Classic Bubble Bobble

Développeur : Taito Corporation
Éditeur : Nekogumi (Japon) – Taito Corporation (Europe) – Metro3D, Inc. (Amérique du Nord)
Titre original : Taito Memorial : Bubble Bobble (Japon)
Titre alternatif : Bubble Bobble (écran-titre)
Testé sur : Game Boy Color

La saga Bubble Bobble (jusquà 2000) :

  1. Bubble Bobble (1986)
  2. Rainbow Islands : The Story of Bubble Bobble 2 (1987)
  3. Rainbow Islands Extra (1988)
  4. Parasol Stars : The Story of Bubble Bobble III (1991)
  5. Bubble Bobble Part 2 (NES) (1993)
  6. Bubble Bobble Part 2 (Game Boy) (1993)
  7. Bubble Bobble II (1994)
  8. Bubble Memories : The Story of Bubble Bobble III (1996)
  9. Classic Bubble Bobble (1999)
  10. Rainbow Islands : Putty’s Party (2000)

Version Game Boy Color

Date de sortie : Octobre 1999 (Europe) – 1er novembre 1999 (Amérique du Nord) – 26 mai 2000 (Japon)
Nombre de joueurs : 1
Langue : Anglais
Support : Cartouche
Contrôleur : Console
Version testée : Version européenne
Spécificités techniques : Cartouche d’1Mb
Compatible avec la Game Boy et avec le Super Game Boy

Vidéo – L’écran-titre du jeu :

À force d’accumuler les épisodes plus ou moins inspirés qui entendaient tous renouer avec le succès du premier opus – sans jamais y parvenir – la saga Bubble Bobble commençait à arriver dans une impasse. Une impasse logique, diront certains, quand l’unique objectif était visiblement de coller au maximum à une expérience qui allait déjà sur ses quatorze ans sans réellement chercher à mettre le doigt sur la petite idée en plus qui pourrait faire la différence et raviver le feu sacré dans l’œil de joueurs qui, entretemps, avaient eu le temps de découvrir bien d’autres choses que les deux dragons cracheurs de bulle (pour remettre un peu de contexte, 1999 est l’année de sortie de jeux comme Spyro 2, Donkey Kong 64 ou Rayman 2).

Alors quitte à être des bateaux à contre-courant sans cesse ramenés vers le passé, pour citer Fitzgerald, les huiles de Taito finirent par assumer la conclusion logique de la direction empruntée par la licence depuis Bubble Bobble Part 2 : un remake. Ou un hommage. Ou un remaster – appelez ça comme vous voulez, l’important était surtout de pouvoir faire un truc qui fonctionne exactement comme le premier Bubble Bobble mais sans qu’on vienne leur en faire le reproche, cette fois. Et comme la Game Boy Color était justement la console de prédilection des vieux titres repackagés pour avoir l’air neuf, quelle meilleure idylle pour enfanter Classic Bubble Bobble, le jeu qui annonce dès son titre qu’on n’y trouvera rien de neuf ? Eh bien la morale de cette histoire est que la magie existe, car en reprenant exactement la même formule pour essayer de reproduire exactement le même jeu, les équipes de Taito seront parvenues à se rater dans les grandes largeurs. Le talent, mesdames et messieurs.

D’entrée, la cartouche assume malgré tout la contradiction de se présenter comme un titre « original » (ce qui lui vaut d’être testé ici plutôt que de simplement apparaître dans la copieuse liste de portages de Bubble Bobble) par le biais d’une très courte introduction qui vous indique que l’objectif de Bubby est cette fois d’aller chercher le remède nécessaire à la guérison de son frère malade Bobby… lequel ne sera donc pas jouable, cantonnant de fait l’aventure à une expérience exclusivement solo. Pas tout à fait une surprise, mais toujours une déception pour une licence dans laquelle le multijoueur coopératif est normalement une valeur cardinale.

Et à partir de là, c’est tout simplement Bubble Bobble, mais avec soixante niveaux originaux. Et sans la moindre trace d’une route secrète ou d’une fin alternative. Et avec tous les défauts de la version Game Boy de 1990. Et avec en plus une jouabilité franchement problématique. Le tout dans dans une modeste cartouche d’1Mb (comme la version de 1990…), ce qui en dit beaucoup sur l’ambition du titre en termes de variété et de contenu. Et en recyclant au passage au maximum les graphismes des versions 8 bits précédentes. Et sans l’ombre du début du commencement d’un mécanisme original, ou même d’un mécanisme récurrent – pas de « super bulle », pas de possibilité de s’envoler, pas de section maritime, rien du tout. Ça commence à ne pas sentir très bon, non ?

