Day of the Tentacle

Développeur : LucasArts Entertainment Company LLC
Éditeur : LucasArts Entertainment Company LLC
Titres Alternatifs : Maniac Mansion: Day of the Tentacle (titre complet), Il Giorno del Tentacolo (Italie), Der Tag des Tentakels (Allemagne), День Щупальца (Den’ Schupaltsa, Russie)
Testé sur : PC, PC-CD; Remaster: Windows, OS X, Linux, Playstation 4, Playstation VITA

La saga Maniac Mansion :

1 – Maniac Mansion (1987)
2 – Day of the tentacle (1993)

***** Version PC (Disquettes) *****

Année de sortie : 1993
Nombre de joueurs : 1
Disponible en Français : oui

L’introduction du jeu:

Comment présenter un jeu comme Day of the Tentacle?

À l’époque bénie où la société LucasArts et le jeu d’aventure connaissaient tous les deux un âge d’or – l’un n’étant certainement pas étranger à l’autre – combien de titres majeurs faut-il retenir parmi ceux sortis entre 1990 et 1995? Si le nom de Monkey Island est désormais connu par à peu près n’importe quel joueur, quel que soit son âge, beaucoup évoqueront également ce qu’ils considèrent aujourd’hui comme le Point & Click humoristique ultime. Drôle, rythmé, avec une réalisation exemplaire, des animations à la Tex Avery, un humour à la Chuck Jones (ou l’inverse), le tout enrobant un scénario aussi absurde qu’absolument génial… Pas d’erreur: il ne peut s’agir que de Sam & Max ou de l’extraordinaire suite de Maniac Mansion: Day of the Tentacle, un jeu dont le titre est déjà tout un programme.

Hoagie ou l’art de résumer les choses

Commençons d’abord par aborder l’histoire. Je préfère vous prévenir:  accrochez-vous.

La patte graphique du titre reste, encore à ce jour, sans égale

Cinq ans après les événements narrés dans Maniac Mansion (et dont la connaissance n’est absolument pas nécessaire pour aborder le jeu, mais nous y reviendrons), la nature en fête laisse parler sa joie au cours d’un jour parfaitement banal, près du manoir de Fred Edison, le chef de famille déjanté du précédent opus. Les fleurs se balancent au vent, la rivière chante, les oiseaux aussi d’ailleurs – du moins jusqu’à ce qu’ils parviennent à hauteur du mutagène toxique relâché par le Pollu-O-Matic du Dr. Fred dans la rivière qui jouxte le logis familial, où les choses se passent un peu moins bien pour eux. Mais voilà justement que deux tentacules, Pourpre et Vert, approchent de la boue toxique crachée par les tuyaux de la machine susmentionnée – et naturellement, Pourpre a soif… Je vous laisse découvrir le reste de l’excellente introduction du jeu dans la vidéo qui ouvre cette article, mais sachez que, pour empêcher le tentacule pourpre – soudain transformé en génie du mal – de conquérir le monde, Bernard Bernoulli, rescapé du premier opus, ainsi que Hoagie le roadie et Laverne la, hmm, tarée, devront voyager dans le temps à l’aide des Chrono-WC inventés par le Dr. Fred. Sauf que, bien évidemment, le voyage va mal se passer, coinçant Hoagie 200 ans dans le passé et Laverne 200 ans dans le futur…

Les animations sont absolument sublimes pour un titre de 1993

Je sais ce que vous pensez: ça commence très fort. Vous aurez peut-être envie de relire ce scénario pour vous assurer d’avoir tout compris: n’hésitez pas. Le plus brillant, c’est qu’une fois placé devant le jeu, toute la suite d’événements grotesques qui vont conduire vos trois personnages à agir au même endroit à trois époques différentes vous paraitra d’une logique parfaitement limpide. Vos objectifs seront donc clairs d’entrée de jeu: tout d’abord, trouver un moyen de ramener Hoagie et Laverne dans le présent, pour y rejoindre Bernard. Et ensuite, reprendre le plan initial et voyager jusqu’à la veille pour couper le Pollu-O-Matic et empêcher le tentacule pourpre de se transformer en génie et de conquérir le monde.

