Ian Fleming’s James Bond 007 in Live and Let Die : The Computer Game

Développeur : Elite Systems Ltd.
Éditeur : Domark Limited
Titres alternatifs : Aquablast (titre original), Leben und sterben lassen : Das Computerspiel (Allemagne), James Bond 007 : Elä ja anna toisten kuolla (Finlande)
Testé sur : Amiga – Amstrad CPC – Atari ST – Commodore 64 – ZX Spectrum

La licence James Bond (jusquà 2000) :

  1. ‘Shaken But Not Stirred!’ : A 007 Adventure (1982)
  2. James Bond 007 (Parker Brothers) (1984)
  3. A View to a Kill : The Computer Game (1985)
  4. James Bond 007 : A View to a Kill (1985)
  5. James Bond 007 : Goldfinger (1986)
  6. James Bond 007 in : The Living Daylights – The Computer Game (1987)
  7. Ian Fleming’s James Bond 007 in Live and Let Die : The Computer Game (1988)
  8. 007 : Licence to Kill (1989)
  9. The Spy Who Loved Me (1990)
  10. James Bond Jr (SNES) (1993)
  11. James Bond Jr (NES) (1993)
  12. James Bond 007 : The Duel (1993)
  13. 007 : GoldenEye (1997)
  14. James Bond 007 (1998)
  15. 007 : Demain ne meurt jamais (1999)
  16. 007 : Le monde ne suffit pas (Nintendo 64) (2000)
  17. 007 : Le monde ne suffit pas (PlayStation) (2000)

Version Amiga

Date de sortie : Novembre 1988 (Europe)
Nombre de joueurs : 1
Langue : Anglais
Support : Disquette 3,5″
Contrôleur : Joystick
Version testée : Version disquette testée sur Amiga 500 PAL
Configuration minimale : Système : Amiga 1000 – OS : Kickstart 1.0 – RAM : 256ko – Modes graphiques supportés : OCS/ECS

Vidéo – L’écran-titre du jeu :

On pourrait penser qu’avec le nombre impressionnants d’opus filmiques et littéraires qu’elle compte, la licence James Bond disposait de largement assez de matière pour inspirer des dizaines de jeux vidéo dès le début des années 80. Dans les faits, et comme on aura déjà eu l’occasion de le voir, c’était rarement dans ce sens que les choses se passaient : la philosophie dévoilée par des titres comme James Bond 007 ou The Living Daylights était plutôt de prendre un jeu d’action lambda et de coller le nom du célèbre agent secret dessus, parce que pourquoi pas ? James Bond n’est-il pas, après tout, l’incarnation (et parfois l’inspirateur) de n’importe quel héros de jeu vidéo d’action ?

Jusqu’ici, on peut lever les yeux au ciel face à un opportunisme que l’on définira naturellement comme bassement mercantile, mais on reste finalement face à quelque chose de cohérent. Mais imaginons à présent l’étape suivante : entre en jeu le studio britannique Elite Systems, qui travaille en 1988 sur Aquablast, un jeu de course mâtiné d’action évoquant, au hasard, Fire and Forget (les deux titres ont été développés en parallèle), mais dont la seule véritable originalité est de mettre en scène des hors-bord plutôt que des voitures. Voyant le jeu atterrir sur leur bureau, les responsables de Domark – qui ont justement la licence James Bond dans leurs cartons – se disent : « Hé, mais ça ressemble à la scène de poursuite en bateau de Vivre et laisser mourir ! ». Quelqu’un pense peut-être alors à objecter que le film de Guy Hamilton ne saurait être résumé à une unique scène d’action de deux minutes, ou encore qu’il n’est pas vraiment au centre de l’actualité, étant alors sorti dans les salles depuis déjà quinze ans, mais il est trop tard : une nouvelle adaptation de James Bond était née. Et pour être honnête, elle n’était probablement même pas au courant cinq minutes auparavant.

Comment tirer un jeu vidéo complet d’une vague scène d’action même pas spécialement marquante ? À cette question, Live and let Die apporte une réponse qui trahit ses origines : le jeu est divisé en quatre missions dont… trois d’entraînement, se déroulant à des endroits aussi exotiques qu’improbables comme le Pôle Nord ou le Sahara (évidemment, qui n’a jamais rêvé de faire du hors-bord au milieu du plus grand désert du monde ?!), et qui tendent à indiquer que James Bond aura décidément coûté beaucoup d’argent aux contribuables de Sa Majesté simplement pour aller s’entraîner avec un bateau partout autour du globe.

