.

Les quelques minutes que vous perdrez sur la carte vous feront gagner des heures

Mais il y aura aussi des terminaux un peu partout, à la Alien Breed (plutôt ironique, comme retour d’ascenseur!), qui vous distribueront une liste de missions, que vous devrez compléter une par une, dans l’ordre que vous voudrez, pour boucler le niveau. Chacune de ces missions correspond à un objectif précis: aller libérer des prisonniers (ça, on connait…) mais aussi aller réparer des soudures, détruire un certain nombre d’œufs… Ellen Ripley va ici se transformer en véritable femme à tout faire. Votre premier réflexe pourrait alors être de partir la fleur au fusil pour tenter de trouver la position de vos objectifs en déambulant au hasard: mauvaise idée. Les allez-et-retours inutiles vous obligeront à frayer au milieu des xénomorphes et des facehuggers, et taperont inutilement dans vos précieuses réserves de vie et de munitions, d’autant plus que les adversaires réapparaissent indéfiniment – ce qui n’est pas le cas des bonus.

Enfin un peu d’originalité!

Non, prenez au contraire le temps de bien compulser la carte, heureusement très bien faite, histoire de mémoriser le trajet idéal pour aller remplir votre mission avant de revenir. C’est d’autant plus indispensable que les niveaux sont vraiment grands: On peut facilement passer près d’une heure dans chacun d’entre eux! Cela vous obligera d’ailleurs à réfléchir à une gestion à long-terme, comme en réservant vos visites aux arsenaux, bien évidemment remplis de munitions, au moment où vous commencerez à avoir les poches vides, ou en attendant d’être sérieusement touché pour vous aventurer dans une des infirmeries. Inutile de dire que cela contribue à allonger drastiquement la durée de vie du jeu; un mot de passe vous sera heureusement fourni à la conclusion de chaque niveau.

Les environnements varient beaucoup au sein d’un même niveau, mais assez peu d’un stage à l’autre

Pour ne rien gâcher, la réalisation du jeu est à la fois très réussie et plus variée que sur les autres systèmes – même si on retrouve les mêmes types de décors d’un niveau à l’autre. L’ambiance est toujours aussi prenante, l’animation est irréprochable, la musique remplit très bien sa fonction. La jouabilité demandera un petit temps d’adaptation: les sauts sont une nouvelle fois assez raides, et les gâchettes ne servent qu’à changer d’arme (autant dire à rien, puisque chaque arme a déjà son bouton sur la manette) alors qu’on aurait largement préféré qu’elles servent à tirer en diagonale.

Ellen Ripley en a dans les bras!

Pour s’accroupir et tirer sur un adversaire, il faut bien prendre le temps de dissocier les deux actions, sans quoi Ripley tirera à ses pieds à la place, ce qui vous arrivera souvent. Notons qu’on peut également s’accrocher à des arceaux au plafond pour avancer à la force des bras. Dans tous les cas, ce parti-pris favorisant l’exploration et la méthode par rapport à l’action pure ne plaira pas nécessairement à tout le monde, mais le fait est qu’il sait se montrer très intéressant sur la durée – ce qui n’était pas le cas dans la version originale. Seul regret, les derniers niveaux (il y en a six) vous imposent parfois des allez-et-retours interminables entre des terminaux placés à Perpette-les-Oies et des zones situées à l’autre bout du niveau, le tout séparé par des zones remplies de monstres. C’est moins amusant au bout du dixième trajet… Mais pour tous ceux qui mordront au concept, mazette, quelle trouvaille que cette version!

NOTE FINALE : 16,5/20

Il est possible que les amateurs d’action à l’état pure, ceux qui aiment débrancher le cerveau en tirant, fuient à toute jambe en découvrant cette adaptation d’Alien³ privilégiant la planification, l’organisation et la gestion à moyen-terme. Les autres, en revanche, auront le plaisir de découvrir une partie très longue (comptez facilement six heures) avec des mots de passe pour faire passer la pilule, et une vraie expédition dans des niveaux gigantesques qu’il faudra apprendre à domestiquer tout en remplissant des objectifs (pas assez) variés et parfois surprenants. Un titre original et dépaysant qui pourra vous scotcher sur le long cours, comme vous frustrer à vitesse grand V si vous souhaitez avant tout tirer sur tout ce qui bouge. Une curiosité à tester, dans tous les cas.

– Version Game Gear –

Année de sortie : 1994
Nombre de joueurs : 1
Disponible en Français : Non
Version testée : Européenne
Spécificités techniques : –

Cette version était-elle vraiment nécessaire?

Vous vous attendiez à un portage de la version Master System d’Alien³ sur Game Gear? C’est gagné. Pour être honnête, on ne sait pas très bien ce qui a bien pu prendre deux ans pour sortir cette adaptation: absolument aucun aménagement n’a été fait en terme de difficulté pour compenser le fait que la vue soit redevenue aussi étroite que sur Megadrive. Du coup, on retrouve toutes les faiblesses de la version Master System, plus celles de la version Megadrive, et même quelques autres (les sauts sont encore plus raide que sur les consoles Nintendo). Pour le reste, strictement rien de neuf, circulez y’a rien à voir.

NOTE FINALE : 12/20

Quitte à développer autant de versions différentes d’Alien³, on aurait pu espérer que Probe Software fasse également un petit effort pour cette version Game Gear… Perdu: c’est simplement la version Master System tassée au pied sur un écran qui peut afficher deux fois moins de choses, ce qui rend le jeu inutilement difficile. Ce n’est pas catastrophique, mais on était en droit d’attendre mieux, et il existe tellement de portages supérieurs à celui-ci qu’on ne voit au final pas très bien à qui on pourrait bien le recommander.

 

Alien Breed: Special Edition 92

Cette image provient du site https://www.mobygames.com

Développeur : Team 17 Software Limited
Éditeur : Team 17 Software Limited
Titres Alternatifs : Alien Breed: Special Edition (version Blackberry), Alien Breed (version PC)
Testé sur : Amiga, PC

La série Alien Breed (jusqu’à 2000) :

1 – Alien Breed (1991)
2 – Alien Breed: Special Edition 92 (1992)
3 – Alien Breed II: The Horror Continues (1993)
4 – Alien Breed: Tower Assault (1994)
5 – Alien Breed 3D (1995)
6 – Alien Breed 3D II: The Killing Grounds (1996)

– Version Amiga –

Année de sortie : 1992
Nombre de joueurs : 1 à 2
Disponible en Français : Non
Version testée : 1.0 sur Amiga 1200 avec disque dur
Spécificités techniques : Nécessite 1 méga de mémoire

Pas de cinématique d’introduction…

Pour ceux qui l’ignoreraient, Le premier épisode d’Alien Breed fut, en son temps, un succès aussi bien critique que commercial. Il faut dire qu’à une époque où la licence Alien – la vraie – n’avait encore jamais disposé d’une adaptation marquante sur ordinateur (ce qui n’est guère surprenant si on se souvient que le premier film était sorti à une époque où l’informatique ludique était encore balbutiante et que le troisième, lui, était alors en plein tournage), le titre de Team 17 avait parfaitement cerné ce à quoi aurait dû ressembler une adaptation officielle si elle avait eu la bonne idée de sortir en 1991.

Ces salles remplies de bonus feront briller vos yeux

Et puisque l’absence de la licence en elle-même n’empêchait nullement le jeu de hurler sans aucun effort de discrétion ses emprunts esthétiques et scénaristiques à la saga initiée par Ridley Scott, l’illusion comme la magie étaient totales. Le pied. Autant dire qu’en ces circonstances, l’idée de mettre une suite sur le feu n’aura pas mis longtemps à se dessiner. Mais, surprise, avant qu’un titre clairement estampillé Alien Breed II ne se décide à débarquer, c’est d’abord une version « enrichie » du premier épisode qui aura fait son apparition dans les étals. Son nom? Alien Breed: Special Edition 92.

Autant vous prévenir: ces images vont avoir un petit goût de déjà-vu

Comme on peut s’en douter, l’absence de ce fameux « II » derrière le titre aurait tendance à nous indiquer qu’on va se retrouver en terrain connu, pour ne pas dire réchauffé. Mais une nouvelle fois, le succès commercial incontestable du titre – qui aura figuré dans tous les hit parade britanniques pendant plus d’un an – tendrait à nous faire espérer suffisamment de nouveautés pour justifier un test à part entière. Bonne nouvelle: c’est le cas. Partons donc du principe que vous avez déjà lu le test d’Alien Breed – cela vaudrait mieux, honnêtement – pour mieux nous attaquer à cette Special Edition et à son contenu qu’on espère généreux.

« En terme de contenu, au moins, Team 17 ne s’est pas fichu de nous »

Les boss sont toujours de la partie et font toujours aussi mal

Histoire de vous placer tout de suite dans l’ambiance, le jeu s’ouvre… sur une publicité pour le futur Alien Breed II. Ah, ça, on n’avait visiblement pas perdu le nord, chez Team 17, et histoire d’enfoncer le clou, on enchaîne avec une autre publicité, pour Superfrog, cette fois! On pensera ce qu’on veut de ce marketing quelque peu gonflé, mais le fait est qu’il remplace l’introduction du jeu – ce qui est encore plus gonflé – et qu’il invite à se demander si la sympathique société britannique ne nous prendrait pas un tout petit peu pour des cons au moment où la cinématique de fin est remplacée par un message lénifiant expliquant qu’il n’y aura pas d’animation finale « faute de place »…une place qui aurait sans doute existé sans toute cette publicité gratuite, donc. Bref, ça commence plutôt mal, mais on ne jouait pas à un jeu d’action pour ses cinématiques, surtout en 1992, attaquons-nous donc au jeu en lui-même.

La bonne grosse blague de la vie piégée à dix mètres de la sortie: hilarant…

On se retrouve donc dans la même station spatiale, avec le même briefing de début, et avec une certaine appréhension quand au jeu qu’on vient d’acquérir… appréhension heureusement vite dissipée en constatant que ce premier niveau, en dépit des apparences, est entièrement original et n’a rien à voir avec celui du Alien Breed original. Car autant le dire, en terme de contenu, au moins, Team 17 ne s’est pas fichu de nous: la station compte désormais pas moins de six niveaux supplémentaires, doublant le contenu du titre de base – ce qui, sachant que le jeu était vendu au prix d’une édition budget et ne nécessitait pas Alien Breed pour tourner, explique tout de suite mieux son succès immédiat.

« Non seulement les briefings sont plus détaillés, mais ils contiennent également parfois des mots de passe »

Les derniers étages sont vraiment stressants

La disposition des niveaux et leur philosophie générale a d’ailleurs été entièrement revue: s’ils sont toujours aussi labyrinthiques, ils sont en règle général plus linéaires, et ils ne se terminent plus obligatoirement par une fuite en temps limité sous peine de Game Over. On trouve désormais beaucoup plus de bonus, à commencer par des cartes de 1000 crédits qui n’existaient pas dans la version de 1991, mais les prix des armes ont en contrepartie été revus singulièrement à la hausse. Surtout, non seulement les briefings sont plus détaillés, mais ils contiennent également parfois des mots de passe, utilisables depuis les terminaux, et qui ne vous obligeront plus à finir le jeu d’une seule traite! Inconvénient, toutefois: ces mots de passe font en fait juste office de téléporteur. Ce qui signifie qu’ils se contenteront de vous transporter avec votre équipement actuel – c’est à dire pas grand chose si vous les utiliser au premier étage – sans garder en mémoire ce que vous aviez sur vous au moment où vous les aurez découverts. Heureusement, les derniers niveaux se montrant assez généreux en bonus, vous devriez rapidement pouvoir investir dans un équipement correct à défaut d’être mirobolant.

On a toujours autant de monde sur le dos

Dans l’ensemble, on sent de toute façon une volonté certaine de casser la routine qui prévalait rapidement dans le jeu de 1991. Les objectifs sont plus variés: un niveau, par exemple, vous demande de fuir en temps limité, mais sans adversaire; un autre vous fait évoluer dans le noir, les ennemis trahissant leur position grâce au bleu lumineux de leurs yeux.

« On pourrait facilement se croire en train de jouer à un projet de fans »

Le comité d’accueil ne mettra pas très longtemps à se manifester

Si la difficulté est toujours aussi élevée, on sent quand même que l’expérience a été pensée pour être un tantinet plus accessible, ce qui est une très bonne chose. On passe un peu moins de temps à tourner en rond et un peu plus à prendre des risques pour accéder à ces salles remplies de bonus qui nous narguent en permanence. On n’appréciera pas forcément, en revanche, ces idées aussi sadiques que frustrantes comme cette fameuse « vie piégée » qui, lorsqu’on la ramasse, lance un compte à rebours de deux secondes qui se terminera par un Game Over imparable… Bref, on n’a toujours pas affaire à un jeu pour débutant, et mieux vaudra avoir les nerfs solides pour espérer en venir un jour à bout.

Pas grand chose de neuf côté graphismes

Au rang des défauts, citons le fait que le jeu ne se renouvèle vraiment pas beaucoup, et qu’il n’intègre pour ainsi dire aucune nouveauté sur le plan graphique ou sonore. On pourrait facilement se croire en train de jouer à un projet de fans bâti avec les assets de la version de 1991. Des broutilles, à n’en pas douter, pour ceux qui terminaient la première version en boucle, mais certainement pas de quoi réconcilier les joueurs qui n’avaient pas accroché au titre original. On sait ce qu’on achète: la même chose en un peu mieux. Ce n’est déjà pas si mal.

