Guerrilla War

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Développeur : SNK Corporation
Éditeur : SNK Corporation
Titre original : Guevara (Japon)
Titres alternatifs : ゲバラ (graphie japonaise), Revolution Heroes (Brésil), Arcade Archives GUERRILLA WAR (version publiée sur les machines Sony)
Testé sur : ArcadeAmstrad CPCNESPCZX SpectrumCommodore 64
Disponible sur : Antstream, PlayStation 3, PlayStation 4, PSP, PS Vita
En vente sur : PlayStation Store

Version Arcade

Date de sortie : Mars 1988
Nombre de joueurs : 1 à 2
Disponible en Français : Non
Version testée : Version américaine
Spécificités techniques : Hardware: Processeur principal : (2x) Zilog Z80 (@ 4 Mhz)
Processeur sonore : Zilog Z80 (@ 4 Mhz)
Puce sonore : Yamaha YM3526 (@ 4 Mhz), Y8950 (@ 4 Mhz)

Vidéo – L’écran-titre du jeu :

Je ne sais pas si l’image fera date, mais j’ose affirmer ici que l’histoire vidéoludique pourrait être comparée à un train.

Libérer une île tout seul, c’est dur

En partie pour sa vitesse, certes, ou pour sa capacité troublante à ne pas arriver à l’heure en dépit de ladite vitesse, mais l’idée consistait surtout à affirmer que le jeu vidéo est souvent mu par des locomotives à la suite desquelles viennent passivement s’accrocher de nombreux wagons – c’est un peu le principe qui aura conduit à la classification en genres vidéoludiques, après tout. Au milieu des années 80, les locomotives étaient nombreuses, et les wagons à leur suite l’étaient plus encore: tout comme R-Type menait largement le convoi des shoot-them-up, ou Double Dragon celui des beat-them-all, du côté du Run-and-Gun le train mené par Commando filait encore à un bon rythme. Le titre imaginé par Capcom en 1985 avait en effet proposé une adaptation ludique cohérente des actioners à la Rambo, entrainant à sa suite des Ikari Warriors, des Last Alert, des Heavy Barrel… ou bien encore le Guerrilla War qui va nous intéresser aujourd’hui, et qui s’inscrit dans la droite continuité du genre.

Allez libérer Cuba! Ou une île qui lui ressemble vachement…

Commençons par les bases: figurez vous une île tropicale imaginaire bien évidemment sous le joug d’un dictateur lambda, ce qui nécessite l’intervention d’un ou deux héros surarmé(s) histoire de ramener la liberté par la guerre armée, d’où le titre.

Toute ressemblance avec une île existant ou ayant existé…

Le plan de l’île imaginaire vous évoque énormément celui de Cuba? C’est normal: dans la version japonaise, dont le nom de Guevara est sans équivoque, ce sont rien de moins que le Che et Fidel Castro en personne qu’on envoie libérer le pays de la dictature de Batista! Un message un peu trop chargé politiquement pour le public américain, pas franchement du côté des révolutionnaires, qui aura donc valu au jeu de passer par la moulinette scénaristique – même si très honnêtement, on ne peut pas dire que cela bouleverse l’expérience de jeu. Le jeu, justement, ne fait pas mystère de ses inspirations et propose sensiblement la même chose que tous les titres du genre: avancer vers le haut en tirant, survivre, et faire le ménage autour de soi pour apprendre à l’armée adverse qu’elle n’a pas le monopole des fusils ni de la violence.

Tiens, une jungle et des tanks, comme c’est original

Bien que les deux logiciels n’appartiennent pas officiellement à la même saga, difficile de ne pas immédiatement faire un lien avec Ikari Warriors – lui aussi développé par SNK, et paru deux ans plus tôt.

Le combat final est absolument abject

Des héros aux décors en passant par l’interface, on est clairement en terrain plus que connu, même si on sent bien que la technique a progressé entretemps. Sur la borne, une bague située autour du stick permet de choisir la direction de son tir parmi huit, pour le reste, un bouton pour tirer, un autre pour puiser dans votre réserve de grenades, vous ne devriez pas avoir besoin d’un manuel pour vous en sortir. Les munitions de votre arme de base sont illimitées, mais sa portée est réduite, contrairement aux armes automatiques de type lance-flamme ou lance-roquette que vous devrez utiliser avec d’autant plus de parcimonie qu’il vous sera possible de tuer accidentellement des otages que vous êtes plutôt censé libérer, on s’en doute. On peut même grimper dans des sortes de mini-tanks histoire de jouir d’une protection accrue en même temps que d’une puissance de feu conséquente, ce qui n’est pas un luxe car le titre tiendra souvent à vous rappeler que vous mourrez en un seul tir. Très souvent.

