
Développeur : Paragon Software Corporation
Éditeur : Paragon Software Corporation
Titre alternatif : X-Men II : The Fall of the Mutants (écran-titre)
Testé sur : PC (DOS)
L’extension du jeu : X-Men II : Scenario Editor
Les jeux de la licence X-Men (jusqu’à 2000) :
- X-Men (Paragon Software) (1989)
- The Uncanny X-Men (LJN Toys) (1989)
- X-Men II (1990)
- Wolverine (1991)
- The Uncanny X-Men (Konami) (1992)
- Spider-Man/X-Men : Arcade’s Revenge (1992)
- X-Men (SEGA) (1993)
- Wolverine : Adamantium Rage (1993)
- X-Men : Children of the Atom (1994)
- X-Men : Mutant Apocalypse (1994)
- X-Men : Gamesmaster’s Legacy (1995)
- X-Men 2 : Clone Wars (1995)
- X-Men vs. Street Fighter (1996)
- X-Men : Mojo World (1996)
- X-Men : The Ravages of Apocalypse (1997)
- X-Men : Mutant Academy (2000)
- X-Men : Mutant Wars (2000)
Version PC (DOS)
| Date de sortie : Novembre 1990 (Amérique du Nord) |
| Nombre de joueurs : 1 |
| Langue : Anglais |
| Support : Disquettes 5,25″ (x2) et 3,5″ |
| Contrôleurs : Clavier, joystick |
| Version testée : Version disquette émulée sous DOSBox |
| Configuration minimale : Processeur : Intel 8088/8086 – OS : PC/MS-DOS 2.1 – RAM : 640ko Modes graphiques supportés : CGA, EGA, Tandy/PCjr, VGA Cartes sons supportées : AdLib, Covox Sound Master, Sound Blaster |
Vidéo – L’écran-titre du jeu :
Il est difficile de nier que la relation que noua le studio Parangon avec les différentes licences dont il semblait s’enticher aura été globalement… contrastée. Ou en fait, pas tant que ça : l’honnêteté oblige à reconnaître que le résultat aura rarement, sinon jamais, côtoyé le Nirvana vidéoludique, et que le bilan global avec quelques décennies de recul reste celui d’une relative médiocrité. Néanmoins, on sait tous que l’art est difficile et la critique aisée, et il convient de reconnaître au studio pennsylvanien une forme d’honnêteté, voire de fraicheur dans les adaptations qu’il réalisait – avec leurs (nombreux) défauts, certes, mais aussi avec un désir palpable de respecter le matériau d’origine et de s’appliquer à le traduire de façon originale, et parfois même intelligente, plutôt que de céder à la facilité de coller une licence à succès sur un logiciel générique.

On leur doit notamment l’unique version vidéoludique de The Punisher à offrir à l’anti-héros de Marvel un peu plus de profondeur que celle d’un simple distributeur de bastos décérébré, et si leurs efforts entourant les aventures des X-Men ou de Spider-Man et Captain America n’auront jamais réellement été couronnés de succès, ils méritent d’être mentionnés comme la manifestation d’un état d’esprit assez louable. Ces précisions étant placés, on se doute en approchant de X-Men II que le résultat ne va sans doute pas casser trois pattes à un canard, mais on ne peut s’empêcher, néanmoins, d’approcher le titre avec une certaine sympathie – davantage, en tous cas, que la calamiteuse tentative des margoulins de LJN qui avaient placé la barre si bas en la matière qu’on savait qu’on ne s’approcherait jamais plus près du fond. Et comme souvent avec Paragon Software, l’histoire du jeu est celle d’un bonne idée pas très bien concrétisée.

Le point de départ de l’intrigue trouve son origine dans les numéros 225 à 227 du comics original et met en scène un étrange personnage nommé « The Watcher » (qu’on pourrait traduire littéralement par « l’observateur ») qui n’a apparemment rien de mieux à faire de ses journées que d’explorer des scénarios alternatifs d’évènements s’étant produits dans l’univers des mutant bariolés. Sa grande question du jour semble donc être de savoir si les X-Men serait parvenus à vaincre l’Adversaire, un ennemi pas davantage introduit que le reste mais ayant visiblement kidnappé Tornade et Forge, avec une autre équipe que celle y étant parvenu dans le comics.

