Wild Guns

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Développeur : Natsume Co., Ltd.
Éditeur : Titus
Testé sur : Super Nintendo

***** Version Super Nintendo *****

Année de sortie : 1995
Nombre de joueurs : 1 à 2
Disponible en Français : non

Vidéo – L’écran-titre du jeu :

Si, au cinéma, le Western est un genre qui aura eu à de nombreuses reprises l’occasion d’acquérir ses lettres de noblesse, notamment grâce à John Ford, Sam Peckinpah ou Sergio Leone (liste très, très loin d’être exhaustive), s’il connait également un succès qui ne se dément jamais dans le domaine de la bande dessinée (entrez ici Lucky Luke, Blueberry, Comanche et des dizaines d’autres), le Far West aura étrangement beaucoup moins inspiré les développeurs de jeux vidéo. C’est une des multiples curiosités du dixième art: alors que l’Heroic Fantasy, marginale dans les salles obscures, y est sur-représentée, le Western, lui, a très peu de titres marquants à son actif, à tel point qu’énormément de  joueurs seraient bien en peine de citer le nom d’un seul cowboy de jeu vidéo – à part celui du héros du récent Red Dead Redemption, venu, après plus de trente ans, corriger cette bien curieuse anomalie.

Le premier niveau vous servira de mise en bouche, mais les choses se compliquent très vite

Pourtant, le Far West aura bel et bien été le théâtre de quelques très bons jeux au cours de l’ère 8-16 bits, parmi lesquels le sympathique Sunset Riders de Konami, Gun. Smoke de Capcom, ou bien le Wild Guns de Natsume, qui est le titre qui nous intéresse aujourd’hui. Si le titre publié par Titus est certainement moins connu que ses prédécesseurs, sa date de parution vous donnera certainement un premier indice pour comprendre pourquoi: les périodes de sortie des consoles nouvelles génération sont rarement les meilleurs moments pour espérer vendre un jeu sur les anciennes machines. La vraie question est: Wild Guns a-t-il mérité ce relatif anonymat pour d’autres raisons que son année de sortie?

Les environnements sont variés. Remarquez les ennemis de quelques pixels de haut, au fond

Pour répondre à cette question, commençons par nous pencher sur le titre de Natsume. Wild Guns est un jeu de tir à la troisième personne, un sous-genre initié par Cabal et popularisé par des titres comme NAM 1975. Le principe est simple: vous déplacez votre personnage, vu de dos, en même temps que le curseur qui lui permet de cibler les très nombreux adversaires à l’écran. Afin d’éviter les projectiles que vos ennemis ne manqueront pas de lancer dans votre direction, vous avez la possibilité d’effectuer un saut, voire un double-saut. Un nombre limité de smartbombs est également à votre disposition histoire de faire le ménage à l’écran quand les choses commencent à sentir un peu le roussi, et de nombreux bonus temporaires feront leur apparition au gré de votre carnage, comme des armes automatiques ou des fusils à pompe, augmentant vos dégâts ou votre cadence de tir. Et l’un des grands avantages du genre est qu’il est toujours possible d’y jouer à deux, tant il est vrai qu’on ne s’amuse jamais autant qu’avec un ami ou un souffre-d… erh, un petit frère.

Les boss peuvent être très impressionnants. « Heu, bonjour? »

À cette formule déjà bien rodée, Wild Guns a la bonne idée d’apporter son lot de petites innovations. La première, et la plus évidente, étant son cadre: comme on l’a vu, contrôler un cowboy appelé Clint (référence aussi obligatoire qu’évidente) ou une jeune fille nommée Annie dans le cadre du Far West, cela change un peu de l’éternelle ambiance de guerre moderne à laquelle le genre nous avait habitué jusque là. Mais dès les premiers instants, vous pourrez constater que le titre pousse l’idée encore un peu plus loin: des robots? Des machines? Des tanks futuristes? Eh oui, loin de se contenter de réciter ses classiques du Western, le titre de Natsume a la bonne idée d’y ajouter une esthétique science-fiction, voire steampunk, particulièrement originale pour l’époque – et qui le reste plus de vingt ans après sa sortie.

En-dehors des premier et dernier niveaux, le jeu vous laisse choisir la voie à suivre

Ajoutez-y un côté décomplexé et une pointe d’humour – certaines expressions des personnages sur qui vous tirez sont tordantes – et vous obtenez un mélange unique en son genre, dont le charme opère d’autant mieux que la réalisation du titre est de haute volée. Comme vous pouvez le voir sur les captures d’écrans, c’est beau, c’est lisible, c’est coloré, c’est original, c’est stylé, et pour ne rien gâcher, ça bouge très bien. Le décor est entièrement destructible, ce qui aidera à l’immersion en contemplant les débris fumants de ce qui fut un cadre idyllique cinq minutes avant le début de la fusillade. Seule la musique du jeu est un peu en retrait – il faut dire qu’avec la pétarade permanente qui résonnera par-dessus, vous ne devriez pas avoir souvent l’occasion de l’entendre.

Bien choisir sur qui tirer en priorité sera une des clés de votre survie

Deuxième innovation: le système de jeu aura aussi connu un petit dépoussiérage. Tout d’abord, le saut remplace la traditionnelle roulade, ce qui peut décontenancer au départ. Ensuite, certains ennemis viennent vous attaquer au corps à corps – croyez-moi, ça fait bizarre la première fois. Le seul moyen de les tuer est d’arrêter de tirer et de bien choisir votre moment pour leur asséner un bon coup de carabine en travers du visage avant qu’ils ne vous frappent eux-mêmes. Un malus assez fâcheux est également venu se joindre aux bonus temporaires: de temps en temps, vous pourrez récupérer une sorte de pistolet à bouchon qui vous interdira de faire le moindre dégâts pendant de très longues secondes – oscar du sadisme.

Attention, ça ne rigole VRAIMENT pas!

Une invincibilité temporaire associée à des dégâts boostés est possible, lorsque vous remplissez une jauge située au bas de l’écran. Enfin, lorsque vous relâchez le bouton de tir, vous avez également l’opportunité d’utiliser une sorte de lasso énergétique qui vous permettra de paralyser temporairement un adversaire. Si on a rarement le réflexe de s’en servir au milieu de la frénésie du titre, c’est une erreur, tant cela peut vous aider à gagner un peu de temps lorsque l’écran commence à se remplir d’adversaires tous plus dangereux les uns que les autres. Le revers de la médaille, c’est que vos ennemis n’hésitent pas à faire usage de la même technique, et que se retrouver immobilisé une poignée de secondes (un peu moins si vous martelez les boutons de la manette) est une très, très mauvaise idée dans Wild Guns.

Le dernier niveau n’hésitera pas à vous faire affronter plusieurs mini-boss en même temps

En effet, s’il est une caractéristique que le jeu a hérité de ses prédécesseurs, c’est bien la difficulté. Tout au long des six niveaux du jeu, de la ville de Far West au train en marche en passant par la mine pour aboutir au repaire du grand méchant, vous aurez largement le temps de constater que le titre de Natsume ne pardonne pas, mais alors pas du tout. Un tir, un seul, et vous êtes mort. Vous n’avez que deux vies, et même si les continues sont infinis, boucler un stage risque de demander pas mal de patience.

La moindre erreur se paie cash. Observez comme le portrait de votre héros s’adapte à ce qui est en train de se passer à l’écran

Histoire de faire passer la pilule, le jeu a la bonne idée de vous faire passer les quatre niveaux centraux dans l’ordre de votre choix, afin de varier un peu les plaisirs quand vous commencerez à vous lasser de vous arracher les cheveux sur un stage qui ne vous réussit pas. On appréciera la variété des situations et des adversaires, avec certaines cibles se trouvant parfois à plusieurs centaines de mètres, mais on regrettera que les boss, eux, soient plus redondants. Dans tous les cas, on serre un peu les dents mais on s’amuse beaucoup, particulièrement à deux. On en viendrait presque à regretter que le jeu ne soit pas un peu plus long – et pourtant, il faut déjà compter plus d’une heure pour le boucler en ligne droite (c’est à dire sans se faire tuer toutes les cinq minutes), c’est dire à quel point on accroche au concept. Au moins, cette fois, les choses sont claires: Wild Guns aurait largement mérité de se faire un nom au cœur de la ludothèque de la Super Nintendo.

Le saut vous sauvera très régulièrement la mise

 

Vidéo – Le premier niveau du jeu:

NOTE FINALE : 17,5/20

À n’en pas douter, Wild Guns est avant tout un jeu qui doit son manque de notoriété au fait d’être sorti au mauvais moment. Le titre de Natsume est en effet un des meilleurs jeux de tirs de la Super Nintendo, et l’un des tous meilleurs représentants du genre du tir à la troisième personne, loin devant Cabal, et largement à la hauteur d’un titre comme NAM 1975 pourtant sorti, lui, sur borne d’arcade. Son univers Western-sci-fi-steampunk associé à une très bonne réalisation lui confère immédiatement un cachet unique, et la multitude de bonnes idées additionnée à un excellent mode deux joueurs en font une valeur sure, une expérience ludique qui se doit de figurer dans la ludothèque de n’importe quel adepte de jeu d’action. Si vous êtes passés à côté de ce petit bijou, foncez l’essayer, vous ne le regretterez pas.

CE QUI A MAL VIEILLI :

– Petit temps d’adaptation pour la prise en main

– Quelques mini boss reviennent un peu trop souvent

– Difficulté parfois frustrante

 

 

Escape from the Planet of the Robot Monsters

Développeur : Atari Games Corporation
Éditeur : Atari Games Corporation
Testé sur : Arcade, Amiga, Atari ST, CPC, Commodore 64, PC, ZX Spectrum

***** Version Arcade *****

Année de sortie : 1989
Nombre de joueurs : 1 à 2
Version testée : Set 1
Disponible en Français : non

Vidéo – L’écran-titre du jeu :

C’est un détail qui aura peut-être échappé aux joueurs du XXIe siècle, mais acheter un jeu vidéo, à la fin des années 80, était un procédé délicat.

La discrétion et la marginalité de la presse informatique de l’époque, souvent tenue à l’écart des buralistes, et qui devait tester des centaines de programmes différents en quelques dizaines de pages, faisait qu’il était assez difficile pour le joueur d’alors de savoir quoi acheter – décision importante s’il en est, surtout si l’on considère les prix de l’époque.

Les objectifs sont clairement donnés dès l’écran-titre

Lâché sans information dans des boutiques spécialisées, l’acheteur des années 80 n’avait souvent d’autres choix que de se fier aux illustrations des boîtes de jeu, au résumé et aux captures d’écran figurant au dos, et à un coup de cœur souvent provoqué par des raisons purement subjectives. Parfois, le simple titre d’un jeu était déjà une aventure. Prenez Escape from the Planet of the Robot Monsters, par exemple… Ça annonçait tout de suite la couleur, non? De l’action, du drame, dans une ambiance Pulp des années 50… Rien à faire: c’était immédiatement plus attirant que Les Dieux de la Glisse: Savoie 92 pour MO5 vendu à côté. On n’était même pas sûr de savoir ce qu’on venait d’acheter, mais on repartait à un sourire ravi quand même.

Il est temps d’aller libérer le planétoïde X des terribles Reptilons!

Du côté des salles d’arcade, les choses étaient plus simples: si on voulait se faire une idée, il suffisait d’avoir la monnaie avec laquelle on avait promis d’acheter le pain, et on pouvait tout de suite tester la bête. On n’a même pas besoin de glisser une pièce que déjà, le but du jeu apparait: les laboratoires de recherche situés sur le planétoïde X ont été capturés par les terribles Reptilons, bien décidés à transformer les paisibles scientifiques en machines à tuer – au sens propre du terme. Vous et un coéquipier allez donc être largués dans une ambiance SF rétro inimitable pour combattre les terribles monstres robotiques du titre, sauver les scientifiques retenus prisonniers, et en particulier la sculpturale Sarah Bellum qui était à la tête de l’équipe. Pour se faire, vous n’aurez bien évidemment à votre disposition que votre courage, votre rayon laser, et un stock de bombes histoire de vous aider à faire le ménage.

Entre les pièges et les monstres, on n’a pas vraiment le temps de s’ennuyer

D’entrée de jeu, le titre développé par Atari Games est bien décidé à hurler sa différence – par le biais de son univers façon « science-fiction des années 50 » qui tranchait radicalement avec tout ce que pouvait proposer la concurrence à l’époque, tout d’abord, et par sa vue en 3D isométrique, ensuite, qui permet de parfaitement mettre en valeur l’univers ô combien sympathique mentionné plus haut. Votre personnage à la trogne inimitable pourra non seulement se déplacer dans huit directions, mais également tirer dans seize, sauter, s’accroupir – ce qui aura une grande importance pour éviter les nombreux pièges du titre, mais également pour parvenir à esquiver les tirs adverses, voire à toucher des machines ou des éléments de décor trop bas pour être atteint par votre tir normal. Tout cela vous sera très bien expliqué par un tutoriel en jeu qui empreinte non seulement le principe au vénérable Gauntlet, également développé par Atari Games, mais également la voix du narrateur de ce même Gauntlet! L’occasion de constater que les digitalisations sonores n’auront pas fait de gros progrès depuis 1985, et que le principe de jeu consistant à faire le ménage à plusieurs dans des « donjons » n’aura pas beaucoup évolué, lui non plus. Ceci dit, la 3D isométrique n’est pas uniquement employée pour son côté esthétique, mais également pour sa capacité à faire ressortir des reliefs inimaginables dans la vue de dessus employée dans Gauntlet.

