Warcraft : Orcs & Humans

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Développeur : Blizzard Entertainment Inc.
Éditeur : Interplay Productions Ltd.
Testé sur : PC, Macintosh
Disponible sur : Mac OS X (10.11+), Windows (7, 8, 10)
En vente sur : Gog.com (Au sein d’un pack regroupant les deux premiers épisodes de la saga et leurs extensions)

La série Warcraft (jusqu’à 2000) :

  1. Warcraft : Orcs & Humans (1994)
  2. Warcraft II : Tides of Darkness (1995)
  3. Warcraft II : The Dark Saga (1997)

– Version PC & Macintosh –

Année de sortie : 1994
Nombre de joueurs : 1 à 2 (par modem, câble série et IPX)
Disponible en français : Non
Version testée : V1.15 émulée sous DOSBox
Spécificités techniques : Graphismes: VGA – Musique et sons: Adlib, Adlib Gold, Sound Blaster/Pro/Pro II/16/Awe 32, Pro Audio 16/Spectrum, General MIDI, Gravis Ultrasound

Vidéo – L’introduction du jeu :

Il arrive certains jours où il est difficile d’imaginer, même pour un retrogamer, un monde vidéoludique sans Blizzard Entertainment. La compagnie californienne et ses univers sont devenus tellement omniprésents au XXIe siècle, en particulier par le biais du colossal succès de World of Warcraft et par une suite de titres majeurs s’étirant de Starcraft à Diablo 2, que ce qui était à l’origine un petit studio monté confidentiellement par trois personnes est progressivement devenu à la fois une institution et quasiment une marque de fabrique, une sorte de gage de qualité instantané qui semblait décidé à ne plus jamais devoir se démentir jusqu’à ce que les choses ne commencent à se compliquer un peu avec le rachat par Activision. Mais ceci est une autre histoire.

Des hommes, des orques, que demander de plus?

Le fait est qu’en février 1994, Blizzard est un nom qui n’évoquait encore rien à personne, et pour cause: la compagnie fondée en 1991 sous le nom de Silicon & Synapse venait de changer deux fois d’identité en quelques mois, d’abord pour s’appeler Chaos Studios le temps de la sortie d’un unique jeu intitulé Blackhawk, avant que des problèmes de droits n’invitent la compagnie à opter pour Blizzard Entertainment, donc.

Les briefings seront l’occasion de se pencher un peu sur l’histoire du titre

La petite équipe avait jusqu’alors principalement œuvré sur consoles, mais le déclin du marché 16 bits la poussa à se diriger vers la micro-informatique, avec l’ambition de développer un jeu de stratégie en temps réel marchant dans les traces de Dune II. Très rapidement, l’idée de transposer le gameplay du hit de Westwood Studios dans un univers médiéval-fantastique s’imposa comme une évidence, au point de pousser la compagnie californienne à réfléchir à l’acquisition de la très populaire licence Warhammer. Mais l’équipe ayant gardé un assez mauvais souvenir de ses rapports avec DC Comics au cours du développement de The Death and Return of Superman et de Justice League: Task Force, elle optera finalement pour un univers original. Et voilà comment une légende est née.

Vos bases vont rapidement devenir de vraies petites villes

Si présenter l’univers de Warcraft apparait aujourd’hui comme difficilement nécessaire – à moins que vous n’ayez vécu dans une grotte au cours des vingt dernières années – le fait est que le titre qui initia la saga et sobrement intitulé Warcraft: Orcs & Humans n’est pas très connu du grand public, et le fait qu’il ne soit disponible à la vente nulle part, même pas sur le propre site de Blizzard, y est sans doute largement pour quelque chose (NDRA: à compter du 29/03/2019, le jeu est disponible à la vente dans un pack avec le deuxième épisode sur Gog.com). Mais puisque le terme de jeu « marchant dans les traces de Dune II » a été lâché, en quoi consiste exactement ce programme inaugural qui allait engendrer un univers aujourd’hui si touffu qu’il pourrait presque en donner des complexes à Tolkien lui-même?

Bien protéger vos paysans sera une condition sine qua non pour espérer survivre

Warcraft: Orcs & Humans est donc un jeu de stratégie en temps réel présentant tellement de similitudes avec Dune II que je ne peux que vous inviter à consulter le test du logiciel développé par Virgin Games si vous n’êtes pas encore familier avec lui. Tous les grands principes initiés par le titre de 1992 sont là: batailles en temps réel, collecte de ressources, production d’unités, construction de base. Trois grandes différences sautent néanmoins immédiatement aux yeux: le fait qu’il n’y ait plus désormais que deux camps au lieu de trois, le changement d’univers, et surtout l’apparition d’un mode multijoueur qui avait de bonnes raisons de faire saliver un paquet de monde.