Un prétexte un peu tiré par les cheveux mais parfaitement recevable pour justifier un impressionnant roster de quinze personnages jouables, qu’ils soient célèbres (Serval, Cyclope, Phénix, Psylocke…) ou moins (Longshot, Dazzler ou Étincelle, par exemple, rarement présents dans les adaptations), et de laisser le joueur en tirer une équipe de cinq personnages intégralement à sa convenance. La bonne nouvelle, c’est que chaque mutant reprend exactement les aptitudes qui sont les siennes dans le comics : oui, Serval (ou Wolverine, puisqu’il semblerait que son nom français n’ait plus la cote) se régénère automatiquement hors des combats, et vous allez l’adorer pour cela. Mais oui, les personnages volant pourront ici éviter de nombreux obstacles de cette manière, Étincelle est capable de passer à travers les murs tout comme Diablo a la capacité de se téléporter, et même leur vision sera prise en compte au moment de se déplacer la nuit. En revanche, rien de tout cela ne vous est indiqué à l’écran de sélection, et à moins d’avoir une connaissance poussée de tous les mutants formant les X-Men, votre seul salut pour ne pas composer une équipe au pif total sera d’aller quérir les informations dans le manuel du jeu.

L’action en elle-même prend une forme assez original : l’objectif à chaque étape est d’explorer trois niveaux pour y débusquer deux membres des Freedom Force (des mutants maléfiques au service du gouvernement) afin que ceux-ci, une fois vaincus cela va de soi, vous communique des informations afin de connaître votre prochaine destination et poursuivre votre périple. Douze niveaux générés aléatoirement au total, à parcourir dans une vue à la Gauntlet à travers deux étages, en tentant de débusquer les boss est en affrontant des ennemis assez dépaysants puisqu’on parle de dinosaures, de démons ou de Viet Cong (!!!) en collectant des bonus chargés de régénérer santé et jauge de pouvoir tout en évitant les pièges qui, Oscar de la fourberie, prennent parfois l’apparence desdits bonus.

Les affrontements peuvent se dérouler soit en tour-par-tour, en choisissant la formation de nos mutants et en leur donnant des ordres, soit dans des combats en temps réel en vue de profil où chaque personnage dispose de deux attaques en rapport avec ses pouvoirs, et où certains mutants se débrouilleront mieux que d’autres. Si, en temps réel, chaque héros affronte un unique ennemi à la fois en face à face, il est tout à fait possible de demander à un X-Men ayant disposé de son opposant d’aller se joindre à un de ses alliés (au hasard, les plus faibles du groupe) histoire de lui donner un coup de main, l’ordinateur prenant alors les commandes du renfort et se débrouillant plutôt bien. Bref, un mélange d’exploration/action/stratégie vraiment pas inintéressant sur le papier, et qui évoque d’ailleurs une forme de premier brouillon d’un jeu à la X-Men : Legends qui offrirait une approche assez similaire, mais presque quinze ans plus tard ! Seulement, le fait que vous n’ayez probablement jamais entendu parler de ce X-Men II n’est pas dû qu’à sa distribution exclusivement américaine mais aussi, comme souvent, à l’incapacité de Paragon Software à faire le tri entre les bonnes et les mauvaises idées.

Et au rang des mauvaises, on peut déjà compter le fait que les deux boss soient toujours à débusquer… dans le même niveau, ce qui veut dire qu’à chaque sélection de trois niveaux, le joueur a mathématiquement deux chances sur trois d’explorer un niveau pour être appelé à ne rien y trouver – ce qui ajoute une grosse dose de chance assez frustrante, surtout dans un programme où le temps est limité et où les expéditions, fructueuses ou non, viendront immanquablement puiser dans les réserves d’énergie des personnages !

Réflexe à acquérir : sauvegarder au début de chaque niveau et, une fois constaté qu’il ne contient rien de notable, recharger pour en repartir aussitôt. Pas exactement la progression la plus gratifiante qui soit. Le système de bonus est également particulièrement idiot, chaque héros ne pouvant se soigner ou se régénérer qu’avec un bonus d’une couleur précise, ce qui impose d’expérimenter – et de mémoriser – que Cyclope ne peut employer que des bonus rouges ou Phénix que des bonus bleu clairs. Une contrainte inutile et pénible, qui vient s’additionner à un level design indigent à cause de la génération aléatoire et qui rend l’exploration assez barbante dans un univers où il n’y a pas grand chose à voir, la faute à une réalisation « 1990 » où même le VGA n’emploie toujours que 16 couleurs à la fois. Les combats, pour leur part, sont trop basiques et limités pour se montrer intéressants en temps réel, et n’ont à peu près rien à offrir en tour-par-tour. Bref, ce qui semblait fonctionner sur le papier se prend rapidement les pieds dans le tapis de l’exécution, et passé une certaine curiosité il faut bien reconnaître que le titre a bien du mal à se montrer intéressant plus d’une heure ou deux, dans le meilleur des cas.

C’est d’autant plus rageant qu’il n’y a pas besoin d’être un game designer de génie pour ressentir le potentiel certain de la formule, qui avait indéniablement les ingrédients adaptés à sa disposition pour proposer quelque chose de plus profond, de plus varié et de plus prenant sur la durée – ah, si seulement les héros avaient progressé et acquis de nouvelles capacités au fil des combats, par exemple ! Si seulement les niveaux avaient été savamment conçus ! Si seulement ils avaient chacun hébergé un boss !