L’enrobage du jeu est très soigné, avec de sympathiques illustrations

Ainsi, non seulement les niveaux que vous parcourez se situent à plusieurs hauteurs, vous autorisant à faire usage d’échelles ou même d’escalators que vous devrez activer au préalable (votre héros est apparemment trop feignant pour monter un escalier), mais la capacité de s’accroupir ou de sauter va également ajouter une dimension – au sens propre, encore une fois – au jeu en vous permettant de vous placer à couvert derrière des éléments de décor, de passer sous les tirs, ou au contraire de sauter au-dessus de dalles électriques.

Le tutoriel in-game, une très bonne idée importée de Gauntlet

Face à l’opposition pléthorique qui ne tardera pas à vous faire face, la tentation de se retrancher derrière un mur pour nettoyer les alentours dans une relative sécurité pourrait être grande. C’est pourquoi le titre, qui n’oublie jamais son intention de vous faire cracher des pièces, a imaginé une petit subtilité: restez immobile trop longtemps, et les senseurs du complexe industriel vous détecteront, envoyant immédiatement une petite sonde extrêmement dangereuse qui risque de signer de (très) nombreuses fois votre perte.

Les bombes, un bon moyen de faire le ménage

À noter d’ailleurs que la difficulté ne tarde pas à monter en flèche, ce qui vous amènera, au terme de quelques niveaux, à considérer la possibilité de miser sur la vitesse plutôt que sur la destruction pour rejoindre la sortie. Les quinze stages du jeu se divisent d’ailleurs en trois catégories. Dans la première, vous chercherez à atteindre la sortie en secourant le maximum d’otages: chacun d’entre eux participera à une jauge qui se remplira à la fin du niveau pour vous rendre de l’énergie ou vous faire gagner des vies. Faites attention où vous tirez: il est tout à fait possible de les tuer. Durant ces phases, vous aurez également l’occasion de collecter divers bonus comme de la nourriture (gain de vie), des bombes (destruction localisée en appuyant sur les trois boutons à la fois), des gemmes améliorant la puissance de votre arme (mais pas sa portée assez réduite, hélas) ou même une invincibilité ou un gain de vitesse temporaires. Dans la deuxième, vous chercherez à vous déplacer dans un labyrinthe en temps limité, une phase bonus qui vous permettra (ou non, en cas d’échec) de choisir votre route parmi trois itinéraires – l’occasion de visiter des niveaux que vous ne connaissez pas, donc. Enfin, la dernière catégorie représente un combat de boss, qui va vous demander réflexe, mobilité et ténacité. On regrettera d’ailleurs que les trois mêmes modèles de boss soient réutilisés jusqu’à la nausée et jusqu’à la fin du jeu, et que leur stratégie soit sensiblement équivalente dans les trois cas.

Malheureusement, les boss se renouvèlent peu

Ce manque de variété se retrouve hélas dans les ennemis du jeu, qui se répartissent en quatre ou cinq types et ont énormément de mal à se renouveler. Certes, certains ne peuvent être touchés que lorsque vous êtes accroupi, d’autres au contraire sautent, le gros des forces vient vous chercher au corps-à-corps tandis que les modèles les plus mortels sont ceux capable de faire feu sur vous (mort instantanée si vous êtes atteint par un projectile, quel que soit l’état de votre jauge de vie). Mais dans l’ensemble, on n’est jamais surpris, et on a vu l’essentiel de ce que le jeu a à nous offrir au bout de dix minutes. C’est réellement dommage car, avec un peu plus d’ambition, on aurait réellement été ravis de découvrir de nouvelles menaces en même temps que de nouvelles usines – malheureusement, les décors ne sont pas plus variés que les adversaires, et à quelques nuances dans les couleurs près, on a très vite l’impression que tous les niveaux se ressemblent.

Le jeu vous montre également votre progression grâce à une carte

Reste un jeu nerveux, amusant et plus technique qu’il en a l’air, qui prend comme souvent toute sa pleine mesure à deux joueurs. Bien sûr, les titres d’action de ce genre sont légion sur arcade, mais l’univers si particulier du jeu en fait, aujourd’hui encore, un programme sans réel équivalent dans le monde vidéoludique. Le joueur contemporain n’y consacrera sans doute pas des dizaines d’heures, mais – ne fut-ce que par curiosité -, Escape from the Planet of the Robot Monsters est un titre qui mérite d’être essayé au moins une fois.

Le mini-jeu bonus ne change finalement pas grand chose

Vidéo – Le premier niveau du jeu:

NOTE FINALE : 13,5/20

Débarqué à la fin des années 80 dans des salles d’arcade alors au sommet de leur forme, Escape from the Planet of the Robot Monsters y aura immédiatement connu un succès d’estime, d’abord pour son univers tiré des pulp magazines des années 50 qui confère au titre un charme inimitable, et ensuite pour l’efficacité de ses mécanismes de jeu qui empruntent autant à Gauntlet qu’aux meilleurs titres d’actions de l’époque. Si le jeu est pleinement satisfaisant lors de courtes sessions, une certaine paresse dans la variété des ennemis et des décors l’empêche de se renouveler et le rend rapidement répétitif, l’empêchant de marquer durablement le genre de son empreinte en dépit de son identité visuelle extrêmement forte. Seul ou à deux, l’expérience reste suffisamment dépaysante pour mériter d’être tentée au moins une fois.

CE QUI A MAL VIEILLI :

– Manque de variété dans les ennemis et dans le design

– Rapidement répétitif

– Difficulté « arcade » qui vous impose d’être constamment en mouvement

– Action pas toujours lisible

 

***** Version Amiga *****

Année de sortie : 1990
Nombre de joueurs : 1 à 2
Disponible en Français : non

On croirait le vrai!

Toujours développé par Atari Games, Escape from the Planet of the Robot Monsters aura mis un an à débarquer sur Amiga – et aura surtout eu la chance de ne pas passer dans les mains d’Ocean ou d’US Gold, grands massacreurs de portages informatiques devant L’Éternel. D’entrée de jeu, on retrouve immédiatement l’univers graphique si particulier du titre – certes, c’est évidemment moins beau que sur borne d’arcade, mais cela reste très fidèle au programme original. Niveau sonore, on peut bénéficier d’un tout nouveau thème musical – un peu répétitif, malheureusement. Côté bruitages, c’est un peu plus calme – vos tirs ne font aucun son, par exemple, ce qui n’est pas forcément une mauvaise chose – mais le jeu a gardé les explosions et une partie des messages vocaux. En revanche, adapter le jeu sur un ordinateur 16 bits nettement moins puissant et pour un joystick à un seul bouton aura nécessité quelques modifications plus ou moins radicales.

Il y a toujours autant de monde à l’écran – dommage que la caméra ne soit pas centrée sur l’action

Tout d’abord, oubliez la possibilité de sauter: l’unique bouton servant soit à tirer, soit à s’accroupir lorsqu’on le maintient appuyé, il aura bien fallu faire un choix. Conséquences, les pièges électriques au sol sont désormais de simples dalles à contourner. En revanche, activer les bombes demande désormais de passer par le clavier – pas très pratique, mais c’était ça ou pas de bombe du tout. La disposition des niveaux, quoique très inspirée de la borne d’arcade, n’a de toute façon plus grand chose à voir avec l’original: dès le premier niveau, vous aurez à peu près tous les types de montres et de pièges sur votre route – et croyez-moi, ça fait un sacré paquet de monde à l’écran.

Dès les premiers niveaux, il en arrive de partout

Tellement de monde, en fait, que le titre a même l’air plus difficile que sur arcade. C’est en partie dû au fait que la caméra n’est plus perpétuellement centrée sur votre personnage – le défilement était sans doute trop gourmand en ressources processeur – mais se « recentre » automatiquement lorsque vous approchez du bord. Malheureusement, cela signifie que vous passez la moitié du temps dans un coin de l’écran, sans voir grand chose de l’opposition sur laquelle vous souhaitez tirer. La bonne nouvelle, par contre, est que les tirs ne vous tuent plus en un seul coup, et surtout que le jeu met à votre disposition le nombre extrêmement généreux de neuf crédits, permettant aux joueurs réguliers de jouer un bon moment sans avoir à s’entrainer des mois pour réussir à apercevoir les derniers niveaux. Brefs, quelques sacrifices, mais des choix plutôt pertinents qui font qu’on s’amuse à jouer, ce qui est bien l’essentiel.

Ok, les boss sont moins impressionnants… mais ils sont toujours là!

NOTE FINALE : 13/20

En faisant le choix d’une vraie adaptation pour les ordinateurs 16 bits, Atari Games ne s’est pas moqué du monde et propose une version Amiga d’Escape from the Planet of the Robot Monsters qui pourrait donner pas mal de leçons aux innombrables portages ratés de l’époque. Certes, il aura fallu réaliser certains sacrifices – même si l’impossibilité de sauter n’est pas un gros handicap, pour être honnête – mais l’action reste débridée et le mode deux joueurs est toujours de la partie, ce qui fait qu’on s’amuse au final autant sur cette version que sur la borne dont elle est tirée. Et ça, c’est quand même l’essentiel.

 

***** Version Atari ST *****

Année de sortie : 1990
Nombre de joueurs : 1 à 2
Disponible en Français : non

Allez, on ne s’en lasse pas

On aurait pu penser qu’Atari Games aurait à cœur de faire mentir le vieil adage selon lequel une version Atari ST d’un jeu est toujours une version Amiga au rabais (il s’agit de faire vendre leur ordinateur, après tout), mais en fait, non. Escape from the Planet of the Robot Monsters sur ST est extrêmement proche de la version Amiga, la seule réelle différence se situant au niveau de la musique, inférieure à ce qu’offre la machine de Commodore. Pour le reste, mêmes qualités, mêmes défauts, même nombre de crédits; pas de quoi être dépaysé, en somme.

On n’est pas dépaysé

NOTE FINALE : 12,5/20

Simple copier/coller de la version Amiga – à moins que ça ne soit l’inverse? – Escape from the Planet of the Robot Monsters sur Atari ST est toujours aussi bon, toujours aussi répétitif, et doit également composer avec les qualités sonores légèrement inférieures du hardware qui le fait tourner.

 

***** Version Amstrad CPC *****

Année de sortie : 1990
Nombre de joueurs : 1 à 2
Disponible en Français : non

Chaque fois que je revois cette image, j’y découvre quelque chose de nouveau

Comme on pouvait s’y attendre pour le portage d’un jeu d’arcade de la fin des années 80, Escape from the Planet of the Robot Monsters aura également connu la joie des adaptations sur ordinateurs 8 bits. Sur CPC, le titre s’en sort très honnêtement: graphiquement, tout d’abord, on retrouve immédiatement la patte du jeu et son univers très coloré. Le mode deux joueurs est toujours de la partie, ce qui est un excellent point, en revanche, la sympathique musique de l’écran-titre laisse la place à un silence de mort à peine ponctué de quelques bruitages une fois en jeu. À noter également que le jeu propose un level design légèrement modifié – simplifié, pourrait-on dire – par rapport aux versions 16 bits.

On ne peut pas dire que la difficulté soit allée en diminuant

En fait, le seul véritable reproche que l’on puisse faire à ce portage – en-dehors de tous ceux déjà faits aux versions 16 bits – c’est une jouabilité assez particulière qui risque de vous demander un temps d’adaptation. En effet, utiliser une des directions du jeu (il n’est hélas pas possible de redéfinir les touches) ne fera pas aller votre personnage dans cette direction: elle le fera pivoter sur ses pieds, vers la gauche ou la droite, avant d’employer une autre touche pour le faire avancer. Autant dire que la nervosité du titre en prend un coup, mais cela n’empêche pas cette version d’être de très bonne qualité.

La réalisation graphique est toujours aussi soignée, ce qui fait plaisir

NOTE FINALE : 11/20

Escape from the Planet of the Robot Monsters reste, sur CPC, un titre sympathique qui tire très bien parti des capacités de la machine d’Amstrad. Tout est toujours à sa place, y compris l’indispensable mode deux joueurs, même si l’absence de musique pendant le jeu plombe quelque peu l’ambiance. Seul véritable regret: une jouabilité « révisée », nettement moins nerveuse et surtout infiniment moins intuitive, qui risque de modifier dramatiquement votre façon de jouer.