Vidéo – Le premier niveau du jeu :

NOTE FINALE : 15,5/20

Sous ses airs de petit jeu opportuniste programmé pour surfer sur le succès d’Alien Breed et faire patienter les joueurs en attendant la sortie du deuxième épisode, il s’avère que cette Special Edition accomplit sérieusement le travail qu’on était en droit d’attendre d’elle, en doublant littéralement le contenu de la version de 1991. Plus longue, plus jouable, plus variée mais toujours aussi difficile, cette édition enrichie tient ses promesses en offrant une expérience qui comblera sans peine les amateurs du premier épisode et les nouveaux venus – mais qui aura peu de chance de convaincre ce qui n’avaient pas été emballés jusque là. Reste un jeu incontestablement supérieur à l’expérience originale, avec ses défauts.

CE QUI A MAL VIEILLI :

– De la pub en guise d’introduction, et pas de cinématique de fin faute de place…

– Rien de neuf en termes de graphismes ou de son

– Les mots de passe qui ne fonctionnent que depuis une console, et qui ne conservent ni les armes, ni les clefs, ni les crédits des parties précédentes

– Plusieurs bugs, parfois bloquants, jamais corrigés

– C’est toujours aussi dur

– Version PC (Alien Breed) –

Année de sortie : 1993
Nombre de joueurs : 1 à 2
Disponible en Français : Non
Version testée : 1.0 sous DosBox avec émulation Roland MT-32
Spécificités techniques : Graphismes: VGA – Musique: Haut-parleur interne, Adlib, Roland MT-32, Soundblaster – Sons: Haut-parleur interne, Adlib, Sounblaster – Mémoire XMS nécessaire pour les bruitages Soundblaster

On a au moins affaire à une vraie conversion

Il aura fallu attendre 1993 pour voir Alien Breed débarquer sur PC – à une époque où bouder le marché représenté par la machine d’IBM commençait à devenir de plus en plus suicidaire. Histoire de marquer le coup, sachant que le deuxième épisode était déjà disponible sur Amiga, le titre aura débarqué non pas dans sa version de 1991, ni même dans celle de 1992, mais bien dans une version enrichie comprenant cette fois la bagatelle de 18 niveaux! Hé, il fallait bien justifier de la vendre au prix fort là où la Special Edition était vendue au prix d’une version budget… Ceci dit, ce commentaire n’est pas fondé: ce portage s’efforce de tirer parti des capacités du PC, à commencer par des graphismes plus détaillés en 256 couleurs, au lieu de se contenter d’un bête copier/coller de la version Amiga avec des niveaux en plus. On regrettera, en revanche, que l’introduction ne fasse pas son retour, et que la cinématique de fin se limite à un écran fixe avec du texte par dessus. Le jeu n’aura bien évidemment aucune difficulté à tourner correctement sur un pc moderne, mais la réalisation sonore reste inférieure à celle de la version Amiga, même avec une Roland MT-32. Rien de catastrophique non plus, et les joueurs PC de l’époque ont certainement été heureux de voir débarquer un jeu d’action sur une plateforme qui en avait été cruellement sevrée depuis ses débuts.

NOTE FINALE : 16/20

Histoire de s’excuser de son retard, Alien Breed aura finalement débarqué sur PC avec un contenu triplé par rapport à la version Amiga de 1991 et une réalisation rehaussée en 256 couleurs. Les quelques améliorations constatées sont loin d’être inoubliables – et la qualité sonore reste en retrait – mais cela reste une adaptation solide qui risque de vous garder occupé pendant un bon bout de temps.

 

Lionheart

Cette image provient du site https://www.mobygames.com

Développeur : Thalion Software GmbH
Éditeur : Thalion Software GmbH
Testé sur : Amiga

***** Version Amiga *****

Année de sortie : 1992
Nombre de joueurs : 1
Disponible en Français : non

Vidéo – L’introduction du jeu :

On a déjà eu plusieurs fois l’occasion en ces lieux d’évoquer la fameuse « French Touch », cette catégorie très difficile à définir mais diablement pratique pour y placer la production française vidéoludique des années 80 et 90, et qui doit sa réputation au fait d’être à l’origine de titres aussi marquants que L’Arche du Captain Blood, Dune ou Another World – liste extrêmement loin d’être exhaustive. Curieusement, que ce soit par chauvinisme ou par romantisme exacerbé vis-à-vis de l’originalité de la production française, on n’a jamais entendu parler de « German Touch ».

L’histoire prend la peine de se raconter par le biais d’écrans illustrés

C’est une curiosité, voire une anomalie, car la production de studios comme Rainbow Arts ou Factor 5 (coucou, Turrican) suffit immédiatement à nous rappeler que la création vidéoludique allemande, elle non plus, n’était pas aux mains d’une bande de manchots – je me comprends – à l’époque des machines 16 bits. Et si un compagnie comme Thalion Software n’évoquera pas immédiatement des souvenirs aux retrogamers les plus distraits, il y a fort à parier que la mention d’un titre comme Lionheart, elle, suffise en revanche à réveiller un paquet de possesseurs d’un Amiga.

Bonjour. Ceci est un jeu Amiga. Sérieusement.

Imaginez un jeu vous plaçant aux commandes d’un homme-lion nommé Valdyn. Celui-ci, après avoir été fait prisonnier par le roi, s’est vu annoncer que son destin était d’aller récupérer le « Lionheart » – le Cœur de Lion – une pierre précieuse qui, seule, confère sa légitimité au monarque, et qui aurait été dérobée par le royaume rival de Norka, présentement occupé à menacer les terres voisines depuis sa forteresse volante.

Tous les grands classique du jeu de plateforme sont là, même les pointes

Le marché était simple: Valdyn allait chercher le Lionheart ou passait le restant de ses jours dans les salles de torture du palais. Et histoire d’en remettre une couche, la femme qu’il aimait avait été changé en pierre, et le seul antidote connu était caché, lui aussi, dans les terres de Norka. Valdyn accepta donc la mission avant d’aller chevaucher un dragon qui devait l’amener droit à la forteresse adverse. Mais bien évidemment, comme vous le racontera l’introduction visible en ouverture du test, les choses n’auront pas été aussi simples…

Les ambiances sont bien marquées, mais rarement originales

Lionheart est, comme vous l’aurez peut-être deviné, un jeu de plateforme vous demandant de guider Valdyn jusqu’au fameux joyau éponyme, en parcourant à pied ou à dos de dragon le chemin qui vous sépare de la forteresse de Norka. Sur votre route: quelques adversaires, beaucoup de gouffres, de plateformes mouvantes, vivantes ou rotatives, sans oublier une poignée de boss. Pour surmonter tout cela, votre personnage pourra sauter, escalader certains rebords ou frapper avec son épée.

Le dernier boss est atroce, comme la plus grande partie du jeu

Sa jauge de vie, visible en haut à gauche, pourra être augmentée en collectant des bonus qui viendront rajouter un cœur toutes les cent unités. Pour le reste, en-dehors de quelques potions de soins, il n’y a pas de power-up, et si la structure des niveaux est relativement ouverte et comporte son lot de passages secrets, l’aventure est déjà largement assez longue – comptez facilement une heure et demi minimum, sans mot de passe ni sauvegarde – pour que vous puissiez être tenté d’aller à l’essentiel, quitte à rater la fameuse zone secrète contenant le pendentif qui vous ouvrira l’accès à la « bonne » fin du jeu.

Oui, les boss sont magnifiques aussi

Tout cela est fort sympathique, mais n’est a priori pas follement original. Pour comprendre la raison pour laquelle Lionheart est resté gravé au fer rouge dans la mémoire de bien des amigaïstes d’alors – ou des gens qui les regardaient jouer – le plus simple est sans doute de commencer par regarder les captures d’écran qui accompagnent ce test.

Vous voilà en mauvaise posture, surtout avec votre dragon qui ne fait plus rien

Si vous les trouvez magnifiques, c’est normal: non seulement Lionheart figure à n’en pas douter dans les plus beaux titres jamais publiés sur Amiga, mais l’affirmation peut également s’étendre à toutes les machines de l’ère 8-16 bits. Les couleurs sont sublimes (difficile de croire que ce n’est même pas de l’AGA!), les ambiances enchanteresses, les décors à pleurer – on pense immédiatement au superbe Flink, et pour cause: les graphismes sont déjà signés par le très talentueux Henk Nieborg, dont il très difficile de ne pas reconnaître immédiatement la patte qui lui vaudra une notoriété méritée au moins jusqu’à Lomax sur Playstation. Alors certes, les niveaux peuvent être redondants, l’atmosphère aura des petits airs de redite pour ceux qui auront eu la chance de parcourir les deux logiciels évoqués un peu plus haut, l’animation est très soignée sans être irréprochable, et la musique est sympathique là où on aurait aimé qu’elle soit inoubliable.

Pour en arriver à cet écran, il faudra être bon!

Mais bon sang, si tous les programmeurs ayant publié un jour sur Amiga avait été capables d’en tirer la même chose, la machine de Commodore aurait certainement survécu bien des années supplémentaires avant de céder face à la suprématie montante du PC et des nouvelles consoles 32 bits. Même aujourd’hui, même pour un joueur ayant grandi dans la 3D temps réel 4k hyper-réaliste, difficile de ne pas tomber immédiatement sous le charme de ces décors à tomber par terre. Ce n’est pas pour rien qu’il y a autant de nostalgiques de cette période magique.

Les cavernes ont une patte qui fait immédiatement penser à d’autres jeux de Thalion, Amberstar en tête

On pourrait d’ailleurs en arriver à se demander comment Lionheart, malgré un indéniable succès d’estime, n’est pas parvenu à graver son nom dans le marbre quelque part entre Sonic, Mario et Earthworm Jim. Le fait d’être sorti exclusivement sur un Amiga en perte de vitesse est déjà un élément de réponse, mais un autre, hélas, a certainement pesé au moins autant dans la balance: la jouabilité. On le sent dès les premiers instants, le jeu imaginé par Thalion Software a cette raideur, cette exigence, ce côté maladroit qui appartient spécifiquement au genre du jeu de plateforme sur ordinateur.

Ce médaillon sera la clé pour pouvoir accéder à la « bonne » fin

Même avec les meilleures volontés du monde, les Fred, les Ivanhoé ou les Zool n’ont jamais réussi à approcher de la maniabilité naturelle, presque évidente, des titres sur consoles. C’est une chose qui se ressent hélas à chaque saut dans Lionheart – c’est à dire en moyenne trois fois par seconde, le jeu reposant très largement sur l’adresse pure – et surtout au moment d’utiliser votre épée. Dans n’importe quel titre sur console, appuyer sur le bouton correspondant vous aurait fait frapper avec votre arme: une solution limpide, évidente et pour tout dire ergonomique. Mais ici, non: appuyer sur le bouton ne vous fera, la plupart du temps, qu’armer votre frappe: il faudra donner une direction et relâcher le bouton pour que le coup se décide enfin à partir.

L’assaut d’un bateau volant… par le sol?

Autant dire que cette idée, intéressante sur le papier, et qui visait probablement à apporter un petit côté technique au jeu, est une catastrophe. Entre le temps qu’on prend à intégrer cette façon de jouer et celui que prend votre héros à lâcher enfin sa maudite attaque, 95% des adversaires du jeu auront eu, eux, tout loisir de vous aligner une bonne grosse mandale sans se poser autant de questions que vous. Pour ne rien arranger, le titre ne voit aucun problème à vous faire affronter des ennemis volants sur des plateformes minuscules au-dessus d’un vide mortel avec ce mode d’attaque anti-naturel au possible. Dire qu’il aurait suffi que Valdyn porte un bête coup d’épée à chaque pression du bouton! On n’aurait alors eu à souffrir que de son allonge minable, ce qui aurait déjà été bien assez pénible comme ça.

Même le passage en dragon finit par se révéler plus fastidieux qu’autre chose

Pour ne rien arranger, la durée hallucinante du jeu (déjà évoquée plus haut) risque elle aussi de mettre votre patiente à rude épreuve, car les niveaux ont tendance à s’étirer en usant et abusant des mêmes mécanismes à un point tel qu’on cesse rapidement de s’émerveiller sur les graphismes pour souhaiter passer un peu plus vite à quelque chose de plus intéressant.

On aurait aimé plus de boss

En dépit de passages pensés pour casser la routine – à dos de créature bipède ou de dragon – la difficulté très frustrante du jeu finit par rendre l’avancée hautement rébarbative, réservant le plaisir de finir l’aventure aux fans les plus acharnés – et les plus patients – du Die and Retry. Alors certes, on est souvent tenté d’y revenir le temps de quelques essais, ne fut-ce que pour renouer avec l’atmosphère extraordinaire du titre. On ne peut s’empêcher de penser qu’avec un peu plus de travail sur sa jouabilité, Lionheart aurait certainement trouvé les forces pour pousser les portes de la légende au lieu de s’effondrer bêtement sur le seuil.

Vidéo – Le premier niveau du jeu :

NOTE FINALE : 14,5/20

Lionheart restera toujours un jeu un peu à part dans la ludothèque de l’Amiga. Par sa réalisation absolument extraordinaire, bien sûr, pratiquement indépassable, avec ces teintes si caractéristiques qui semblent n’appartenir, à jamais, qu’à la légende de la machine de Commodore. Par ses faiblesses aussi, hélas, à commencer par cette jouabilité objectivement ratée, ces parties interminables où la frustration et la lassitude finissent fatalement par l’emporter sur l’émerveillement. On aurait sans aucun doute pu tenir là l’un des plus grands jeux de plateforme de toute l’ère 16 bits s’il n’avait pas souffert d’une forme de maladresse, voire de naïveté, dans son approche. Reste un titre à l’ambiance onirique qui aura fait briller bien des yeux et rêver bien des joueurs – ce n’est déjà pas si mal.