Bon courage pour ne pas blesser les otages au milieu de l’action

Car autant vous l’annoncer tout de suite: Guerrilla War est un jeu où vous allez beaucoup, beaucoup mourir.

Croyez-moi, vous n’allez pas vous sentir seul très souvent

On sait que l’objectif d’un jeu d’arcade était de vous faire cracher votre monnaie, mais à ce niveau, le titre de SNK a peut-être placé le curseur un peu haut: c’est véritablement l’enfer sur terre. Il y a beaucoup de monde dans tous les sens, les tirs adverses vont plus vite que vous, vos grenades sont suffisamment lentes pour laisser le temps aux adversaires de les éliminer, les boss arrosent dans tous les sens, sans oublier les soldats kamikazes qui se jettent sur vous ou bien les mines qui vous transforment en feu d’artifice: si vous aimez souffrir, alors vous allez être servi. Par moments, c’est bien simple, le simple fait de rester en vie plus de cinq secondes tient déjà de l’exploit, à tel point qu’on est tenté de parcourir le maximum de terrain en profitant de la (très brève) période d’invincibilité lors du respawn plutôt que de chercher à vaincre l’opposition! Autant dire que pour ceux qui espèreraient se défouler à peu de frais, c’est raté: on en bave d’un bout à l’autre, et le défi est si coriace que je ne sais même pas s’il est véritablement faisable en solo sans avoir l’équivalent du PIB du Guatemala en petite monnaie.

Les boss ne sont pas des cadeaux

Paradoxalement, cette difficulté infecte qui fera certainement office de repoussoir pour les joueurs occasionnels constituera sans doute le principal intérêt du titre auprès des amateurs de performance pure.

Vous allez souffrir

Car il faut bien reconnaître que dans les autres domaines, Guerilla War est simplement fonctionnel: correctement réalisé sans être ébouriffant, manquant de variété dans les ennemis comme dans les décors, générique à en mourir (même à l’époque, on commençait à saturer un peu du soldat tout seul dans la jungle), il a au moins le mérite d’être parfaitement jouable et d’être praticable à deux, ce qui n’est pas négligeable. Certainement pas de quoi attirer autre chose que les amateurs convaincus de Run-and-Gun à défilement vertical, mais dans son domaine, il saura en tout cas tenir en haleine les plus rodés et les plus acharnés du genre. Les autres risquent de passer leur route assez vite, lassés de trépasser tous les deux mètres d’une façon fondamentalement injuste.

Vidéo – Le premier niveau du jeu :

NOTE FINALE : 12,5/20 Parmi les nombreux titres à avoir marché dans les pas de Commando, Guerrilla War fait partie de ceux qui récitent leurs gammes avec sérieux mais sans la moindre prise de risque. En offrant une sorte de resucée d'Ikari Warriors en plus beau, le titre de SNK n'a visiblement jamais envisagé l'idée d'y glisser la plus petite idée neuve, et on lance une partie en sachant pertinemment à quoi s'attendre de la première à la dernière seconde - et en l'obtenant. La difficulté aussi injuste qu'infecte du jeu peut paradoxalement représenter son principal intérêt pour ceux qui aiment ajouter des titres redoutables à leur tableau de chasse, mais pour le joueur occasionnel ou pour le simple amateur de défouloirs pas trop exigeants, l'expérience risque de tourner court assez rapidement. Un titre sérieux et correctement réalisé, mais très oubliable.

CE QUI A MAL VIEILLI : – Aucune idée neuve – Ennemis et environnements vus et revus... – ...et pas franchement variés – Difficulté atroce – Réalisation fonctionnelle, mais sans éclat

Version Amstrad CPC

Développeur : Sentient Software Ltd.
Éditeur : Imagine
Date de sortie : 1988
Nombre de joueurs : 1 à 2
Disponible en Français : Non
Version testée : Version disquette testée sur Amstrad CPC 6128 Plus
Spécificités techniques :