 

***** Version Commodore 64 *****

Année de sortie : 1990
Nombre de joueurs : 1 à 2
Disponible en Français : non

Dès l’écran-titre, on sent bien que ça ne va pas exactement être l’orgie graphique…

Au moment de porter un jeu sur l’une des machines les plus populaires jamais produites, on pouvait s’attendre à un minimum d’efforts. Le problème, c’est qu’on n’a certainement pas compris ce que « minimum » signifiait, chez Atari Games, au moment d’adapter le jeu sur C64. Soyons clairs, d’entrée de jeu: c’est très, très moche. Certes, le vénérable ordinateur de Commodore n’avait certainement pas assez de couleurs chaudes, dans sa palette, pour rivaliser avec la borne d’arcade. Mais de la à hériter d’une bouillie quasi-monochrome, là… Le jeu a au moins le bon goût de conserver le mode deux joueurs et la musique pendant la partie, mais difficile de ne pas se sentir insulté, pour un joueur de C64, tant ce portage respire la version au rabais programmée en quelques semaines pour proposer un titre dans les étals le plus vite possible.

…et une fois en jeu, on se dit qu’il y a des programmeurs qui ne se sont pas foulés

NOTE FINALE : 09/20

Au milieu de portages de très bonne qualité, la version C64 d’Escape from the Planet of the Robot Monsters transpire la paresse. Certes, le cœur du jeu est toujours là, mais c’est très en-dessous de ce dont est capable le Commodore 64.

 

***** Version PC *****

Année de sortie : 1990
Nombre de joueurs : 1 à 2
Disponible en Français : non

C’est un peu plus détaillé que sur Amiga, mais on ne peut pas dire que ça soit plus coloré

En 1990, la démocratisation du VGA et l’apparition des cartes sons étaient en train de contribuer à accomplir l’impensable: transformer le PC en machine de jeu, comme des titres tels que Wing Commander ou Budokan s’étaient déjà chargés de l’annoncer. Malheureusement, du côté de chez Atari Games, on n’était visiblement pas encore au courant: si Escape from the Planet of the Robot Monsters sur PC prend bien en charge le VGA, bon courage pour réussir à déceler 256 couleurs à l’écran tant le résultat est proche de celui de l’EGA. Certes, ce n’est pas repoussant, c’est même un peu plus détaillé que sur les autres versions 16 bits, mais le titre aurait largement pu être plus coloré. En revanche, du côté de la musique, carton rouge: ce sera le haut-parleur interne et rien d’autre. Les possesseurs d’Adlib, de SoundBlaster ou de Roland MT-32 ne devaient vraiment pas être ravis, à l’époque. Pour parfaire le tableau, il est strictement impossible de redéfinir les touches, et le mappage du clavier est d’ailleurs tellement obscur que je ne suis même pas parvenu à dépasser l’écran-titre sans brancher au préalable un joystick – rien ne semblait vouloir interrompre l’introduction pour lancer la partie. À tel point que je ne suis toujours pas certain, à l’heure actuelle, qu’il soit réellement possible de jouer à deux.

On ne sait pas trop pourquoi le décor est passé du rouge au bleu, mais on est tellement dans les teintes caractéristiques de l’EGA qu’on a du mal à réaliser qu’il y a 256 couleurs

NOTE FINALE : 10,5/20

Le portage PC d’Escape from the Planet of the Robot Monsters aurait certainement pu être considéré comme « honnête » s’il avait eu le bon goût de paraître ne fut-ce qu’un an plus tôt. Malheureusement, en 1990, la concurrence commençait à devenir de plus en plus sérieuse, et l’existence d’un mode VGA – par ailleurs relativement paresseux – ne fera pas oublier une ergonomie d’un autre âge, et surtout l’absence totale de gestion de la moindre forme de carte son. Le jeu est toujours jouable et relativement amusant, mais il aurait pu prétendre à tellement mieux si Atari Games avait fait preuve d’un minimum d’ambition…

 

***** Version ZX Spectrum *****

Année de sortie : 1990
Nombre de joueurs : 1 à 2
Disponible en Français : non

J’espère que vous aimez le magenta. Rassurez-vous, cela change selon les niveaux.

Transposé sur ZX Spectrum, le titre d’Atari Games marche précisément sur les traces de ses glorieux aînés. Si la réalisation graphique n’est pas transcendante (on aurait bien aimé que la fenêtre principale emploie plus d’une couleur), le titre est toujours jouable à deux, et l’essentiel est toujours à sa place. En revanche, il faudra composer avec la maniabilité très particulière de la version CPC, et surtout avec seulement deux crédits. Un peu rude. On notera également de grosses variations de framerate, décelable au fait que la sympathique musique du titre change constamment de rythme.

NOTE FINALE : 10/20

En dépit des limites évidentes du support, Escape from the Planet of the Robot Monsters sur ZX Spectrum préserve l’essentiel de ce qui fait son plaisir de jeu. Dommage, malgré tout, que la réalisation se cantonne à une fenêtre monochrome, que la maniabilité hérite des défauts de la version CPC, et que le jeu se montre nettement plus avare en crédits que dans les versions 16 bits.

 

Metal Slug : Super Vehicle-001

Développeur : Nazca
Éditeur : SNK
Testé sur : Arcade, Neo Geo, Neo Geo CD

***** Version Arcade *****

Année de sortie : 1996
Nombre de joueurs : 1 à 2
Disponible en Français : non

Vidéo – L’écran-titre du jeu :

Chaque type de jeu vidéo a son fondateur, sa légende, son porte-drapeau.

Difficile pour un joueur du XXIe siècle de parler jeu de plateforme sans évoquer Super Mario Bros., par exemple – l’immortel titre de la NES remonte pourtant à 1985. Son concurrent en perte de vitesse depuis vingt ans, Sonic the Hedgehog, serait également cité. Pour les jeux de tir à la première personne, Doom reviendrait obligatoirement, tout comme son précurseur Wolfenstein 3D ou son successeur Quake. Et impossible d’évoquer le genre du Puzzle Game sans partir de Tetris.

Ça tire, ça pète et ça nettoie du sol au plafond: bienvenue dans Metal Slug

Pour un sous-genre plus récent comme le Run and Gun, le débat est un peu plus ouvert. Parmi les titres marquants, deux ou trois jeux reviendraient probablement naturellement: Contra, par exemple, Gunstar Heroes… Et surtout, Metal Slug. Un programme qui sera parvenu à se faire un nom en salles d’arcade, et même à engendrer une prolifique série à une époque où les jeux d’action en 2D – et les salles d’arcade avec – commençaient à perdre inéluctablement une guerre de plus en plus déséquilibrée contre les titres en 3D des consoles de salon, Playstation en tête.

Un conseil: bougez d’ici. Vite.

Par quel miracle? A priori, le titre de Nazca paru en 1996, ne paie pas spécialement de mine. Vous plaçant aux commandes d’un soldat appelé Marco – et son coéquipier Tarma si vous avez l’excellente idée d’y jouer à deux -, Metal Slug vous propulse au sein d’un univers parodique où un Saddam Hussein de pacotille nommé le Général Morden fait régner la terreur à la tête d’une armée de bras cassés tout droit échappés de la seconde guerre mondiale. Le but du jeu est, comme dans n’importe quel Run and Gun, d’une simplicité salutaire: tout détruire en vous frayant un chemin jusqu’au grand méchant histoire de l’occire lors de l’habituel combat final.

L’action ne faiblit absolument jamais – et c’est chouette

Pour se faire, vos deux héros pourront compter sur un arsenal basique, constitué d’un pistolet aux munitions illimitées et d’un stock de grenades à manche – limité, lui. Mais pour peu qu’ils libèrent un des nombreux prisonniers façon « Vietnam » retenus au sein des six niveaux du jeu, Marco et Tarma pourront récupérer des bonus salutaires, parmi lesquels de nouvelles armes aux munitions restreintes mais aux effets spectaculaires: mitrailleuse lourde, lance-flammes, lance-roquettes, fusil à pompe, ou tout simplement des grenades supplémentaires (bien équipés, les otages, dans ce jeu!). Il leur arrivera également de tomber sur le fameux « Metal Slug » du titre: un mini-tank doté d’un canon lourd et d’une tourelle mobile, qui peut sauter (!) et ramper (!!) tout comme vos personnages, et qui, en plus de faire de lourds dégâts, aura également le mérite de pouvoir encaisser plusieurs coups là où nos deux héros mourront au premier contact.

Tous les prétextes sont bons pour tout faire sauter

Tout cela est bien beau, mais cela semble encore un peu léger pour permettre à un titre comme Metal Slug d’entrer dans la légende. Les jeux permettant de se défouler en vidant des chargeurs étaient légion, particulièrement en salle d’arcade, dans les années 90. Alors comment le titre de Nazca est-il parvenu à se faire un nom pour les décennies à venir? La réponse tient en deux critères: le fun, et le soin méticuleux apporté à la réalisation du jeu.

Détruire les éléments de décors les plus démesurés est un autre des grands plaisirs du jeu

Sur ce dernier point, les nombreuses captures d’écran qui accompagnent cet article vous livreront déjà un premier indice. Certes, les choses vont vite, et en 1996 il n’était déjà pas rare de croiser sur ordinateur des titres plus beaux et profitant d’une résolution supérieure à celle de Metal Slug. Reste que face à la 3D balbutiante de la concurrence, le programme représentait à l’opposé le pinacle du pixel art, et son style coloré et dynamique a sans doute mieux vieilli que la plupart des titres qui commençaient à paraitre sur les consoles dernière génération de Sony ou SEGA à la même époque. La vidéo en clôture du test, elle, vous permettra de réaliser que c’est encore mieux quand ça bouge, et à ce niveau le travail accompli est tout simplement remarquable : là, c’est carrément du dessin-animé.

des soldats qui poussent des boules de neige: c’est bientôt Noël!

Loin des titres se contentant d’afficher une animation de quelques frames et un sprite clignotant à chaque ennemi vaincu, Metal Slug affiche une variété tout bonnement hallucinante dans les capacités et les réactions des adversaires qui vous font face. Les soldats face à vous courent, sautent, débarquent en parachute, battent des bras lors d’une chute prolongé, rampent, se mettent à hurler et à détaler, se transforment en torches humaines quand vous les arrosez au lance-flammes, voire filent se cacher à l’intérieur d’une cuvette de WC lorsque vous démolissez la vespasienne dans laquelle ils étaient occupés à leur petite affaire. Il en va ainsi de toute l’opposition que vous rencontrez, véhicules inclus – sans oublier les prisonniers dont l’attitude est souvent à mourir de rire – et le nombre de petites saynètes que l’on peut observer au cours de chaque niveau est aussi impressionnant que rafraichissant.

Des petites trouvailles comme celle-ci viennent constamment surprendre le joueur

Pour ne rien gâcher, cette mise en scène ne s’arrête pas aux personnages: on peut littéralement tout détruire. Vitres, balcons, planchers, murs, tout y passe – bien aidé en ce sens par des barils d’explosifs généreusement positionnés dans le but précis de raser des bâtiments entiers – et le titre n’a d’ailleurs aucun complexe à vous faire réduire en un tas de gravats des bâtiments de plusieurs écrans de large! On appréciera, une nouvelle fois, les centaines de petites idées qui viennent constamment dynamiser le déroulement des niveaux: ces bateaux que vous devrez non seulement détruire, mais dont vous devrez également aller achever l’équipage au corps-à corps car celui-ci s’acharne à pomper l’eau hors de l’épave flottante, ou encore ces tanks vous pilonnant depuis le fond de l’écran mais que vous pourrez mener à leur perte en détruisant les corniches sur lesquelles ils sont juchés – sans parler de dispositifs comme des boutons géants à activer pour pouvoir atteindre un tonnelet explosif destiné à faire le ménage une bonne fois pour toutes.

Les boss sont souvent aussi imposants qu’imaginatifs

En dépit du caractère intrinsèquement répétitif du Run and Gun, le titre met un point d’honneur à renouveler les situations avec une telle constance et avec une telle imagination que même le plus blasé des joueurs ne s’ennuiera littéralement jamais – du travail d’orfèvre! Et l’action proposé à l’écran devenant rapidement effrénée, particulièrement dans les derniers niveaux, autant dire qu’il vaudra mieux avoir d’excellents réflexes – ou un rouleau de pièces assez conséquent – pour venir à bout du programme en dépit de sa relative brièveté (comptez une grosse demi-heure pour venir à bout des six niveaux, si vous êtes bon – ou riche). Notez d’ailleurs que le jeu, malgré sa difficulté, est assez généreux: pas de checkpoint, vous repartirez directement de l’endroit où vous avez trouvé la mort. Surtout, on ne meurt jamais pour de mauvaises raisons, et les habitués du titre pourront rapidement espérer aller relativement loin avec un seul crédit.