CE QUI A MAL VIEILLI :

– Aucun système de mot de passe ou de sauvegarde dans un jeu à rallonge

– Maniabilité mal pensée et souvent frustrante

– Difficulté élevée

– Gameplay pas assez varié

– Niveaux qui s’étirent parfois jusqu’à l’ennui

 

 

Last Resort

Cette image provient du site https://flyers.arcade-museum.com/

Développeur : SNK Corporation
Éditeur : SNK Corporation
Titre original : ラストリゾート
Testé sur : Arcade, Neo Geo, Neo Geo CD

***** Version Arcade *****

Année de sortie : 1992
Nombre de joueurs : 1 à 2
Disponible en Français : non

Vidéo – L’écran-titre du jeu :

Devinez quoi? Pendant que la Terre était en train de vivre son avenir avec angoisse, probablement trop occupée à considérer la question de savoir s’il valait mieux aborder ou non une transition écologique entre deux usines, une de ses propres colonies spatiales se trouve être la proie d’un virus informatique qui la pousse à se retourner contre la planète bleue.

Il y a un côté Akira, non?

Ironique, hein? Comme on n’avait visiblement pas de hacker sous la main et que l’armée devait être trop occupée à faire autre chose, on envoie donc une nouvelle fois un pilote solitaire aux commandes d’un prototype en carton-pâte (ceux qui se font systématiquement atomiser en un seul coup) pour tout détruire, parce qu’il faut bien reconnaître que c’est le domaine dans lequel l’espèce humaine a le plus d’expérience. Ce pilote deviendra donc le dernier recours, soit en anglais: Last Resort. Ta-dam.

Last Resort, ou le R-Type de la Neo Geo

Ce scénario totalement insignifiant – à tel point qu’il n’est même pas évoqué dans le jeu, tout ce que je viens de vous raconter vient du flyer publicitaire en ouverture du test – va donc servir d’éternel prétexte à aller tirer sur des trucs, qui reste l’une des véritables raisons pour lesquelles les gens allaient dépenser de l’argent dans les salles d’arcade au début des années 90.

Ne soyez jamais immobile

Le secret est donc éventé: Last Resort est un Shoot-them-up, et ce n’est visiblement pas dans sa dimension narrative qu’il compte révolutionner le genre. D’ailleurs, « révolution » est un terme qui sera sans doute très peu réutilisé dans cet article. Le titre imaginé par SNK est un effet un jeu de tir à défilement horizontal qui s’inscrit dans une tradition parfaitement établie, au point de permettre à n’importe quel joueur ayant déjà eu l’occasion de s’essayer à un Shoot-them-up de se trouver immédiatement en terrain connu – ce qui aura au moins le mérite de simplifier au maximum la prise en main.

Le décor va très vite représenter un ennemi à part entière

En fait, quelques secondes de jeu devraient même suffire à inscrire avec certitude Last Resort dans une sous-catégorie du genre: le jeu « à la R-Type« . Le logiciel développé par Irem avait en effet marqué le genre au fer rouge, au point d’introduire des mécanismes tellement efficaces qu’ils auront été largement repris à l’identique depuis dans quantité de Shoot-them-up. Vous vous souvenez de ce fameux module situé à l’avant du vaisseau et qui faisait office à la fois de bouclier et de projectile? C’est également la solution adoptée par Last Resort, avec le tir chargé livré avec.

Le jeu adore vous attaquer de tous les côtés à la fois

Si le titre de SNK ne pousse pas le vice jusqu’à reprendre les mêmes armes, on trouve toujours néanmoins la possibilité d’avoir un tir frontal puissant, un tir plus couvrant ou encore des projectiles destinés à nettoyer au sol et au plafond. Bref, on est à 100% en terrain connu. Là où le programme se décide enfin à apporter sa touche, cependant, c’est dans le fait que ce module est désormais beaucoup plus mobile que dans R-Type. Traduit en clair, il aura tendance à se diriger dans la direction opposée de celle suivie par votre astronef, ce qui vous permettra de tirer beaucoup plus naturellement dans les huit directions, à condition de prendre le pli. En revanche, petit élément stratégique supplémentaire, l’emploi d’un deuxième bouton sur la borne vous permettra, le cas échéant, de verrouiller ou déverrouiller la position de votre module afin de continuer à arroser dans une direction précise sans tenir compte de vos mouvements.

Oooh, ça alors, un vaisseau géant!

Ce petit ajout, pour anecdotique qu’il semble, va malgré tout avoir un impact énorme sur votre façon de jouer: dans Last Resort, conserver le module bien sagement en pointe de votre vaisseau constituera systématiquement un aller simple vers le Game Over.

Ça canarde vraiment de tous les côtés

Cela se vérifiera d’autant plus que l’essentiel du jeu a été pensé pour vous garder en mouvement: structures gigantesques, ennemis qui se téléportent autour de vous, tourelles aux murs, décors mouvants; les tirs adverses ne représenteront qu’une petite partie des problèmes avec lesquels vous allez devoir composer, et comme dans R-Type les réflexes ne suffiront pas. Il faudra mourir (beaucoup) et faire usage de votre mémoire, car le titre est très loin d’être facile, comme son illustre modèle, et reprend d’ailleurs le système ô combien frustrant des points de passage en cas de perte de vie. Vous pouvez tout à fait dépenser des fortunes en continue et ne jamais parvenir à finir le jeu: pour en voir le bout, il faudra être bon… ou accompagné.

Voilà ce qu’on appelle un gros sprite

Car – et l’on aborde là le vrai gain de Last Resort par rapport à son maître – le titre a la très bonne idée de répondre à un des plus gros manquements de la saga d’Irem: un mode deux joueurs en simultané.

La réalisation est superbe, mais un peu terne

Autant dire que la frustration originelle se transforme alors en une expérience beaucoup plus ludique, car non seulement il sera bien plus simple de faire le ménage, mais le système de points de passage sautera lui aussi dans la manœuvre pour vous autoriser à reprendre exactement là où vous venez de trouver la mort! Le jeu devient alors très différent, reposant moins sur la performance à l’état pur pour devenir un moment un peu plus convivial. Pratiquement deux jeux en un: une nuance qui change beaucoup, beaucoup de choses – mais qui viendrait presque à faire regretter, du coup, que le titre ne soit pas un peu plus long (vingt minutes au bas mot).

Le boss final ne fait aucun cadeau

Car évidemment, il serait dommage de clôturer ce test sans aborder la réalisation. En salle d’arcade ou à la maison, Last Resort tourne sur Neo Geo, et le moins qu’on puisse dire c’est qu’en 1992, on sentait déjà très bien la différence avec ce que pouvaient afficher les consoles de la concurrence.

Très bon exemple du type de passage où la maîtrise du module est obligatoire

Les sprites sont gigantesques, il y en a partout à l’écran, dans tous les sens, avec des animations à foison (vous verrez très souvent un personnage se faire éjecter des vaisseaux que vous détruisez, ça met un peu d’ambiance) – à tel point que le jeu connait également sa dose de ralentissements. On en serait presque heureux, car certains passages regorgent tellement de tirs qu’on se croirait dans un Manic Shooter. Notons également que l’ambiance, si elle est très soignée et assez originale (le premier niveau évoque un peu le Néo-Tokyo d’Akira) reste malgré tout un peu trop cantonnée aux thèmes mécaniques et aux couleurs sombres. Signalons également une petite « originalité » empruntée à Ghost ‘N Goblins: pour voir la « vraie » fin du jeu, il faudra le terminer deux fois d’affilée…

Vidéo – Le premier niveau du jeu :

NOTE FINALE : 16/20

Last Resort est la preuve qu’un énième clone de R-Type peut largement rivaliser avec son maître sans y apporter aucune révolution, simplement en soignant sa réalisation et en ajoutant un mode deux joueurs qui fait une énorme différence. Si on regrettera une absence totale de prise de risque ainsi qu’un univers graphique qui finit par devenir redondant dans ses thèmes et sa palette de couleurs, on profitera malgré tout d’une expérience exigeante qu’on aura grand plaisir à rendre un peu plus abordable en la parcourant avec un ami. Davantage de surprises dans le contenu ou le système de jeu n’auraient sans doute pas fait de mal, mais parfois, on peut également apprécier de savoir très exactement à quoi on s’apprête à jouer depuis le début. Une bonne pioche pour tous les amateurs de Shoot-them-up.

CE QUI A MAL VIEILLI :

– Finalement assez peu d’idées

– Beaucoup plus exigeant en solo qu’à deux

– Quelques ralentissements

***** Version Neo Geo *****

Année de sortie : 1992
Nombre de joueurs : 1 à 2
Disponible en Français : non

La version arcade de Last Resort tournant déjà sur Neo Geo, on ne sera pas surpris de redécouvrir le jeu à l’identique sur la machine de salon. La seule nuance se situera dans l’apparition d’un menu des options, qui permettra de choisir entre quatre niveaux de difficulté (facile, normal, difficile ou arcade) et de sélectionner le nombre de continues, de 0 à 3. Pour le reste, le titre correspond à 100% au test qui précède, inutile donc de remettre une note.

***** Version Neo Geo CD *****

Année de sortie : 1994
Nombre de joueurs : 1 à 2
Disponible en Français : non

Last Resort aura également bénéficié du support CD, dans une version qui reste une nouvelle fois identique à celle parue sur arcade en termes de graphismes et de contenu. Seules nuances: la première, évidente, est celle de la musique qui tire désormais avantage du support, avec un gain de qualité évident – même si on peut considérer qu’elle perd également un peu en punch. La deuxième tient au menu des options, où les crédits sont désormais illimités quoi qu’il arrive – à vous, donc, de parvenir à vous réfréner pour ne pas vaincre le jeu dès votre première partie si vous jouez à deux.

 

Inca

Cette image provient du site https://www.mobygames.com

Développeur : Coktel Vision
Éditeur : Sierra On-Line, Inc.
Testé sur : PC, PC-CD

La série Inca :

1 – Inca (1992)
2 – Inca II: Wiracocha (1993)

***** Version PC (disquettes) *****

Année de sortie : 1992
Nombre de joueurs : 1
Disponible en Français : oui

Vidéo – L’introduction du jeu :

« Le XVIè siècle.
Des quatre coins de l’Europe, de gigantesques voiliers partent à la conquête du Nouveau Monde. À bord de ces navires, des hommes avides de rêves, d’aventure et d’espace, à la recherche de fortune. Qui n’a jamais rêvé de ces mondes souterrains, de ces mers lointaines peuplées de légendes, ou d’une richesse soudaine qui se conquerrait au détour d’un chemin de la cordillère des Andes ? Qui n’a jamais souhaité voir le soleil souverain guider ses pas au cœur du pays Inca… »

Les digitalisations sont très propres. Dommage qu’on ne retrouve pas ce soin dans le gameplay

Désolé pour la référence culturelle obligée qui ne parlera qu’aux trentenaires, je n’ai pas pu résister. L’empire Inca reste encore aujourd’hui un grand mystère, une source d’émerveillement et de théories plus ou moins fumeuses destinées à expliquer l’inexplicable, tels ces improbables blocs de plus de 300 tonnes utilisés pour la constructions des temples, ou l’intérêt des pistes tracées dans la poussière du sol de Nazca. Plus étonnante, plus surnaturelle encore, reste la question de savoir comment cet empire qui s’étendait du Chili à l’Équateur a pu s’effondrer en quelques années à peine face à une poignée de conquistadors mal équipés. Autant de questions si passionnantes et aux possibilités si riches qu’on peut se montrer surpris que le jeu vidéo n’ait pas plus souvent cherché à s’en emparer.

Les combats sont rarement passionnants

L’histoire d’Inca, justement, prend sa source en 1525, soit sept ans avant que Francisco Pizarro ne débarque pour participer à mettre à sac l’Amérique du Sud. Huayna Capac, le dernier grand inca, sait déjà que les conquistadors vont arriver. Ceux-ci se lanceront à la recherche de l’Eldorado, mais ils ne le trouveront jamais, et pour cause: aveuglés par leur soif d’or, ils ne comprendront jamais que la véritable richesse des Incas est leur savoir. Ce savoir, Huayna Capac l’a dissimulé dans l’espace temps, et la prophétie veut que, cinq siècles plus tard, un homme fasse son apparition. Ce sera lui, l’Eldorado, et son rôle sera de devenir la nouvelle incarnation du pouvoir et du savoir incas. Et cet homme, cet élu, naturellement, ce sera vous…

Aller chercher les légendes incas pour revivre l’attaque de l’Étoile Noire, ah, les années 90…

Voilà qui a au moins le mérite d’être dépaysant. Inca est un titre qui, au moment de sa parution, fin 1992, passait pour extraordinairement ambitieux. Le studio français Coktel Vision, jusqu’alors plus connu pour des titres ludo-éducatifs ou des jeux comme Gobliiins, avait alors mis les petits plats dans les grands: digitalisations en 256 couleurs, décors modélisés en 3D, incrustations vidéos, scènes cinématiques qui décrochaient les mâchoires… Il est parfaitement évident, dès les premières minutes de jeu, que le titre avait d’emblée été pensé pour le support CD-ROM – pas encore suffisamment démocratisé, en 1992, pour prendre le risque de faire l’impasse sur la version disquette. Toujours est-il que c’est très joli, que l’ambiance est immédiatement posée, et que l’on a immédiatement envie de se mettre en route pour mettre la main sur les trois pouvoirs qui nous permettront de faire renaître l’empire inca.