L’essentiel est là, ce n’est déjà pas mal…

Comme très souvent avec les jeux d’arcade de la fin des années 80, Guerrilla War aura connu une série d’adaptations principalement publiées sur les systèmes 8 bits (les version Amiga et Atari ST, apparemment prévues, n’auront jamais été menées à terme). La version Amstrad CPC s’inscrit dans le même moule que la version ZX Spectrum – autre grande tradition de l’époque – en ayant malgré tout le mérite d’offrir une réalisation plus colorée. Les graphismes, sans être géniaux, ont le mérite d’être lisibles, et si le framerate dépasse rarement les six ou sept images par seconde, il ne pénalise pas la jouabilité. Laquelle vous offre d’ailleurs deux alternatives: un mode « normal » où votre personnage fait feu dans la direction dans laquelle il est tourné et un mode « rotate », où le tir est verrouillé vers le haut par défaut et qui nécessitera d’aller chercher deux touches du clavier pour changer l’angle de tir. Autant dire qu’à moins d’être doté de quatre mains, cette dernière option est assez peu pratique, mais gardez en tête que vous devrez de toute façon utiliser le clavier pour faire usage des grenades quoi qu’il arrive. Au rang des bonnes surprises, on sera heureux de constater que rien dans le contenu du jeu n’a été retiré, ni les armes, ni les mini-tanks, ni les boss, ni même surtout le très sympathique mode deux joueurs. Au rang des mauvais, le titre, en plus d’être totalement dépassé techniquement, est poussif et assez mou – mais offre une action plus « réfléchie » qui évoque un peu les parties de Secret Command. Bref, rien de honteux, mais rien d’extraordinaire non plus.

…mais pour un joueur du XXIe siècle, ça ne fait quand même pas grand chose à garder

NOTE FINALE : 08,5/20

Porté sans génie sur Amstrad CPC, Guerrilla War y livre la prestation minimale, avec une réalisation correcte, un contenu préservé, un mode deux joueurs toujours présent, mais une action poussive engluée dans un défilement lent et parasitée par des clignotements intempestifs. Typiquement le genre de jeu sur lequel on pouvait passer du temps à l’époque mais qui aura bien du mal à intéresser quiconque aujourd’hui.

Les avis de l’époque :

« Un ratage total, à moins qu’il ne s’agisse d’une expérience artistique d’avant-garde. Il faut l’éviter à tout prix, mais si vous l’avez déjà acheté vous ne devez pas être content. Dans ce cas vous pouvez toujours vous servir de la disquette pour caler le buffet de votre grand-mère. »

Alain Huyghues-Lacour, Tilt n°65, avril 1989, 03/20

Version NES

Développeur : SNK Corporation
Éditeur : SNK Corporation
Date de sortie : 26 décembre 1988 (Japon) – Juin 1989 (États-Unis)
Nombre de joueurs : 1 à 2
Disponible en Français : Non
Version testée : Version américaine
Spécificités techniques :

C’est peut-être moins beau que la borne, mais pour tout le reste vous gagnez au change

Guerrilla War n’aura bien évidemment pas fait l’impasse sur la NES, avec une conversion assurée directement par SNK. Et la bonne nouvelle, c’est que loin de l’ersatz de la borne qu’on pouvait craindre, le titre se révèle au final cent fois plus efficace sur la petite console 8 bits! Première bonne nouvelle: aucune coupe dans le jeu, pas même l’importantissime mode deux joueurs dont il aurait été vraiment dommage de se priver: tous les adversaires, tous les bonus, tous les niveaux, tous les boss sont là. Deuxième bonne nouvelle: il y a même quelques nouveautés, comme des otages en train de fuir les ennemis ou des animaux, histoire d’introduire quelques petites mises en scène bienvenues. La réalisation, pour sa part, n’est évidemment pas aussi colorée que sur la borne d’arcade, et il faudra composer avec quelques clignotements, mais la lisibilité est bien meilleure, et surtout la jouabilité est bien plus nerveuse ici: ça va à cent à l’heure, et on n’a clairement plus le temps de s’ennuyer.

En fait, c’est beaucoup plus amusant comme ça!