Le Metal Slug est la garantie d’une puissance de feu délectable – admirez le décor, au passage

En résumé, après avoir laissé une chance à ce Metal Slug qui paraissait déjà daté au moment de sa parution, dans les salles d’arcade, on comprend immédiatement pourquoi des milliers de joueurs auront préféré abandonner des bornes plus clinquantes avec écran géant et son 3D pour en revenir à la base: le fun à l’état pur. Trois boutons, une prise en main qui nécessitera difficilement plus de deux secondes, et une adrénaline qui ne retombe pratiquement jamais – surtout à deux, où le plaisir ne fait que croître – on tient là la formule idéale pour fonder une saga qui survivra aux années à venir. Comme quoi, il y a peut-être une morale, finalement, dans le monde vidéoludique.

Vidéo – Le premier niveau du jeu:

NOTE FINALE : 18/20

Débarqué dans un sous-genre en fin de vie, dans des salles d’arcade à l’agonie, à un moment où la Neo Geo n’était plus tout à fait la Rolls Royce des consoles ni des bornes d’arcade, Metal Slug sera pourtant immédiatement parvenu à se faire un nom et une place dans les salles, dans les portefeuilles et dans le coeur des joueurs. Profitant d’une action débridée et d’une réalisation extraordinairement soignée qui donne souvent le sentiment de participer à un dessin animé, le titre de Nazca jouit dès les premières secondes où on s’y essaie d’un capital sympathie indéniable qui ne retombe qu’au bout de plusieurs années. Seul ou à deux, sur borne d’arcade ou sur console de salon dans une des multiples compilations où l’on peut le trouver aujourd’hui, l’essayer, c’est définitivement l’adopter. À n’en pas douter l’un des meilleurs Run and Gun jamais publiés.

CE QUI A MAL VIEILLI :

– Un peu court

– Les autres titres de la saga placeront le curseur encore plus haut

 

***** Version Neo Geo *****

Année de sortie : 1996
Nombre de joueurs : 1 à 2
Disponible en Français : non

La borne d’arcade de Metal Slug étant elle-même une Neo Geo MVS, on ne sera pas surpris que le titre soit exactement identique, en terme de réalisation, une fois porté sur le modèle de salon. La seule nuance est l’apparition d’un écran des options en lieu et place des DIP switches qui vous permettaient de trifouiller les réglages de la borne d’arcade. Vous aurez donc accès à quatre modes de difficulté, au choix du nombre de vies (de 3 à 5 par crédit), et à celui de la langue (on peut désormais jouer en portugais, probablement à destination du marché brésilien, mais vu le nombre extrêmement limité de texte dans le jeu, le boulot n’a pas dû être tuant). En revanche, vous aurez obligatoirement quatre crédits par joueur, ni plus, ni moins. Un bon moyen d’offrir une difficulté respectable – à condition de ne pas abuser du bon vieux truc consistant à continuer votre partie avec le joueur 2 une fois que vous avez épuisé les crédits du joueur ,, truc ne fonctionnant bien évidemment qu’en solo.

NOTE FINALE : 18/20

Sur console de salon, Metal Slug est toujours aussi bon, et vous laissera même paramétrer votre expérience de jeu pour la rendre plus ou moins ardue selon vos préférences. Plus question cette fois de retourner le jeu en vous vidant les poches de toute la monnaie qui y restait, ce qui est plutôt une bonne chose pour la durée de vie du jeu.

 

***** Version Neo Geo CD *****

Année de sortie : 1996
Nombre de joueurs : 1 à 2
Disponible en Français : non

Transposé sur un support nettement moins coûteux que les cartouches d’origine, Metal Slug ne tire pas franchement avantage dudit support, puisque les musiques sont restées – comme tout le reste du jeu, d’ailleurs – exactement identiques à celles de la version arcade. Seule différence en jeu: les textes et messages vocaux annonçant le début et la fin de chaque mission ont curieusement disparu, sans doute pour compenser l’apparition des temps de chargement de quelques secondes inhérents au CD.

La différence, une nouvelle fois, sera donc à chercher du côté du menu des options, plus conséquent que sur cartouche. En plus du choix du nombre de vies et du mode de difficulté, il sera dorénavant possible de réattribuer les touches, d’activer un nouveau mode de jeu appelé « Combat School », et de profiter d’une galerie d’artworks en guise de bonus. Le mode « Combat School » ne se débloque qu’une fois le mode arcade terminé, et permet de refaire les missions du jeu en mode Time Attack – un peu gadget, donc, mais les acharnés du joystick seront malgré tout heureux d’en profiter.

NOTE FINALE : 18/20

Pas de révolution pour cette version CD de Metal Slug qui ne tire nullement parti de son support. Tout juste sera-t-on heureux de profiter de quelques petits bonus dont un mode de jeu franchement dispensable, mais on aura tort de râler contre un peu de contenu supplémentaire. La plus grande qualité de cette version reste cependant son prix comparé à la version cartouche.

 

Vroom / F1

Développeur : Lankhor
Éditeur : Lankhor
Testé sur : Atari ST, Amiga, PC

***** Version Atari ST *****

Année de sortie : 1991
Nombre de joueurs : 1 à 2 (par câble null modem)
Disponible en Français : non

Vidéo – L’écran-titre du jeu :

En dépit de son incontestable succès public, l’Atari ST aura longtemps été le mal-aimé des développeurs informatiques. Non que sa ludothèque ait été délaissée – elle était et reste considérable – mais l’ordinateur d’Atari aura entretenu, dans sa rivalité avec l’Amiga 500, une position un peu particulière qui lui vaudra de voir 95% de ses titres être des portages plus ou moins réussis de jeux développés sur la machine de Commodore. Les titres expressément développés pour paraître en priorité sur Atari ST seront restés rares au fil des années 80 et 90, avec quelques spectaculaires exceptions, le légendaire Dungeon Master restant sans doute à ce jour la plus célèbre. Mais parmi les jeux à avoir eu le privilège de se faire un nom sur l’ordinateur d’Atari avant de daigner explorer d’autres plateformes, plusieurs autres auront laissé un souvenir aussi durable qu’émus aux ataristes (comme on les appelait à l’époque) d’alors. Parmi eux, un titre au nom ô combien parlant: Vroom.

Sur la grille de départ, votre moteur rugit… vous allez leur montrer qui est le patron!

Vroom, comme vous l’aurez sans doute déjà compris même si vos notions d’anglais restent pour le moins balbutiantes, va vous mettre directement sur le siège d’une voiture – en l’occurrence, à l’intérieur d’une formule un. Les mains sur le volant, le pied au plancher, à vous le plaisir d’aller vous mesurer à des pilotes aux noms singeant ceux des conducteurs réels de l’époque (je vous laisse deviner à qui font référence des pilotes comme « Prosit » ou « Semma »), Lankhor n’ayant pas investi dans la licence FOCA, sur six circuits qui respecteront, eux, les tracés réels, de la Suède au Japon en passant par la France ou l’Autriche. Le titre, propose, dès le lancement, une interface relativement austère (un écran-titre, un menu de sélection avec très peu d’options, et basta), qui vous laissera sélectionner les différents modes de jeu: « Arcade » vous fera obligatoirement enchainer les six circuits, à la souris ou au joystick, dans des courses à la conduite assistée où la partie se jouera au score et où les adversaires feront davantage office d’obstacles que de réelle opposition – un mode facile à prendre en main et très adapté pour se familiariser avec le jeu, donc.

Le menu du jeu est plutôt… succinct

« Racing », lui, correspondra à la partie « technique » du jeu: contrôle à la souris obligatoire, plus de conduite assistée, et mieux vaudra bien négocier chaque virage et chaque dépassement. « Train », lui, correspondra à l’entrainement – qui n’apporte de toute façon pas grand chose, autant vous faire la main directement en compétition puisque les conditions sont relativement proches – et « Demo » est un simple mode de démonstration, au cas où vous aimeriez voir quelqu’un conduire sans se ramasser tous les vingt mètres – nous y reviendrons. Tous ces modes de jeu autorise l’utilisation d’une boite manuelle ou automatique et, beaucoup plus original pour l’époque, un mode deux joueurs est disponible – à condition, hélas, de disposer de deux Atari ST et d’un câble null modem.

Les sonorités et l’éclairage se modifient lors du passage dans un tunnel

Parmi toute cette énonciation, un détail aura pu faire tiquer les puristes: souris ou joystick? Mode compétition uniquement à la souris? Eh oui, choix aussi radical que surprenant: Vroom ne vous autorisera pas à faire usage d’un clavier – chose que permettaient 100% des logiciels concurrents – et même le joystick ne vous ouvrira l’accès qu’au mode arcade. Autant vous y faire: le titre de Lankhor est certainement le tout premier (et à n’en pas douter, l’un des seuls) jeu de course à se jouer à la souris.

Cette grille vous permettra d’entrer votre nom et de juger de l’évolution des scores d’un circuit à l’autre

De fait, le clavier ne vous sera utile qu’à trois occasions: pour entrer votre nom au lancement de la partie, pour sauvegarder à l’aide des touche F1 à F9 une fois en compétition, ou pour faire changer vos pneus (lettre T) ou refaire le plein (lettre G) lors de vos arrêts au stand. Un changement de focale est également disponible par le biais de la touche F10, mais ne devrait pas bouleverser votre approche du titre, qui se déroulera de toute façon obligatoirement depuis une vue placée à l’intérieur du cockpit.

Je suis lancé à fond de train entre une pancarte et une voiture qui se rabat sur ma gauche. Est ce que je:
a: me vautre
b: m’emplafonne
c: me fracasse
d: termine la partie et pars méditer sur la brièveté de l’existence ?

La vue, d’ailleurs, parlons-en. La moitié supérieure de l’interface vous apportera son lot d’informations utiles: le tracé du circuit, votre position en course, le nombre de voitures doublées, vos temps de passage, etc. Plus important: une jauge en haut à droite vous indiquera l’état de vos réserves de carburant, sachant qu’une panne sèche, tout comme une explosion de pneu ou de moteur, signifiera la fin de la partie en arcade et celle de la course en compétition. Car oui, vos pneus s’usent, et votre moteur fatigue – particulièrement si vous faites n’importe quoi avec votre levier de vitesse. Deux voyants situés directement sur votre tableau de bord vous informeront de l’état de vos pneus (à gauche) et de votre moteur (à droite) – et attendez-vous à connaître une fin de course abrupte si vous n’êtes pas à proximité immédiate des stands lorsqu’un de ces deux voyants passe au rouge. Pour finir ce tour d’horizon, notons également que vos deux rétroviseurs fonctionnent, en dépit de leur taille minuscule, et sauront vous informer de la présence d’une voiture juste derrière vous – présence dont le bruit du moteur vous aurait de toute façon déjà informé.

Le titre sait également renouveler ses décors

Il faut d’ailleurs en profiter pour saluer ici la qualité de la réalisation sonore du titre. Certes, les bruits de moteur façon bourdonnement 8 bits feront sans doute sourire les joueurs modernes, habitués à un ultra-réalisme bluffant. Mais pour un titre de 1991, le travail est remarquable: lors d’une conduite en boite manuelle, par exemple, il est tout à fait possible de choisir vos changements de rapport simplement à l’oreille. De la même façon, le son change lorsque vous passez sous un tunnel, et le jeu va même jusqu’à gérer l’effet « Doppler » lorsque vous vous approchez d’une voiture ou que vous passez à proximité des arbres sur le bord de la route – c’est impressionnant! Et pour ne rien gâcher, la réalisation graphique, elle aussi, vise directement le haut du panier: la sensation de vitesse est bluffante, la distance de vision est très respectable, le jeu gère admirablement les reliefs, et on appréciera la variété des modèles de tribunes, de stands, sans oublier les habituels panneaux de signalisation – et même les petits détails idiots comme les dirigeables à l’horizon ou cet avion qui passe en tirant derrière lui une banderole « Lankhor ». Bref, pas étonnant que les joueurs de 1991 aient immédiatement mordu: le jeu est encore très joli et parfaitement lisible aujourd’hui.

Attendez-vous à ce que ce genre d’accident se produise souvent

Ceci dit, une fois ce concert de louanges terminé, il va être temps d’aborder le point qui fâche: cette fameuse jouabilité à la souris. A priori, les contrôles sont on ne peut plus simples: on pousse la souris vers le haut pour accélérer, vers le bas pour freiner, à gauche ou à droite pour tourner, le bouton droit sert à passer au rapport supérieur et le bouton gauche à rétrograder. Une fois la bête en main, évidemment, c’est une autre paire de manche: si le jeu s’apprivoise relativement vite en mode arcade, avec une conduite assistée, les choses sont infiniment plus complexes en compétition. Bien sûr, n’importe quel habitué des jeux de course sait qu’apprendre à maîtriser son engin, ses trajectoires, et savoir ou et quand accélérer ou freiner est la base de ce type de gameplay.