Aguirre joue les Palpatine, plagiant encore un peu plus Star Wars

Le jeu vous donne rapidement la main pour vous laisser débuter votre mission. Et là, première surprise: on ne se retrouve ni face à un Point & Click, ni face à un jeu à la Myst. Inca est en fait composé de plusieurs phases distinctes et faisant la part belle à l’action, jugez plutôt. Toutes vos missions commenceront à bord du Tumi, un vaisseau spatial (!) qui vous permettra de rejoindre les planètes où Huayna Capac a dissimulé les gemmes qui détiennent les clés du savoir inca. Vous vous retrouvez alors dans une vue du cockpit qui n’est pas sans rappeler Wing Commander, avec la planète à rejoindre en face de vous.

Le méchant du jeu a l’épaisseur d’un timbre-poste

Vous vous dirigez à la souris: le bouton droit permet d’accélérer, le bouton gauche de tirer, les touches F1 à F3 sélectionneront vos armes. Deux types de menaces pourront s’interposer entre vous et votre objectif: des champs d’astéroïdes ou des chasseurs adverses. Dans le premier cas, il suffira d’aller tout droit en détruisant les rochers sur votre route, dans le deuxième, il faudra pratiquer du dogfight vraiment pas passionnant avec notamment la possibilité d’utiliser des missiles infaillibles dès l’instant où l’adversaire est verrouillé. Très honnêtement, on s’ennuie pas mal, et on est assez pressé de rejoindre la planète dans les deux cas, tant les possibilités ludiques sont faibles. Pour ne rien arranger, la jouabilité est médiocre, avec un curseur de souris qui a tendance à se déplacer n’importe où de manière erratique alors qu’on ne lui a rien demandé: ça commence plutôt mal.

Les phases labyrinthe/tir sont absolument atroces

Une fois arrivé sur la planète, deux autres types de scènes d’action s’offrent à vous: le premier vous propose de détruire des vaisseaux en les coursant dans une tranchée au cours d’un passage qui hurle son envie de rejouer l’attaque de l’Étoile Noire dans Star Wars. Le deuxième, lui, vous demande de vous déplacer dans des décors précalculés en tirant sur des ennemis en incrustation vidéo. Dans les deux cas, on est dans du pur Rail Shooter consistant à déplacer un viseur sur des cibles, et c’est loin d’être palpitant. Dans le deuxième, c’est même ultra-fastidieux, puisque vous aurez plusieurs fois l’occasion de parcourir d’interminables labyrinthes constitués de salles toutes identiques, en enchainant des combats sans intérêt pendant parfois plus de dix bonnes minutes. C’est, ludiquement parlant, assez proche du zéro absolu. Heureusement, il reste la partie aventure, et la résolution d’énigmes…

Mieux vaut être patient pour venir à bout des énigmes

Malheureusement, une nouvelle fois, Coktel Vision n’aura pas décidé de briller par le génie de son gameplay. En fait, les énigmes rappellent énormément celles d’un de leurs autres jeux, Gobliiins, le côté décalé en moins. En effet, la logique y est pratiquement absente: confronté à des situations dont vous ne savez rien, dans des lieux que vous ne connaissez pas, avec des objets dont vous ne connaissez pas la fonction, la seule méthode de résolution repose 95% du temps sur l’essai/erreur. Traduit en clair: on clique partout au hasard, avec tous les objets, en priant pour que cela produise quelque chose.

Au fin-fond de l’espace, personne n’entendra votre ennui

Et le pire, c’est que les rares fois où il s’avère qu’il y avait effectivement une logique, on la comprend le plus souvent après coup, après avoir résolu le problème au hasard… C’est très, très mal pensé, et cela est d’autant plus frustrant que l’univers du titre donne réellement envie d’aller plus loin pour s’imprégner de son atmosphère inimitable. Hélas, les rares tentatives visant à faire un peu décoller le scénario et à créer une tension tombent à plat, faute de la cohérence la plus élémentaire. Ainsi, au premier tiers du jeu, Aguirre, votre ennemi juré, vous fait prisonnier. Il est plus puissant que vous, vous êtes son pire ennemi, son objectif, il n’aurait qu’un geste à faire pour vous tuer. Au lieu de quoi, il essaie de vous enrôler alors que rien ne laisse deviner qu’il ait besoin de vous d’une quelconque manière, et va jusqu’à vous laisser le temps de méditer sur la question en vous enfermant en fond de cale, vous laissant ainsi l’opportunité de vous enfuir. Pas très malin, le grand méchant…

Les cinématiques qui en envoyaient plein les yeux font aujourd’hui très cheap

L’ennui, c’est que tout le jeu est de cet acabit, et que chaque moment où on devrait être vissé à notre siège finit fatalement par trahir une incohérence, une absurdité ou un vide d’information qui fait qu’on ne connait jamais vraiment le sens de ce qu’on est en train de faire. Et puis d’ailleurs, quelle importance? Dans tous les cas, cela aboutira aux mêmes types de séquences d’action, et le fait qu’elles deviennent plus longues et plus difficiles au fil du jeu ne les rend hélas jamais intéressantes.

Si vous ne savez pas quoi faire, cliquez partout au hasard

Pire encore: il est impossible de sauvegarder, et il faudra composer avec un indigeste système de mot de passe. En 1992! Autant dire qu’une fois la nostalgie mise de côté, on se retrouve avec un logiciel qui peut attiser une certaine curiosité, mais dont chaque partie est un peu plus désagréable que la précédente. Si la réalisation, graphique comme sonore, a encore un cachet certain, ce qui faisait illusion il y a vingt-cinq ans (et encore, on en sentait déjà très bien les limites à l’époque) ne suffit malheureusement plus à dissimuler les très nombreuses tares du gameplay, qui va du néant total à l’insupportable. Difficile de ne pas penser à un titre comme Dragon Lore, qui allait tomber deux ans plus tard exactement dans les mêmes pièges. C’est réellement dommage, car on sent bien qu’il y avait matière à faire un univers profond et original doté de suffisamment de matière pour lancer une prolifique saga. Au lieu de quoi, reste cette désagréable question qui agite parfois les gamers âgés face à un programme qui aura représenté une partie de leur enfance: « Mais comment on faisait pour jouer à ces trucs-là? »

Vidéo – Les dix premières minutes de jeu :

NOTE FINALE : 09/20

En dépit d’un scénario très original et d’une réalisation fantastique au moment de sa sortie, Inca restera dans les mémoires comme l’annonciateur d’une des tares récurrentes des productions françaises des années 90: privilégier la forme sur la substance. Ce qui aurait pu être un formidable jeu d’aventure n’aura finalement été qu’un film interactif mal assemblé à partir de phases d’action sans intérêt et d’énigmes ne reposant sur rien d’autre que sur l’expérimentation tous azimuts. Improbable mélange entre Star Wars et Les Mystérieuses Cités d’Or, Inca demeure une expérience aussi dépaysante que déstabilisante, mais souvent plus frustrante que ludique, avec un scénario qui ne tient jamais les promesses qu’il avait laissé entrevoir. Dommage.

CE QUI A MAL VIEILLI :

– La moitié du jeu est composée de phases d’action dont l’intérêt ludique évoque le néant

– Les énigmes évoquent plus la logique de Gobliiins que celle de Myst – et, dans ce cas précis, ce n’est pas un compliment

– Même si le jeu est d’abord sorti sur disquettes, on sent très clairement qu’il était pensé dès le départ pour le support CD

– Il y avait tellement mieux à faire, sur la base de ce scénario…

  • LES AVIS DE L’ÉPOQUE :

« C’est à une véritable superproduction que vous allez pouvoir assister, votre PC tenant lieu en l’occasion de salle de cinéma interactive. (…) Les éléments graphiques et sonores sont intégrés comme cela ne l’avait jamais été auparavant. Les objets en raytracing se reflètent sur le sol, les animations et les scrollings sont proches de la perfection, la musique et les bruitages accompagnent parfaitement l’action… C’est bô! (…) C’est plus un film interactif qu’un jeu. Cela explique la note « modérée » que je lui attribue. »

Jean-loup Jovanovic, Tilt n°110; Janvier 1993, 16/20

***** Version PC (CD) *****

Année de sortie : 1993
Nombre de joueurs : 1
Disponible en Français : oui

Vidéo – L’introduction du jeu :

Comme cela était prévisible, Inca sera également rapidement sorti dans une version CD qui semblait mieux correspondre à son ambition initiale. Au menu, et sans surprise: de la musique qualité CD, quelques cinématiques un peu plus longues, des dialogues entièrement doublés (en anglais, cette fois, ce qui brise d’ailleurs un peu l’immersion car on peut se demander pourquoi Huayna Capac ne nous parle plus en inca), et quelques petites adaptations au système original, puisque le jeu comprend désormais quatorze mots de passe au lieu de douze dans la version disquette. Notons également l’introduction chantée (visible ci-dessus) qui faisait son petit effet à l’époque, même si je ne sais pas trop pourquoi la chanson s’arrête abruptement en plein milieu (défaillance de Dosbox?). En-dehors de tous ces petits bonus cosmétiques, l’expérience de jeu n’a malheureusement pas bougé d’un iota – on retrouve même cette tendance énervante du curseur à partir n’importe où pendant les phases de vol, sérieusement, ça vous aurait tués de débugguer votre jeu les gars? Sans la musique, la version CD n’apporterait pratiquement rien, les doublages anglais (d’ailleurs pas très bien joués) étant plutôt un pas en arrière.

Qu’est-ce qu’on s’amuse!… ou pas.

NOTE FINALE : 09,5/20

On a  beau remplir un CD avec toutes les musiques du monde, cela ne suffit hélas pas à sauver une expérience ludique largement défaillante. Inca, dans sa version CD-ROM, est certes plus agréable à l’oreille – sauf pour les doublages, plutôt ratés – et un tout petit peu moins frustrant grâce aux nouveaux mots de passe, mais reste hélas un jeu dont l’intérêt n’aura pas survécu au gros coup de vieux de ses graphismes dernier cri de 1993.

Note: Le jeu est également paru sur CD-i, mais cette version étant très exactement identique à celle parue sur PC (en version CD, naturellement), en-dehors de la jouabilité à la télécommande encore moins agréable qu’à la souris, un test dédié ne se justifiait pas. Reportez-vous simplement au test de la version PC-CD.

The Incredible Machine

Cette image provient du site https://www.mobygames.com

Développeur : Dynamix, Inc.
Éditeur : Sierra On-Line, Inc.
Testé sur : PC

La série The Incredible Machine (jusqu’à 2000) :

1 – The Incredible Machine (1992)
2 – Sid & Al’s Incredible Toons (1993)
3 – The Incredible Machine 2 (1994)
4 – The Incredible Toons (1994)
5 – Nazo Makaimura: Incredible Toons (1995)
6 – Return of the Incredible Machine: Contraptions (2000)

***** Version PC *****

Année de sortie : 1992
Nombre de joueurs : 1
Disponible en Français : oui

Vidéo – L’écran-titre du jeu :

Vous vous souvenez de Vil Coyote? Allons, je crois que n’importe qui, de n’importe quelle génération, s’est un jour esclaffé devant ce classique intemporel. Voilà bien un exemple de running gag inépuisable et intemporel: la question n’était jamais de savoir si le coyote allait ou non parvenir à attraper Bip-bip, l’oiseau ultra-rapide qui était voué à lui échapper. Non, tout le génie de cette série des Looney Tunes résidait dans la créativité et dans le renouvellement constant des accrocs menant à son inéluctable échec: on a tous le souvenir de ces réactions en chaîne extraordinairement complexes destinées à venir à bout du volatile, pour finalement parvenir, par quelque accident improbable, à se retourner contre leur créateur. C’était si délicieusement imaginatif qu’on ne s’en lassait jamais.

The Incredible Machine, le jeu qui va changer votre façon de penser

Pourquoi suis-je en train de vous parler de Vil Coyote? Serions-nous ici en présence d’un jeu nous proposant de l’incarner? Non, le lien est à chercher ailleurs: imaginons que les improbables assemblages employés par l’anti-héros de la Warner, mettant en jeu planches à bascule, boules de bowling, cordes, filets, explosifs et autre dispositifs loufoques directement livrés par ACME, ce soit désormais à vous de les produire? L’idée est alléchante, et elle aura fatalement fini par inspirer l’équipe de Dynamix avec ce très original The Incredible Machine.

« J’aime quand un plan se déroule sans accroc »

Au programme? Quatre-vingt sept niveaux mettant en jeu des objectifs tantôt basiques (faire tomber une balle dans un panier), tantôt loufoques (interrompre les échanges de coups de feu entre un chat et un poisson rouge), le tout en mettant en place une des fameuses réactions en chaîne évoquées plus haut. La prise en main est limpide: un écran vous présente le titre de la mission, ses objectifs, et les conditions dans lesquelles elle aura lieu (deux jauges placées en bas à gauche vous indiqueront que la gravité comme la pression atmosphérique peuvent varier!). C’est également sur cet écran que vous pourrez entrer un des mots de passe délivrés par le jeu après chaque niveau réussi – ou simplement sélectionner un niveau déjà terminé dans une liste. Une fois le niveau commencé, vous héritez d’une situation définie, avec des rampes, des objets et des mécanismes déjà en place; vous ne pourrez en déplacer aucun. En revanche, une barre située à la droite de l’interface listera vos véritables moyens d’action: les objets à votre disposition pour parvenir à atteindre l’objectif présenté sur l’écran précédent.

