Aleste Gaiden

Développeur : Compile Corp.
Éditeur : Compile Corp.
Testé sur : MSX
Présent au sein de la compilation : Disc Station Special 4 : Autumn Edition (1989 – MSX)

La série Aleste (jusqu’à 2000) :

  1. Power Strike (1988)
  2. Aleste Gaiden (1989)
  3. Aleste 2 : Neo Bio Cyber Shooting (1989)
  4. M.U.S.H.A. : Metallic Uniframe Super Hybrid Armor (1990)
  5. GG Aleste (1991)
  6. Super Aleste (1992)
  7. Robo Aleste (1992)
  8. Power Strike II (Master System) (1993)
  9. Power Strike II (Game Gear) (1993)

Version MSX

Date de sortie : Septembre 1989 (Japon)
Nombre de joueurs : 1
Langue : Japonais
Support : Disquette 3,5″
Contrôleurs : Clavier, joypad
Version testée : Version japonaise (NTSC)
Spécificités techniques : Système : MSX 2

Vidéo – L’introduction et l’écran-titre du jeu :

Se pencher sur un jeu vidéo, c’est exactement comme une enquête policière : il y a toujours des indices à disposition de ceux qui ont la curiosité de les chercher.

D’un point de vue strictement chronologique, on pourrait par exemple considérer Aleste Gaiden comme le deuxième opus de la célèbre licence de Compile, mais plusieurs données nous invitent d’entrée à placer cet épisode un peu à part. Rationnellement, on pourra déjà arguer avec un certain bon sens que le titre ne porte pas le numéro deux, qui aura échu pour l’occasion à un autre logiciel développé en parallèle et paru à peine un mois plus tard. Une autre bonne indication, au passage, que cet épisode n’est pas tout à fait rattaché à la série « canonique » – comme l’est l’emploi du terme « Gaiden » dont font régulièrement usage les spin-offs nippons.

Et histoire d’en rajouter encore une couche sur ces informations déjà parlantes, Aleste Gaiden possède également la particularité… de n’avoir jamais été commercialisé par lui-même. Surprenant mais vrai : le titre, que l’on pouvait imaginer relativement attendu après le bon accueil réservé au premier épisode, n’aura été rendu disponible que par le biais d’une compilation trimestrielle publiée par son éditeur (et développeur), au côté de logiciels n’ayant rien à avoir avec les shoot-them-up comme Crimson II ou J.B. Harold 3. Autant d’indices tendant à indiquer que ce fameux Aleste Gaiden n’était vraisemblablement pas le jeu vidéo auquel son éditeur croyait le plus au sein de son catalogue, et on pourrait même aller jusqu’à le considérer comme un simple produit promotionnel – pour ne pas dire un bouche-trou – visant à attirer le projecteur sur la « véritable » suite que serait Aleste 2. Bref, une sorte d’amuse-gueule destiné à entretenir l’appétit des joueurs le temps de leur servir le véritable plat de résistance.

Mais bon, quitte à poursuivre l’analogie, on dira simplement que découvrir Aleste Gaiden avant Aleste 2, c’est un peu comme dévorer un Big Mag graisseux dix minutes avant un repas gastronomique dans un restaurant trois étoiles : le mieux est peut-être tout simplement de prendre son mal en patience et de s’abstenir.

L’épisode s’inscrit dans une timeline « alternative » se déroulant sur une terre post-apocalyptique où une sorte d’intelligence artificielle est parvenue à prendre le contrôle des cyborgs de Muromachi City, une cité du futur peuplée par une population « augmentée », pour reprendre un terme qui devrait parler aux amateurs de cyberpunk.

C’est alors qu’une sorte de ninja du futur avec une armure mécanisée fait son apparition, le temps de se nommer « Aleste » et d’aller régler la situation en tuant tout ce qui se trouve sur son chemin – ce qui a au moins le mérite de nous indiquer que cette aventure ne se déroulera pas dans un vaisseau spatial ou dans un avion, mais bien à pied (soit une raison supplémentaire pour placer cet épisode à part). Au file de cinq (maigres) niveaux présentés en défilement vertical, l’idée va donc être sensiblement la même que d’habitude : vaincre l’opposition et les boss jusqu’à la cinématique de fin. Un menu seulement enrichi par la possibilité – et la nécessité – d’éviter obstacles et gouffres béants en plus des adversaires, puisque je rappelle que votre armure du futur n’est pas fournie avec des ailes. Et en-dehors de cela ? Eh bien on retrouve ce qui faisait déjà la force et la réputation de la série naissante… ou presque.