Les niveaux situés dans des donjons cassent agréablement la routine

Commençons donc par le changement le plus évident: l’univers. Comme son sous-titre l’indique, Warcraft met aux prises deux armées très distinctes: les humains du royaume d’Azeroth qui voient un jour débarquer, depuis les marécages, une armée de créatures inconnues rapidement surnommées les orques et sortie – littéralement – de nulle part. Celle-ci n’étant visiblement pas très ouverte au concept de discussion pacifique, les premières escarmouches débouchent très rapidement sur une guerre qui pourrait signifier rien de moins que l’extermination pure et simple de l’espèce humaine.

Invoquer un élémentaire d’eau, c’est quand même la classe

Le gros avantage de ce scénario, c’est qu’il oppose deux factions avec une identité propre: plus question, comme dans Dune II, de proposer les mêmes unités d’un camp à l’autre avec un simple changement de couleur… même si, dans les faits, les différences d’une armée à l’autre demeurent une nouvelle fois essentiellement cosmétiques. Un fantassin humain dispose exactement des mêmes caractéristiques qu’un grunt orque, et il en va de même pour toutes les unités qui trouvent toujours leur équivalent dans le camp d’en face, les chevaucheurs de loup répondant aux chevaliers et les nécrolytes aux prêtres.

On a même droit à un écran des scores

Seuls les sortilèges – première nouveauté du jeu – différent d’un camp à l’autre, les prêtres humains pouvant par exemple soigner là où les nécrolytes orques préfèreront relever (temporairement) les morts. Toujours est-il que l’on est pour une fois réellement dépaysé en passant d’une faction à l’autre, le jeu ayant le bon goût d’offrir jusqu’à une refonte graphique de l’interface – et puis avouons que la possibilité d’incarner les « méchants » n’était pas encore très courante à l’époque, sans même parler de leur offrir toute une campagne.

Mieux vaut prévoir des forces conséquentes pour attaquer une base adverse

Pas de jaloux de ce côté-là non plus, d’ailleurs: chacun des deux camps disposera d’une campagne de douze missions pour se faire les dents et égrener un scénario qui, s’il reste simpliste, étonne déjà par la profondeur de son univers.

Attendez-vous à ce que la campagne orque comprenne son lot de guerres intestines

Surtout, là où Dune II ne proposait finalement que de reproduire très exactement le même type de mission pendant 95% de la partie – détruire la base adverse et basta – Warcraft a, pour sa part, l’excellente idée d’introduire un peu de variété à une formule qui s’essoufflait trop rapidement. Il arrivera par exemple que vous n’ayez pas de base à construire ni de ressources à récolter et que vous contrôliez un nombre défini d’unités dans un niveau pensé comme un donjon; ailleurs vous commencerez sans paysans, il faudra d’abord allez les libérer d’un groupe d’esclavagistes; ici c’est une base qu’il faudra aller sauver d’urgence avec un détachement avant de la réparer pour repartir à l’assaut…

Pas très bien entretenues, ces abbayes humaines! Il y a même des scorpions géants!

Mine de rien, ces excellentes idées dynamisent énormément un déroulement qui avait une fâcheuse tendance à tomber très vite dans la routine, et permettent d’aborder chaque mission de chaque campagne en nourrissant l’espoir d’être surpris – et en se sentant impliqué dans une histoire qui se dévoile devant nous, au point d’ailleurs d’assister à de petites mises en scènes pendant les missions. Des améliorations d’équipement font également leur apparition, et mieux vaudra investir dans des sortilèges et dans du matériel de pointe avant de se lancer à l’assaut d’une base adverse.

La possibilité d’améliorer ses unités est un ajout bienvenu

Mais bien évidemment, tout cela pourra passer pour un simple bonus à côté du véritable apport du jeu: le multijoueur. Certes, on ne peut jouer qu’à deux, mais on ne va pas faire la moue pour autant, surtout quand on se souvient à quel point la possibilité était novatrice pour le genre et pour l’époque. On trouve pas moins d’une vingtaine de cartes pour s’affronter dans la joie et la bonne humeur, et vous pouvez être sûr que chaque joueur d’alors avait déjà son camp préféré, entre ceux qui voulaient se la jouer en invoquant des démons et ceux qui préféraient pouvoir soigner leurs troupes.