Les objectifs savent parfois se montrer… originaux

C’est bien évidemment tout le cœur du jeu, qui vous présentera d’ailleurs fort didactiquement tous les principaux mécanismes en œuvre dans le titre au cours des vingt premiers niveaux. Car bien évidemment, toutes les résolutions d’énigmes passeront par la parfaite compréhension de la logique derrière chacun de ces objets.

Désolé mon vieux, mais mon objectif est de te déloger de là

Si les engrenages, rampes et autres cordes ne mettront généralement en jeu que la physique élémentaire, il faudra rapidement apprendre à composer avec des souris activant des roues, avec des singes à vélo, avec des fusées, de la dynamite, des loupes, des ventilateurs, des interrupteurs ou des prises électriques. C’est d’ailleurs à la fois la vraie difficulté du titre et son réel génie: vous allez réellement devoir apprendre à provoquer des réactions en chaîne largement aussi grandioses et tarabiscotées que celles imaginées par Vil Coyote – à la différence près que les vôtres devront atteindre leur but.

Les choses ne sont pas toujours aussi compliquées qu’elles en ont l’air…

Imaginez par exemple une balle roulant le long d’une pente, bousculant une cage contenant une souris, laquelle se met alors à courir dans une roue, activant une courroie reliée à un tapis-roulant sur lequel est placé une boule de bowling qui, propulsée de la sorte, va servir de contrepoids sur une bascule pour propulser une autre balle jusque sur l’interrupteur d’une lampe-torche dont le faisceau, passant par une loupe, permettra d’allumer la même d’une fusée qui s’en ira renverser un bocal… C’est très exactement en suivant ce type de logique que vous pourrez parvenir à vaincre les différents niveaux du jeu, et autant vous prévenir, certains d’entre eux risquent de vous demander de vous creuser les méninges pendant un sacré bout de temps!

…Mais parfois, c’est exactement le contraire

On profite donc d’une interface simplissime intégralement à la souris – et en 640×480, s’il vous plaît! – pour placer nos éléments, les retourner, parfois même les étirer ou les réduire, avant de lancer la résolution du niveau avec le bouton situé en haut à droite afin de voir si nos calculs sont oui ou non couronnés de succès. La logique pure – plus quelques expérimentations en terme de placement – sera votre seul adversaire ici: si vous échouez le niveau, tout reste en place et vous pouvez tout simplement recommencer à expérimenter à l’infini sans sanctions ni vies ou temps limité jusqu’à ce que vous parveniez à trouver une solution adéquate. Je dis « une » car la complexité des mécanismes mis en œuvre autorise parfois plusieurs résolutions – et le système est suffisamment bien conçu pour que vous puissiez tout à fait imaginer une réponse à laquelle les programmeurs n’avaient tout simplement pas pensé. Remarquez qu’il est également possible de créer ses propres énigmes et de les sauvegarder.

Les choses commencent sérieusement à se compliquer sur la fin

Niveau réalisation, comme on l’a vu, le logiciel propose des graphismes en haute résolution et en 16 couleurs, qui ont le mérite d’être à la fois extrêmement précis et d’une lisibilité totale. Ils manquent néanmoins peut-être un peu de personnalité – un aspect qui sera corrigé dans la suite de 1993. La musique MIDI, quant à elle, est de qualité même si elle ressemble souvent à peu à une compilation de musiques d’ascenseur.

Parfois, le timing est aussi important que le reste

La durée de vie, pour sa part, dépendra principalement de votre capacité à vous adapter complètement à la logique du titre, mais vous devriez en avoir pour une bonne quinzaine d’heures au minimum. Si jamais vous avez toujours rêvé de créer une de ces improbables machineries des dessins-animés de votre enfance, laissez-vous tenter: je peux vous promettre que la série des Incredible Machine n’a jamais connu de réel équivalent depuis sa sortie.

Quelques mots, comme c’est la coutume, sur la version française: celle-ci, qui se limite aux titres des niveaux et à la traduction des objectifs, est irréprochable.

Vidéo – Les dix premiers niveaux du jeu :

NOTE FINALE : 16/20

En vous proposant de recréer pièce par pièce les improbables réactions en chaîne des plans géniaux imaginés par Vil Coyote, The Incredible Machine inaugure un des concepts les plus imaginatifs, les plus jouissifs et les plus originaux jamais pensés pour un jeu de réflexion. Un objectif, quelques objets improbables et votre imagination seront vos seules armes pour venir à bout de situations de plus en plus retorses et tirant parti d’un moteur physique irréprochable. Dommage que ce remarquable concept s’offre avec un emballage aussi minimal, avec une réalisation fonctionnelle mais sans réelle identité, et sans proposer aucune forme de récompense autre que votre propre satisfaction d’être venu à bout d’une des énigmes du jeu.

CE QUI A MAL VIEILLI :

– Aucune scénarisation, mise en situation ou mise en scène: juste des niveaux qui s’enchainent et basta

– Réalisation assez spartiate: toujours la même fenêtre, toujours le même décor, toujours les mêmes musiques d’ascenseur

– Certaines résolutions demandent des placements au millimètre près

***** The Even More! Incredible Machine (PC) *****

Année de sortie : 1993
Nombre de joueurs : 1
Disponible en Français : oui

Guider ces personnages renouvèle un peu le concept, mais rappelle furieusement quelque chose…

Un an après The Incredible Machine, Dynamix, apparemment porté par le succès critique et commercial du jeu, décida d’en sortie une version regonflée. Je parle de « version regonflée » tout simplement parce qu’il ne s’agit ni d’une extension, ni totalement d’un nouveau jeu: The Even More! Incredible Machine reprend en fait tout le contenu de jeu de base… en y ajoutant tout de même la bagatelle de 73 niveaux, soit un contenu quasiment doublé, pour arriver au généreux total de 160. Tant qu’à faire, le jeu contient également de nouveaux thèmes musicaux (en qualité numérique pour la version CD), et de nouveaux mécanismes. L’un d’eux, en particulier, un petit personnage que l’on vous demande généralement de mener jusqu’à sa maison – ou, au contraire, jusqu’à sa perte – fera immanquablement penser au concept de Lemmings. Hé, tant qu’à faire… Autant dire que tout ceux qui auront accroché au concept du jeu de base seront sans doute heureux de rempiler et de composer avec de nouvelles ficelles, en regrettant probablement qu’on n’en ait pas profité pour dépoussiérer un peu la présentation. Dans tous les cas, la version originale est aujourd’hui généralement introuvable sur les sites de vente en ligne: celle-ci a été remplacée par cette version Even More! avec son généreux contenu, vous ne devriez donc pas avoir de douloureux cas de conscience quant à savoir lequel des deux jeux acheter.

NOTE FINALE : 16/20

La même chose, mais avec un peu plus d’idées et beaucoup plus de contenu, voilà ce que propose The Even More! Incredible Machine. Autant dire que les amateurs sauront très exactement ce qu’ils viennent chercher, et que les réfractaires n’auront pas plus de raison de mordre au concept qu’auparavant.

Astérix (Konami)

Cette image provient du site https://flyers.arcade-museum.com

Développeur : Konami Industry Co. Ltd.
Éditeur : Konami Industry Co. Ltd.
Titre original : アステリクス
Testé sur : Arcade

La franchise Astérix (jusqu’à 2000) :

1 – Astérix (Atari) (1983)
2 – Obélix (Atari) (1983)
3 – Astérix and the Magic Cauldron (1986)
4 – Astérix et la Potion Magique (1986)
5 – Asterix and the Magic Carpet (1987)
6 – Astérix: Le Coup du Menhir (1989)
7 – Astérix (SEGA) (1991)
8 – Astérix (Konami) (1992)
9 – Astérix: Le Défi de César (1993)
10 – Astérix and the Great Rescue (1993)
11 – Astérix (Infogrames) (1993)
12 – Astérix and the Secret Mission (1993)
13 – Astérix et le Pouvoir des Dieux (1995)
14 – Astérix & Obélix (1995)
15 – Astérix & Obélix contre César (1999)
16 – Astérix: La bataille des Gaules (1999)
17 – Astérix: Sur la Trace d’Idéfix (2000)

***** Version Arcade *****

Année de sortie : 1992
Nombre de joueurs : 1 à 2
Disponible en Français : oui
Version testée : ver EAD

Vidéo – L’écran-titre du jeu :

Parmi les motifs de chauvinisme de la nation française, en dehors du vin, du camembert et d’une poignée de performances sportives, on trouve généralement quelques très bons chanteurs présentant la caractéristique d’être tous morts depuis longtemps, ainsi que quelques titres majeurs de la bande dessinée – partageant avec les chanteurs la caractéristique ironique d’être largement issus de la Belgique. La formidable santé de la BD franco-belge aura ainsi bercé la jeunesse de bien des générations, de Tintin à Spirou en passant par Blueberry et des dizaines d’autres qu’il serait fastidieux d’énumérer ici. Un succès ayant engendré sa propre émulation culturelle, des magazines comme Métal Hurlant, notamment, ayant eu un retentissement bien au-delà des frontières françaises. Mais dans la liste des succès mondiaux, on trouve également le personnage le plus intrinsèquement franchouillard de tous: le gaulois moustachu et son village résistant encore et toujours à l’envahisseur, Astérix.

Des romains, des baffes, et l’Armorique pour décor: tout est là

Le succès du buveur de potion magique a d’ailleurs été si retentissant que, contrairement aux autres gloires francophones évoquées plus haut et dont les rares adaptations auront généralement été effectuées par des sociétés françaises (principalement Infogrames), Astérix, lui, aura connu les honneurs de développeurs comme Atari, SEGA, Coktel Vision, et même des japonais de Konami – comme c’est le cas de la version qui nous intéresse ici. Grand fournisseur de Beat-them-all des salles d’arcade devant l’éternel, Konami aura fatalement été séduit par un des aspects de notre courageux gaulois, mais lequel? Eh bien, mais coller une raclée aux romains, bien sûr!

Les objectifs de mission vous seront donnés en français

C’est si évident que le titre ne s’embarrasse d’ailleurs même pas d’un scénario: chacun des six niveaux du jeu s’inspire plus ou moins librement d’un des albums d’Astérix – quitte à procéder à de curieux mélanges, comme en faisant enlever Falbala par des bandits tout droit tirés d’Astérix en Hispanie – avant de vous envoyer dans le Colisée de Rome pour obtenir de César la promesse qu’il ne cherchera plus à envahir l’ultime irréductible village qui résiste encore et toujours à l’envahisseur. Certes, c’est un peu léger – d’autant que les niveaux s’enchainent sans logique ni chronologie – mais on appréciera que les objectifs soient donnés directement dans la langue de Goscinny et Uderzo, et accompagnés de reproductions de planches de BD qui n’apportent pas grand chose mais qui mettent tout de suite dans l’ambiance.

Contrairement à ce qu’affirmaient les premiers albums de la BD, la potion magique ne vous rendra pas invincible, alors prenez garde

L’ambiance, d’ailleurs, parlons-en, car c’est sans doute de ce côté qu’a été fait le plus gros effort du jeu. Dès le début de l’aventure, après avoir sélectionné votre personnage entre Astérix et Obélix (ou choisi de jouer à deux), vous débutez dans le fameux village, justement, devant une revue d’effectif où il ne manque pratiquement personne… en-dehors des femmes du village, toujours sous-représentées. Puis, sans tambour ni trompette (mais avec la lyre d’Assurancetourix), vous partez casser du romain qui représentera 90% du menu fretin que vous allez être amenés à concasser à coups de poing, de grandes mandales, ou de menhir dans la tronche.

L’enrobage est soigné – dommage qu’on ne puisse pas en dire autant du gameplay

La jouabilité empruntée à tous les autres Beat-them-all de chez Konami ne surprendra d’ailleurs personne: un bouton pour frapper et l’autre pour sauter, point barre. Comme toujours, il n’y a pas de chope à proprement parer, et les projections se font automatiquement selon votre placement. Il n’y a pas de coups spéciaux, seulement une glissade avec la touche du bas + coup et un coup chargé, et la seule « Smart Bomb » du jeu prendra la forme d’une bouteille de potion magique (pour Astérix) ou d’un sanglier rôti (pour Obélix) amenés de temps à autre par Idéfix, et qui vous permettront de nettoyer l’écran. En-dehors de cela? Eh bien… pas grand chose, pour être honnête, et les dizaines d’idées qui avaient fait mouche à tous les coups dans Turtles in Time l’année précédente échouent ici à se manifester.

Les situations se veulent variées, mais la sauce ne prend pas

Non que le cahier des charges n’ait pas été respecté: possibilité de s’accrocher à des lianes, courses de chars, combats sur des navires, prise d’assaut de tours de siège, passages de plateforme où on évitera des rochers ou sautera d’un wagon de mine à l’autre, pièges… On sent bien que l’équipe de développement s’est donnée du mal pour apporter un maximum de variété, ce qui ne marche hélas pas aussi bien qu’on aurait pu le souhaiter.