Même les lignes droites peuvent être difficiles à négocier

Mais le choix radical de nous couper l’accès à des moyens de contrôle aussi évidents que le clavier et le joystick – ne parlons même pas d’utiliser un volant – risque de faire grincer quelques dents, surtout lors des premières parties. Sachant que le simple fait de rouler en ligne droite peut parfois s’avérer délicat, je vous laisse juger du temps nécessaire pour savoir aborder un virage serré au terme d’une longue ligne droite, pris en sandwich entre deux véhicules, sans finir emplafonné dans un adversaire, un platane, ou en vol plané à quarante mètres de la route. Le jeu est à ce titre assez généreux pour vous replacer immédiatement au centre de la route en cas de crash – ce qui fait qu’un bon carambolage est souvent, paradoxalement, préférable à une sortie de route. Mais même à l’heure des souris optiques hyper-précises, ne vous attendez pas à maîtriser la bête en dix minutes – ni même en deux heures. Respect éternel, à ce titre, à tous les joueurs qui auront multiplié les records à ce jeu en y jouant avec la souris d’époque, notoirement imprécise, de l’Atari ST.

Les reliefs sont superbement gérés

Cette prise en main aussi inhabituelle que délicate risque, vous l’aurez compris,  de constituer le principal frein à l’enthousiasme des joueurs qui souhaiteraient (re)découvrir le titre au XXIe siècle. Face aux progrès retentissants effectués par ce genre de simulations sportives au cours des trois dernières décennies, autant dire que devoir tout réapprendre avec un périphérique qui n’a certainement jamais été pensé dans cet usage pourra poser pas mal de problèmes à tous ceux qui n’auront pas la patience de dépasser quelques heures de frustration pour vivre enfin le bonheur de savoir négocier un tour de piste sans aller faire l’amour à un arbre ou à une pancarte de publicité mal placée. D’autant plus que les centaines d’options de personnalisation qui permettent aujourd’hui, dans la plupart des jeux modernes, de laisser le joueur adapter la conduite à son exigence n’avaient tout simplement pas cours au début des années 90.

On appréciera les petits détails, tels que cet avion venu participer à l’auto-promotion de Lankhor

En-dehors du choix de la boîte, le pilote ne bénéficiera d’aucune option pour se faciliter les choses, et on se demande encore aujourd’hui pourquoi le joystick, toléré en arcade, n’a plus court dans les modes plus pointus. On aurait également apprécié d’avoir l’équivalent du championnat en entier sous la main plutôt que simplement six courses – surtout qu’une fois le jeu maîtrisé, le challenge ne se renouvèle pas beaucoup, et que l’absence de mode de difficulté joue alors une nouvelle fois contre lui. C’est donc à ce niveau que le titre de Lankhor accuse définitivement son âge, plus que du côté de sa réalisation qui fera immédiatement fondre le cœur des joueurs de plus de trente ans. Les plus jeunes, eux, devront se montrer patients, tenaces – ou passer à autre chose.

Vidéo – Cinq minutes de jeu:

NOTE FINALE : 14/20

Bien sûr, les nostalgiques de l’âge d’or de l’Atari ST vous parleront de Vroom pendant des heures, avec des sanglots dans la voix et des étoiles dans les yeux. Et on peut aisément comprendre pourquoi: grâce à une sensation de vitesse convaincante, un réalisme étonnant du côté de la réalisation sonore et un compromis intelligemment mené entre technicité et arcade, le titre de Lankhor a encore des sensations à transmettre – particulièrement pour ceux qui auront la chance de parvenir à y jouer à deux. Malheureusement, pour le joueur qui le découvrira en 2018, Vroom restera aussi un jeu au contenu limité et surtout le cadre de choix assez… radicaux en terme de jouabilité. Ceux qui auront la patience de surmonter les premières heures passées à s’emplafonner à chaque virage découvriront un titre toujours aussi ludique – mais on aura du mal à en vouloir à ceux qui décrocheront avant cette étape, épuisés par un jeu où rouler en ligne droite peut déjà être une gageure.

CE QUI A MAL VIEILLI :

– Impossible de jouer au clavier? Sérieusement?

– Très peu d’options

– Seulement six circuits

– Prévoyez plusieurs heures avant de domestiquer les contrôles à la souris

 

***** Vroom Data Disk (1992) *****

Le gameplay a très peu bougé, mais ce ne sont pas les fans du titre qui s’en plaindront

Vroom ayant reçu à l’époque de sa sortie des critiques dithyrambiques (surtout de la presse française, toujours assez chauvine, particulièrement vis-à-vis des sociétés qui leur achetaient des pages de publicité, mais je m’égare…), le succès commercial ne tarda pas à suivre. Et que fait-on avec un succès commercial? On surfe dessus, pardi! Moins d’un an après sa sortie, Vroom se fit donc doté d’un Data Disk, comme on aimait à appeler les extensions à l’époque, histoire de développer un peu son contenu. Ce Data Disk fonctionnait d’ailleurs indifféremment sur Atari ST ou Amiga, dont le portage (testé plus bas) venait justement de sortir.

Doubler un adversaire va désormais s’avérer encore un peu plus compliqué

Concrètement, qu’apportait cette extension? Eh bien six nouveaux circuits, pour commencer. À vous donc les joies des joutes automobiles à Hockenheim, à Mexico City, à São Paulo, ou encore Estoril, Monza et Montréal. Mine de rien, cela revient quand même à doubler le contenu du jeu – même si le joueur acharné ayant retourné le titre de base ne devrait pas mettre très longtemps à retrouver ses marques.

On constatera quand même que ce Data Disk comporte également son lot de petites améliorations, la plus évidente étant qu’il est ENFIN possible de pratiquer le mode compétition au joystick, comme c’était le cas sur Amiga. Sinon, les adversaires sont également plus agressifs, exploitant à fond leur fâcheuse tendance à se placer en plein milieu de la route pour rendre le moindre dépassement infiniment plus délicat. Pour le reste, les sensations restent inchangées – le titre m’a paru encore plus rapide – et les nouveaux circuits sont très bien modélisés et de toute beauté. Bref, rien de révolutionnaire – ce n’était de toute façon pas franchement l’objectif – mais les amateurs de la première heure auraient tort de bouder leur plaisir.

Les nouveaux circuits sont plus techniques, les longues lignes droites se font rares

NOTE FINALE : 14,5/20

La même chose en mieux, voilà pour ce Data Disk sans surprise qui corrige quelques erreurs de jeunesse (la gestion du joystick, pour ne pas la nommer) tout en doublant le contenu du jeu de base. La difficulté aura également grimpé d’un cran, ce qui permettra à ceux ayant maîtrisé Vroom au point de le trouver trop facile de replonger quelques heures de plus, le temps de vérifier si l’opposition n’est pas un peu mieux armée pour leur faire face.

 

***** Version Amiga *****

Année de sortie : 1992
Nombre de joueurs : 1 à 2 (par câble null modem)
Disponible en Français : non

Les verts sont un peu plus clinquants, mais le jeu n’a pas subi de révolution graphique

Il aurait été surprenant qu’un succès comme Vroom reste éternellement cantonné sur la machine d’Atari. De fait, il n’aura fallu attendre que quelques mois pour voir le jeu de Lankhor débarquer chez le rival de toujours où – blasphème ultime – il se paie le luxe de rendre une copie légèrement supérieure à l’originale.

En terme de réalisation, pas de surprise, on est en terrain connu: les deux versions sont graphiquement identiques. En revanche, ça va encore un peu plus vite sur Amiga, particulièrement si vous avez la bonne idée de lancer le jeu sur un Amiga 1200, où la sensation de vitesse est réellement impressionnante. En revanche, j’ai pu constater quelques glitches et autres clignotement que je n’avais jamais constatés sur Atari ST – rien de grave, mais autant le signaler. Niveau sonore, le jeu évolue dans les mêmes eaux sur les deux versions.

En revanche, Lankhor a dû recevoir quelques lettres d’injure à propos de la maniabilité à la souris, car le jeu est désormais jouable au joystick dans tous les modes, avec ou sans Data Disk. Et devinez quoi: cette maniabilité au joystick fait beaucoup, beaucoup de bien – surtout que le titre est plus maniable, manette en main, que sur ST où le joystick faisait à peine mieux que la souris. La souris, d’ailleurs, est toujours aussi délicate à manier – surtout vu à quelle vitesse peut tourner le jeu, mais dorénavant, au moins, vous aurez le CHOIX. Dommage qu’on ne puisse toujours pas jouer au clavier, par contre, mais c’est déjà moins énervant que dans la version originale.

Sur Amiga 1200, ça va vraiment vite

NOTE FINALE : 15/20

C’est toujours aussi beau, le son est toujours aussi bon, mais ça va encore plus vite et ça exploite enfin le joystick à fond: Vroom sur Amiga offre une alternative extrêmement intéressante à tous ceux qui ne se seraient toujours pas remis de la maniabilité à la souris de la version ST. En s’autorisant finalement à tirer parti du mode de contrôle le plus naturel, le jeu devient immédiatement moins frustrant – et tout le contenu de la version ST étant resté fidèle au poste, mode deux joueurs par câble null modem compris, on aurait tort de bouder cette version qui aura profité des quelques mois de développement supplémentaires pour rendre une copie irréprochable.

 

***** Version PC *****

Année de sortie : 1994
Nombre de joueurs : 1 à 2
Disponible en Français : non

C’est plus beau, c’est plus rapide, mais il y a moins de reliefs et on ne sait pas trop pourquoi le cockpit a rétréci au lavage

Beaucoup de surprises en réserve ace cette version PC de Vroom. La première, et non des moindres, étant la date de sortie: 1994. Trois ans pour porter un jeu développé sur Atari ST? Il y aurait déjà de quoi être surpris, mais les premiers éléments de réponse apparaissent dès le lancement du jeu: nouvel écran-titre, nouveaux menus, nouvelles musiques, trois modes de jeu, quatre modes de difficulté… C’est bien simple, plus on avance, et plus on a le sentiment d’être en train de jouer à un tout autre jeu! Et pourtant, le titre de Lankhor est bien là, fidèle au poste – mais il a visiblement décidé de mettre les trois ans le séparant de la sortie initiale, et la sortie entretemps de F1, mais nous y reviendrons, à profit pour proposer une expérience sensiblement peaufinée.

Les réglages du véhicule sont basiques, mais ils ont le mérite d’exister

Tout d’abord, le contenu du jeu n’a plus rien à voir avec les versions ST et Amiga. D’entrée de jeu, on se retrouve avec douze circuits – pas de Data Disk ici – reprenant peu ou prou ceux des précédentes versions, avec plusieurs modifications de taille, quand même, comme la disparition du circuit des États-Unis ou l’apparition du circuit de Monaco. Comme on l’a vu, quatre modes de difficulté font également leur apparition, chacun ayant un effet dramatique sur la conduite et sur le comportement des adversaires une fois en course. Mais ce n’est pas tout! Le titre propose désormais quelques réglages basiques sur votre véhicule, comme le choix de la position de l’aileron arrière ou du type de pneus en plus de la boîte de vitesse, et il est même possible d’activer un mode « turbo » – et je vous promets que le jeu va alors très vite.

Le mode deux joueurs sur le même écran est quand même un énorme plus

Une fois en course, on se retrouve en terrain connu, et pourtant, le dépoussiérage de l’interface apparait très vite, lui aussi. Le jeu est indéniablement plus coloré que sur ST et il tourne à une vitesse ébouriffante. En revanche, les reliefs me sont apparus moins marqués dans cette version, peut-être dans un soucis de réalisme – on a rarement des côtes à 25% sur un circuit de F1. Oubliez les voyants sur le tableau de bord, vous savez, ceux que vous ne pouviez jamais voir parce qu’ils étaient cachés par les mains sur le volant; dorénavant, toutes les informations sont au même endroit, dans la barre supérieure.

Le contenu est nettement plus conséquent dans cette version

Par contre, utiliser les rétroviseurs constituera ici un défi encore plus relevé que sur les précédentes version, et pour cause: votre cockpit est devenu minuscule. Si l’immersion y perd un peu, la vue est beaucoup plus dégagée – et vu le besoin vital d’anticiper que requiert ce genre de jeux, on ne râlera pas trop sur ce choix. Bref, cette version semble enterrer ses ancêtres, à un détail près: le son. Non seulement le titre ne gère que l’Adlib et la Soundblaster – ce qui, en 1994, est quand même un peu gonflé – mais en plus, vous pouvez oublier l’effet « Doppler » et la plupart des friandises présentes sur les versions ST et Amiga. Un peu feignants, les gars de Lankhor, sur ce coup-là…

Le PC était malgré tout capable de mieux en 1994 – surtout en ce qui concerne le son

Ce qui nous autorisera à leur pardonner immédiatement, en revanche, c’est la présence d’un mode deux joueurs, non plus par câble null modem, mais bien directement en écran splitté sur le même ordinateur! La nouvelle est d’autant plus excellente que le jeu vous laisse cette fois le choix des armes: clavier, joystick, souris, vous avez le droit à tout et vous pouvez ENFIN redéfinir les touches! Et au cas où vous n’auriez pas d’ami, le titre vous propose même d’affronter un adversaire contrôlé par l’ordinateur, histoire de transformer la course en un mano a mano Prost/Senna des grandes années! On notera d’ailleurs que le jeu n’a toujours pas récupéré la licence FOCA – ce qui explique certainement qu’il s’appelle encore Vroom. Mais quand on constate le nombre de petites approximations corrigées par le titre, on ne peut qu’applaudir des deux mains.