Même les références historiques sont savoureuses

Simple sur le papier? Même pas, mais attendez un peu de vous retrouver confrontés aux dizaines de trouvailles composant les énigmes du jeu pour pouvoir apprécier le programme à sa juste valeur. Car naturellement, si vos personnages peuvent s’échanger quelques menus objets par le biais de leur Chrono-WC (oui, cela aussi finira par vous paraître évident), il faudra également manipuler le temps à de très nombreuses reprises pour parvenir à vos fins, une action effectuée à l’époque coloniale pouvant parfaitement avoir des répercussions dans le lointain futur où les tentacules ont fini par prendre le pouvoir. Ne soyez donc pas étonnés d’avoir à congeler des hamsters, à modifier la constitution américaine, ou même à donner une forme très originale à la bannière étoilée: Day of the Tentacle ne respecte rien, et on lui en sera infiniment reconnaissant.

Laverne, coincée dans le futur, est sans doute la plus malchanceuse des trois héros

Autant aborder immédiatement le principal point fort du titre: son humour, à la fois léger et absurde, qui a le bon goût de faire mouche quasi-systématiquement. Plus encore que les dialogues savoureux, on retiendra la multiplicité des situations aberrantes, personne ne semblant choqué de voir un roadie discuter avec un cheval au milieu des pères fondateurs, ou des tentacules organiser des concours de beauté pour humains – toujours dans différentes variations du manoir du Dr. Fred, qui constituera le cadre de jeu des trois périodes. Car oui: ne soyez pas surpris de croiser, dans ce qui n’était encore qu’une auberge minable, Thomas Jefferson, George Washington ou Benjamin Franklin: c’est parfaitement normal. Et les amateurs de références historiques pourront apprécier à leur juste valeur les manipulations d’anecdotes célèbres qui transforment Washington en un abatteur de cerisiers professionnel, ou John Hancock en un homme qui espère fasciner les femmes avec la taille de sa signature.

Le style, on l’a ou on ne l’a pas

On appréciera surtout la qualité exceptionnelle du design et de l’animation, le jeu réservant son lot de scènes croustillantes provoquant une franche hilarité, mais aussi une patte inimitable qui s’affirme au moindre décor à la perspective improbable, ou au soin apporté aux mouvements de vos personnages pour des animations aussi variées que de descendre le long d’un conduit de cheminée, de rentrer dans une horloge ou d’assassiner un clown gonflable à l’aide d’un scalpel. L’ambition du titre, même sur disquettes, est là encore notable: comme l’extrait des dix premières minutes en fin de test vous le montrera, toutes les cinématiques de début du jeu sont intégralement doublées, profitant ainsi de l’espace offert par les six disquettes du titre – et permettant de doter chaque personnage d’une identité forte dès les premières secondes de la partie.

Difficile de ne pas exploser de rire lorsque le jeu décide de partir complètement en live

À force d’entendre parler de références aussi obscures que les tentacules, le Dr. Fred ou encore cette fascination étrange qui semble entourer les hamsters et les micro-ondes, vous pourriez vous demander si le jeu ne s’adresse pas exclusivement aux joueurs de Maniac Mansion. Comme cela a déjà été souligné, la réponse est « non »: le jeu comprend bien évidemment tout un lot de clins d’œil au premier opus, à commencer par la famille Edison au grand complet et ce qu’elle est devenue après avoir été possédée par un météore tombé du ciel cinq ans auparavant, mais un joueur n’ayant jamais touché au prédécesseur de Day of the Tentacle ne mettra pas plus de quelques minutes à trouver ses marques dans l’univers ô combien unique du titre.

La mise en scène du titre est irréprochable

Mais, copieuse cerise sur un gâteau aux proportions déjà colossales, Maniac Mansion en entier est intégralement jouable dans le jeu pour ceux qui voudraient rattraper leur retard. Comment? D’une manière très simple: pas de code secret, pas d’easter egg à débloquer: rendez-vous simplement dans la chambre d’Ed Edison, dans le présent, et utilisez l’ordinateur qui s’y trouve, et voilà! Deux jeux pour le prix d’un, sachant que cette version « 2.0 » de Maniac Mansion a également connu son lot de petites modifications, la rendant encore un peu ardue que la version originale. Une initiative comme on aimerait en voir plus souvent.