Vous découvrirez à quel point l’Ibère est rude

Le manque de renouvellement de l’adversité, cumulé au côté extrêmement basique des affrontements, fait qu’on trouve rapidement le temps long, même à deux joueurs. Certains boss sont d’ailleurs pratiquement inapprochables en solo, ce qui est d’autant plus frustrant qu’une fois vos vies épuisées, le titre vous renvoie alors au début du jeu quelle que soit la quantité d’argent que vous aviez introduit dans la borne! Vu la difficulté du titre, autant dire qu’il va falloir s’accrocher pour en voir le bout.

Avec des adversaires aussi coriaces, toute la Gaule aurait certainement fini par capituler

Le vrai problème est d’ailleurs précisément qu’on a le sentiment de serrer les dents pendant la quasi-totalité de la partie. Malgré l’atmosphère bon enfant qui se dégage du jeu, et qui ne trahit d’ailleurs jamais l’esprit de la BD originale (vous ne tuerez jamais personne, les adversaires prennent la fuite après que vous les ayez rossés), on reproduit finalement les mêmes actions à raison de trente fois par minute, et le cerveau du joueur passe rapidement en mode « pilote automatique » faute de se sentir franchement impliqué par ce qui se passe à l’écran.

Obélix n’est jamais le dernier, pour les grosses baffes

Certes, la réalisation est très soignée (en dépit des décors un peu vides), et on avait rarement eu l’occasion en 1992 d’avoir à ce point le sentiment de se promener dans un album du guerrier gaulois. On retrouve tout l’univers graphique d’Uderzo, avec une fidélité remarquable, les animations sont très soignées, on a même le droit à des onomatopées de circonstance… Mais la sauce prend simplement moins bien, particulièrement si on a déjà eu l’occasion de mettre les mains sur un Beat-them-all développé par Konami. Une ou deux bonnes idées par niveaux ne suffisent pas à faire sortir le joueur de l’implacable routine qui s’installe au bout de quelques minutes de jeu.

Amonbofis n’hésite pas à se faire aider par un mage tout droit tiré des Douze Travaux d’Astérix pour vous régler votre compte

Faut-il pour autant jeter Astérix avec l’eau du bain? Pas nécessairement, non. Konami ne s’est pas miraculeusement transformé en mauvais développeur d’un jeu à l’autre, et le titre reste indubitablement supérieur à énormément de Beat-them-all parus sur la même période. Simplement, on sent bien qu’il manque ce petit quelque chose, ce déclic, ce fragment de folie qui daigne enfin faire sortir le programme des clous attendus pour proposer une expérience réellement rafraîchissante. Même en partant d’un très bon plat, du réchauffé reste du réchauffé.

Vidéo – Le premier niveau du jeu :

NOTE FINALE : 14/20

Astérix sur borne d’arcade respecte point par point le cahier des charges des Beat-them-All développés par Konami: accessibilité, jouabilité simplissime, et réalisation irréprochable. S’il le fait avec sérieux, il le fait hélas sans génie, sans folie et avec assez peu d’idées. Les niveaux s’enchaînent en peinant énormément à surprendre, et l’univers de la BD, s’il est retranscrit avec une fidélité remarquable, parait tragiquement sous-exploité tandis qu’on gifle du romain jusqu’à la nausée. Reste la curiosité de se balader dans l’univers de l’irréductible gaulois accompagné du plus célèbre porteur de menhir au monde, mais il y a fort à parier que l’aventure ne vous reste pas très longtemps en mémoire.

CE QUI A MAL VIEILLI :

– Trop de simplicité tue la simplicité: le système de combat est vraiment trop limité

– À part Falbala, aucun des villageois n’est mis à contribution, ce qui fait que le titre semble n’utiliser qu’une toute petite partie de l’univers de la BD

– La difficulté très frustrante contraste désagréablement avec le côté bon enfant dont le jeu cherche à se parer

– On aurait quand même bien aimé un scénario suffisamment cohérent pour servir de fil rouge

 

Land of Illusion starring Mickey Mouse

Cette image provient du site http://www.mobygames.com

Développeur : SEGA Enterprises, Ltd.
Éditeur : SEGA Enterprises, Ltd.
Titre original : ミッキーマウスの魔法のクリスタル (Mickey Mouse no mahō no crystal)
Titre alternatif : Land of Illusion estrelando Mickey Mouse (Brésil)
Testé sur : Master System, Game Gear

La saga Illusion :
1 – Castle of Illusion starring Mickey Mouse (1990)
2 – World of Illusion starring Mickey Mouse and Donald Duck (1992)
3 – Land of Illusion starring Mickey Mouse (1992)
4 – Legend of Illusion starring Mickey Mouse (1995)

***** Version Master System *****

Année de sortie : 1992
Nombre de joueurs : 1
Disponible en Français : non

Vidéo – L’introduction du jeu :

Comme on s’en souvient, SEGA avait initié avec Castle of Illusion en 1990 une série qui avait fait beaucoup pour la renommée de la Megadrive. Jouabilité irréprochable, réalisation exemplaire: le titre publié par la firme japonaise avait alors connu un joli succès critique et commercial qui avait pratiquement fait oublier à lui seul les autres excellents jeux Disney programmés par Capcom chez la concurrence. Naturellement, cela n’avait pas manqué de donner des idées à la future firme au hérisson, et les compagnons de la fameuse souris aux oreilles rondes ne tardèrent pas à venir profiter de leurs aventures sur la 16 bits de SEGA (comme dans l’excellent QuackShot, par exemple), avant que les autres développeurs ne s’infiltrent dans la brèche pour venir offrir à leur tour des titres généralement assez réussis (on pensera au superbe Aladdin, et on essaiera d’oublier Fantasia).

La réalisation du titre en met tout de suite plein les yeux

Au moment où tous ces héros estampillés Disney commençaient à débarquer en force sur la Megadrive – avec, comme fer de lance, le très sympathique World of Illusion – SEGA dut vraisemblablement s’aviser qu’il n’était pas encore temps d’abandonner sa courageuse 8 bits, qui survivait encore tant bien que mal dans l’ombre de sa petite sœur. Et puisque adapter le titre mettant en scène Mickey et Donald sur la Master System aurait probablement été très complexe – notamment à cause de son mode deux joueurs – pourquoi ne pas en profiter pour sponsoriser un peu la vaillante machine en lui offrant sa propre exclusivité? C’est ainsi que, pendant que la Megadrive accueillait la suite de Castle of Illusion en fanfare, la Master System vit parallèlement débarquer un autre épisode de la saga: Land of Illusion.

On appréciera la variété des environnements traversés

Le scénario fera au moins l’effort, pour une fois, de ne pas vous envoyer à la recherche de Minnie. Au lieu de rentrer dans une malle magique, cette fois, Mickey s’endort tout simplement en lisant un livre, pour se réveiller dans un royaume enchanté où tout va de travers depuis qu’un mystérieux fantôme a volé le cristal qui maintenait l’harmonie de l’endroit. Notre souris va donc spontanément (mais c’est un héros, non?) se lancer à l’assaut d’une quinzaine de niveaux pour récupérer le fameux cristal, et faire régner la joie, le bonheur et tout ce pour quoi on le paie chez Disney.

Les cinématiques sont superbes

Une quinzaine de niveaux? Oui, autant le dire tout de suite: Land of Illusion affiche d’entrée une ambition palpable – il faut dire qu’il succède à un Castle of Illusion version Master System qui avait déjà placé la barre très haut. Non seulement la réalisation est admirable, sans hésitation parmi les plus beaux jeux de la 8 bits de SEGA (on en viendrait même, lors des cinématiques, à se croire sur Megadrive), mais on sent en plus que de réels efforts ont été réalisés pour faire de ce titre une aventure mémorable. La jouabilité est aussi simple et irréprochable qu’on pouvait s’y attendre: un bouton sert à sauter, l’autre à ramasser des objets et à les lancer, exactement comme dans le premier épisode. Mais rapidement, de nouvelles idées vont venir se greffer à ce socle déjà solide, histoire d’offrir au joueur quelques petites idées plus ou moins dépaysantes.

Ce passage fait penser à Mega Man 2

La plus évidente, celle que vous pourrez admirer dès le lancement de la partie, est la présence d’une carte du monde. Loin de représenter un simple état des lieux de l’avancement de votre quête, celle-ci se parcourra au gré de vos décisions, puisqu’il vous sera tout à fait possible – et même nécessaire – de revenir sur vos pas pour retourner dans un niveau déjà parcouru. Pour quelle raison? Eh bien mais pour mettre à contribution la deuxième bonne idée du programme, pardi: la présence d’un inventaire. Celui-ci, très réduit, se remplira en fait d’objets qui accroitront vos possibilités au fil du jeu: une flute magique qui vous rapetissera à la demande en faisant bas + I, une corde qui vous aidera à grimper les falaises, des chaussures pour marcher sur les nuages, etc.

…alors que d’autres évoqueront clairement Super Mario

Un léger côté Metroivania – très limité, ce qui n’est pas nécessairement un défaut, puisque cela aura le mérite de limiter vos allez-et-retours de façon drastique. On sait toujours où on doit aller et pour faire quoi: les différents personnages de l’univers Disney se chargeront bien de vous l’expliquer après chaque combat de boss afin de vous éviter d’errer sans but, ce qui tombe bien car le jeu est assez long et ne comporte aucun système de sauvegarde. Dans les faits, un bon joueur pourra le boucler en un peu moins d’une heure, mais un joueur lambda y laissera sans doute un peu d’énergie, car l’aventure est bien plus délicate que n’importe lequel des opus Megadrive.

Les boss sont également de la partie, et ils ont la classe!

Car si le défi est loin d’être insurmontable, on est malgré tout très loin de la promenade de santé qu’était World of Illusion: on appréciera, à ce titre, la variété des situations: niveaux en défilement forcé, labyrinthes, stages sous l’eau, interrupteurs, portes fermées à clef: tout y passe, et on n’a tout simplement jamais le temps de s’ennuyer. Il faut également reconnaître que certains passages peuvent être frustrants et frôlent même parfois le Die-and-retry à cause de timings assez serrés. Pas de quoi transformer le titre en un Mega Man à la sauce Disney, loin de là, mais les joueurs pensant bénéficier d’un petit programme pas fatigant pour se changer les idées à la fin d’une journée de travail pourraient rapidement s’en mordre les doigts.

Le jeu fourmille d’idées

Ceux qui n’ont pas dû le regretter, en revanche, sont les possesseurs d’une Master System ayant investi dans Land of Illusion à sa sortie: le titre pousse par moments la console dans ses derniers retranchements – au point qu’il arrive (rarement) qu’on observe quelques ralentissements – et si une poignée de décors, en particuliers souterrains, sont moins inspirés que les autres, quel ravissement pendant la plus grande partie du jeu.

On ne s’ennuie jamais!

Non, ce n’est pas encore la claque de ce qu’a pu offrir la saga sur Megadrive, mais cela pourrait aller jusqu’à donner quelques leçons à la NES tant la palette de la 8 bits est ici employée à la perfection et tant l’animation est irréprochable. Il faut, une fois de plus, admirer les mimiques de Mickey en train de mouliner des bras au bord d’un précipice pour retrouver cette patte « dessin animé » si caractéristiques des jeux de la licence. La Master System était sans doute en train de livrer là son premier chant du cygne à une époque où elle était condamnée à disparaître purement et simplement des étals, mais vu la virtuosité du chant en question, on ne pourra que verser une larme à l’évoquer.

Vidéo – Le premier niveau du jeu :

Galerie d’images :

NOTE FINALE : 18/20

Land of Illusion aura quelque peu disparu dans l’ombre de World of Illusion, son homologue paru sur console 16 bits – ce qui est une tragique injustice tant le jeu programmé par SEGA pour sa Master System est finalement un titre plus ingénieux, mieux équilibré, et tout simplement mieux pensé que son alter ego sur Megadrive. Aidé par une réalisation qui parvient parfois à nous faire oublier qu’on joue sur une console 8 bits, le logiciel distribue les bonnes idées au long d’un parcours varié pour proposer une expérience qui sait se montrer classique sans pour autant être convenue, avec une telle maîtrise qu’il en parvient à faire oublier le volet précédent qui était pourtant déjà l’un des meilleurs jeux de plateforme de la machine. Tout simplement l’un des plus grands titres de la Master System.

CE QUI A MAL VIEILLI :

– Quelques passages Die-and-retry assez frustrants

– Un peu long quand on doit le parcourir d’une traite

– Plusieurs checkpoints placés assez loin des autres, particulièrement vers la fin du jeu

***** Version Game Gear *****

Année de sortie : 1993
Nombre de joueurs : 1
Disponible en Français : non

Vidéo – L’introduction du jeu :

C’est toujours aussi joli

Comme cela avait été fait pour Castle of Illusion avant lui, Land of Illusion aura bénéficié d’une adaptation sur Game Gear qui ne se sera pas limitée à un simple copier/coller. Ne vous méprenez pas: il s’agit bien d’une version extrêmement proche de celle parue sur Master System, mais on remarquera immédiatement qu’en dépit de quelques sacrifices évidents, comme l’interface réduite à son strict minimum, le jeu ne souffre pratiquement pas de tourner sur l’écran réduit de la console portable. Toute une série de petits changements plus ou moins visibles ont été faits tout au long du jeu pour rendre l’expérience encore un peu plus accessible que sur console de salon – le niveau du lac, par exemple, est désormais bien moins frustrant. On remarque également une modification de la jouabilité: dorénavant, utiliser votre arrière-train pour rebondir sur un adversaire se fera en pressant une nouvelle fois le bouton de saut une fois en l’air, plutôt que le bouton I – plus déstabilisant qu’autre chose pour ceux ayant joué à la version Master System, mais passons. La prise en main est de toute façon toujours aussi aisée, et le gameplay est difficile à prendre en défaut. Bref, c’est toujours aussi agréable, ce qui n’était pas nécessairement gagné.