NOTE FINALE : 16,5/20

Vroom aura mis trois ans pour débarquer sur PC, mais quand on observe la copie, on comprend immédiatement pourquoi: enfin doté d’un vrai contenu et de possibilités de customisation, le titre tire également un trait sur les errements de sa jouabilité pour proposer un gameplay infiniment moins frustrant et une vitesse apte à donner des complexes à beaucoup de jeux de course, y compris des titres plus récents. À bien des niveaux, cette version PC et son mode deux joueurs en écran splitté ont tout de la version ultime – à part pour ce qui est du son, où les résultats pas du tout à la hauteur de ce qu’on pouvait espérer en 1994 sont nettement moins glorieux. Reste que la concurrence s’était également férocement développée entretemps, du côté de la simulation sportive, ce qui explique en grande partie que cette version incontestablement supérieure de Vroom n’ait pas connu sur PC le même culte que sur Atari ST – trois ans équivalant facilement à trois décennies, au début des années 90.

 

***** Vroom Multi-Player / F1 *****

Cette image provient du site http://www.mobygames.com

Testé sur : Atari ST, Amiga, Megadrive, Master System, Game Gear, PC

En 1993, fort du succès de Vroom, Lankhor décida de franchir le pas et d’investir enfin dans la fameuse licence FOCA, lui ouvrant définitivement l’accès aux circuits et aux pilotes officiels. Une bonne occasion de peaufiner un peu le titre paru deux ans auparavant et d’en offrir une version remaniée, qui paraîtra en Europe sous le nom de Vroom Multi-Player sur Atari ST et de F1 sur les autres supports. Pourquoi « Multi-Player »? Eh bien tout simplement parce que cette version allait proposer, comme la version PC un an plus tard, de s’escrimer contre un joueur humain sur écran splitté plutôt que par câble null modem – un argument de vente beaucoup plus parlant que l’ajout de la licence officielle. L’association avec Domark permettra également au titre de voir le jour sur les consoles SEGA. Le jeu étant extrêmement proche de Vroom, changement de nom ou pas, lui consacrer un test à part entière paraissait inapproprié : le contenu en aurait été identique à 90%. C’est pourquoi nous procéderons ici à un simple passage en revue des différences des principales versions – sauf pour les portages sur consoles SEGA, qui auront le droit à des tests plus détaillés.

 

***** Version Atari ST (Vroom Multi-Player) *****

Année de sortie : 1993
Nombre de joueurs : 1 à 2
Disponible en Français : non

Promis, c’est un tout nouveau jeu. Tout nouveau. Rien à voir avec l’ancien

Première particularité de la version ST: la licence FOCA n’a pas été utilisée ici – elle devra attendre pour cela que le jeu traverse l’Atlantique et en profite pour changer de nom. On se retrouve donc encore une fois avec des « Prosit » et des « Semma », ce qui est un peu dommage, mais ne change objectivement pas grand chose.

Le menu s’est un peu étoffé en deux ans

Dès l’écran-titre, on sent bien la version retouchée: l’image est la même que dans la version de 1991, avec « Multi-Player » barbouillé en-dessous à la va-vite pour bien faire comprendre aux joueurs qu’ils n’ont pas acheté le même jeu pour la deuxième fois. Les premiers vrais changements n’apparaissent qu’au menu: il est désormais possible de choisir sa saison (je n’ai aucune idée de ce que cela est censé changer), de modifier son aileron et ses pneus en plus de sa boîte de vitesse, de pratiquer le mode compétition au joystick comme c’était déjà le cas sur le Data-Disk, et surtout de jouer à deux sur le même écran! Il s’agit bien évidemment de l’ajout majeur du titre: les informations figurant sur le cockpit ont été décalées sur un écran à droite, et le jeu reste très rapide, quoique sensiblement moins qu’en mode un joueur, mais pas de quoi hurler. Il est également possible d’affronter l’ordinateur dans ce mode. En revanche, difficile d’expliquer pourquoi la connexion par câble null modem a disparu…

Graphiquement, le jeu n’a pas changé d’un poil – et au niveau du son non plus. Il ne compte hélas que six circuits, ce qui est un peu décevant, encore ces circuits ont-ils le bon goût d’être différents de ceux de la version d’origine. Notons également l’apparition de quatre modes de difficulté.

Vous vouliez un mode deux joueurs, vous avez un mode deux joueurs!

NOTE FINALE : 16/20

Cette mise à jour de Vroom mettant fièrement en avant son mode multijoueurs en écran splitté corrige de fait beaucoup des errements de la version de 1991, et dote le jeu d’une bonne partie des caractéristiques de la version PC de 1994. Malgré l’apport indiscutable de ce mode deux joueurs et des nouvelles options du titre, on regrettera une nouvelle fois que le jeu ne comporte toujours que six circuits, qu’il ne soit plus possible d’utiliser un câble null modem – ce qui est un peu paradoxal vu l’orientation du programme – et que les noms des pilotes ne profitent toujours pas de la licence FOCA.

 

***** Version Amiga *****

Année de sortie : 1993
Nombre de joueurs : 1 à 2
Disponible en Français : non

On ne s’en lasse pas

Fraichement débarqué sur Amiga, Vroom Multi-Player prend cette fois définitivement le nom de F1 et nous affiche fièrement sa licence durement acquise dès l’écran-titre. Cette fois, pas de problème, les vrais pilotes sont bien là (sauf quand il n’y a pas la place à faire tenir leur nom en entier, pas vrai Schumach?). En-dehors de ce détail et de ses nouveaux menus affichant fièrement la nouvelle identité du jeu, le titre propose exactement la même chose que sur Atari ST, en aussi rapide, et le mode deux joueurs est toujours aussi jouissif. Bref, rien à redire: c’est exactement le jeu qu’on s’attendait à trouver dans la boîte, et il ne déçoit pas.

NOTE FINALE : 16/20

En passant de Vroom à F1, le titre de Lankhor n’aura pas seulement intégré la licence FOCA, il aura également profité de toutes les nouveautés apportées par Vroom Multi-Player – à commencer, bien sûr, par ce fameux mode deux joueurs en écran splitté qui justifiait largement, à lui seul, l’acquisition du titre même pour les possesseurs de la première version. On retrouve donc un jeu plaisant, voire franchement grisant, et débarrassé de la quasi-totalité de ses erreurs de jeunesse. Que demander de plus?

 

***** Version Megadrive *****

Année de sortie : 1993
Nombre de joueurs : 1 à 2
Disponible en Français : non

Les jeux de course à deux joueurs ne sont pas légion sur Megadrive – alors si en plus ils sont bons, vous pouvez foncer!

Pour son premier passage sur console, on pouvait être curieux de voir comment ce F1 qui avait fait jusqu’ici toute sa carrière sur ordinateurs et sous un autre nom allait s’en sortir. La réponse est simple: très bien. Prenez la version PC de Vroom et vous aurez déjà tout le contenu et les possibilités du titre – la licence FOCA en plus. À vous, donc, la joie des douze circuits, des quatre modes de difficulté et du mode deux joueurs. La prise en main au pad est absolument irréprochable – on est très loin de l’époque où on pestait sur sa souris – et la réalisation, si elle est naturellement moins colorée que sur PC, reste très satisfaisante – d’autant que la rapidité, elle n’a été sacrifiée en rien. Petit ajout bienvenu: la caméra se penche comme le ferait la tête de votre pilote pendant les virages, ce qui rajoute au titre un gain d’immersion et de dynamisme très bien vu. Le son, lui, est bien meilleur que sur PC – ce qui fait que cette version peut largement prétendre à être l’une des meilleures, toutes machines confondues.

Cette version est peut-être encore plus dynamique que celles parues sur ordinateurs

NOTE FINALE : 17/20

F1 sur Megadrive est une excellente surprise, offrant un contenu supérieur aux versions Atari ST et Amiga sans rien sacrifier au niveau de la réalisation ni de la prise en main. On se sent immédiatement en terrain connu une fois le jeu lancé, et la qualité graphique additionnée à cette vitesse ébouriffante – et à cet excellent mode deux joueurs – permettent sans difficulté au titre de surpasser d’autres classiques de la ludothèque Megadrive comme l’insubmersible Super Monaco GP II. Assurément l’un des meilleurs jeux de course de la 16 bits de SEGA.

 

***** Version Master System *****

Année de sortie : 1993
Nombre de joueurs : 1 à 2
Disponible en Français : non

Le décor est plutôt… plat, dans tous les sens du terme, mais on ne pouvait pas en exiger beaucoup plus de la part de la Master System

Saut vers l’inconnu avec cette version Master System de F1: c’est en effet la première fois que le jeu est porté sur un système 8 bits. Sans surprise, inutile de s’attendre à une expérience comparable à celles des versions sur ordinateurs: votre véhicule est désormais vu de derrière, et le déroulement des courses n’est pas sans rappeler OutRun ou Super Monaco GP II. Concrètement, oubliez les reliefs, les tunnels, et la plupart des sensations qui avaient une chance de faire monter l’adrénaline: le jeu va certes vite, mais on est très loin d’avoir le sentiment de piloter une F1. La conséquence est que chaque circuit se ressemble – en dehors d’une timide variation dans la palette, on aura beaucoup de mal à les distinguer une fois abstraction faite du tracé. Mais au moins faut-il reconnaître que le titre s’efforce de faire le maximum: le mode deux joueurs en simultané est toujours là, même s’il n’est plus possible d’y affronter l’ordinateur, mais cela reste un bonus non négligeable pour les possesseurs de la 8 bits de SEGA (un peu plus rares en Europe en 1993, cela dit en passant). Le jeu comporte huit circuits – ce qui a l’avantage d’être plus que sur Atari ST ou Amiga, mais encore une fois, vu le peu d’éléments graphiques à stocker, on aurait pu espérer en trouver davantage. Les réglages du véhicule sont toujours présents mais les modifications sont encore moins sensibles que sur les versions 16 bits, et le jeu a conservé deux modes de difficulté et deux modes de jeu – l’entrainement a disparu, mais est-ce franchement un mal? Bref, c’est naturellement moins bon que sur les machines plus puissantes, mais cela reste très honnête.

Heureusement, si vous avez un ami avec qui jouer, c’est tout de suite plus amusant!

NOTE FINALE : 11,5/20

La Master System n’était certainement pas équipée pour rivaliser avec les ordinateurs de salon ni avec sa petite sœur pour un genre aussi techniquement exigeant que celui du jeu de course. F1 fait pourtant mieux que se défendre, avec ses armes, pour proposer une expérience ludique quoique définitivement plus limitée que dans les autres versions. Le mode deux joueurs reste dans tous les cas un énorme avantage face à la concurrence sur la 8 bits de SEGA.

 

***** Version Game Gear *****

Année de sortie : 1993
Nombre de joueurs : 1
Disponible en Français : non

Les sensations n’ont plus grand chose à voir avec Vroom sur Atari ST

Comme on pouvait s’y attendre, la version Game Gear de F1 n’est pas grand chose de plus qu’un portage de la version Master System. Malheureusement, l’impression de vitesse est encore moins convaincante, les circuits apparaissent comme encore plus dépouillés, et pour ne rien arranger le mode deux joueurs a disparu. Ça fait beaucoup.

NOTE FINALE : 9,5/20

Comme beaucoup (trop) de titres avant lui, F1 sur Game Gear n’est rien d’autre qu’un portage extrêmement paresseux de la version Master System – un portage d’ailleurs passablement raté, tant le jeu semble se trainer sans jamais se renouveler d’aucune manière. Même si le contenu est le même que sur la console de salon, la disparition du mode deux joueurs apparait comme la goutte surnuméraire pour noyer cette version dans l’oubli. Dommage.

 

***** Version PC *****

Année de sortie : 1994
Nombre de joueurs : 1 à 2
Disponible en Français : non

Le même jeu, mais avec les vrais pilotes

Pour cette dernière itération, au moins, les choses seront très simples: reportez-vous au test de la version PC de Vroom. En effet, à l’exception d’un nouvel écran-titre et de la licence officielle de la FOCA, les deux versions du jeu sont strictement identiques.

NOTE FINALE : 16,5/20

Difficile de savoir pour quel obscur mic-mac légal F1 sera sorti simultanément sous deux noms en 1994, une version disposant de la licence de la FOCA et l’autre non. Toujours est-il que les quelques infimes kilo-octets de différence entre les deux titres ne changent rien à l’expérience de jeu – très bonne, au demeurant.

Agony

Développeur : Art & Magic
Éditeur : Psygnosis
Testé sur : Amiga

***** Version Amiga *****

Année de sortie : 1992
Nombre de joueurs : 1
Disponible en Français : non

Vidéo – L’écran-titre du jeu :

En 1992, un vent de changement commençait à souffler sur le paysage vidéoludique.