L’objectif est quoi qu’il en soit le même dans les quatre missions : parvenir à atteindre l’usine de production de drogue de Mr. Big (qui n’est même pas le grand méchant du film, au passage), puis la détruire à l’aide d’un missile bien placé… ce qui demandera obligatoirement d’utiliser un rondin en guise de tremplin avant de faire feu. Oui, c’est comme ça, ne cherchez pas, c’est cool, et puis de toute façon autant cous prévenir tout de suite : si vous ne trichez pas, les chances d’atteindre la fameuse usine sont à peu près égales à zéro. Pourquoi ? Oh, à cause d’un étrange concept encore entièrement inconnu dans ces terres sauvages qu’était l’Europe en 1988 : l’équilibrage. Un peu comme le game design, quoi. Ou, pour dire les choses autrement, Live and Let Die est un jeu parfaitement inscrit dans son époque et dans le marché qui l’a vu naître, et pour le coup, ce n’est pas un compliment.

La jouabilité en elle-même ne réserve aucune surprise : on se déplace avec le stick, l’axe vertical sert à accélérer ou à ralentir, un bouton sert à actionner une mitrailleuse aux munitions illimitées et les cibles les plus résistantes – comme des portes (!) placées sur votre chemin, ou la fameuse usine à détruire – pourront nécessiter des missiles aux réserves limitées, cette fois. Missile qui seront d’ailleurs à aller chercher sur le clavier, ce qui est toujours agaçant, surtout quand on a un joystick à deux boutons que certaines des autres versions du jeu reconnaissent parfaitement, mais passons.

Votre « vie » à proprement parler sera figurée par une jauge de carburant, vous écraser contre un obstacle n’aura donc d’autres conséquences que de vous obliger à repartir en départ arrêté. Et pour vous refaire la cerise (ou espérer dépasser les premiers écrans), vous devrez collecter les bidons d’essence flottant en prenant bien garde de ne pas les détruire à force de faire feu sur tout ce qui ne bouge pas, ou les très pratiques caisses de munitions qu’un hélicoptère vient régulièrement lâcher devant vous. l’opposition prend la forme d’obstacles comme des rochers ou des plaques de glace, mais aussi de canots ennemis ou même de bombardiers ou de tourelles situées sur le bord du fleuve. Et les éviter demandera même parfois de quitter le fleuve pour aller déraper sur des rampes placées sur le bord. Un menu plutôt aguichant sur le papier, non ?

Le premier problème, on s’en doute, c’est qu’il est quand même très difficile de proposer une action variée à bord d’un navire à moteur coincé sur une rivière. Malgré tous ses efforts, Live and Let Die n’y parvient pas, et il ne se rend certainement pas service en étirant stupidement ses niveaux sur une durée interminable s’étendant entre dix minutes et un quart d’heure.

Ça n’a peut-être l’air de rien dit comme cela, mais dans un titre aux possibilités aussi limitées, croyez-moi, l’action n’est même plus diluée, elle est carrément noyée au long de ces longues lignes droites à répéter inlassablement les mêmes actions en s’efforçant d’aller le plus vite possible, de coller aux rives (là où les obstacles sont les plus rares), et surtout de ne jamais rater un précieux bidon d’essence, ce qui revient généralement à un game over immédiat. Car naturellement, les précieux sésames sont rares, et même parfois placés de façon totalement ridicule. Ainsi, il est rigoureusement impossible d’atteindre la deuxième partie du premier niveau d’entraînement sans tricher (chaque mission compte cinq segments), tout simplement parce que le premier bidon d’essence est placé trop loin pour pouvoir être atteint, même en étant à vitesse maximale d’un bout à l’autre et sans commettre la moindre erreur ! Oui, c’était ça, l’équilibrage des années 80 : commercialiser un jeu vidéo SANS MÊME SE FATIGUER À TESTER LES DEUX PREMIÈRES MINUTES DU PREMIER NIVEAU !

Malheureusement, même s’il est possible de sélectionner indépendamment les quatre missions au lancement, difficile de trouver dans ce Live and Let Die n’importe quoi qu’on ne puisse trouver en mieux dans des dizaines de titres identiques de la période. La difficulté, inutilement frustrante au premier abord, se transforme en solide ennui lorsque l’on constate que les méthodes pour survivre sont toujours les mêmes, et qu’on perd souvent du temps dans des collisions douteuses à cause d’une imprécision dommageable dans le maniement, en particulier lors des virages.

