The Uncanny X-Men (LJN Toys)

Développeur : Non crédité
Éditeur : LJN Toys, Ltd.
Titre alternatif : Marvel’s X-Men (écran-titre)
Testé sur : NES

Les jeux de la licence X-Men (jusqu’à 2000) :

  1. X-Men (Paragon Software) (1989)
  2. The Uncanny X-Men (LJN Toys) (1989)
  3. X-Men II : The Fall of the Mutants (1991)
  4. Wolverine (1991)
  5. The Uncanny X-Men (Konami) (1992)
  6. Spider-Man/X-Men : Arcade’s Revenge (1992)
  7. X-Men (SEGA) (1993)
  8. Wolverine : Adamantium Rage (1993)
  9. X-Men : Children of the Atom (1994)
  10. X-Men : Mutant Apocalypse (1994)
  11. X-Men : Gamesmaster’s Legacy (1995)
  12. X-Men 2 : Clone Wars (1995)
  13. X-Men vs. Street Fighter (1996)
  14. X-Men : Mojo World (1996)
  15. X-Men : The Ravages of Apocalypse (1997)
  16. X-Men : Mutant Academy (2000)
  17. X-Men : Mutant Wars (2000)

Version NES

Date de sortie : Décembre 1989 (Amérique du Nord)
Nombre de joueurs : 1 à 2
Langue : Anglais
Support : Cartouche
Contrôleur : Joypad
Version testée : Version américaine (NTSC)
Spécificités techniques : Cartouche d’1Mb

Certaines légendes sont d’autant plus difficiles à mettre à terre que les éléments permettant de les contredire sont objectivement rares.

Si vous prononcez les trois lettres « LJN », dans cet ordre, auprès de n’importe quel rétrogamer américain, vous pouvez vous atteindre à entendre dans les minutes qui suivent un long laïus sur la société dont le nom seul est devenu synonyme de jeux pourris à fuir à n’importe quel prix – à en faire passer passer la réputation d’U.S. Gold ou d’Ocean Software pour immaculée en comparaison.

Un constat implacable, mais sans doute un poil sévère, pour ne pas dire biaisé, si l’on considère que LJN n’était pas un studio de développement mais bien une maison d’édition – elle n’a stricto sensu jamais créé de jeux pourris, elle s’est contentée de les vendre, mais on ne peut pas dire que cette nuance ait rendu ses nombreux détracteurs (et souvent, victimes) beaucoup plus conciliants à son égard. L’honnêteté oblige cependant à reconnaître une formidable constance dans la médiocrité de la part de la firme américaine, avec un catalogue qui doit être composé à 95% de titres dont la qualité louvoie entre « médiocre » et « indéfendable », notamment sur NES où son tableau de chasse en matière d’étrons vidéoludiques est largement à la hauteur de sa légende : Jaws, Back to the Future, Back to the Future Part II & III, Beetlejuice, Bill & Ted’s Excellent Video Game Adventure… Les lecteurs attentifs auront d’ailleurs immédiatement noté une connexion évidente entre tous les titres cités : ce sont tous des jeux tirés de licences (en l’occurrence, ici, des films), ce qui tend à démontrer que LJN savait parfaitement que la qualité est une notion tout-à-fait accessoire comparée à la popularité d’un nom lorsqu’il s’agit de prendre leur argent à des pigeons clients. Et pour bien démontrer que cette constatation ne s’arrêtait pas aux jeux vidéo adaptés de longs métrages, voici à présent The Uncanny X-Men, un de ces logiciels qui respirent tellement la fierté d’avoir été développés qu’il est littéralement impossible de trouver le nom de son équipe de développement ou d’un seul de ses membres. En lançant la chose, on peut en tous cas hasarder qu’ils n’étaient sans doute pas très nombreux. Et espérer qu’ils ont très vite changé de métier.

Quelques indices tendent en tous cas à désigner une cartouche développée assez vite, disons trop vite pour avoir vraiment le temps de se soucier des fioritures. N’attendez par exemple pas une ligne de scénario ailleurs que dans le manuel, et ce dernier se limite de toute façon à aller vaincre Magneto et quatre de ses sbires, chacun dans un niveau dédié. N’espérez pas non plus une carte ou la moindre forme d’illustration : la lise des destinations possibles se limite à une simple liste textuelle sur un aplat gris, et parvenir à vaincre une mission – ou le jeu – vous vaudra un simple message de félicitations, le graphiste étant visiblement parti avec la caisse en même temps que le programmeur et le compositeur.

