Bubble Bobble II

Développeur : Taito Corporation
Éditeur : Taito Corporation (Europe, Japon) – Taito of America Corporation (Amérique du Nord)
Titre alternatif : Bubble Symphony (Amérique du nord, Japon et une partie de l’Europe)
Testé sur : ArcadeSaturn
Présent au sein de la compilation : Taito Legends 2 (2006 – PlayStation 2, Windows, Xbox)

La saga Bubble Bobble (jusquà 2000) :

  1. Bubble Bobble (1986)
  2. Rainbow Islands : The Story of Bubble Bobble 2 (1987)
  3. Rainbow Islands Extra (1988)
  4. Parasol Stars : The Story of Bubble Bobble III (1991)
  5. Bubble Bobble Part 2 (NES) (1993)
  6. Bubble Bobble Part 2 (Game Boy) (1993)
  7. Bubble Bobble II (1994)
  8. Bubble Memories : The Story of Bubble Bobble III (1996)
  9. Classic Bubble Bobble (1999)
  10. Rainbow Islands : Putty’s Party (2000)

Version Arcade

Date de sortie : Octobre 1994 (international)
Nombre de joueurs : 1 à 2
Langue : Anglais
Support : Borne
Contrôleurs : Un joystick (huit directions) et deux boutons
Version testée : Version 2.60 européenne (16/12/1994)
Hardware : Taito F3 System
Processeurs : Motorola MC68EC020 16MHz ; Motorola MC68000 15,23809MHz ; ES5510 10MHz
Son : Haut-parleur (x2) ; Taito Ensoniq Sound System ; Ensoniq 5505/5506 to 5510 interface 29,761kHz ; Ensoniq ES5505 15,23809MHz ; 2 canaux
Vidéo : 320 x 224 (H) 58,97Hz

Vidéo – L’écran-titre du jeu :

Oh, je ne suis pas dupe, vous savez. Je peux imaginer votre expression pratiquement comme si j’étais devant vous. Un regard fatigué d’où émane un mélange de scepticisme et de lassitude, la bouche tordue, la mâchoire serrée, et la question muette qui résonne comme une sentence : « Il va y en avoir encore beaucoup, des deuxièmes épisodes de Bubble Bobble ?! ». Certes, techniquement, l’opus que nous abordons aujourd’hui est le quatrième à porter, d’une façon ou d’une autre, le nom de Bubble Bobble II – mais on pourra arguer que la version Game Boy, originellement nommée Bubble Bobble Junior, était en quelque sorte une exception occidentale, et que l’épisode d’aujourd’hui ne s’intitule « Bubble Bobble II » qu’en Europe, et encore, même pas dans toute l’Europe, le reste du monde lui préférant le nom de « Bubble Symphony ».

Mais le problème n’en reste pas moins entier et traduit un souci constant de la part de Taito de trouver enfin la « vraie » suite de Bubble Bobble que Rainbow Islands n’avait visiblement pas été – peut-être parce que son gameplay était trop différent mais sans doute, aussi, parce que la licence n’aura visiblement jamais rencontré une deuxième fois le même succès que son épisode inaugural. Et nous voici donc déjà en 1994, huit ans après Bubble Bobble, à offrir à demi-mots une suite qui n’ose que rarement dire son nom dans des salles d’arcade où les jeux de plateforme n’avaient plus la cote depuis très, très longtemps et où ce Bubble Bobble II, comme on va l’appeler maintenant, n’avait quasiment aucune chance de faire autant de bruit que les Daytona USA et les Virtua Fighter 2 entre lesquels il était placé.

Comme toutes les bonnes suites – qui sont rarement celles qui prennent le plus de risques, mais vous remarquerez que je n’ai pas parlé d’ « excellentes » suites – Bubble Bobble II commence par reprendre tout ce qui avait fait le succès du premier opus, à savoir… eh bien, tout le gameplay, qui n’a pratiquement pas changé d’une virgule à l’exception de quelques petits ajouts sur lesquels nous n’allons pas tarder à revenir, ainsi que le game design, qui repart lui aussi exactement dans les traces de son prédécesseur : chaque niveau tient sur un seul écran, il faut toujours capturer et éliminer tous les adversaires pour progresser, et il y a bien évidemment pléthore de bonus et de salles secrètes à dénicher pour accéder à l’une des (nombreuses) fins alternatives du jeu.

