Gabriel Knight : Sins of the Fathers

Développeur : Sierra On-Line
Éditeur : Sierra On-Line
Titres alternatifs : Gabriel Knight: Les péchés des ancêtres (France), Gabriel Knight: Die Sünden der Väter (Allemagne), Gabriel Knight: Lucha Contra Las Fuerzas Sobrenaturales (Espagne), Gabriel Knight: Pecados dos Pais (Brésil), Gabriel: Zikhronot Afelim (Israël)
Testé sur : PC, PC-CD

La saga Gabriel Knight (jusqu’à 2000) :

1 – Gabriel Knight: Sins of the Fathers (1993)
2 – The Beast Within : A Gabriel Knight Mystery (1995)
3 – Gabriel Knight 3: Blood of the Sacred, Blood of the Damned (1999)

***** Version PC (disquettes) *****

Année de sortie : 1993
Disponible en Français : oui

L’introduction du jeu:

Souvenons-nous un instant d’une époque – désormais révolue, cela va de soi – où Sega et Nintendo se livraient à une saisissante guerre des consoles, occultant d’autres conflits que les moins de trente ans ne peuvent pas connaître. Au début des années 90, en plein âge d’or du point & click, deux firmes se disputaient la suprématie dans le domaine du jeu d’aventure, ne laissant que les miettes à quelques outsiders occasionnels comme Revolution Software ou Adventure Soft – dont nous aurons sans doute l’occasion de tester les jeux sur ce site un peu plus tard. La doyenne de ces deux firmes, Sierra On-Line, malgré une série de licences en pleine santé (nommément King’s Quest, Space Quest ou Leisure Suit Larry), sentit qu’il était temps de faire face à la société montante qu’était Lucasfilm Games en explorant de nouvelles sagas. C’est ainsi qu’au milieu des EcoQuest et autres Willy Beamish, on demanda à la romancière Jane Jensen d’imaginer un personnage appelé à rester dans les mémoires. Son nom ? Gabriel Knight.

Le jeu sait prendre son temps pour installer efficacement son ambiance

En 1993, le premier épisode de la saga, Gabriel Knight : Sins of the Fathers, voit donc le jour en version CD et disquettes. Il vous met au commande du héros éponyme, propriétaire d’une modeste boutique de livres rares sur Bourbon Street, au cœur du quartier français de la Nouvelle Orléans. Gabriel, en plus d’être un libraire fauché bien en peine de rémunérer sa seule employée, Grace Nakimura, est également un jeune écrivain en plein syndrome de la feuille blanche, incapable de donner une suite aux aventures de son héroïne orthodontiste (!). Puisant l’inspiration là où elle se présente, notre protagoniste est bien décidé à se pencher sur la question des meurtres vaudous qui secouent la ville, profitant pour cela de sa vieille amitié avec l’inspecteur Mosely, chargé de l’affaire, et à qui il a promis une apparition dans son prochain roman en échange d’infos plus ou moins confidentielles. Sauf que, comme on peut s’en douter, cette simple enquête amateure va rapidement dériver en quelque chose de beaucoup plus dangereux, qui va l’amener à se pencher jusque sur les origines allemandes de sa famille, et sur un mot dont il ignore encore le sens : Schattenjäger.

Les conversations sont l’occasion de mettre enfin un visage sur les différents protagonistes

D’entrée de jeu, le plus frappant en abordant cette aventure aux commandes de notre séducteur invétéré, mi-loser mi-héros en devenir, c’est la qualité de l’écriture. Dans les dialogues tout d’abord, qui n’hésitent pas à faire usage d’un langage cru ou à des propos plus ou moins graveleux, mais aussi à des mots d’esprit extrêmement bien sentis ou à des remarques acides aptes à tirer quelques sourires, et dont la principale qualité est de parvenir à rendre immédiatement attachants des personnages sur lesquels on ne peut mettre un visage que lors des (nombreuses) conversations du titre. Dans le scénario, ensuite, qui figure – disons-le d’emblée – parmi les tous meilleurs jamais écrits pour un jeu vidéo, n’étant à mon sens éclipsé dans ce domaine que par sa suite directe, The Beast Within.

Graphiquement, le jeu ne déçoit jamais

C’est bien simple : en plus de laisser place à une montée progressive vers le fantastique extrêmement bien orchestrée – l’enquête s’étoffant, petit à petit, d’éléments subtils décidés à vous faire comprendre que vous approchez de quelque chose qui n’est pas bon pour vous – le jeu fourmille de références documentées et absolument passionnantes sur la Nouvelle Orléans, sur Marie Laveau ou sur le Vaudou. C’est bien simple : c’est très certainement l’un des seuls jeux qui vous donnera envie de vous documenter, après coup, sur le Vaudou, sur le Hoodoo, sur la révolte haïtienne, les loas, les vévés, les hounfours et tous les éléments que vous apprendrez à connaître en même temps que votre personnage, aussi novice que vous en la matière au début du jeu. L’histoire, passionnante d’un bout à l’autre, se terminera en apothéose lors d’un grand final où vous aurez à cœur de sauver la peau de personnages que vous aurez appris à apprécier comme rarement on aura eu l’occasion de le faire dans un jeu d’aventure du début des années 90.