Malheureusement, l’équipe de développement s’avère une fois de plus incapable de matérialiser ce potentiel et offre au final une expérience qui s’avère certes plus plaisante que celle du premier opus, mais qui échoue à décoller à plus de quelques centimètres du sol alors qu’elle avait assez d’élan pour atteindre la lune. Difficile, donc, de faire passer le capital sympathie de ce X-Men II au-delà du rang de la simple curiosité méconnue qui aura du mal à éveiller l’attention d’un autre public que celui des fans de X-Men décidés à explorer toutes les déclinaisons vidéoludiques de la licence. Dommage, Paragon Software, que la seule véritable leçon de vos productions semble avoir été qu’essayer ne suffit pas. On avait pourtant envie d’y croire.







Vidéo – Cinq minutes de jeu :
NOTE FINALE : 10,5/20
Comme les autres jeux à licence de Paragon Software, X-Men II s'avère être un titre au potentiel certain mais à l’exécution maladroite qui ne parvient jamais réellement à capitaliser sur ses nombreuses (bonnes) idées pour aboutir à une expérience pleinement satisfaisante. Former une équipe de super-héros tirée d'un roster conséquent pour les plonger dans des labyrinthes remplis de monstres et de pièges était déjà un concept alléchant en 1990, mais en dépit de la bonne inclusion des capacités des divers super-héros, on passe au final trop de temps à tourner en rond et à ne pas faire grand chose d'intéressant dans un gameplay où la chance joue un rôle au moins aussi important que l'adresse où la stratégie. Avec quelques ingrédients en plus – un vrai level design, des personnages qui progressent, des combats mieux pensés – on aurait facilement pu obtenir une sorte de X-Men : Legends avec presque quinze ans d'avance, mais en l'état on s'approche hélas plus souvent d'un Gauntlet du pauvre mal assemblé. De quoi titiller la curiosité des amateurs les plus dévoués de mutants habillés en Spandex, mais sans doute pas de quoi les retenir plus de quelques parties, hélas.
CE QUI A MAL VIEILLI :
– Les niveaux générés aléatoirement, ou l'archétype de la fausse bonne idée...
– ...surtout quand les deux tiers d'entre eux ne servent à rien !
– Un système de bonus inutilement complexe
– Des combats qui manquent cruellement de profondeur...
– ...voire qui n'ont strictement rien à offrir si on opte pour le tour-par-tour
Bonus – Ce à quoi peut ressembler X-Men II sur un écran cathodique :

L’extension du jeu :
X-Men II : Scenario Editor
| Date de sortie : 1er janvier 1991 (Amérique du Nord) |
| Version testée : PC (DOS) |

En dépit de ventes n’ayant visiblement pas crevé le plafond, X-Men II aura bel et bien profité d’une extension à la distribution encore plus confidentielle que celle du jeu de base – elle semble avoir été commercialisée uniquement par correspondance, pour le prix de 9,95$. Pour un tel prix, et avec des délais de développement si courts (moins de deux mois après le jeu de base !), on se doute que le contenu ne va pas être mirobolant, et de fait il s’agit pour l’essentiel d’un éditeur de niveaux proposant par défaut d’incarner… les grands méchants, partis à l’assaut des X-Men ! Vous pourrez donc incarner le Blob, Mystique ou tous les adversaires rencontrés dans le jeu – y compris d’ailleurs le menu fretin qui pourra également rejoindre votre équipe ! L’éditeur en lui-même est extrêmement limité : il se résume à éditer les caractéristiques des héros et vilains et à choisir l’ordre d’apparition des niveaux, qui sont toujours générés aléatoirement ! Autant dire vraiment pas de quoi apporter un peu de renouvellement à un titre qui avait déjà épuisé ses capacités bien avant d’arriver au terme d’une partie normale – ce qui n’aura visiblement pas empêché Paragon Software de prévoir une AUTRE extension payante prévue en avril 1991 et qui devait pour sa part être exclusivement composée… de niveaux réalisés par les joueurs ! Je doute que cette extension ait au final vu le jour tant la première semble avoir suscité peu d’engouement, mais à moins de chercher à tout prix du contenu additionnel pour X-Men II, vous pouvez sans regret oublier l’existence de celle-ci.

NOTE FINALE : 08/20
Dans la série « comment commercialiser la même chose sans se fouler », cette extension ultra-paresseuse qui propose de reparcourir exactement le même jeu en incarnant ses méchants plutôt que ses héros n’a vraiment aucun argument pour elle. Ne vous fatiguez donc pas à remuer ciel et terre pour mettre la main dessus.
