Spartan X 2

Développeur : Tamtex
Éditeur : Irem Corp.
Titres alternatifs : Kung-Fu Master 2 (Retro-Bit Generations), Kung Fu 2 (traduction par Abstract Crouton Productions)
Testé sur : Famicom

La série Spartan X (jusqu’à 2000) :

  1. Kung-Fu Master (1984)
  2. Kung’Fu Master (1990)
  3. Spartan X 2 (1991)

Version Famicom

Date de sortie : 27 septembre 1991 (Japon)
Nombre de joueurs : 1
Langues : Japonais, traduction anglaise par Abstract Crouton Productions
Support : Cartouche
Contrôleur : Joypad
Version testée : Version japonaise
Spécificités techniques : Cartouche de 2Mb

Vidéo – L’écran-titre du jeu :

Avec le recul, on aurait pu penser qu’un titre aussi fondateur que Kung-Fu Master était voué à engendrer une longue liste de suites destinées à former une profitable licence dont on aurait entendu parler pendant des années, sinon des décennies.

Il n’en aura rien été.

Rapidement dépassé par les héritiers spirituels aux mécanismes plus poussés – Renegade et ses chopes et sa gestion de la profondeur, Double Dragon et ses armes et son mode deux joueurs –, le gameplay initié par le titre d’Irem n’aura ironiquement pas su évoluer assez vite pour rester pertinent, n’engendrant au final que peu d’héritiers directs au-delà d’un Vigilante qui semblait déjà arrivé quelque peu à court d’idées. Là où la formule « canonique » du beat-them-all multijoueur en 2,5D alignait désormais les Final Fight, les Streets of Rage et autres Teenage Mutant Hero Turtles, la formule de base en 2D semblait être arrivé immédiatement à court d’idées, et les quelques tentatives d’Irem pour relancer la série auront globalement fait trop peu de vagues pour atteindre leur but – comme un symbole, l’ultime épisode n’aura d’ailleurs même pas quitté le Japon. Ce Spartan X 2, improbable suite à une adaptation d’un film de Jackie Chan qui, lui, n’en aura jamais connue, était-il donc si mauvais qu’il ne méritait même pas une carrière internationale ? La vérité, comme souvent, est plus nuancée : le vrai problème de la série des Kung Fu Master, c’est peut-être surtout de n’être jamais parvenu à faire évoluer l’essentiel, à savoir son game design.

Spartan X 2 entend donc, d’abord donner une suite au film arrivé en France sous le nom de Soif de Justice… en n’en reprenant pour ainsi dire aucun des éléments. Devenu Jonny, le Jackie Chan de substitution est cette fois plongée dans une intrigue à la Police Story, puisque le joueur se retrouve désormais dans la peau d’un policier de la brigade des stups envoyé remonter toute la chaîne d’un réseau de drogue.

En dépit d’un louable souci de narration profitant de scènes cinématiques correctement réalisées et de dialogues sans intérêt, on va dire que le scénario ne cherche jamais à dépasser la mise en contexte pour indiquer le prochain lieu et la prochaine cible, le récit étant de toute façon dicté par la structure du jeu : aller au prochain endroit pour affronter le prochain boss, au fil des six niveaux du jeu. Si le premier Kung Fu Master se bornait à ce titre aux cinq étages du même château, on sent que l’idée ici est surtout d’avoir l’occasion de voir davantage de pays : combat sur le toit d’un train ou même sur la carlingue d’un avion en vol (!), niveau aquatique, épreuve finale remplie de pièges mortels, le programme se veut cette fois un peu plus varié et un peu plus ambitieux. De quoi profiter d’une réalisation globalement réussie avec quelques beaux décors et des ennemis dont l’on distingue bien les différents « types » grâce à un code de couleurs, ainsi que des thèmes musicaux qui se montrent hélas assez peu marquants.

Il faut dire qu’ils n’ont pas vraiment le temps de l’être : à l’instar du premier opus et de la version parue sur Game Boy, Spartan X 2 est un titre qui ne fait pas exactement le choix d’étendre sa durée de vie : l’aventure peut être bouclée en à peine plus d’un quart d’heure.