Le deuxième niveau est désormais bien plus simple

NOTE FINALE : 18/20

Comme pour son prédécesseur, Land of Illusion accomplit sur Game gear exactement ce qu’on était en droit d’attendre de lui : un portage relativement fidèle de la version Master System avec les adaptations nécessaires pour ne pas souffrir de la petitesse de l’écran. Peut-être aurait-on juste pu souhaiter l’ajout d’un système de sauvegarde – une heure de jeu, c’est très long pour les piles de la Game Gear – mais reste que le titre est toujours aussi agréable à parcourir d’un bout à l’autre, et même un peu plus simple.

Darklands

Cette image provient du site http://www.mobygames.com

Développeur : MPS Labs
Éditeur : Microprose Ltd.
Testé sur : PC

***** Version PC *****

Année de sortie : 1992
Nombre de joueurs : 1
Disponible en Français : non

Vidéo – L’introduction du jeu :

Lorsque l’on prononçait le mot « Microprose » à proximité d’un joueur du début des années 90, les deux termes qui lui venaient le plus naturellement à l’esprit étaient « stratégie » et « gestion ». Il faut reconnaître qu’avec un monument comme Sid Meier dans ses rangs, la société américaine pouvait s’enorgueillir de compter dans son catalogue des titres acclamés comme Civilization, Colonization ou Pirates!, sans oublier Railroad Tycoon – liste loin d’être exhaustive. Du côté de la simulation, Microprose n’était pas en reste, avec des titres comme Silent Service  ou Formula One Grand Prix, tous des références dans leur genre.

Les informations de base sont accessibles en pressant F6

L’ambition naissant, la société américaine commença à vouloir aller braconner sur les terres des autres éditeurs, en s’attaquant à des genres qui lui étaient moins familiers. C’est ainsi que les joueurs de l’époque purent avoir la surprise de découvrir le sympathique Rex Nebular, jeu d’aventure ambitionnant d’aller rivaliser avec Lucasarts et Sierra Online, mais aussi un jeu de rôle s’aventurant dans un domaine qui était jusqu’alors la chasse gardée de sociétés comme SSI ou Origin: Darklands.

Explorer les terres de Darklands devrait vous occuper un bon moment

Fin 1992, alors que le PC a, comme chaque année, vu débarquer quelques concurrents de taille – au hasard, Eye of the Beholder II, Might and Magic IV ou encore Ultima VII – Microprose se jette donc à l’eau en décidant d’imposer sa patte au genre. Et histoire de rivaliser avec les éternels univers inspirés de Tolkien et de Donjons & Dragons, la société américaine fait le choix d’un cadre qui reste aujourd’hui encore extrêmement peu employé dans le domaine du jeu de rôle: le RPG historique.

Les détails historiques aident à vous plonger dans l’ambiance

Darklands vous place en effet au début du XVe siècle, dans la totalité du Saint Empire Romain Germanique – un territoire qui représentait non seulement l’actuelle Allemagne, mais également l’Autriche, la République Tchèque, la Slovaquie, les Pays-Bas, le Luxembourg, sans oublier une partie de la Suisse, du Danemark, de la Belgique, de la Pologne et de l’est de la France. Autant dire un terrain de jeu gigantesque, ce qui est une très bonne nouvelle puisque vous allez pouvoir le parcourir dans son intégralité. Qui dit période historique dit que vous pouvez également tirer un trait sur la magie – celle-ci sera remplacée par l’appel à des saints, ou par le recours à l’Alchimie. En revanche, tout le folklore germanique et/ou chrétien de l’époque est présent, ce qui signifie gnomes, kobolds, nains, dragons, mais aussi sorcières et cérémonies du Sabbat – autant de très bonnes occasions, pour vos héros, de se faire connaître par leur bravoure ou par leur astuce.

La narration repose en grande partie sur des écrans fixes et des descriptions textuelles

Vous allez pour cela incarner un groupe de quatre personnages (rien ne vous empêche d’en créer moins, mais ce serait une mauvaise idée), dont l’objectif sera aussi simple qu’ambitieux: inscrire son nom dans la légende. Mais avant même de rêver de devenir célèbre à l’échelle de l’Empire, voire de toute la chrétienté, il va d’abord falloir les créer, ces quatre membres.

Trois morts, plus d’argent ni d’équipement: c’est le moment de recharger la partie

Le jeu met pour cela à votre disposition un outil assez complet qui vous informera immédiatement de la complexité de la feuille de personnage. Bien plus que de Donjons & Dragons, Darklands semble tirer son inspiration de règles comme celles de l’Oeil Noir : en plus des habituelles caractéristiques physiques telles que la force, l’endurance, la perception ou l’intelligence, vous pourrez également trouver toute une variété d’aptitudes martiales (armes tranchantes, armes contondantes, armes de jet, fléaux, etc.) mais aussi des compétences qui surprendront les habitués du jeu de rôle de l’époque, comme la religion, la vertu, la capacité à s’exprimer, mais aussi la lecture de la langue commune et du latin, la capacité à se repérer dans la nature, etc. – au total près d’une trentaine de critères qui vous aideront à définir chacun de vos personnages. Mais ce n’est pas tout! Loin de se contenter de vous laisser attribuer des points sur une feuille de personnage assez intimidante (un détour par le copieux manuel du jeu est plus que conseillé), le titre vous demande également de choisir une origine sociale et un parcours professionnel qui décideront du nombre de points bonus et des différents modificateurs dont vous pourrez bénéficier dans chaque catégorie.

Partir bien équipé pourra faire toute la différence

Concrètement, si votre personnage a été conscrit pendant cinq ans, cela lui fera par exemple bénéficier de gains importants dans la maîtrise des armes – et dans ses statistiques de force et d’endurance. Un novice clérical, de son côté, aura des bonus dans la vertu ou la pratique du latin, tandis qu’un marchand gagnera en éloquence ou en artisanat. La grande force de ce système génial, c’est que rien ne vous interdit de varier les plaisirs, et d’imaginer que votre personnage ait été tour à tour militaire, bandit et chasseur avant d’entrer dans les Ordres. Le seul prix à payer étant que chaque cycle fait vieillir votre personnage de cinq ans, et qu’une fois la trentaine passée ses caractéristiques physiques commenceront à en souffrir. Mais si vous voulez vous faire un groupe de papy-la-tremblotte de soixante ans à la Terry Pratchett, rien ne vous en empêche! Vous serez de toute façon libre d’éditer votre groupe une fois la partie commencée, ce qui sera d’ailleurs parfois nécessaire pour remplacer vos morts puisque, jeu de rôle historique oblige, il est strictement impossible de ressusciter quiconque.

Les combats étaient très originaux pour l’époque

Une fois votre groupe composé, votre partie commence dans l’auberge d’une ville choisie aléatoirement. L’une des grandes forces du titre est d’ailleurs sa rejouabilité: tous les événements comme les quêtes et les missions sont redistribués à chaque nouvelle partie, vous imposant à chaque fois un nouveau départ. La grande question est: qu’allez-vous donc pouvoir faire, à présent, pour gravir les échelons vers la renommée?

Notez comme le décor évolue selon les saisons

Les possibilités, à ce titre, sont largement aussi copieuses que ce que laissait deviner la feuille de personnage. Vous pouvez tout à fait décider de rester à l’auberge, et de faire travailler vos personnages histoire de gagner un peu d’argent. Vous pouvez également prêter attention aux rumeurs, vous intéresser à ce qui se passe dans l’empire, ou bien aller visiter les marchands de la ville pour vous équiper un peu, en armes et en armures, évidemment, mais aussi en matériel nécessaire comme une corde, un passe-partout, ou même des composants alchimiques. Il est aussi possible de tenter d’avoir une audience avec le bourgmestre, ce qui vous demandera une bonne éloquence ou une excellente réputation, ou même d’aller prier à l’église, de vous renseigner sur les saints, de demander à un guérisseur en ville de vous former, voire d’attendre la nuit pour débarrasser les rues des criminels qui les hantent et commencer ainsi à vous faire connaître. Tout cela est prévu, et présenté par des écrans illustrés et lourdement décrits, ce qui imposera hélas une très bonne maîtrise de l’anglais.

La création des personnages est passionnante

Le rang des possibilités est vraiment impressionnant, et se constate pour des actes aussi banals que de quitter la ville. Allez-vous simplement passer devant les gardes? Ou bien êtes-vous recherchés, et préférerez-vous tenter de vous dissimuler dans la foule? Allez-vous essayer de mener les sentinelles en bateau avec votre bagout? Ou bien allez-vous envoyer votre personnage le plus agile escalader le mur d’enceinte pour envoyer une corde aux autres? À moins que vous ne préfériez passer par les égouts, créer une diversion avec une potion alchimique ou bien invoquer l’aide d’un saint? Tout, absolument tout cela est possible, selon votre groupe, votre matériel et vos aptitudes. Avouez que ça change du simple porte-monstre-trésor de la grande majorité des jeux de rôle de l’époque!

La feuille de personnage est aussi complète qu’intimidante

Et encore, il ne s’agit ici que d’une partie des choix qui s’offrent à vous lorsque vous êtes en ville – souvenez-vous qu’il vous reste tout l’Empire à visiter: ses cités, mais aussi ses bourgs, ses monastères, ses forteresses, ses mines, ses lieux sacrés, ses caches de bandits… Vous pourrez parfois simplement vous y arrêter, parfois choisir de vous placer en embuscade ou de camper, mais aussi parfois tomber sur des rites sataniques, sur des sorcières, sur de vieux ermites à moitié fous, voire sur d’authentiques donjons! L’occasion, d’ailleurs, de nous intéresser au système de combat du jeu, très original pour l’époque. Si original, en fait, que la comparaison la plus naturelle qui vienne à l’esprit pour en parler est bien Baldur’s Gate, pourtant sorti six ans plus tard!

Rien n’est inutile dans le jeu; prenez le temps d’explorer

Les combats comme les donjons sont en temps réel avec pause active: vous donnez des ordres à vos personnages, et vous les regardez combattre, avant éventuellement de les diriger pour visiter l’endroit. Encore une fois, toutes les aptitudes de vos héros auront leur importance: chaque arme a un degré de pénétration qui la rend plus ou moins efficace face à une armure solide, une perception élevée vous permettra de déceler des pièges ou des passages secrets, etc. Quantités d’événements scriptés mettront également votre jugeote et vos capacités de survie à l’épreuve, quitte à vous laisser en très mauvaise posture: si le jeu n’a pas de Game Over à proprement parler, vous pouvez très bien vous retrouver avec un groupe dépouillé de son équipement et sans un sou en poche, voire avec plusieurs morts, ce qui vous encouragera sans doute à charger la partie au plus vite.

Les donjons demandent un groupe d’un très bon niveau

L’argent sera d’ailleurs probablement votre préoccupation majeure pendant les premières heures de jeu, tant absolument tout, des achats aux études, passe par lui. Le jeu comporte à ce titre un système aussi complexe que réaliste mêlant à la fois monnaies étrangères et allemandes, et qui vous verra compter en florins autant qu’en pfennigs. Rassurez-vous: une conversion en pfennigs sera toujours disponible entre parenthèses histoire d’éviter de vous perdre dans vos comptes, mais on appréciera la très bonne idée qui participe, comme toutes les autres, à l’immersion du titre. Dans le même ordre d’idée, les journées sont rythmées par les prières, comme c’était le cas à l’époque, et ce sont ces dernières qui tiendront lieu d’heure: à vous les joies des vêpres ou des matines!

Patrouiller en ville la nuit est un très bon moyen de se faire un peu d’argent

La progression dépend principalement de votre façon de jouer, mais sachez que si les aptitudes progressent par la pratique ou par l’entrainement, vos caractéristiques physiques, elles, ne changeront plus (sauf à la baisse) une fois la partie commencée: une excellente raison de bien méditer la création de ses personnages, tant un groupe doté d’une endurance ou d’une force trop faible souffrira énormément en combat. Surtout, la qualité de votre équipement (jugée sur un score de cent) sera pratiquement aussi importante que vos caractéristiques en elles-mêmes, et des personnages en armure de plaque des pieds à la tête auront une durée de vie très nettement supérieure à la même équipe se battant avec une veste en cuir et un canif. Évidemment, l’un des grands intérêts du jeu sera précisément de multiplier les approches, afin de comparer le quotidien d’un groupe de mercenaires à celui de camelots et d’alchimistes occupés à réaliser la pierre philosophale, ou à un groupe de croisés décidés à éradiquer l’œuvre du Malin. Le jeu donne tout son sens à des termes comme « monde ouvert » ou « bac à sable »: vous pouvez faire ce que vous voulez, comme vous voulez, à votre rythme, et il vous arrivera souvent d’être puni pour vous être frotté à une mission un peu trop ambitieuse pour vos capacités. Mais on comprend aisément pourquoi certains joueurs, emballés par le concept, n’ont jamais effacé ce jeu de leur disque dur en plus de vingt-cinq ans: Darklands est, à n’en pas douter, un titre qu’on n’oublie pas.