Surtout, l’équilibrage a été revu et ça, ça fait réellement un bien fou. Fini, les tirs plus rapides que votre personnage ou les grenades qui mettent trois secondes à retomber! Fini, les munitions limitées pour vos power-ups ou pour vos grenades! Désormais, on peut passer beaucoup de temps dans un mini-tank pour peu qu’on soit attentif, on peut faire méthodiquement le ménage sans risquer de se retrouver bloqué faute de munitions, et on peut surtout faire face à l’opposition sans se résigner à trépasser six fois par minute. Et ça change tout! Désormais devenu un jeu nerveux et précis où on s’amuse et où on peut autant jouer aux réflexes que chercher à avancer intelligemment, Guerrilla War est devenu bien plus satisfaisant dans cette version et permet de passer un très bon moment… même si les continues illimités annihilent le challenge. Bien sûr, on ne peut pas dire que la variété soit de mise, et le principe demeure toujours aussi limité, mais il reste largement assez efficace pour qu’on puisse engloutir quelques heures dans le titre et y revenir avec plaisir pour jouer avec un ami. Bref, une très bonne surprise sur laquelle on n’a pas de raison de cracher.

Les boss sont toujours de la partie, mais ils sont nettement plus simples, dorénavant

NOTE FINALE : 15/20

Directement porté par SNK, Guerrilla War version NES se révèle un titre beaucoup plus efficace que la borne: nerveux, précis, efficace et surtout infiniment moins frustrant, il constitue un défouloir parfaitement ludique, seul ou à deux. Quitte à souhaiter découvrir le programme, mieux vaut certainement commencer par cette version, même si elle sera vite bouclée. Un portage comme on les aime.

Version PC

Développeur : Quicksilver Software, Inc.
Éditeur : Data East USA, Inc.
Date de sortie : Décembre 1988 (États-Unis)
Nombre de joueurs : 1 à 2
Disponible en Français : Non
Version testée : Version PC Booter émulée sous DOSBox
Spécificités techniques : Graphismes : CGA, EGA – Sons : Haut-parleur interne

D’accord, la fenêtre de jeu n’est pas gigantesque, mais est-on beaucoup plus à l’étroit que sur arcade?

Curiosité: Guerrilla War sera également paru sur PC, à une époque où la machine d’IBM n’était, comme on l’a souvent répété, pas grand chose de plus qu’un ordinateur de bureau. Sans surprise, la réalisation est assez moche, avec un titre qui n’est pas en plein écran et la palette limitée à 16 couleurs (ce qui, en 1988, était tout sauf une anomalie). Pas de reconnaissance de l’Adlib ou de la Roland MT-32 non plus, ce sera le haut-parleur interne qui vous fournira à la fois la musique et les bruitages, avec un résultat correct même si le thème musical risque de rapidement vous taper sur les nerfs. Si on aura du mal à hurler au génie, le fait est que le titre tourne de manière fluide, qu’il est parfaitement jouable et surtout qu’on peut toujours le pratiquer à deux – ce qui, vu sa difficulté, ne sera vraiment pas un luxe. Certainement pas le titre qui vous fera lâcher votre partie de Chaos Engine, mais très franchement, sur PC en 1988, c’était loin d’être ridicule.

NOTE FINALE : 09,5/20

On était en droit de s’attendre au pire avec ce Guerrilla War sur PC, mais l’honnêteté oblige à reconnaître que Quicksilver Software a plutôt bien tiré parti du hardware disponible en 1988. Alors certes, la réalisation a franchement mal vieilli, mais le jeu reste jouable, fluide et (relativement) amusant, ce qui était certainement ce qu’il pouvait espérer offrir de mieux. Ce n’est déjà pas si mal.

Version ZX Spectrum

Développeur : Sentient Software Ltd.
Éditeur : Imagine
Date de sortie : 1988
Nombre de joueurs : 1 à 2
Disponible en Français : Non
Version testée : Version cassette 128k testée sur ZX Spectrum 128k
Spécificités techniques : Existe en version 48k et 128k

Bon, allez, ça a le mérite d’exister

Comme souvent avec le ZX Spectrum, la version CPC développée en parallèle par la même équipe et sur le même processeur nous aura déjà donné les grandes lignes de ce qu’on peut attendre de cette version de Guerrilla War. Niveau jouabilité, je peux vous renvoyer directement au test de la version Amstrad; pour ce qui est des graphismes, on a perdu quelques couleurs, avec des ennemis monochromes qui se fondent dans le décor et rendent l’action difficile à lire. Il n’y a ni musique ni bruitages en jeu, et l’action est saccadée, mais jouable – le titre tourne même sans doute un peu trop vite pour son propre bien. Au moins est-il toujours jouable à deux. Bref, une adaptation qu’on réservera une nouvelle fois exclusivement aux nostalgiques les plus mordus du ZX Spectrum.