Dans l’absolu, en-dehors de cette présentation pour le moins austère, le game design du jeu en lui-même est tout à fait défendable : Il s’agit de diriger une équipe de deux X-Men (à sélectionner parmi les membres les plus célèbres de la fine équipe : Cyclope, Tornade, Colossus, Iceberg, Diablo, Serval) dans des niveaux à défilement vertical prenant la forme d’un run-and-gun en vue de dessus. L’objectif de chaque niveau : trouver le boss, le vaincre, embarquer le code qu’il détient et prendre la fuite avant la fin du compte à rebours. Le vrai problème se situe dans absolument tous les autres secteurs : la réalisation, le level design, la jouabilité, l’équilibrage – et c’est là qu’on aurait vraiment aimé avoir les noms des responsables, parce que ça aurait été plus simple pour le procès.

Pour ce qui est de la réalisation, inutile d’en faire des caisses : c’est moche. Délivrés dans le plus pur style « gros patés monochromes illisibles », les décors peinent à représenter quoi que ce soit, tout comme les sprites qui ne font même pas semblant de chercher à reprendre l’univers de la licence à un quelconque niveau : tous vos adversaires sont des espèces de blobs ou de machines qui ne ressemblent à rien et qui apparaissent de nulle part en vous attaquant anarchiquement sans pattern ni logique. Si les héros comme les boss ont au moins le mérite d’être (très) vaguement identifiables, aucun d’entre eux n’est plus impressionnant qu’un minuscule sprite de 24 pixels de haut, et absolument aucune tuile ne doit employer plus de trois couleurs.

La réalisation sonore se limite, pour sa part, à des bruitages indigents et à des thèmes musicaux qui ne seraient que quelconques s’ils n’avaient pas la mauvaise idée de tourner en rond aussi vite. Le level design, pour sa part, opte pour la classique méthode du design labyrinthique qui permet d’allonger la durée de vie à peu de frais. Concrètement, chaque niveau est divisé en courtes sections reliées entre elles par des escaliers ou des téléporteurs, et il faudra donc errer pendant de longues minutes (généralement le temps de trouver des clefs permettant d’ouvrir des portes) avant d’espérer rencontrer le boss. La visite ne serait sans doute pas moins intéressante qu’une autre s’il ne fallait pas composer avec des masques de collision absolument dégueulasses qui font qu’on passe son temps à se bloquer à deux mètres des murs, ou avec des ennemis qui vous paralysent dès qu’ils vous touchent, ce qui, en l’absence de la moindre frame d’invulnérabilité, peut vous valoir de mourir en deux secondes à la sortie d’un téléporteur puisque vous pouvez naturellement apparaître directement sur un ennemi, sinon ce ne serait pas drôle.

Il faudrait d’ailleurs ériger un monument à tout ce que rate la jouabilité, tant c’est un florilège : la précision est, comme on l’a vu, immonde, les ennemis sont juste des obstacles qui popent aléatoirement de n’importe où en faisant n’importe quoi, mais ils sont en ce sens raccord avec votre coéquipier contrôlé par l’ordinateur (parce qu’on est d’accord que vous n’allez pas chercher un ami pour le mêler à ça) dont la seule fonction est de se faire tuer après avoir passé vingt secondes, dans le meilleur des cas, à déambuler au hasard comme un ivrogne en se coinçant dans tous les murs sans jamais parvenir à endommager ne fut-ce qu’un adversaire (et vu que chaque personnage mort ne peut plus être sélectionné par la suite, confiez-lui donc les personnages pourris – au hasard, ceux qui ne peuvent pas attaquer à distance et qui sont par conséquent le pire choix possible à incarner).