C’est ultra-répétitif, aussi passionnant qu’une croisière de six mois avec la maison de retraite des Lilas, et les quelques idées intéressantes ont globalement fini d’essorer tout leur potentiel au bout de deux minutes trente. Bref, ça n’a pas grande valeur en tant que jeu de course, pas davantage en tant que jeu d’obstacle, et le lien avec James Bond est si ténu que même les fans absolus du film peineront à trouver le moindre lien avec leur licence fétiche. Autant dire le type de jeu qui se vendait uniquement grâce à sa réalisation – qui faisait illusion en 1988, mais nettement moins à présent qu’on peut accéder à la fois aux bornes d’arcade de la même période et surtout aux dizaines de jeu du même type mieux programmés sur la même machine, type Lotus Esprit Turbo Challenge et ses suites. Potentiel ludique : cinq minutes, par curiosité, et à condition d’être prêt à les perdre.

Vidéo – Entraînement au Pôle Nord :

NOTE FINALE : 09/20

Quitte à participer au grand défi « coller une licence sur n'importe quoi », Ian Fleming's James Bond 007 in Live and Let Die : The Computer Game aura directement décidé de placer le curseur assez haut en catapultant l'agent secret dans... Aquablast, un jeu de course en hors-bord ! L'action comme la réalisation évoquent souvent Fire and Forget – ce qui n'est pas un compliment – mais on reconnaîtra au moins au titre d'Elite Systems le mérite d'avoir réfléchi à virtuellement tous les obstacles pouvant se présenter devant un bateau pour chercher à varier un peu ses possibilités. Las ! Entre des niveaux interminables, une difficulté grotesque et une précision perfectible, l'expérience peine à faire illusion plus de quelques minutes avant d'assommer le joueur par son absence totale d'équilibrage, son gameplay mal pensé et sa répétitivité soporifique. Une tentative qui aurait sans doute davantage trouvé sa place dans les salles d'arcade (à condition d'y offrir une réalisation très supérieure) mais qui, en l'état, ne fait que précipiter James Bond dans une énième aventure oubliable. Décidément, ce n'est vraiment pas facile d'être au service de Sa Majesté...

CE QUI A MAL VIEILLI :

– Des niveaux interminables – à tous les sens du terme
– Une difficulté et un équilibrage au doigt mouillé...
– ...pas vraiment aidés par une précision que l'on qualifiera gentiment de « perfectible »
– Une répétitivité totale de l'action

Bonus – Ce à quoi peut ressembler Live and Let Die sur un écran cathodique :

Version Amstrad CPC
Ian Fleming’s James Bond in Vivre et laisser mourir : Jeux vidéo

Développeur : Elite Systems Ltd.
Éditeur : Domark Limited (Europe)
Date de sortie : Décembre 1988 (Europe)
Nombre de joueurs : 1
Langue : Anglais
Supports : Cassette, disquette 3″
Contrôleurs : Clavier, joystick
Version testée : Version disquette testée sur Amstrad 6128 Plus
Configuration minimale : RAM : 64ko

Vidéo – L’écran-titre du jeu :

Évidemment, quitte à avoir une grosse licence, on se doute que Domark n’allait pas se priver de l’adapter sur un maximum de machines. En 1988, faire l’impasse sur le CPC aurait encore été une anomalie – et à tout prendre, ce portage s’en tire objectivement plutôt bien. Oh, la difficulté est toujours immonde, particulièrement dans la « vraie » mission, mais la bonne nouvelle est que la précision est nettement meilleure, sans doute parce que la rivière sans laquelle on évolue désormais a sérieusement rétréci dans le sens de la largeur. Contrairement à la version Amiga, cette itération reconnait les joysticks à deux boutons, il ne sera donc pas nécessaire d’aller chercher les missiles sur le clavier. La réalisation est très correcte, à défaut d’être ébouriffante, et la sensation de vitesse est globalement bien rendue. Bref, on ne se retrouve pas miraculeusement face au pinacle du genre, et il faudra toujours de la pratique pour prétendre survivre plus d’une minute, mais à tout prendre on passe plutôt un meilleur moment que sur Amiga. Ce qui est déjà une bonne chose.

NOTE FINALE : 09,5/20

Il serait exagéré de prétendre que l’on s’éclate en jouant à Vivre ou laisser mourir sur CPC, mais à tout prendre cette version a le mérite d’être plus cohérente et plus précise que sur Amiga. Sans doute pas de quoi y passer ses journées, mais pour tuer deux minutes, ça passe.