NOTE FINALE : 08/20

Guerrilla War sur ZX Spectrum offre un titre comme on en a vu des centaines sur la machine de Sinclair: à peine lisible, saccadé, mais suffisamment jouable pour faire illusion quand on n’a rien d’autre sous la main. Autant dire que le jeu ne déplacera pas les foules au XXIe siècle, mais remis dans le contexte, cela reste une prestation honorable.

Les avis de l’époque :

« Cette adaptation n’est pas très bonne. Le graphisme des soldats est confus et leur animation hachée. Les couleurs sont mal choisies. En revanche, une bonne musique présente le jeu et quelques bruitages évolués accompagnent l’action. Il était possible de faire beaucoup mieux, dommage! »

Jacques Harbonn, Tilt n°65, avril 1989, 08/20

Version Commodore 64

Développeur : Sentient Software Ltd.
Éditeur : Imagine
Date de sortie : 1989
Nombre de joueurs : 1 à 2
Disponible en Français : Non
Version testée : Version cassette
Spécificités techniques :

Voilà voilà…

Dernier servi, le Commodore 64 aura visiblement raté les fêtes de Noël 1988 pour héberger sa propre version de Guerrilla War, toujours programmée par Sentient Software. Bon, parler de « sa propre version » est peut-être un peu exagéré: on est toujours très exactement dans le même moule qu’avec les itération CPC ou ZX Spectrum. Sauf que tant qu’à faire, on pourra cette fois choisir entre un thème musical sympathique ou les bruitages, cette fois. Le jeu n’est toujours pas d’une fluidité ébouriffante, mais on pourra préférer ce côté plus précis à la vitesse des version PC ou arcade. Dans l’ensemble, on sent malgré tout qu’on est à des kilomètres de tirer parti des capacités du C64: c’est lent, c’est poussif, l’équilibrage est atroce, ça clignote, et la réalisation est à peine fonctionnelle. Même à l’époque, le titre ne faisait pas illusion, c’est dire! Ceci dit, les nombreux défauts de cette version peineront paradoxalement moins le joueur moderne, qui s’essaiera au jeu en sachant à quoi s’attendre, que les acquéreurs de la chose au prix fort il y a plus de trente ans. Disons que ce sera divertissant dix minutes.

NOTE FINALE : 08,5/20

Une nouvelle fois, on ne pourra pas dire que l’équipe de Sentient Software aura laissé un souvenir impérissable en portant Guerrilla War sur Commodore 64: le titre est simplement médiocre dans à peu près tous les domaines. Cela reste jouable, et à deux, mais je doute que qui que ce soit ait réellement envie de s’y essayer plus de dix minutes.

Les avis de l’époque :

« Ce qu’entreprend ce Guerilla War (sic) est une tentative absolument pitoyable de recréer la version arcade. Les sprites sont honteux, ressemblant à peine à des êtres humains, sans même parler d’être détaillés! Les décors sont tout aussi mauvais, n’offrant aucune sensation de relief. En fait, tout dans ce jeu est médiocre; même la boîte n’est rien d’autre qu’une photographie de la borne[…]! Je vous recommande d’accorder à Guerilla War (re-sic) l’attention qu’il mérite, à savoir: aucune! »

Zzap! n°46, février 1989, 19% (traduit de l’anglais par mes soins)

« Cette version réussit l’exploit d’être aussi nulle que la précédente. Seul le thème musical est honnête, mais à ce prix-là il vaut mieux s’acheter un disque. »

Alain Huyghues-Lacour, Tilt n°65, avril 1989, 08/20

Mega Man 2 : The Power Fighters

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Développeur : Capcom Co., Ltd.
Éditeur : Capcom Co., Ltd.
Titre original : Rockman 2 : The Power Fighters (Japon)
Testé sur : Arcade

La saga Mega Man (jusqu’à 2000) :

