
Développeur : Pony, Inc.
Éditeur : Pony, Inc.
Testé sur : MSX
La licence Back to the Future (jusqu’à 2000) :
- Back to the Future (Electric Dreams Software) (1986)
- Back to the Future (Pony) (1986)
- Back to the Future Adventure (1986)
- Back to the Future (Beam Software) (1989)
- Back to the Future Part II (1990)
- Back to the Future Part II & III (1990)
- Back to the Future Part III (1990)
- Super Back to the Future Part II (1993)
Version MSX
| Date de sortie : 1986 (Japon) |
| Nombre de joueurs : 1 |
| Langue : Anglais |
| Support : Cartouche |
| Contrôleurs : Clavier, joypad |
| Version testée : Version cartouche testée sur MSX (NSTC) |
| Configuration minimale : Système : MSX 1 |
Vidéo – L’écran-titre du jeu :
Dans notre réalité fatalement occidentalo-centrée, on a souvent l’occasion de s’étonner et/ou de s’esbaudir des diverses curiosités et autres névroses de la culture japonaise (vous savez, leur passion pour les toilettes et l’humour pipi-caca, leur obsession pour tout ce qui tourne autour du lycée et des uniformes scolaires, leur amour immodéré pour les robots et les monstres géants, etc.), mais on a plus rarement la curiosité de s’intéresser au rapport inverse, à savoir la culture occidentale vue sous le prisme nippon.

Au-delà de l’aura internationale de Paris, de la baguette et du béret en ce qui concerne la France, on en viendrait parfois surtout à oublier l’extraordinaire puissance du rouleau compresseur culturel américain depuis les débuts de l’après-guerre, au point de voir des blockbusters totalement calibrés pour le marché étasunien étendre leur public bien au-delà du vieux continent pour s’infiltrer jusque dans les interstices de la pop culture japonaise. Si les adaptations de manga auront eu quelques timides occasions de s’exporter – souvent par le biais de la France – dès le début des années 90, le fait est qu »il aura fallu attendre un bon bout de temps pour voir arriver en occident des jeux vidéo tirés du cinéma japonais (principalement des films à grands spectacles à la Godzilla, on attend toujours les adaptations d’Ozu ou de Kurosawa…). Pourtant, dans le sens inverse, on pouvait trouver dès les années 80 des adaptations japonaises exclusives des Goonies, de Rambo, ou comme c’est le cas ici de Retour vers le Futur. L’occasion de se pencher sur une question intéressante : en la matière, les développeurs orientaux faisaient-ils mieux que leurs collègues américains et européens, rarement inspirés en la matière ? Premiers éléments de réponse avec ce Back to the Future à la sauce MSX1.

Premier problème évident posé à toutes les adaptation du film : quel objectif et quel type de jeu tirer des tribulations spatio-temporelles de Marty McFly à Hill Valley ? De façon intéressante, la version de Pony choisit d’opter pour… la même réponse que la version d’Electric Dreams Software en demandant au jeune homme de réunir ses (futurs) parents, George et Lorraine.

La bonne nouvelle, c’est plutôt que d’en tirer un non-jeu expérimental qui ne sait jamais très bien ce qu’il cherche à accomplir ni comment, l’équipe japonaise aura opté pour un gameplay nettement plus classique (et plus efficace) : celui d’un jeu d’action/plateforme très axé arcade. Le principe est simple : chacun des dix niveaux du jeu lâche Marty dans un Hill Valley « rond » (on peut aller vers la gauche ou vers la droite et aboutir au même point dans les deux cas) pour y trouver son père et sa mère, lesquels sont… dissimulés derrière des fenêtres que l’on peut ouvrir simplement en sautant devant, annonçant la façon dont Michael Jackson irait débusquer les enfant enlevés par Mr. Big dans les versions domestiques de Moonwalker (autre adaptation japonaise d’un film américain, by the way). Si George acceptera automatiquement de suivre Marty, Lorraine pour sa part ne bougera qu’une fois rejointe par George (ce qui est un peu contradictoire avec le film, où elle était toujours très disposée à suivre Marty), et le couple une fois réuni devra être accompagné jusqu’à la fameuse salle de danse hébergeant le bal du lycée, ce qui signera la fin du niveau avant de recommencer exactement la même chose au suivant. Simple, efficace.

La jouabilité est elle aussi limpide : on se déplace avec la croix directionnelle (ou les touches du clavier), on saute pour éviter les ennemis ou leur retomber sur la tête (ce qui les tue), et certains d’entre eux lâcheront parfois des bonus comme une rallonge de temps (car oui, les niveaux sont chronométrés) ou des chaussures qui permettront de sauter plus haut en utilisant la flèche du haut – et qui deviendront rapidement indispensables dans les niveaux avancés afin de pouvoir atteindre des fenêtres placées en hauteur dans des maisons dotées d’un étage.