Situation critique: mes paysans sont attaqués! C’est le moment de lâcher une pluie de feu

On notera que la vitesse du jeu est d’ailleurs paramétrable, pour ceux qui trouveraient le rythme de base un peu lent, et qu’il faudra également compter avec quelques désagréments dû à l’âge du titre, à commencer par un pathfinding assez médiocre, surtout quand il commence à y avoir pas mal de monde en mouvement. On appréciera, en revanche, qu’il soit enfin possible de faire des groupes – de quatre, ce qui n’est pas beaucoup mais constitue déjà un gros progrès – mais il n’est pas encore possible de les sauvegarder, ce qui compliquera une nouvelle fois les attaques que vous vous efforcerez de rendre coordonnées.

Les premières missions ont beau être faciles, on peut toujours se faire surprendre par excès de confiance

C’est d’autant plus dommage qu’une expédition d’une quinzaine d’unités est bien souvent un minimum pour espérer approcher une base adverse, mais avancer lentement et méthodiquement sera d’autant plus pertinent que vous n’aurez, cette fois, pas à craindre de vers de sable ou autres cochonneries dans le genre pour vous boulotter vos troupes en chemin. L’absence du brouillard de guerre, qui sera créé par le deuxième épisode, rend d’autant plus pertinente l’exploration rapide de la carte. Bien évidemment, le nombre fera souvent la différence, mais les premières stratégies multijoueurs étaient déjà très efficaces, à commencer par la célèbre « placer une catapulte près de la mine adverse », méthode parfaite pour se faire immédiatement des amis.

Vous en rêviez tous, la voici: c’est l’attaque de Hurlevent!

En terme de réalisation, le jeu a un charme fou et une patte qui a d’ailleurs survécu jusqu’aux épisodes les plus récents, World of Warcraft compris. Les graphismes sont détaillés, lisibles, les personnages sont bien animés malgré leur petite taille, l’interface est soignée, la minicarte est très claire… cerise sur le gâteau, le titre ne se prend déjà pas trop au sérieux, comme le prouvent les répliques que commenceront à vous sortir vos hommes si vous leur cliquez dessus à répétition – le degré de finition est vraiment très appréciable. En revanche, le jeu n’a à ma connaissance jamais bénéficié d’une version française officielle, il faudra donc maîtriser un minimum la langue de Shakespeare pour prétendre bénéficier de l’histoire du jeu.

Dès le premier jeu, on peut donner naissance à un scénario alternatif où les orques s’en vont envahir Kalimdor après avoir détruit Hurlevent

Pour l’anecdote, la version CD du jeu était lisible à la fois sur Macintosh et PC (les parties multijoueur étant d’ailleurs cross-platform), mais pour une raison obscure, les pistes numériques n’étaient lisibles que sur la version Mac! le PC devra donc se contenter de musique MIDI de très bonne qualité, particulièrement si vous avez la chance de bénéficier d’une Gravis Ultrasound qui offre une qualité très supérieure à celle des mêmes compositions, pourtant déjà très sympathiques, en General MIDI. Pour tous les amateurs de Dune II, difficile de ne pas craquer, tout comme pour tous les fans de la licence, mais les joueurs ne s’étant jamais frottés à un des premier STR devront apprendre à composer avec un rythme assez lent et avec une maniabilité assez exigeante. L’expérience vaut malgré tout largement la peine d’être tentée, ne fut-ce que pour cette sensation inexplicable d’avoir vécu en temps réel les premiers instants du conflit opposant la Horde à ce qui n’était pas encore l’Alliance.

Vidéo – La première mission du jeu :

NOTE FINALE : 17,5/20

À première vue, Warcraft: Orcs & Humans ressemble furieusement à un simple coup de peinture destiné à transposer Dune II dans un univers médiéval-fantastique - ce qui est d'ailleurs très largement le cas. Fort heureusement, Blizzard Entertainment aura également eu le bon goût d'apporter son lot de bonnes idées, à commencer par un mode multijoueur qui sonne désormais comme une évidence, et de placer son aventure dans un écrin ciselé, avec un univers crédible, une réalisation irréprochable et une jouabilité peaufinée. Si la plupart des idées majeures de la saga ne commenceront à débarquer qu'avec le deuxième épisode, le jeu reste auréolé d'un charme certain qui fait que tous les nostalgiques de la première moitié des années 90 ne devraient avoir aucun mal à (re)plonger, et que les fans de l'univers seront ravi de pouvoir vivre les premiers instants ludiques du royaume d'Azeroth.

CE QUI A MAL VIEILLI :

- Impossible de faire des groupes de plus de quatre unités ou de les garder en mémoire
- Pathfinding vraiment perfectible
- Rythme assez lent si l'on s'en tient à la vitesse par défaut
- En-dehors de la représentation graphique, les deux camps sont quasi-identiques
- Seulement deux types d'environnement, plus les donjons

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