  1. Mega Man (1987)
  2. Mega Man 2 (1988)
  3. Mega Man 3 (1990)
  4. Mega Man (PC) (1990)
  5. Mega Man 4 (1991)
  6. Mega Man : Dr Wily’s Revenge (1991)
  7. Mega Man II (1991)
  8. Mega Man 3 : The Robots are Revolting (1992)
  9. Mega Man 5 (1992)
  10. Mega Man III (1992)
  11. Mega Man IV (1993)
  12. Mega Man 6 (1993)
  13. Mega Man X (1993)
  14. Mega Man V (1994)
  15. Mega Man X2 (1994)
  16. Mega Man Soccer (1994)
  17. Mega Man (Game Gear) (1995)
  18. Mega Man 7 (1995)
  19. Mega Man X3 (1995)
  20. Mega Man : The Power Battle (1995)
  21. Mega Man 8 (1996)
  22. Mega Man 2 : The Power Fighters (1996)
  23. Mega Man X4 (1997)
  24. Mega Man Battle & Chase (1997)
  25. Mega Man Legends (1997)
  26. Mega Man & Bass (1998)
  27. The Misadventures of Tron Bonne (1999)
  28. Mega Man X5 (2000)
  29. Mega Man Legends 2 (2000)
  30. Mega Man XTreme (2000)

Version Arcade

Date de sortie : 8 juillet 1996
Nombre de joueurs : 1 à 2
Disponible en Français : Non
Version testée : Version américaine
Spécificités techniques : Hardware : CP System II

Vidéo – L’écran-titre du jeu :

Chez Capcom, on n’élève peut-être pas du poulet au grain, mais on sait prendre soin de ses licences – et les licences le rendent bien. Le cas de Mega Man est assez parlant: moins de dix ans après la sortie de l’épisode inaugural, la série était déjà riche de plus d’une vingtaine de logiciels, soit une moyenne supérieure à deux jeux par an.

Choisissez votre mission!

Pour éviter l’essoufflement d’un concept qui reposait précisément sur la répétition de la même chose, la firme japonaise aura bien évidemment tenté quelques voies plus originales, la première étant le développement de la saga des Mega Man X, qui enrichissait le gameplay et le scénario de la formule de base, mais on commençait à sentir qu’il était peut-être temps de prendre davantage de risques. Après un timide essai du côté du sport avec Mega Man Soccer, Capcom avait décidé d’emmener son héros robotique sur un terrain que la compagnie maîtrisait bien: celui du jeu de combat, avec Mega Man : The Power Battle. Une expérience apparemment suffisamment convaincante pour récidiver l’année suivante avec un titre fort logiquement intitulé Mega Man 2 : The Power Fighters. Un titre dont l’ambition, comme celle de n’importe quelle suite, sera de chercher à proposer sensiblement la même chose en mieux, avec quelques petites surprises au passage.

Il est temps de retourner s’occuper du Dr. Wily!

Si vous n’avez pas encore eu l’occasion de découvrir le premier opus, je ne peux que vous inviter à aller en lire le test dès maintenant, car les deux jeux présentant de très nombreuses similitudes, il est naturel que ce premier épisode serve de point de comparaison obligé avec le second.

Employer le bon pouvoir aura un effet dramatique sur le robot concerné

En résumé, on retrouve ici la philosophie visant à limiter l’expérience de la saga à une de ses composantes emblématiques: les combats contre les robots du Dr. Wily. Le concept en lui-même n’a d’ailleurs pas changé: on choisit un personnage, on choisit une route, on enchaîne les combats, on collectionne les pouvoirs adverses, on s’efforce de les employer au bon moment, et on met sa raclée bisannuelle au maléfique professeur qui parvient toujours à se faire la malle pour retourner au charbon. Sur le papier, aucune révolution, mais comme on va rapidement le découvrir, c’est plutôt du côté des détails que cet épisode a décidé de se retrousser la manches.

Duo vient prêter main forte au trio originel

Commençons par la base: ce sont désormais pas moins de quatre personnages jouables qui s’offrent à vous, le robot Duo (dont c’est ici la première apparition) venant s’ajouter au roster de base constitué de Mega Man, de Proto Man et de Bass.

Vous venez de gagner un nouveau pouvoir!

Faisant usage de ses poings plutôt que d’un canon, il a l’avantage de proposer un gameplay un peu différent de celui de ses trois alliés, qui ont pour le coup décidé d’affirmer un peu leur différence en se dotant de mouvements un peu plus typés, et surtout d’un coup spécial accessible en poussant le stick vers le haut à la fin d’un tir chargé et différent pour chacun d’entre eux. Si Mega Man pourra ainsi faire une sorte de Dragon Punch à la Ryu, Bass aura lui accès à un coup de pied retourné façon Guile (hé, on est chez Capcom, après tout…) tandis que Proto Man pourra faire usage d’une sorte de lance-flammes à courte portée. Ajoutez-y la glissade, le wall jump et l’habituelle panoplie de la saga, et vous obtiendrez un éventail de possibilités sensiblement épaissi par rapport à Power Battle.