Car pour le coup, comme on l’a vu, le cadre de l’action restera toujours une Hill Valley présentée dans une version très champêtre se limitant à quelques maisons et à une poignée d’arbres, et même si le plan change à chaque niveau, les décors resteront les mêmes d’un bout à l’autre de l’aventure, le programme se contentant d’introduire un nouveau type d’adversaire à chaque niveau histoire de compliquer un peu les choses. Car si l’opposition se limite initialement (et bizarrement) à… des policiers avec qui notre bon Marty n’a pourtant jamais eu maille à partir dans le film, et à des oiseaux qui ne lui en voulaient pas davantage (par contre, Biff Tannen – pourtant l’antagoniste principal du film – est lui aux abonnés absents), les choses ne vont pas tarder à virer à la guerre urbaine avec des voitures, des délinquants armés ou même la foudre qui viendront tous s’acharner sur notre pauvre adolescent qui cherche juste à gagner le droit d’exister avant de retourner chez lui. Et croyez-moi, gagner le droit de naître n’avait jamais été aussi exigeant.

Par essence, l’action du jeu repose en effet sur le timing : les ennemis ont tous une vitesse et un comportement donné, et il convient donc de sauter au bon moment pour éviter les problèmes – et de ne pas se rater, car il est strictement impossible d’influer sur la trajectoire de Marty une fois que ses pieds ont quitté le sol. Cela peut demander un petit temps d’adaptation car l’action est très rapide et laisse une fenêtre de réaction très restreinte pour avoir le temps d’identifier une menace et la parade appropriée.

Or, si cela n’est pas trop compliqué face à un type d’ennemi à la fois, le programme ne met que quelques dizaines de secondes à commencer à nous envoyer diverses cochonneries en flux continu, et parvenir à réagir à quatre ou cinq types d’adversaires différents exigeant chacun un timing spécifique quand il en surgit un par seconde et que leur ordre d’apparition est aléatoire (et que, pour compliquer les choses, il en arrive bien évidemment des deux côtés !) risquent de demander des capacités si affutées et des réflexes si surnaturels que même les jedi surentraînés auront bien du mal à atteindre la deuxième moitié du jeu avec les cinq malheureuses vies mises à la disposition du jouer. Paradoxe ludique : c’est peut-être simple à jouer, mais bon sang ce que c’est dur !

Les mécanismes et les situations ne se renouvelant pas davantage que le décor, on est donc face à un jeu d’arcade typique du début des années 80 où l’idée est de reproduire toujours la même chose en augmentant la difficulté à chaque niveau. Un principe qui pourrait être efficace à défaut d’être varié si la difficulté ne grimpait pas aussi dramatiquement vite – et bien évidemment, inutile d’espérer trouver la moindre option de configuration.

La raideur de la jouabilité, qui demande un placement au pixel près pour ouvrir une fenêtre avec un personnage qui bouge à 200 à l’heure dans un jeu où chaque seconde signe l’apparition d’une nouvelle menace, ne joue pas exactement en sa faveur, elle non plus – et tant qu’à faire, faut-il réellement souligner le fait que le principe du jeu, comme son cadre ou son esthétique, n’entretiennent virtuellement aucun lien avec le film dont ils sont tirés ? On est donc face à un petit jeu pensé pour des parties de deux minutes et qui aurait pu porter n’importe quel autre nom que Back to the Future sans qu’on voit la différence, mais qui risque de ne parvenir à se montrer divertissant plus de quelques parties qu’auprès des hardcore gamers acharnés prêts à consacrer du temps à virtuellement n’importe quel programme tant qu’il est difficile. Les autres, sans avoir passé un (trop) mauvais moment, auront probablement tout oublié du jeu cinq minutes après avoir reposé la manette, et on ne voit pas trop comment on pourrait leur en vouloir. Parfois, à explorer le passé, il arrive aussi qu’on n’ait rien trouvé de spécialement passionnant avant de se décider à retourner vers le présent.
Vidéo – Le premier niveau du jeu :
NOTE FINALE : 09/20
Petite surprise que ce Back to the Future jamais sorti du Japon sur MSX, qui a le front de reprendre le concept de la version occidentale (réunir les parents de Marty), mais en ayant l'idée d'en faire, eh bien, quelque chose qui ressemble à un jeu. Un jeu d'arcade limité, répétitif et atrocement difficile, certes, mais un jeu quand même. Si le mélange exploration/plateforme évoque un peu le concept d'un Moonwalker avec quelques années d'avance, le programme a hélas ventilé l'essentiel de ses possibilités au bout de trente secondes, et si les amateurs de défi relevé avec un timing hyper-exigeant auront indéniablement de quoi s'occuper avant de venir à bout du jeu, le commun des mortels n'en verra probablement jamais plus de trois ou quatre niveaux – et n'aura certainement pas envie d'en voir davantage. Relativement efficace à (très) faibles doses, c'est néanmoins toujours très loin d'être l'adaptation qu'on attendait.
CE QUI A MAL VIEILLI :
– Un principe par essence hyper-répétitif...
– ...dans des niveaux qui ne se renouvellent presque pas
– Une difficulté proprement atroce
Bonus – Ce à quoi peut ressembler Back to the Future sur un écran cathodique :

- NDRA : Bien qu’une version PC-88 du jeu soit régulièrement évoquée, le fait que je ne sois jamais parvenu à en trouver la moindre trace en ligne (ni capture d’écran, ni vidéo, ni boîte) et que tous les programmes portant ce nom sur la machine de NEC semblent systématiquement correspondre à Back to the Future Adventure m’invite, pour l’heure et jusqu’à preuve du contraire, à remettre en cause sa simple existence. ↩︎