Car quitte à choisir un angle d’amélioration, l’équipe de développement a décidé d’appuyer sur deux axes : le contenu, et la variété. Dans le premier cas, on notera par exemple que les fans de la licence vont avoir matière à se frotter les mains : avec quelques 164 niveaux, 18 boss et 16 (!) fins différentes, le menu est copieux, et histoire de ne pas être indigeste, il a surtout l’excellente idée d’être à la carte. En effet, contrairement aux précédents épisodes, qui restaient farouchement linéaires d’un bout à l’autre, celui-ci s’ouvre sur un choix de votre personnage – quatre au total, chacun avec ses points forts, le personnage équilibré héritant en prime d’un « tir chargé » l’autorisant à lâcher jusqu’à trois bulles à la fois – avant de vous laisser choisir votre trajet dès la fin du premier niveau, puis à la suite de chaque boss. Vous ne serez donc pas obligé de boucler les 164 niveaux pour terminer le jeu, et l’ordre sélectionné ainsi que vos performances auront un impact décisif sur la cinématique de fin – avec certaines conclusions plus déroutantes que d’autres !

Une approche qui a le mérite d’offrir une vraie dose de rejouabilité et de permettre à chaque joueur d’alterner entre expérimentations et circuit « optimal », ce qui permettra au passage d’encaisser plus sereinement un choix qui ne fera pas nécessairement l’unanimité : la difficulté du jeu. Certes, la licence n’a jamais été connue pour sa facilité, mais généralement le défi prenait le temps de s’installer confortablement – ce n’est plus le cas ici, où l’on peut faire face dès les premiers niveaux à des défis nécessitant la parfaite connaissance des techniques avancées du jeu, et qui n’apparaissaient jusqu’alors qu’autour du niveau trente ou quarante !

Naturellement, le fait de pouvoir repartir exactement de l’endroit où l’on vient de trépasser permet de tempérer le challenge (à condition d’avoir les poches pleines, comme souvent avec les bornes d’arcade), mais mieux vaut avoir révisé ses gammes avant d’affronter des boss aussi rapides qu’increvables qui ne pourront généralement même pas être blessés par vos bulles ordinaires, vous obligeant à recourir aux nombreux pouvoirs spéciaux par mis lesquels on trouvera quelques nouveaux venus comme des bulles arcs-en-ciel ou même des bulles musicales lâchant des notes à tête chercheuse ! Autant le dire : le titre n’est probablement pas l’initiation la plus adaptée à la saga tant il semble, dès le départ, s’adresser avant toute chose aux vétérans du premier épisode désireux d’en découvre avec une épreuve à leur hauteur, mais cela ne veut pas dire que les néophytes passeront un mauvais moment – tant qu’ils sont solides sur le plan nerveux, malgré tout.

Il faut dire que malgré sa 2D qui commençait à ne plus être en odeur de sainteté dans les salles d’arcade du milieu des années 90 (surtout en occident), le titre développe instantanément une personnalité attachante avec son déluge de couleurs… en dépit d’une musique de cirque dont on se serait volontiers passé et de quelques petits problèmes de lisibilité dus précisément à sa débauche de détails qui empêche parfois de comprendre rapidement ce qui se passe. On dira ce qu’on voudra mais à ce niveaux-là, les fonds noirs de Bubble Bobble étaient plus proches de la vérité (il est d’ailleurs possible d’effacer les décors de fond avec un code) !

Quoi qu’il en soit, l’aspect plus « ouvert » de l’aventure et la générosité indécente de son contenu accomplissent parfaitement leur mission consistant à autoriser l’expérience à s’éventer moins vite, les fans de 100% ayant un programme chargé avant d’espérer découvrir toutes les routes et toutes les conclusions du jeu. On notera qu’il est d’ailleurs tout à fait possible de redevenir humain PENDANT la partie, et qu’il existe toute une sélection de codes à entrer dès l’écran-titre pour modifier l’expérience. Et tant qu’à faire, c’est une nouvelle fois à deux joueurs que le titre déploiera toute sa saveur – et tant pis si les « véritables » nouveautés ne sont finalement pas légion. Vous voulez une nouvelle dose de Bubble Bobble ? C’est indéniablement un des meilleures du lot, avec davantage de choses à offrir qu’un Bubble Bobble Part 2 qui prenait peut-être son nom un peu trop à cœur. Dommage, en revanche, pour ceux qui attendaient (et qui attendent toujours) une véritable suite aux aventures de Bubby, Bobby et tous leurs enfants sous leur forme humaine – Taito a fait un choix, et c’est celui de capitaliser sur ses dragons cracheurs de bulles. C’est un peu triste, mais tant que cela produite des jeux de cette qualité, après tout, on serait quand même mal inspiré de se plaindre.