Parfois, de courtes bandes dessinées viennent participer à la mise en scène

Pour cela, il faudra d’abord être infiniment reconnaissant à ce jeu d’avoir accepté de se débarrasser de certaines des tares récurrentes les plus énervantes des jeux Sierra de la période. À commencer par cette manie de mourir toutes les cinq minutes pour des raisons plus stupides les unes que les autres, que ce soit en ratant une marche, en ramassant un objet trop pointu, voire… en tirant la chasse d’eau (authentique !) Non, pas de ça dans Gabriel Knight : S’il est bel et bien possible de trouver la mort, il faudra déjà atteindre un stade relativement avancé du jeu, et ce sera de toute façon dans des situations qui tomberont rarement du ciel.

La carte vous permettra d’écumer aussi bien le quartier français que le reste de la Nouvelle Orléans

Une sauvegarde au début de chacune des journées du jeu, qui en compte dix, devrait vous éviter les pires frustrations même si, je le répète, dans 95% des cas on sait pertinemment qu’on est en train de se diriger vers des ennuis et qu’il vaudrait mieux prendre ses précautions avant d’aller se jeter dans la gueule du loup. Le jeu est également – et c’est authentiquement salutaire – largement non-bloquant. Vous vous souvenez de ces parties de King’s Quest à recommencer depuis le début parce que vous aviez oublié de ramasser un objet trois heures de jeu auparavant et qu’il vous était impossible de faire demi-tour pour aller le reprendre ? Eh bien, c’est à oublier ici aussi : il n’y a ni piège, ni impératif de temps, et chacune des journées du jeu ne se termine que lorsque vous aurez accompli ce que vous étiez censé y accomplir. De fait, je ne pense avoir rencontré des situations « bloquantes » qu’à l’extrême fin du jeu, et encore, pour une scène particulière qui se terminait en game over dans la minute qui suivait si vous l’abordiez sans avoir tout le matériel nécessaire à la résolution de la dernière ligne droite, très peu de chance de se retrouver coincé à ce stade, donc.

Au bout de quelques jours, les choses commencent à s’envenimer

Les énigmes, d’ailleurs, si elles sont parfois particulièrement retorses, font appel à la logique plus qu’à la chance, et vous aurez très peu de chance d’en résoudre une seule en utilisant au hasard tous les objets de votre inventaire sur n’importe quoi – d’autant que l’inventaire en question risque de se remplir très vite, et que la solution n’est jamais absurde à partir du moment où vous comprenez ce que vous avez à faire. Attendez-vous néanmoins à cogiter sérieusement à plusieurs reprises – ce qui, à une époque où on peut trouver une solution en moins de dix secondes sur internet, ne dépendra que de votre patience. En vous mettant en position de joueur lambda en situation réelle, comptez au moins une quinzaine d’heures pour venir à bout du titre – dont une grande partie sur les écrans de conversation.

Sang, nudité… le jeu ne censure rien, et c’est très bien comme ça

Niveau réalisation, Sierra était connu pour la qualité de ses réalisations en VGA, et Gabriel Knight ne déroge pas à la règle. C’est lisible, c’est détaillé, la chasse au pixel caché se fait très rare, et les portraits employés lors des conversations sont très réussis, bref, c’est le sans-faute. Surtout que le jeu multiplie les animations, les encarts façon bande dessinée lors des scènes-clés, et que la mise en scène fait son maximum pour vous plonger dans l’ambiance – ce qu’elle fait bien.

Certaines énigmes sont très originales

La musique est également de très bonne qualité, même si le jeu se montrera assez chiche en bruitages dès l’instant où vous opterez pour autre chose que pour une SoundBlaster. Bref, à moins d’être totalement allergique à la production graphique de l’époque, difficile de ne pas tomber sous le charme. L’interface du jeu, elle, n’apparait que lorsque vous approchez le curseur du bord supérieur de l’image – et a la très bonne idée de placer le jeu en pause à cet instant, ce qui sera infiniment précieux lorsque l’on vous demandera d’agir en temps limité au milieu d’une situation potentiellement mortelle.