Version Atari ST
Ian Fleming’s James Bond in Vivre et laisser mourir : Jeux vidéo

Développeur : Elite Systems Ltd.
Éditeur : Domark Limited (Europe)
Date de sortie : Novembre 1988 (Europe)
Nombre de joueurs : 1
Langue : Anglais
Support : Disquette 3,5″ simple face
Contrôleurs : Joystick, souris
Version testée : Version disquette testée sur Atari 520 ST
Configuration minimale : Système : 520 ST – RAM : 512ko

Vidéo – L’écran-titre du jeu :

Porté sur Atari ST et commercialisé en France sous son titre français (le jeu en lui-même demeurant intégralement en anglais, comme sur CPC), Vivre et laisser mourir y livre la performance à laquelle on pouvait s’attendre en 1988, à savoir : exactement la même chose que sur Amiga. Les dégradés du ciel sont légèrement moins fins, mais c’est bien l’unique différence à espérer trouver dans un titre qui conserve les forces – et surtout, hélas, les faiblesses – de la version originale. Autant dire pas vraiment un indispensable au sein de la ludothèque de la machine.

NOTE FINALE : 09/20

Prestation attendue pour Vivre et laisser mourir sur Atari ST : à quelques couleurs près dans les dégradés du ciel, c’est très exactement le même jeu que sur Amiga. Si vous avez VRAIMENT envie de faire du hors-bord virtuel, vous pouvez à la rigueur lui laisser une chance, mais vous passerez sans doute une meilleure journée en lançant plutôt Wave Race 64.

Version Commodore 64

Développeur : Elite Systems Ltd.
Éditeur : Domark Limited (Europe)
Date de sortie : Novembre 1988 (Europe)
Nombre de joueurs : 1
Langue : Anglais
Supports : Cassette, disquette 3,5″
Contrôleur : Joystick
Version testée : Version disquette testée sur Commodore 64 PAL
Configuration minimale : RAM : 64ko

Vidéo – L’écran-titre du jeu :

Autre passage obligé en 1988 : le Commodore 64. Pour l’occasion, l’ordinateur 8 bits livre une prestation qui évoque celle observée sur Amstrad CPC… mais plutôt en moins bon. Oh, du côté technique, l’essentiel est à peu près préservé : l’action est fluide et la vitesse est décente. En revanche, en retrouve l’imprécision des versions 16 bits, avec une rivière plus large que sur la machine d’Amstrad et des virages où il est toujours aussi difficile d’éviter – ou de viser – un obstacle. Autant dire que ce qui ne faisait illusion que grâce à sa réalisation à l’époque (et encore, pas auprès de tout le monde vu l’accueil mitigé réservé par la presse) a fort peu de chances de conquérir de nouveaux joueurs aujourd’hui.

NOTE FINALE : 08,5/20

Une vitesse décente est la seule chose qu’on pourra mettre au crédit de cette version Commodore 64 de Live and Let Die, qui pour le reste échoue largement à se montrer amusante à tous les niveaux. Ni beau, ni jouable, ni varié, ni équilibré, ce portage ne mérite sans doute pas une grande place dans la mémoire des joueurs.

Version ZX Spectrum

Développeur : Elite Systems Ltd.
Éditeur : Domark Limited (Europe)
Date de sortie : Novembre 1988 (Europe)
Nombre de joueurs : 1
Langue : Anglais
Supports : Cassette, disquette
Contrôleurs : Clavier, joysticks Cursor, Kempston ou Sinclair
Version testée : Version cassette testée sur ZX Spectrum 128k
Configuration minimale : RAM : 48ko*
*Existe en version optimisée pour les modèles à 128k

Vidéo – L’écran-titre du jeu :

Autre point de passage incontournable du marché britannique – plus encore que le Commodore 64 – le ZX Spectrum était destiné à accueillir à son tour le jeu de hors-bord maladroitement repeint en adaptation de James Bond. Et autant ne pas faire durer le suspense : le bilan n’est pas enthousiasmant. Techniquement, on connait les limites du vaillant ordinateur 8 bits, on sera donc heureux de voir que l’action reste relativement nerveuse, mais c’est bien la seule qualité qu’on puisse dégager de cette version. Non seulement ce n’est pas très beau, mais l’équilibrage doit ici être le plus consciencieusement loupé de tous les portages du jeu : dès les première secondes, le joueur est littéralement bombardé de tous côtés, et le maigre canal qui vous sert de terrain de jeu est tellement embouteillé de cochonneries qu’il est pratiquement impossible de faire deux mètre sans percuter quelque chose. Ça ne soulevait déjà pas l’enthousiasme de la presse il y a quarante ans, et autant dire que ça ne s’est pas amélioré depuis : allez plutôt jouer à autre chose.

NOTE FINALE : 08/20

On commence dangereusement à s’éloigner du concept de jeu avec Live and Let Die sur ZX Spectrum : l’équilibrage est si catastrophique et l’action si frustrante qu’on se demande au nom de quel obscur mécanisme quelqu’un pourrait bien prendre du plaisir en s’essayant à ce fatras visiblement jamais testé. À oublier.

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