Rapidement, difficile en effet de congédier la sensation persistante d’être en train de jouer à une sorte de « super démo ». Déjà, comme on l’a vu, cinq niveaux, ce n’est pas exactement énorme, surtout quand ceux-ci durent tous moins de cinq minutes – voire moins de trois, comme devrait vous l’indiquer la vidéo de gameplay du premier niveau un peu plus bas. Il n’y a pas d’écran des options, aucun réglage d’aucune nature – il n’est même pas possible de mettre le jeu en pause !

Les power-ups se limitent ici à une ou deux silhouettes reproduisant toutes vos actions à la façon de Gradius et à trois types de tir ayant tous en commun de n’aller que droit devant votre personnage (aucun tir couvrant) et de n’être défini que par leur couleur, leur puissance et leur vitesse – mais même le tir le plus rapide tend à souffrir d’un rythme assez lent qui parvient à vous pénaliser face à une opposition qui ne doit pratiquement jamais dépasser trois ou quatre ennemis à la fois à l’écran. Il le fait d’ailleurs si bien qu’en dépit de cette adversité pour le moins éparse, le jeu se montre particulièrement difficile, la faute en revenant principalement au peu de temps dont on dispose pour anticiper une menace tout en devant consacrer une partie de sa concentration à éviter les obstacles au sol. On peut mourir très vite et très facilement, dans Aleste Gaiden, et c’est bien trop souvent parce que le tir malingre met un peu trop de temps à se déclencher ou parce que le masque de collision très punitif de notre ninja lui vaut de trépasser pour avoir été frôlé par un tir ou un adversaire. Le bon côté est que cela oblige à rester concentré face à une action autrement pas trépidante et à une expérience qui aurait vraisemblablement été bouclée dès la première partie si notre héros avait eu la bonne idée de profiter du même arsenal que dans les autres épisodes de la série.

L’ennui étant d’ailleurs le criant manque d’ambition de cet épisode, qui dénote cruellement au sein d’une licence qui n’en a autrement jamais manqué. Les décors sont vides et répétitifs, les adversaires sont toujours les mêmes d’un niveau à l’autre, les boss ne font preuve d’aucune imagination et n’emploient littéralement qu’un seul pattern à chaque fois ; même les environnements sentent le recyclage et les éléments repris directement des deux premiers opus.

Bref, on est moins face à un nouvel Aleste que face à une sorte de sous-Undeadline qui sent à plein nez le petit bonus glissé dans une compilation afin d’aider à la vendre, et qui dispose de la même valeur ludique que ces figurines de chez Funko qui semblent représenter le pic absolu de l’esthétique et du bon goût chez les gens qui n’en ont aucun. Autant dire un programme pas vraiment fait pour marquer les esprits et sur lequel même les fans de la licence pourront faire l’impasse tant il n’engage aucun des ingrédients qui font mouche dans les autres épisodes de la série – les épisodes « canoniques », s’entend. Dans le meilleur des cas, une curiosité qui ne devrait vous retenir une heure – soit juste le temps de trouver la patience pour vaincre le peu qu’elle a à offrir. Comme quoi, le secret des amuse-gueules, c’est qu’ils n’ont souvent un intérêt que lorsqu’on a vraiment faim.

Vidéo – Le premier niveau du jeu :

NOTE FINALE : 11/20

Chaque licence doit toujours compter son mouton noir, et on a presque le sentiment qu'Aleste Gaiden était conçu d'entrée pour être ce jeu-là dans la saga autrement quasi-irréprochable de Compile. Uniquement vendu au sein d'une compilation bien évidemment jamais sortie du Japon, ce spin-off peu inspiré compense comme il le peut son manque surprenant de variété, de profondeur et de contenu par une difficulté immonde plus largement due à la lenteur des tirs du personnages et à son arsenal malingre qu'aux quelques malheureux ennemis qui daignent s'aventurer à l'écran. Entre les niveaux creux, l'action répétitive et l'absente consternante de fun de l'expérience, on réservera cet épisode méconnu aux affamés en manque de logiciels insurmontables – tous les autres seraient bien mieux inspirés d'aller lancer virtuellement n'importe quel autre épisode de la série.

CE QUI A MAL VIEILLI :

– Contenu décevant : cinq niveaux, trois tirs et une poignée d'adversaires
– Difficulté très élevée, et rarement pour de bonnes raisons

Bonus – Ce à quoi peut ressembler Aleste Gaiden sur un écran cathodique :

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