Malheureusement, ce vent en question, qui n’allait pas tarder à se transformer en bourrasque, n’allait pas exactement dans le sens que Commodore aurait voulu qu’il empruntât.

Les ambiances varient au fil du jeu – et les couleurs chaudes seront pour les derniers niveaux

Le fait est là: les choses n’allaient pas encore exactement mal, mais on sentait bien que ce fameux vent, pour reprendre la métaphore employée plus haut, était en train de tourner. Côté commercial, le CDTV, censé lutter contre le CD-i qu’on présentait à l’époque comme la machine du futur, aura connu un bide encore plus abyssal que celui de son concurrent. L’Amiga CD32 prévu dans les cartons s’apprêtait à se casser les dents sur un marché des consoles en pleine bourre, et l’Amiga 1200 partait déjà perdant face aux IBM PC plus puissants et moins chers à produire. Bref, l’une des sociétés reines des années 80 s’apprêtait à vivre une décennie qui allait sceller son sort.

Vous en voulez plein les yeux? Bienvenue dans Agony

Côté jeux, en revanche, l’Amiga avait encore la prétention de pouvoir rivaliser avec le PC – ce qu’il allait faire à peu près jusqu’à ce qu’un certain Doom vienne bouleverser beaucoup de choses – et avec les toutes nouvelles consoles 16 bits dont le hardware, lui, avait été pensé dès le début spécifiquement pour jouer. Une lutte inégale, mais s’il est une chose qui peut sauver une machine, c’est bien le talent de développeurs aptes à tirer le maximum d’un hardware qu’ils ont appris à connaître sur le bout des doigts. Et s’il était un domaine où l’Amiga avait fait mieux que se défendre face à la concurrence, c’était celui du shoot-them-up. De X-Out à Project-X en passant par Blood Money, la machine de Commodore s’était déjà faite une réputation flatteuse dans le genre.

Une réputation dont Agony allait représenter à la fois le pinacle et le chant du cygne.

Les boss représentent la principale difficulté du titre, mais ne sont pas insurmontables

Le scénario du titre d’Art & Magic, pour une fois, ne vous expédie pas dans l’espace à bord d’un prototype monoplace chargé de sauver l’univers. Vous êtes Alestes, l’un des deux apprentis du magicien Acanthropsis, dont la connaissance est si immense qu’il a découvert le secret du Pouvoir Cosmique. Ses jours étant comptés, le vieux sorcier sait qu’il doit transmettre ce savoir à l’un de ses deux apprentis, à savoir vous ou Mentor, et met donc au point une épreuve qui permettra de les départager. Et vous voilà métamorphosé en chouette, prêt à faire face à l’opposition qui décidera qui de vous ou de Mentor héritera de ce fameux pouvoir.

Cette ambiance crépusculaire est aussi magnifique que le reste du jeu

D’entrée de jeu, Agony impressionne. Dès les logos d’ouverture, on sera surpris de voir l’Amiga s’essayer à une résolution qui ne lui est pas habituelle – en l’occurrence, en 640×512, juste le temps de montrer que le processeur graphique de la machine de Commodore n’est pas encore mort. Puis l’écran-titre arrive, sous la forme d’une très belle illustration et d’un thème au piano qui auront tout deux marqué pas mal de joueurs à l’époque. Pas de cinématique d’introduction, hélas, mais qu’importe: on est immédiatement dans l’ambiance. Puis on lance la partie – aucune option, pas de mode deux joueurs, donc aucun choix à faire – et c’est là qu’on peut commencer à employer un mot ô combien adapté vu le thème du jeu: « magie ».

Notez comme les adversaires ont une fâcheuse tendance à se confondre avec le décor

Je vous laisse promener le regard sur les différentes captures d’écran – et sur les deux vidéos – qui accompagnent ce test. Certes, en 1992, le VGA et ses 256 couleurs sont désormais largement démocratisés sur IBM PC, mais ça n’empêche nullement l’Amiga 500 et ses 64 couleurs de montrer qu’il peut tout à fait rivaliser avec des machines plus puissantes. Sans exagérer, il fallait à l’époque chercher du côté de l’arcade pour trouver des shoot-them-up capable de rivaliser graphiquement avec Agony – même des monstres comme Thunder Force III se prenaient une leçon en terme de réalisation, grâce notamment à l’emploi d’une palette de couleurs caractéristique qui a participé à la fois à l’identité graphique des productions Psygnosis et de celle de l’Amiga.

Ce menu déroulant affiche vos pouvoirs temporaires – dont la plupart sont bien trop courts pour être utiles

Le plus impressionnant reste de voir ces paysages sylvestres, à la fois épiques et parfois même poétiques, se mettre à bouger: contrairement à l’immense majorité des titres du genre qui se contentait de quelques scrollings parallaxes pour animer le tout, le titre d’Art & Magic se permet d’animer les flots en vagues tumultueuses, les cascades en cataractes intarissables, les ponts suspendus agités au vent – et raconte même sa part de petites histoires, comme ce guerrier aperçu au niveau 5 que l’on voit brandir son épée, dressé au-dessus d’un promontoire, avant que celle-ci ne soit frappée par la foudre. L’ambition du titre est colossale, elle est atteinte avec une indéniable maestria, puisque le programme ne ralentit absolument jamais – en revanche, il arrive que les sprites clignotent lorsqu’il y a un peu trop de monde à l’écran. Mais s’il faut clore le chapitre de la réalisation graphique, autant en profiter pour dire qu’Agony mérite sans difficulté de figurer parmi les plus beaux titres jamais programmés sur Amiga – et supplante peut-être même ceux programmés en AGA, sur Amiga 1200. Oui, c’est beau à ce point-là. La musique, de son côté, se montre parfois un peu plus répétitive, mais l’ambiance reste enchanteresse en toute circonstance. Mission accomplie: en 1992, l’Amiga pouvait encore parvenir à coller des complexes aux PC et aux consoles 16 bits.

C’est encore plus beau quand ça bouge – oui, ce dragon au fond est animé

On pourrait ne pas tarir d’éloges sur cette réalisation et y consacrer l’essentiel du test, mais force est de constater qu’en tant que pur shoot-them-up, Agony doit également composer avec quelques erreurs de jeunesse qui l’empêchent de prétendre au rang de titre légendaire dont il n’est pourtant vraiment pas loin. La plus évidente étant que l’ambition affichée dans la réalisation du titre ne se retrouve pas dans le game design.

Il arrive trop souvent qu’on meure à cause d’un ennemi « camouflé » dans le décor

À ce niveau, c’est du déjà vu et revu: on se déplace à l’écran, on tire, un bonus vous permet d’augmenter la taille des projectiles que vous tirez, un autre viendra ajouter une épée au-dessus de vous, puis une autre en-dessous – autrement dit, l’équivalent des fameux satellites chers à tous les titres du genre. Seule originalité: à partir du deuxième niveau, vous pourrez commencer à trouver des parchemins qui vous ouvriront l’accès à des pouvoirs temporaires: invincibilité, gel du temps, bouclier, tir vers l’arrière, etc. Malheureusement, aucun de ces pouvoir ne dure plus d’une quinzaine de secondes, ce qui fait que vous aurez tout intérêt à les conserver pour les boss ou pour les deux derniers niveaux du titre, qui en compte six.

Les illustrations qui entrecoupent les niveaux montrent bien ce que l’Amiga a dans le ventre

Pourquoi les deux derniers? Eh bien ne nous mentons pas: pendant l’essentiel de la partie, Agony n’est pas très difficile. Mieux vaut rester concentré tant l’écran peut vite se remplir – et tant la hitbox de votre chouette est gigantesque, ce qui est un autre problème – mais un joueur avec de bons réflexes pourra avancer sans trop de difficulté là où des titres à la R-Type nécessitaient une mémorisation quasi-obligatoire du déroulement des niveaux pour avoir une chance de progresser. Bien que le programme ne propose que trois vies et aucun continue, on n’aura aucune difficulté à aligner des parties d’au moins vingt minutes – ce qui nous emmène vers le début du niveau 4, les stages étant assez longs.

C’est beau!

Ce qui est déjà un peu plus gênant, dans Agony, c’est qu’on meure très souvent pour de mauvaises raisons. Comprenez par là que beaucoup d’adversaires – c’est particulièrement vrai lors des niveaux 2 et 3 – sont très exactement de la couleur du décor, et qu’il arrivera fréquemment que votre chouette laisse des plumes en allant se fracasser contre une ennemi dont vous n’aviez même pas remarqué la présence. Cette fameuse chouette, si elle est magnifiquement animée, souffre également, comme on l’a déjà vu, de la taille importante de son sprite: il est plus délicat d’éviter des projectiles quand vous prenez autant de place. Enfin, le rythme pas franchement frénétique du titre peut rapidement endormir la méfiance du joueur – et on sera presque heureux que le jeu ne comporte pas deux ou trois niveaux de plus tant cela aurait fini par faire virer l’expérience à l’épreuve d’endurance, ce qui montre encore une fois les limites évidentes du plaisir de jeu. Bref, un titre qui enchantera vos sens, mais pas nécessairement le shoot-them-up le plus amusant qui soit. Dommage.

Vidéo – Le premier niveau du jeu:

NOTE FINALE : 15/20

En tant que pur shoot-them-up, Agony se révèlerait finalement être un titre plutôt quelconque faute d’imagination dans son game design s’il ne pouvait s’appuyer sur une réalisation absolument fantastique. Mais l’enchantement permanent procuré par l’univers graphique et musical du titre, complètement à contre-courant des vaisseaux spatiaux et des thèmes électroniques de l’époque, suffit à le glisser dans une case à part particulièrement chère aux regards des nostalgiques: celle des jeux qu’il est extrêmement difficile d’oublier. Bien sûr, le titre paraîtra bien moins impressionnant au joueur du XXIe siècle habitué à la 4K, à l’overdose de couleurs et à la 3D omnipotente, mais il conserve encore aujourd’hui une patte très particulière qui n’appartient qu’à un certain âge d’or vidéoludique situé au début des années 90. En 1992, l’Amiga n’était peut-être pas au mieux de sa forme, mais il était bien décidé à partir en beauté.

CE QUI A MAL VIEILLI :

– Game design sans idée

– Le titre n’est pas très difficile

– Une certaine mollesse dans le déroulement du jeu

 

 

Dune

Cette image provient du site http://www.mobygames.com

Développeur : Cryo Interactive Entertainment
Éditeur : Virgin Games
Testé sur : PC, PC CD, Amiga, Mega CD

 

***** Version PC (disquettes) *****

Année de sortie : 1992
Nombre de joueurs : 1
Disponible en Français : oui

Vidéo – L’introduction du jeu :

Dune de Frank Herbert n’est pas seulement un pilier majeur de la littérature de science-fiction. Il partage également avec Don Quichotte une caractéristique étrange: celle d’être une adaptation maudite. Tout comme Terry Gilliam ou Orson Welles se sont successivement cassés les dents en cherchant à faire un film tiré de l’œuvre de Miguel de Cervantes, Alejandro Jodorowsky ou David Lynch auront laissé quelques cheveux et perdu quelques rêves en se frottant au premier livre d’une saga réputée inadaptable. Bon courage, donc, à Denis Villeneuve, qui se prépare au moment où j’écris ces lignes à porter sur grand écran un univers face auquel de plus célèbres que lui se sont déjà ramassés jusqu’à renier partiellement leur travail.

Votre zone de jeu ira en s’étendant au fur et à mesure de la partie

Mais en dépit des très nombreuses passerelles existant entre le septième et le dixième art, le fait est que Dune, de manière inexplicable, a souvent beaucoup mieux vécu ses adaptations vidéoludiques que ses semi-ratages dans les salles obscures. Et avant même que Westwood Studios ne s’empare du bébé pour fonder, pratiquement à lui tout seul, le genre de la stratégie en temps réel avec Dune II, Cryo s’était déjà mis à l’ouvrage avec un titre qui aura fait énormément pour asseoir la réputation du studio français – et accessoirement celle d’un compositeur du nom de Stéphane Picq, mais nous y reviendrons.

Visite d’un sietch Fremen, accompagné de Gurney Halleck. Notez comme toutes les informations sont visibles à l’écran

Projetons-nous donc en 1992. À cette époque, Cryo Interactive va sur ses deux ans, la société française résultant de la fusion entre ERE informatique et son label Exxos, lui-même créé avec le soutien de… Alejandro Jodorowsky (comme le monde est petit!). Le premier jeu made in Cryo, Extase, a connu un succès relativement confidentiel. Alors, pour leur deuxième projet, les studios français tablent sur quelque chose de plus ambitieux: la toute première adaptation vidéoludique de Dune – celle-là même qui nous intéresse aujourd’hui. Mais sur quel terrain asseoir un jeu tiré du livre-univers de Frank Herbert? Ce ne sera pas de la stratégie, comme dans le cas du choix opéré par Westwood la même année, mais bien une alchimie étrange entre jeu d’aventure à la première personne, gestion et combat stratégique. Un assemblage bâtard entre différents gameplays incompatibles, comme c’était un peu trop souvent la mode à la fin des années 80? Peut-être quelque chose de plus enthousiasmant que ça: après tout, dans le cadre du jeu vidéo également, les miracles existent.