On sent une certaine sur-représentation des boss de Mega Man 2

Pour ce qui est du déroulement du jeu, nouveau changement. Si on a toujours accès à trois routes différents, celles-ci ne sont plus définie par les épisodes dont sont tirés les robots qui les composent, mais bien par trois arcs narratifs tournant autour de la découverte d’une nouvelle énergie d’origine extraterrestre par le Dr. Light.

Le scénario, très limité, permet néanmoins de creuser l’univers

L’occasion de partir à la rescousse de Roll, l’un des trop rares personnages féminins de la série, et de bénéficier de cinématiques plus développées qui iront jusqu’à s’adapter à la présence d’un deuxième joueur, puisque le titre est naturellement toujours réalisable à deux en coopératif. Dans ce cas de figure, c’est le joueur qui administrera le coup final à un robot qui héritera de son pouvoir, un bon moyen d’introduire une légère composante compétitive ou, au contraire, stratégique, dans le multijoueur. Comme toujours, chaque route se terminera par la forteresse du Dr. Wily, avec un boss tiré de la saga (Mecha Dragon et Mad Grinder viendront rejoindre un Yellow Devil qui signe son retour) avant le professeur en lui-même, toujours dans la même machine. Un parcours qui ne devrait pas vous mobiliser beaucoup de temps quoi qu’il arrive, le jeu étant toujours aussi facile.

Ça chauffe contre Heatman!

C’est d’ailleurs le seul véritable regret qu’on pourra nourrir face à un jeu mieux pensé et mieux finalisé à tous les niveaux. On sera ainsi heureux de pouvoir enfin choisir nous-même quel robot affronter et dans quel ordre, avec le Dr. Light qui en profitera pour nous glisser quelques conseils sur son point faible – un système beaucoup plus logique que la « roulette » du premier épisode.

La réalisation est inattaquable

On appréciera également la possibilité de dénicher des bonus secrets dans certaines arènes, de voir Rush ou Treble venir donner un coup de main pendant le combat, ou même qu’Eddie (de Mega Man 4) lâche un power-up. De quoi densifier un peu des combats hélas trop vite bouclés, les patterns étant trop simple et les bonus de soins trop nombreux pour que le jeu oppose une réelle résistance si on ne s’impose pas de le finir en un seul crédit. Power Fighters embrasse clairement, à ce titre, la philosophie du jeu qu’on lance pour s’amuser dix minutes, de préférence avec un ami, et pas pour en baver pendant des heures… une philosophie décidément opposée à celle de la saga dont le jeu est tiré. Cela est d’autant plus dommage que la réalisation touche, comme souvent avec Capcom, à la perfection du pixel art, et que les thèmes musicaux remixés sont toujours aussi entraînants. On aurait bien aimé avoir un peu plus d’opposition, de quoi nous obliger à passer un peu plus de temps avec les différents personnages, mais en l’état, on passe déjà un très bon moment… mais vraiment trop court. Un détail qui explique sans doute que le jeu n’ait jamais été distribué par la suite que sous forme de bonus dans des compilations de la saga. Un très joli bonus, mais pas de quoi vous retenir pendant des heures.

Vidéo – Cinq minutes de jeu :

NOTE FINALE : 15,5/20 En reprenant la formule de son prédécesseur, Mega Man 2 : The Power Fighter n'aura strictement rien renié des choix opérés par celui-ci, préférant peaufiner l'expérience par petites touches plutôt que la chambouler. Le résultat est un titre toujours aussi agréable, toujours aussi bien réalisé, mieux équilibré, mieux pensé, plus riche... mais toujours aussi simple, hélas, et conséquemment aussi court. De quoi faire grincer les dents des fans d'une saga reconnue pour son penchant die & retry, mais l'occasion également pour eux de creuser un peu l'univers et de découvrir des éléments scénaristiques qui annoncent Mega Man 8 ou Mega Man X4. Sans doute pas l'expérience la plus mémorable qui soit d'un strict point de vue ludique, mais pour passer un bon moment sans trop se casser la tête, surtout à deux, cela reste un très bon candidat.

CE QUI A MAL VIEILLI : – Un équilibrage à revoir: seuls les boss opposent une réelle résistance – Un gameplay très peu technique qui tranche avec les canons du genre – Trop court et trop facile