Le jeu vous baladera sur pas moins de trois continents

Quelques mots, enfin, sur la version française: celle-ci, à l’instar de ce que proposaient tous les jeux Sierra à l’époque, comporte son lot de coquilles, de fautes d’orthographe et de contresens – mais fort heureusement, elle n’handicape jamais le jeu au point de pénaliser sa compréhension ou le plaisir qu’on prend à y jouer. Elle est, malheureusement, rarement disponible à la vente sur les plate-formes en ligne qui se contentent le plus souvent de proposer la version originale.

NOTE FINALE : 18/20

Sur le podium des jeux d’aventure proposant une enquête passionnante, des personnages marquants, une écriture n’ayant rien à envier à celle d’un excellent livre et une mise en scène mémorable, la première place se joue probablement entre ce premier épisode de la saga Gabriel Knight et sa suite directe. Délesté d’une grande partie des lourdeurs qui empoisonnaient jusqu’alors les jeux Sierra, Sins of the Fathers vous happera pratiquement du début jusqu’à la fin tout en vous apprenant un milliard de choses sur le vaudou ou sur l’histoire de la Nouvelle Orléans. Plus qu’un jeu : une expérience.

CE QUI A MAL VIEILLI :

– On peut vite tourner en rond lorsqu’on ne sait plus quoi faire pour faire avancer une journée

– Quitte à pouvoir mourir, la bonne idée aurait été de nous permettre de recommencer juste avant notre mort plutôt que de repartir d’une sauvegarde

– La version CD est tellement supérieure qu’elle renvoie un peu cette version disquette aux oubliettes

 

***** Version PC (CD) *****

L’introduction du jeu :

Sortie quelques mois après la version disquette, cette version CD de Gabriel Knight fait les choses bien, en grand, et à vrai dire en mieux dans tous les domaines.

Graphiquement, tout d’abord, le jeu propose désormais un mode SVGA. Non, je vous freine tout de suite : ne vous attendez pas à découvrir tout le jeu en haute résolution, cette modification ne concerne que certains détails spécifiques. Ainsi, difficile à présent de rater la loupe ou la pince à épiler sur le premier écran du jeu : les rares bribes de chasse au pixel sont définitivement enterrées, ce qui rend le jeu un tout petit peu plus simple que sur la version basse résolution (mais vraiment de peu, vu le faible nombre d’énigmes reposant sur un objet dissimulé). En revanche, tous les portraits ont bénéficié de cette refonte, ce qui offre au jeu un gain non négligeable lors des conversations. Si vous n’étiez pas tombé amoureux de Malia Gedde dans la première version, cette fois, vous n’aurez plus d’excuse. Notons aussi que l’intro a été refaite avec un plus grand luxe de détails – comme vous pourrez le voir ci-dessus – ce qui la rend un peu plus compréhensible que la suite de flashs très courts de la version disquette.

Observez les objets en haute résolution, en bas de l’image

Musicalement ensuite, on s’en doute, le support CD fait également beaucoup de bien. Pour la musique, bien sûr, mais également pour les bruitages, plus nombreux dans cette version – d’autant que cette fois, le jeu reconnait enfin le combo Roland MT-32 + Soundblaster. L’ambiance y gagne encore en qualité – mais naturellement, le gros bonus, comme on peut s’y attendre, provient du doublage. Et à ce niveau, Sierra n’a pas pris les joueurs pour des pigeons en faisant appel à un casting « light », jugez plutôt : pour prêter sa voix à Gabriel Knight, on trouve rien de moins que le génial Tim Curry (The Rocky Horror Picture Show, Ça) et pour lui donner la réplique dans le rôle de Mosely, tenez-vous bien… Mark Hamill (La Guerre des Étoiles)! Sachant que le reste de la distribution est à l’avenant et que tous les personnages sont parfaitement doublés, des dialogues qui étaient déjà très bons se transforment parfois en authentique morceaux de bravoure, contribuant ainsi à donner encore un supplément d’âme à un titre qui en avait déjà à revendre. Soyons heureux que la VF ait choisi de garder ces voix plutôt que de les remplacer, au hasard, par les doubleurs de Dragon Lore sans quoi on aurait pu légitimer des actes de violence justifiés par un pareil crime de lèse-majesté.

Les portraits s’affichent désormais dans toute leur pleine gloire

 

NOTE FINALE : 19/20

La version CD de Gabriel Knight fait tout mieux que son homologue sur disquette: plus belle, plus lisible, avec une meilleure musique et de meilleurs bruitages – plus un coup de polish sur l’intro et le menu du jeu tant qu’on y est – elle profite surtout d’une formidable distribution vocale pour faire entrer définitivement le jeu dans la légende. Cela tombe bien : c’est la seule qui soit disponible à la vente sur toutes les plates-formes de téléchargement, souvent à des prix dérisoires. Un conseil, si jamais vous êtes passé à côté de ce jeu, laissez-vous tenter. Il y a très peu de chances que vous le regrettiez.

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