Toutes les péripéties qui viennent rythmer l’histoire sont parfaitement géniales

Parlons interface, à présent: celle-ci, présente en bas de l’écran, se compose toujours de verbes comme cela était le cas pour tous les jeux d’aventure Lucasarts depuis… Maniac Mansion, justement. On remarquera néanmoins que celle-ci a été grandement optimisée: il n’y a plus que neuf verbes, désormais – évitant ainsi les nombreux doublons qui compliquaient inutilement les choses, et l’inventaire (lui aussi constamment présent à l’image) est présenté de manière graphique, avec des icônes très parlantes et parfaitement dessinées. Deux petits portraits en bas à droite vous permettront de changer de personnage d’un simple clic – à condition que le personnage en question soit libre de ses mouvements, naturellement – et, afin d’éviter les allez-et-retours fastidieux jusqu’aux Chrono-WC, il suffira de faire glisser un objet jusqu’à l’un de ces portraits pour le transmettre à un de vos compagnons. On appréciera l’efficacité implacable de cette interface qui, contrairement à celle du premier opus, n’a pas pris une ride.

Bernard, la voix de la sagesse

En terme de durée de vie, les choses sont un peu plus difficiles à mesurer: cela dépendra de votre capacité à assimiler la logique assez particulière du titre. Aucune énigme n’est illogique ou incompréhensible; je me souviens avoir fini le titre en trois jours lors de ma première partie – mais trois jours où j’avais été pour ainsi dire totalement incapable de décrocher du jeu. Une dizaine, voire une quinzaine d’heures me semble être une estimation correcte – dans tous les cas, croyez-moi, vous n’en regretterez pas la moindre minute.

Chaque dialogue est un petit moment de bonheur

Un mot, enfin – comme c’est désormais la tradition – sur la version française. Ne faisons pas durer le suspense: celle-ci est d’excellente qualité. Certes, on y trouve certaines coquilles récurrentes – le traducteur ignorant visiblement 1) que « tentacule » est un nom de genre masculin et 2) les règles de conjugaison permettant de distinguer un futur d’un conditionnel – mais cela n’impacte en rien le style et l’efficacité de la transcription de l’humour du jeu. Certaines blagues sonnent même mieux en VF qu’en VO – un exploit suffisamment rare pour être mentionné.

Les dix premières minutes de jeu:

 

NOTE FINALE : 19/20

Au royaume du Point & Click, Day of the Tentacle est plus qu’un roi, c’est une légende. De la première à la dernière seconde de jeu, le titre vous transporte dans un univers à la Tex Avery où l’absurde et la folie douce sont la norme, et où les Pères Fondateurs côtoient sans aucun complexe les savants fous, les paramilitaires dépressifs, les roadies fans de heavy metal et les tentacules à ventouses. Grâce à un système de jeu irréprochable, à des mécanismes qui confinent au génie, à un humour imparable parfaitement retransmis par une VF inspirée et à une réalisation qui n’a pas pris un début de commencement de ride, Day of the Tentacle reste aujourd’hui considéré – à raison – comme l’un des meilleurs jeux d’aventure jamais publiés. Ne jamais y avoir joué est pire qu’une lacune, c’est presque une faute.

CE QUI A MAL VIEILLI :

–Strictement rien.

 

***** Version PC (CD) *****

Année de sortie : 1993
Nombre de joueurs : 1
Disponible en Français : oui

Bonne nouvelle: vous n’aurez plus à faire les voix dans votre tête à chaque dialogue, les acteurs originaux s’en chargent pour vous!

Comme on peut s’en douter, Day of the Tentacle aura profité de sa version CD, sortie quelques mois après la version disquettes. Au menu, rien de très surprenant: le jeu est totalement identique à la version d’origine mais rajoute un doublage intégral, dont on avait déjà pu juger d’une partie de la qualité lors de l’introduction de la version disquettes. Aucune version n’existe avec des voix françaises – ce qui n’est pas forcément dommage, tant les voix originales collent à la perfection à leur personnage – il faudra donc profiter de cette version CD en VOSTFR. Seul petit regret: le casting vocal se limite à cinq acteurs, ce qui fait que les mêmes voix reviennent trop souvent. Après ce qu’avait laissé entrevoir l’introduction, on espérait également une folie plus marquée – le résultat est propre, efficace, mais on aurait apprécié qu’il soit également un peu plus ambitieux.