La richesse des possibilités est une des grandes forces du titre

Quelques mots, pour conclure, sur la prise en main du titre: même si le jeu est quasi-entièrement jouable à la souris, certaines fonctions ne sont accessibles qu’au clavier, et consulter le manuel est chaudement recommandé pour connaître toutes les subtilités de la feuille de personnage ou du système de combat. Malgré tout, même si un joueur aventureux laissera probablement quelques plumes lors des premières rencontres faute d’avoir saisi les subtilités de l’interface, il faudra rarement plus d’une heure ou deux pour se trouver en terrain connu et pour maîtriser le titre, y compris ses petites bévues puisqu’il est, par exemple, parfaitement possible d’utiliser un bouclier en plus d’une arme à deux mains.

Seul vrai défaut des donjons: en ressortir vous redemandera de refaire le chemin en sens inverse

La réalisation en VGA a encore un charme certain, et on appréciera par exemple qu’il soit possible, d’un simple coup d’œil, de voir quelles armes utilisent vos héros pendant les combats, ou encore le fait que les différentes saisons impactent la représentation de la carte du monde. Côté sonore, le jeu tire parti de la plupart des cartes-sons, Roland MT-32 comprise, et l’ambiance musicale fonctionne très bien. À noter que Darklands avait, à sa sortie, le défaut de souffrir d’un important nombre de bugs – défaut heureusement corrigés par les patchs successifs qui font que je n’ai, pour ma part, rencontré aucun problème en plusieurs dizaines d’heures de jeu. Avec le recul, on regrettera que Microprose n’ait pas persisté dans cette voie: elle partait très bien, cette excursion dans le monde du jeu de rôle.

Vidéo – Les dix premières minutes de jeu:

NOTE FINALE : 17/20

Sorti avec discrétion, souvent relégué dans un relatif anonymat, Darklands est pourtant un titre qui jouit, depuis vingt-cinq ans, d’une solide communauté de fans qui lui vouent un culte quasi-religieux. Et on peut aisément comprendre pourquoi: empruntant aux jeux de rôle papier, préfigurant déjà certains mécanismes de titres à la Baldur’s Gate, le jeu de Microprose offre une expérience qui reste unique en son genre plus de deux décennies après sa sortie. Tirant très intelligemment partie du background de la période qui lui sert de cadre, Darklands parvient à se doter d’une identité aussi forte que ses possibilités sont riches, et offre des parties qui peuvent prendre des formes très différentes selon la façon dont le joueur construira son groupe. En dépit d’une interface perfectible et d’une omniprésence du texte qui le réservera hélas à des joueurs anglophones, le titre est toujours agréable et nécessitera bien des semaines, voire des mois, avant de pouvoir estimer en avoir fait le tour. Un jeu à (re)découvrir.

CE QUI A MAL VIEILLI :

– Interface un peu opaque qui nécessitera de passer par le manuel du jeu

– Donjons inutilement allongés par la lenteur de vos personnages et par la faiblesse du pathfinding

– Difficilement accessible aux non-anglophones

 

 

Agony

Développeur : Art & Magic
Éditeur : Psygnosis
Testé sur : Amiga

***** Version Amiga *****

Année de sortie : 1992
Nombre de joueurs : 1
Disponible en Français : non

Vidéo – L’écran-titre du jeu :

En 1992, un vent de changement commençait à souffler sur le paysage vidéoludique.

Malheureusement, ce vent en question, qui n’allait pas tarder à se transformer en bourrasque, n’allait pas exactement dans le sens que Commodore aurait voulu qu’il suivît.

Les ambiances varient au fil du jeu – et les couleurs chaudes seront pour les derniers niveaux

Le fait est là: les choses n’allaient pas encore exactement mal, mais on sentait bien que ce fameux vent, pour reprendre la métaphore employée plus haut, était en train de tourner. Côté commercial, le CDTV, censé lutter contre le CD-i qu’on présentait à l’époque comme la machine du futur, aura connu un bide encore plus abyssal que celui de son concurrent. L’Amiga CD32 prévu dans les cartons s’apprêtait à se casser les dents sur un marché des consoles en pleine bourre, et l’Amiga 1200 partait déjà perdant face aux IBM PC plus puissants et moins chers à produire. Bref, l’une des sociétés reines des années 80 s’apprêtait à vivre un début de décennie qui allait sceller son sort.

Vous en voulez plein les yeux? Bienvenue dans Agony

Côté jeux, en revanche, l’Amiga avait encore la prétention de pouvoir rivaliser avec le PC – ce qu’il allait faire à peu près jusqu’à ce qu’un certain Doom vienne bouleverser beaucoup de choses – et avec les toutes nouvelles consoles 16 bits dont le hardware, lui, avait été pensé dès le début spécifiquement pour jouer. Une lutte inégale, mais s’il est une chose qui peut sauver une machine, c’est bien le talent de développeurs aptes à tirer le maximum d’un hardware qu’ils ont appris à connaître sur le bout des doigts. Et s’il était un domaine où l’Amiga avait fait mieux que se défendre face à la concurrence, c’était celui du shoot-them-up. De X-Out à Project-X en passant par Blood Money, la machine de Commodore s’était déjà faite une réputation flatteuse dans le genre.

Une réputation dont Agony allait représenter à la fois le pinacle et le chant du cygne.

Les boss représentent la principale difficulté du titre, mais ne sont pas insurmontables

Le scénario du titre d’Art & Magic, pour une fois, ne vous expédie pas dans l’espace à bord d’un prototype monoplace chargé de sauver l’univers. Vous êtes Alestes, l’un des deux apprentis du magicien Acanthropsis, dont la connaissance est si immense qu’il a découvert le secret du Pouvoir Cosmique. Ses jours étant comptés, le vieux sorcier sait qu’il doit transmettre ce savoir à l’un de ses deux apprentis, à savoir vous ou Mentor, et met donc au point une épreuve qui permettra de les départager. Et vous voilà métamorphosé en chouette, prêt à faire face à l’opposition qui décidera qui de vous ou de Mentor héritera de ce fameux pouvoir.

Cette ambiance crépusculaire est aussi magnifique que le reste du jeu

D’entrée de jeu, Agony impressionne. Dès les logos d’ouverture, on sera surpris de voir l’Amiga s’essayer à une résolution qui ne lui est pas habituelle – en l’occurrence, en 640×512, juste le temps de montrer que le processeur graphique de la machine de Commodore n’est pas encore mort. Puis l’écran-titre arrive, sous la forme d’une très belle illustration et d’un thème au piano qui auront tout deux marqué pas mal de joueurs à l’époque. Pas de cinématique d’introduction, hélas, mais qu’importe: on est immédiatement dans l’ambiance. Puis on lance la partie – aucune option, pas de mode deux joueurs, donc aucun choix à faire – et c’est là qu’on peut commencer à employer un mot ô combien adapté vu le thème du jeu: « magie ».

Notez comme les adversaires ont une fâcheuse tendance à se confondre avec le décor

Je vous laisse promener le regard sur les différentes captures d’écran – et sur les deux vidéos – qui accompagnent ce test. Certes, en 1992, le VGA et ses 256 couleurs sont désormais largement démocratisés sur IBM PC, mais ça n’empêche nullement l’Amiga 500 et ses 64 couleurs de montrer qu’il peut tout à fait rivaliser avec des machines plus puissantes. Sans exagérer, il fallait à l’époque chercher du côté de l’arcade pour trouver des shoot-them-up capable de rivaliser graphiquement avec Agony – même des monstres comme Thunder Force III se prenaient une leçon en terme de réalisation, grâce notamment à l’emploi d’une palette de couleurs caractéristique qui a participé à la fois à l’identité graphique des productions Psygnosis et de celle de l’Amiga.

Ce menu déroulant affiche vos pouvoirs temporaires – dont la plupart sont bien trop courts pour être utiles

Le plus impressionnant reste de voir ces paysages sylvestres, à la fois épiques et parfois même poétiques, se mettre à bouger: contrairement à l’immense majorité des titres du genre qui se contentait de quelques scrollings parallaxes pour animer le tout, le titre d’Art & Magic se permet d’animer les flots en vagues tumultueuses, les cascades en cataractes intarissables, les ponts suspendus agités au vent – et raconte même sa part de petites histoires, comme ce guerrier aperçu au niveau 5 que l’on voit brandir son épée, dressé au-dessus d’un promontoire, avant que celle-ci ne soit frappée par la foudre. L’ambition du titre est colossale, elle est atteinte avec une indéniable maestria, puisque le programme ne ralentit absolument jamais – en revanche, il arrive que les sprites clignotent lorsqu’il y a un peu trop de monde à l’écran. Mais s’il faut clore le chapitre de la réalisation graphique, autant en profiter pour dire qu’Agony mérite sans difficulté de figurer parmi les plus beaux titres jamais programmés sur Amiga – et supplante peut-être même ceux programmés en AGA, sur Amiga 1200. Oui, c’est beau à ce point-là. La musique, de son côté, se montre parfois un peu plus répétitive, mais l’ambiance reste enchanteresse en toute circonstance. Mission accomplie: en 1992, l’Amiga pouvait encore parvenir à coller des complexes aux PC et aux consoles 16 bits.

C’est encore plus beau quand ça bouge – oui, ce dragon au fond est animé

On pourrait ne pas tarir d’éloges sur cette réalisation et y consacrer l’essentiel du test, mais force est de constater qu’en tant que pur shoot-them-up, Agony doit également composer avec quelques erreurs de jeunesse qui l’empêchent de prétendre au rang de titre légendaire dont il n’est pourtant vraiment pas loin. La plus évidente étant que l’ambition affichée dans la réalisation du titre ne se retrouve pas dans le game design.

Il arrive trop souvent qu’on meure à cause d’un ennemi « camouflé » dans le décor

À ce niveau, c’est du déjà vu et revu: on se déplace à l’écran, on tire, un bonus vous permet d’augmenter la taille des projectiles que vous tirez, un autre viendra ajouter une épée au-dessus de vous, puis une autre en-dessous – autrement dit, l’équivalent des fameux satellites chers à tous les titres du genre. Seule originalité: à partir du deuxième niveau, vous pourrez commencer à trouver des parchemins qui vous ouvriront l’accès à des pouvoirs temporaires: invincibilité, gel du temps, bouclier, tir vers l’arrière, etc. Malheureusement, aucun de ces pouvoir ne dure plus d’une quinzaine de secondes, ce qui fait que vous aurez tout intérêt à les conserver pour les boss ou pour les deux derniers niveaux du titre, qui en compte six.

Les illustrations qui entrecoupent les niveaux montrent bien ce que l’Amiga a dans le ventre

Pourquoi les deux derniers? Eh bien ne nous mentons pas: pendant l’essentiel de la partie, Agony n’est pas très difficile. Mieux vaut rester concentré tant l’écran peut vite se remplir – et tant la hitbox de votre chouette est gigantesque, ce qui est un autre problème – mais un joueur avec de bons réflexes pourra avancer sans trop de difficulté là où des titres à la R-Type nécessitaient une mémorisation quasi-obligatoire du déroulement des niveaux pour avoir une chance de progresser. Bien que le programme ne propose que trois vies et aucun continue, on n’aura aucune difficulté à aligner des parties d’au moins vingt minutes – ce qui nous emmène vers le début du niveau 4, les stages étant assez longs.

C’est beau!

Ce qui est déjà un peu plus gênant, dans Agony, c’est qu’on meure très souvent pour de mauvaises raisons. Comprenez par là que beaucoup d’adversaires – c’est particulièrement vrai lors des niveaux 2 et 3 – sont très exactement de la couleur du décor, et qu’il arrivera fréquemment que votre chouette laisse des plumes en allant se fracasser contre un ennemi dont vous n’aviez même pas remarqué la présence. Cette fameuse chouette, si elle est magnifiquement animée, souffre également, comme on l’a déjà vu, de la taille importante de son sprite: il est plus délicat d’éviter des projectiles quand vous prenez autant de place. Enfin, le rythme pas franchement frénétique du titre peut rapidement endormir la méfiance du joueur – et on sera presque heureux que le jeu ne comporte pas deux ou trois niveaux de plus tant cela aurait fini par faire virer l’expérience à l’épreuve d’endurance, ce qui montre encore une fois les limites évidentes du plaisir de jeu. Bref, un titre qui enchantera vos sens, mais pas nécessairement le Shoot-them-up le plus amusant qui soit. Dommage.

Vidéo – Le premier niveau du jeu:

NOTE FINALE : 15/20

En tant que pur Shoot-them-up, Agony se révèlerait finalement être un titre plutôt quelconque faute d’imagination dans son game design s’il ne pouvait s’appuyer sur une réalisation absolument fantastique. Mais l’enchantement permanent procuré par l’univers graphique et musical du titre, complètement à contre-courant des vaisseaux spatiaux et des thèmes électroniques de l’époque, suffit à le glisser dans une case à part particulièrement chère aux regards des nostalgiques: celle des jeux qu’il est extrêmement difficile d’oublier. Bien sûr, le titre paraîtra bien moins impressionnant au joueur du XXIe siècle habitué à la 4K, à l’overdose de couleurs et à la 3D omnipotente, mais il conserve encore aujourd’hui une patte très particulière qui n’appartient qu’à un certain âge d’or vidéoludique situé au début des années 90. En 1992, l’Amiga n’était peut-être pas au mieux de sa forme, mais il était bien décidé à partir en beauté.

CE QUI A MAL VIEILLI :

– Game design sans idée

– Le titre n’est pas très difficile

– Une certaine mollesse dans le déroulement du jeu