Très honnêtement, et pour reprendre la remarque cinglante d’un testeur britannique qui redécouvrait le jeu en 2010, Taito aurait sans doute été plus inspiré de reprendre les deux épisodes précédents de Bubble Bobble à être parus sur Game Boy, à les mettre en couleur et à les vendre tels quels – le joueur aurait été gagnant à tous les niveaux. Car le plus navrant avec cette version est surtout d’avoir perdu absolument tout ce qui faisait la force de la licence à l’origine, à commencer par son excellente jouabilité. Taito avait confessé en 1996 avoir perdu le code source de la borne d’arcade originale, mais cela n’excuse pas le naufrage qu’est le maniement de cette édition.

Déjà, l’idée d’ajouter un défilement pose exactement les mêmes problèmes que dans la version de 1990, mais en dix fois pire : 95% des fois où notre personnage trouve la mort, c’est parce qu’il est tombé nez à nez avec un monstre qu’il n’avait aucune chance de voir au cour d’un des milliards de « sauts de la foi » qu’il va être amené à exécuter au cours de la partie, souvent au ralenti (sa chute est extraordinairement lente) et avec une vue qui ne se centre jamais dans l’axe de la hauteur. C’est déjà extraordinairement énervant, mais comme les développeurs étaient visiblement décidés à ne pas se foirer à moitié, ils ont tenu à ajouter des sauts à la fois raides, flottants et imprécis, des masques de collision si catastrophiques que le simple fait de parvenir à percer une bulle (pourtant légèrement central dans le concept !) est déjà une corvée, et une des idées les plus fantastiquement débiles de toute l’histoire de la licence : des ennemis qui se déplacent TOUS plus vite que vos bulles ! Ce n’est pas un remake, c’est un coup de grâce !

Alors certes, avec beaucoup de pratique, on peut finir par dompter en partie la jouabilité ratée du titre, et la difficulté rendue immonde par les errements du gameplay est aisément tempérée par le fait de bénéficier d’un mot de passe à chaque niveau. La vraie question étant : pourquoi se donner ce mal ? La réalisation n’a rien d’extraordinaire (comme on l’a vu, à peu près tout est recyclé des épisodes précédents), le level design est vu et revu, l’équilibrage est abominable, les boss sont répartis n’importe comment (neuf boss en soixante niveaux et le premier n’apparait qu’au niveau seize…), la lisibilité souffre de l’écran à cristaux liquides, les pouvoirs spéciaux sont rarissimes…

non seulement c’est du réchauffé, mais c’est du réchauffé n’importe comment arrosé de ketchup périmé pour masquer les plaques de moisi – sincèrement, ce n’est même pas au niveau d’un projet de fans réalisé lors d’un de ces défis consistant à développer un jeu en moins de vingt-quatre heures. On attendait un remake doublé d’un hommage, on se retrouve avec un ersatz sans talent, âme ni inspiration où la frustration ne le dispute qu’à l’ennui. Si c’était un projet pour bizuter de jeunes développeurs, ce n’était peut-être pas la peine de le commercialiser, non ? Quoi que ça soit, ni les fans, ni les néophytes, ni les curieux n’y trouveront leur compte à un quelconque niveau. Si vous voulez vraiment renouer avec Bubble Bobble premier du nom, le plus simple est sans doute de retourner jouer à la borne – qui était amusante, elle.

Vidéo – Cinq minutes de jeu :

NOTE FINALE : 09/20

Bubble Memories l'avait laissé entrevoir, mais Classic Bubble Bobble sera venu le confirmer : à la fin du siècle dernier, la licence phare de Taito était arrivée totalement à bout de souffle. Passe encore que ce remake peu inspiré n'introduisent pas le début du commencement d'un nouveau mécanisme ou d'une nouvelle idée, mais qu'il parvienne en plus à saboter la jouabilité d'un grand classique tout en reproduisant stupidement les erreurs de la version Game Boy du premier opus – et ce alors que Bubble Bobble Part 2 était parvenu à les corriger ! – là, c'est bien le signe que la firme japonaise était juste en train de traire la vache à lait sans finesse ni la plus infime considération pour les joueurs. En y ajoutant un contenu faiblard comparé aux autres épisodes, des power-up quasi-absents, une difficulté horripilante dû à une lisibilité immonde et l'absence inexcusable du mode deux joueurs, on hérite d'une version qu'on ne conseillera à personne et surtout pas aux fans qui mérite mieux que ce plat médiocre façonné à partir d'ingrédients oubliés dans un carton pendant treize ans. À oublier.

CE QUI A MAL VIEILLI :

– Lisibilité catastrophique : on passe son temps à avancer en aveugle
– Une jouabilité qui a perdu la précision et la réactivité des opus précédents...
– ...au point d'en devenir authentiquement frustrante
– Toujours pas l'ombre d'une idée neuve
– Une aventure exclusivement solo

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