Vidéo – Cinq minutes de jeu :

NOTE FINALE : 18/20

Pour son grand retour dans les salles d'arcade, Bubble Bobble II met les petits plats dans les grands et se décide – enfin ! – à apporter quelques unes des nouveautés que Bubble Bobble Part 2 ne s'était jamais embarrassé à introduire. Quatre dinosaures jouables, 164 niveaux, 18 boss, 16 fins différentes, des embranchements, des bonus et des secrets en pagaïe : ce nouvel épisode place l'accent sur le contenu et la variété, et il y parvient très bien. Il le place également sur la difficulté, ceci dit, ce qui risque de le réserver aux vétérans du premier épisode auxquels il semble ouvertement se destiner : le défi est présent très vite, pas toujours pour les bonnes raisons, et les néophytes risquent de rapidement pleurer des larmes de sang de ne pas maîtriser immédiatement les techniques avancées. Certes, la jouabilité en elle-même a très peu progressé, et cet opus ne contient strictement rien qui puisse amener les joueurs fâchés avec la licence de Taito à se réconcilier avec elle. Mais ceux qui veulent juste leur dose de dragons cracheurs de bulles ne pourront que se frotter les mains : il y a de quoi y passer du temps, beaucoup de temps.

CE QUI A MAL VIEILLI :

– Une lisibilité pas toujours optimale
– Des boss redoutables et qui tirent en longueur...
– ...et, dans l'ensemble, une difficulté encore un cran au-dessus de celle de Bubble Bobble

Bonus – Ce à quoi pouvait ressembler Bubble Bobble II sur une borne d’arcade :

Version Saturn
Bubble Symphony

Développeur : Ving Co., Ltd.
Éditeur : Taito Corporation
Date de sortie : 27 novembre 1997
Nombre de joueurs : 1 à 2
Langue : Japonais
Support : CD-ROM
Contrôleur : Joypad
Version testée : Version japonaise
Spécificités techniques :

Vidéo – L’introduction et l’écran-titre du jeu :

Signe que l’ère des portages à succès de l’arcade était déjà bien terminée – et que la licence de Taito, en dépit de ses nombreux épisodes, n’avait plus vraiment le vent dans les voiles – Bubble Bobble II n’aura connu qu’un seul et unique portage, sur Saturn, en 1997. Non seulement celui-ci n’aura jamais quitté le Japon – ce qui, vu le sort de la console de SEGA hors du Japon à l’époque, n’est pas vraiment une surprise – mais en plus la version PlayStation prévue pour sortir à la même date aura, elle, carrément été annulée ! Difficile, quoi qu’il en soit, d’en rejeter la responsabilité sur une éventuelle absence de qualité du portage en lui-même : cette version est pour ainsi dire une copie carbone de la version arcade, avec un menu des options ajouté histoire de laisser les joueurs se faciliter ou se compliquer les choses, selon leur philosophie. Certes, le jeu et sa magnifique 2D pouvait paraître aussi anachronique en 1997 que la borne en 1994, mais en termes de qualité et avec trente ans de recul, rien à redire : c’est toujours un des meilleurs épisodes de la licence.

NOTE FINALE : 18/20

« La version arcade avec un écran des options » est un très bon descriptif de cette itération Saturn de Bubble Symphony, qui offre à domicile l’intégralité du contenu de la borne, au pixel près. Dommage qu’elle soit parue trop tard pour quitter le Japon, mais elle demeure une excellente façon de découvrir le titre aujourd’hui – tant que vous n’êtes pas désemparé par les menus et la narration en japonais.

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