NOTE FINALE : 19/20

Day of the Tentacle CD fait très exactement ce qu’on pouvait attendre d’une version CD: la même chose, mais avec davantage de voix. Le résultat n’offre aucune surprise, tant on avait déjà imaginé les personnages récitant leurs dialogues avec les voix entendues dans l’introduction – reste que le jeu est, bien entendu, toujours aussi bon.

 

*** Version dématérialisée – Day of the Tentacle Remastered ***

(Windows, OS X, Linux, Playstation 4, Playstation VITA)

Année de sortie : 2016
Nombre de joueurs : 1
Disponible en Français : oui

L’introduction du jeu:

La nostalgie ne pousse pas seulement à créer des sites internet sur le retrogaming, elle donne parfois également l’occasion de dépoussiérer des succès d’antan. Après des années de tergiversations, d’abandons de dernière minute, de changement d’idée ou de ligne politique de LucasArts, ce sont donc directement Tim Schafer – l’un des co-créateurs du jeu – et sa nouvelle société, Double Fine Productions, qui finissent par offrir enfin, en 2016, le remaster que beaucoup de joueurs appelaient de leurs voeux – ne fut-ce que pour parvenir à faire tourner sans heurts le programme sur des configurations modernes.

Le jeu est là, dans sa pleine gloire, avec sa résolution en 16/9 et son tout nouveau système de menus contextuels…

Disons-le tout net: le résultat est proche de la perfection. Loin de se contenter d’un simple filtre dégueulasse sur les graphismes originaux, comme on aurait pu le craindre, Double Fine Productions est directement retourné chercher Peter Chan et Larry Ahern, les designers et animateurs principaux, histoire d’aider Yujin Keim dans la délicate mission de redessiner chaque écran et chaque animation du jeu. Le résultat est sans appel: graphismes en haute résolution, disponibles en 16/9, d’une finesse incomparable avec ceux des écrans originaux sans trahir en rien le style si particulier du jeu. Et histoire de ne pas se cantonner à un simple ravalement de façade, les musiques ont également été réenregistrées, les voix dépoussiérées, les bruitages refaits, et l’interface revue sous forme d’un menu contextuel qui vous permet – enfin – de profiter du jeu en plein écran sans avoir la moitié de la surface de jeu bouffée par l’interface. L’interface originale à base de verbes vous manque? Aucun problème: un simple passage dans les options du jeu, et vous pourrez la remettre en place. Et si, pour une raison ou pour une autre, vous voulez retrouver vos bons vieux graphismes en VGA avec votre musique MIDI d’antan, vous pourrez repasser à la volée au jeu original avec tous ses pixels d’une simple pression sur une touche. Et en bonus: des galeries de screenshots et de recherches, les commentaires des réalisateurs originaux, et un système de succès qui vous démontrera que vous n’avez peut-être pas encore tout découvert sur ce jeu que vous croyiez connaître par coeur. Bref, un sans-faute.

… Mais si vous voulez revenir à votre bonne vieille interface verbale avec la fenêtre de jeu en 4/3, c’est également possible!

NOTE FINALE : 19,5/20

Difficile de ne pas parler d’édition ultime avec ce Day of the Tentacle Remastered: tout est toujours là, en mieux, en plus beau, en plus fiable, en plus propre – et totalement configurable selon le degré de nostalgie que vous souhaitez apporter à votre expérience de jeu. Cerise sur le gâteau: même les possesseurs de consoles de salon – ou portables – pourront en profiter; bref, plus aucune excuse pour ne pas s’essayer à ce petit bijou avec juste le coup de polish nécessaire pour le faire apprécier à un joueur du XXIe siècle. Seul petit bémol: on aurait presque apprécié que les dialogues du jeu soit réenregistrés avec un casting un peu plus large, mais je pinaille.

 

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