Si cela pouvait encore se comprendre pour une borne d’arcade ou pour une console portable toutes les deux pensées pour les parties courtes, cette expérience « express » est déjà plus difficile à justifier pour un jeu vendu au prix fort sur une console de salon – surtout quand la difficulté tend elle-même à être relativement anecdotique, les adversaires lâchant régulièrement des bonus de soin pour regonfler votre très longue jauge de santé. À quelques rares pics de difficulté dans les derniers niveaux près, difficile d’espérer des heures de pratique pour vaincre le jeu – il y a même un mode facile, au cas où le jeu ne serait déjà pas assez court ! Pour ne rien arranger, la jouabilité elle-même n’a pas changé d’un iota depuis la borne de 1984 : le coup de poing ne sert toujours qu’à rapporter davantage de points que le coup de pied, et votre héros ne peut toujours utiliser ni armes (alors que Vigilante le permettait, lui !), ni coups spéciaux, ni même profiter du moindre type de power-up en-dehors des soins mentionnés plus haut. Et naturellement, ni la gestion de la profondeur ni le multijoueur ne sont présents. On est donc face à un clone de Kung-Fu Master en mieux réalisé et avec quelques timides idées dans le déroulement où les attaques des boss, mais cela fait quand même franchement léger pour un titre paru en 1991, soit sept ans après son illustre prédécesseur !

Difficile de dire pourquoi Irem (Tamtex, le développeur du jeu, n’étant qu’une filiale d’Irem) se sera ainsi obstiné à ne tenir compte d’aucune des évolutions du genre pour prolonger sa licence, mais il est en revanche assez aisé de comprendre pourquoi celle-ci se sera éteinte en silence sans même avoir daigné s’exporter encore en occident : vite terminé, vite oublié, Spartan X 2 n’a simplement pas les arguments pour être mémorable à un quelconque niveau.

Non que l’on passe un mauvais moment à le vaincre, mais il aurait existé tellement de pistes pour rendre le jeu plus long et plus consistant qu’on ne voit pas très bien à qui cette cartouche était censée se destiner : qui avait encore envie, au début des années 90, de faire le tour d’un jeu aussi rapidement ? Reste donc l’équivalent d’une série B standard, lambda, remplaçable, biodégradable. Une timide expérience totalement dépourvue de prise de risque qui sent l’œuvre de commande sans talent ni génie, le produit qui suit le cahier des charges à la lettre pour fournir la cartouche demandée en temps et en heure, ni plus, ni moins. Une conclusion un peu triste pour une saga qui aurait mérité, comme le film dont elle est tirée, de rester un épisode unique avant de passer à autre chose.

Vidéo – Le premier niveau du jeu :

NOTE FINALE : 12/20

Spartan X 2 est une suite parfaitement dans l'esprit de son prédécesseur, Kung-Fu Master – ce qui est paradoxalement son plus grand défaut. Même avec une réalisation soignée et un certain effort de mise en scène, le titre de Tamtex n'est pas grand chose de plus que la reproduction à l'identique d'un gameplay de 1984, une suite arrivée avec au moins cinq ans de retard – d'autant qu'un certain Vigilante avait déjà endossé le costume de l'héritier de la licence, d'ailleurs sans lendemain. Trop court, trop basique et pas assez bien équilibré, le jeu s’essouffle très vite malgré ses efforts pour apporter une certaine variété, et sa relative efficacité ne pèse objectivement pas lourd face à des mastodontes comme Double Dragon II qui avaient bien plus de choses à offrir dans un domaine du beat-them-all qui avait eu l'occasion de bien grandir depuis lors. Reste un petit jeu avec ses bons moments, mais trop vite oublié pour mériter de quitter le Japon. Un peu plus d'ambition n'aurait pas fait de mal.


CE QUI A MAL VIEILLI :

– Une durée de vie qui dépasse difficilement un quart d'heure...
– ...et qui n'oppose un peu de résistance que grâce à quelques courts pics de difficulté assez frustrants
– Un gameplay sans profondeur : on saute et on tape

Bonus – Ce à quoi peut ressembler Spartan X 2 sur un écran cathodique :

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