On notera également que le pire piège du jeu est ici composé par… des portes, qui peuvent littéralement vous atomiser en un coup, et qui ne peuvent donc être franchies qu’après avoir passé plusieurs secondes à farmer les adversaires dans l’attente d’un bonus temporaire d’invincibilité qui vous permette de les franchir ! Bref, on passe son temps à alterner entre phases où on fonce tout droit et phases où on fait une pause en tuant tout ce qui bouge, le temps de récupérer des bonus de soin. C’est répétitif, imprécis, frustrant et pas très amusant, mais c’est le jeu. Il convient néanmoins de noter la plus grande idée de génie du programme, qui n’ouvre l’accès au niveau final qu’à la condition d’entrer un code (en plus d’avoir fini les quatre autres niveaux, bien sûr) pour pouvoir y accéder. Évidemment, aucune explication n’est donnée nulle part, le jeu vous enjoignant de demander conseil au professeur Xavier… lequel n’est présent ni dans le jeu, ni dans le manuel, à aucun moment (voilà une façon créative de dire aux joueurs « démerdez-vous ! ») ! Vous êtes donc censé deviner que le code en question se situe en réalité… sur l’étiquette de la cartouche du jeu – ce qui est vraiment brillant lorsqu’on se rappelle que l’étiquette en question est impossible à consulter tant que la cartouche est dans la console, et qu’il faut donc arrêter le jeu et repartir de zéro après l’avoir consultée pour pouvoir accéder au dernier niveau ! Et le mieux ? C’est qu’en plus, le code en question n’est même pas le bon, puisqu’il on oublié de préciser qu’il fallait également appuyer sur le bouton Select en plus des boutons indiqués ! Ça sent le jeu testé en profondeur, tout ça…

Inutile de retourner le couteau dans la plaie : sans être l’immondice que la légende a eu tendance à en faire, The Uncanny X-Men sur NES est tout simplement un jeu profondément médiocre développé beaucoup trop vite pour son propre bien par des gens qui avaient visiblement des choses plus importantes à faire, avec la totale complicité de LJN qui n’aura jamais eu de douloureux cas de conscience à l’idée de vendre des jeux de merde sévèrement bâclé tant que cela dégageait un bénéfice (on ne pourra donc pas lui reprocher de ne pas avoir compris l’essence du capitalisme). Les joueurs les plus patients ou les plus masochistes pourront éventuellement choisir de tuer vingt minutes à le compléter pour des raisons personnelles tenant vraisemblablement de la curiosité scientifique ou du masochisme, mais les autres feraient bien de s’inspirer de la précieuse leçon délivrée par les développeurs anonymes du jeu en ne gâchant pas leur belle vie à perdre du temps avec ce genre d’absurdités. Merci du conseil, les gars. Maintenant, soyez gentils et dénoncez-vous. Faites-le pour votre conscience, s’il vous en reste une.

Vidéo – L’écran-titre du jeu :

Vidéo – Cinq minutes de jeu :

NOTE FINALE : 08/20

The Uncanny X-Men sur NES aurait sans doute pu être un run-and-gun honnête, à défaut d'être renversant – si seulement quelqu'un dans son équipe de développement (qui, dans un accès de lucidité, aura préféré rester anonyme) en avait eu quelque chose à carrer. Il n'y a vraiment pas grand chose à sauver dans cette cartouche : action confuse, réalisation minable, cheminement obscur, jouabilité ratée, I.A. catastrophique, sans oublier une pléthore de bugs, de problèmes de collision, et un dernier niveau qui ne peut être atteint qu'en regardant une solution en ligne – la totale ! Seul ou à deux (mais qui irait entraîner un ami là-dedans ?), on ne s'amuse absolument jamais, et le seul ersatz de satisfaction que procure le jeu correspond au moment où on s'en débarrasse pour aller jouer à autre chose. À fuir.

CE QUI A MAL VIEILLI :

– Un cheminement labyrinthique confus
– Des masques de collision absolument catastrophiques
– Un allié contrôlé par l'I.A. qui fait n'importe quoi, se coince partout et meurt au bout de dix secondes
– Une réalisation tendance « maman j'ai vomi dans ma cartouche »
– Un dernier niveau accessible via un code qui n'est même pas indiqué correctement sur l'étiquette du jeu !

Bonus – Ce à quoi peut ressembler The Uncanny X-Men sur un écran cathodique :

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