Les portraits sont affichés en plein écran et vous permettront d’admirer la patte des artistes de chez Cryo

Le jeu vous place donc directement dans la peau de Paul Atréides, fraichement débarqué sur la planète Dune, et plus précisément au palais Arakeen, avec toute sa famille. La mission confiée par l’empereur Shaddam IV est a priori simple: assurer la récolte de l’épice-mélange, la substance la plus précieuse de tout l’univers, qu’on ne trouve nulle part ailleurs que sur la planète Arrakis, mieux connue sous le nom de Dune, donc (en même temps, vu le titre du jeu, j’ose espérer que vous aviez déjà compris que vous n’alliez pas passer la partie sur Pluton). Mais vous n’êtes pas exactement seuls sur cette fameuse planète, puisque vos rivaux de toujours, la famille Harkonnen, sont toujours sur place avec la ferme intention de vous placer des bâtons dans les roues. Surtout, le peuple du désert, les mystérieux Fremen, pourrait représenter votre plus grand allié – et il se murmure justement parmi eux qu’un messie fera un jour son apparition, un étranger qui connaitra toutes leurs coutumes et les emmènera un jour vers le Jihad…

Les trajets en ornithoptère vous laisseront tout loisir de profiter de la sublime musique du jeu – mais il est également possible de les écourter

Abordons donc le premier point fort de Dune: sa prise en main. Chose encore assez exceptionnelle pour un titre de 1992, un passage par le manuel sera totalement facultatif. Tous les enjeux de la partie vous sont résumé lors de la sympathique introduction (visible ci-dessus) qui fait d’ailleurs presque office de bande-annonce de la partie à venir, procédé fort original encore aujourd’hui. Puis, une fois la partie commencée, l’interface vous affiche la liste des actions possible par un menu en bas de l’écran, tandis que bouger le curseur de la souris jusqu’à l’un des bords de la fenêtre vous permet de vous déplacer.

Les personnages se présentent et vous donnent vos objectifs: on est immédiatement pris en main

Histoire de ne pas rater une porte, un indicateur des directions qu’il est possible d’emprunter est affiché en bas à droite, et une encyclopédie placée dans le coin inférieur gauche permettra aux distraits de retrouver les informations qui leur aurait échappé quant à l’univers. La sauvegarde, quant à elle, se fera impérativement par une visite à votre chambre, où vous pourrez vous observer dans un miroir qui aura également le mérite de vous communiquer une information plus importante qu’elle en a l’air: la vitesse à laquelle vos yeux se colore en bleu à cause de la saturation du sang par l’épice.

Admirez le changement de palette lors de ce crépuscule. C’est magnifique!

Comme on le voit, difficile de faire plus simple: toutes les informations sont visibles à l’écran, et le jeu se joue parfaitement en ne faisant usage que d’un seul bouton de la souris sans jamais toucher au clavier. Mais pour ne rien gâcher, les premières conversations feront également office de tutoriel, puisque chaque personnage prendra le soin de se présenter, de vous rappeler ses liens avec vous et de vous dire clairement ce qu’on attend de vous lors des prochaines minutes. Un moyen très ingénieux de prendre le joueur par la main et de lui permettre de découvrir, tout au long de la partie, les possibilités sans cesse croissantes qui vont s’offrir à lui – justement, votre père vous propose de rejoindre Gurney Halleck qui est parti préparer le terrain dans les premiers sietchs (les habitats Fremen) à proximité du palais. L’occasion pour vous d’aller faire connaissance avec les autochtones et de les convaincre de travailler pour vous puisque ramasser l’épice restera un objectif majeur pendant l’intégralité de la partie.

La télépathie est très intelligemment intégrée à l’interface du jeu

C’est à ce moment qu’on ne peut qu’apprécier l’ingéniosité du système de jeu, et surtout la façon dont il tire savamment parti de l’œuvre dont il est tiré. En effet, rapidement, les possibilités de votre personnage vont s’étendre, lui offrant la capacité de communiquer par télépathie. Ainsi, si donner des instructions à vos Fremen vous demandera au début de partie d’aller leur rendre visite grâce à l’ornithoptère qui sera votre premier moyen de transport, vous pourrez rapidement les contacter directement depuis la carte stratégique dans un rayon qui s’étendra selon votre maîtrise – jusqu’à couvrir le globe dans son entier. Dans le même ordre d’idée, de nouveaux enjeux apparaitront au fur et à mesure de la partie, vous laissant le loisir d’entrainer vos Fremen au combat, de leur trouver un leader, de voyager à dos de ver des sables, de rencontrer l’amour et même de commencer à faire naître la végétation sur Dune!

N’oubliez pas d’équiper vos hommes pour les rendre plus efficaces

Bref, la lassitude ne s’installe jamais, grâce à des personnages hauts en couleur tirés directement de l’œuvre originale venant développer à chaque fois le scénario un peu plus loin, et c’est avec un plaisir non dissimulé que les fans du livre pourront recroiser Thufir Hawat, Duncan Idaho, Liet Kynes, Harah ou Stilgar. Surtout, les joueurs n’ayant jamais mis le nez dans le roman ni dans aucune de ses adaptations ne seront absolument pas perdus, ce qui est un autre tour de force.

Cette carte vous permettra de connaître la quantité d’épice dans les zones prospectées. Elle pourra également être un très bon moyen de deviner l’emplacement d’autres sietchs autour de ceux que vous avez découverts

À noter que les fans du long-métrage de David Lynch, eux aussi, pourront s’en donner à coeur joie en comptant les références au film, le design de certains personnages (à commencer par Paul Atréides, mais aussi sa mère Jessica) en étant directement tiré. On remarquera d’ailleurs que Feyd Rautha Harkonnen a des traits très inspirés de ceux de Sting… La plupart des autres personnages, en revanche, disposent d’un design original, ce qui sera l’occasion de saluer la qualité exceptionnelle de la réalisation du titre. Soyons francs: c’est magnifique, d’abord parce que le titre a une « patte » certaine qui n’a pas pris une seule ride, ensuite parce qu’on ne peut qu’admirer le soin apporté à une multitude de petits détails, comme la gestion du jour et de la nuit avec les aurores/crépuscules correspondants, les vols en vue subjectives à bord de votre ornithoptère (ou à dos de ver), les effets de zoom et de distorsion lors des conversations télépathiques, le quasi photoréalisme de certains visages, etc.

Tous les personnages importants du livre sont là – admirez la bonne bouille de Liet Kynes

Le titre de Cryo tire pleinement parti des 256 couleurs de sa palette, le rendant aujourd’hui encore très agréable à l’œil. On sera d’ailleurs heureux de constater que les vols en pseudo-3D mentionnés plus haut tiennent compte du relief que vous survolez, affichant des pierres dans les zones rocheuses, et des arbres par centaines lorsque vous serez parvenu à faire grandir de la végétation sur Arrakis. On s’y croit à fond! Mais quitte à aborder la réalisation du titre et sa magie si particulière, il serait criminel de ne pas aborder l’un des aspects les plus marquants du titre de Cryo: sa musique.

Tous les personnages présents dans une pièce sont représentés graphiquement

N’allons pas par quatre chemins: la B.O. composée par Stéphane Picq et Philippe Ulrich est l’une des œuvres les plus marquantes de toute l’ère 16 bits, et sans doute bien au-delà. Tirant partie de toutes les cartes-sons de l’époque, depuis l’Adlib jusqu’à la Roland MT-32 en passant même par la gestion des capacités spécifiques de l’Adlib Gold et de son module Surround (pour la petite histoire, seuls deux jeux tireront pleinement parti de ces capacités, tous deux issus des studios Cryo: Dune et KGB), celle-ci livre une partition inoubliable avec des sonorités électroniques sans équivalents dans le monde du jeu vidéo – à tel point qu’elle fut l’une des premières B.O. de jeu vidéo à paraître sur CD sous le titre de Dune: Spice Opera. Autant dire que l’ensemble des mélodies qui la composent représente une extraordinaire madeleine de Proust pour tous les joueurs s’étant un jour ou l’autre essayé au jeu, l’atmosphère fabuleuse qu’elles dégagent étant une excellente raison de replonger périodiquement dans un titre qu’on aura pourtant fini des dizaines de fois.

Les combats ne sont pas très compliqués: équipez tout le monde, envoyez tout le monde, et Alea Jacta Est

À noter d’ailleurs que le jeu est malheureusement très court – ne comptez pas plus de quatre ou cinq heures pour le boucler – et que son extrême accessibilité le rend également très facile. Les demandes de l’empereur en terme de livraisons d’épice sont très raisonnables, et vous ne devriez pas avoir trop de mal à tenir confortablement le rythme tout en vous laissant le temps d’entrainer vos troupes pour aller apprendre la politesse aux Harkonnen.

L’Empereur n’apparaitra que pour vous réclamer de l’Épice

Les aspects « gestions » et « stratégie » du jeu sont d’ailleurs simplissimes: on dit à chaque troupe de Fremen ce qu’elle doit faire et où, et le reste se fait sans nous; tout juste gardera-t-on un œil sur l’équipement de tout ce beau monde pour optimiser son efficacité, une moissonneuse d’épice n’étant pas vouée à tenir très longtemps sans un ornithoptère pour surveiller les vers des sables, et une troupe de combattants pouvant obtenir des résultats drastiquement différents selon qu’elle soit équipée de Kriss ou d’armes atomiques. Certes, on peut mourir pour avoir un peu trop trainé la patte, pour avoir échoué à comprendre ce qu’on attendait de nous ou pour avoir effectué un survol un peu trop téméraire en plein territoire Harkonnen, mais il faudra rarement plus de deux parties pour venir à bout du titre – avec un petit pincement désagréable qui nous fera comprendre qu’on aurait volontiers passé six ou sept heures de plus sur Arrakis. Un très bon signe pour un titre aussi accessible que prenant qu’on aura bien du mal à lâcher et dont l’univers comme les mélodies risquent de s’inviter dans nos souvenirs pour quelques dizaines d’années.

Un passage devant le miroir permettra de juger de l’avancement de la coloration de vos yeux

Quelques mots enfin, comme c’est la coutume, sur la version française du jeu: Cryo étant une société française, on n’aura aucune mauvaise surprise à ce sujet. Tous les dialogues sont écrits dans un français irréprochable, littéraire, sans coquille ni faute de grammaire, bref, vous pouvez foncer les yeux fermés.

 

Vidéo – Les dix premières minutes du jeu:

NOTE FINALE : 18/20

Au milieu de la ludothèque ô combien irrégulière en terme de qualité issue des studios Cryo, Dune fait figure d’exception autant que de chef d’œuvre: le titre qui aura miraculeusement accompli l’alchimie entre respect total de l’œuvre dont il est tiré, réalisation exceptionnelle, musique légendaire, prise en main immédiate et savant mélange entre aventure, stratégie et gestion. Plus qu’un jeu, Dune est à la fois l’un des plus beaux hommages au livre de Frank Herbert et au long-métrage de David Lynch, mais également une expérience à nulle autre pareille, quelque part entre une balade en terre inconnue portée par une ambiance fabuleuse, exploration, découverte, et cette impression tenace d’être redevenu un enfant de onze ans avec une capacité d’émerveillement intacte. Le jeu est certes un peu court – ce qui ne lui laisse pas le temps de devenir trop redondant – et définitivement trop simple, mais il porte en lui une magie comme on n’en rencontre plus à l’heure de l’ultra-réalisme et de la 3D reine. Tout simplement un titre de légende.

CE QUI A MAL VIEILLI :

– Le jeu se termine très vite

– Difficulté purement anecdotique

 

***** Version PC (CD) *****

Année de sortie : 1992
Nombre de joueurs : 1
Disponible en Français : oui

Vidéo – L’introduction du jeu :

Dune est également l’un des premiers jeux occidentaux à avoir été porté sur CD. Comme souvent à l’époque, remplir une galette avec un jeu qui tenait sur trois disquettes 3″1/2 demandait un peu d’imagination, et on sera déçu de constater que tirer parti du support pour profiter de la B.O. du jeu dans toute sa pleine gloire n’était visiblement pas à l’ordre du jour. Eh oui, CD ou pas, il faudra encore composer avec très exactement la même musique MIDI – sublime, certes – que sur la version disquettes. On constatera en revanche qu’il est dorénavant possible de faire cohabiter deux cartes sonores, par exemple histoire de profiter des voix à côté d’une Roland MT-32. Car bien évidemment, le jeu est désormais intégralement doublé – uniquement dans la langue de Shakespeare, hélas, mais la qualité du jeu des acteurs est irréprochable. Les sous-titres, eux, reste en français, personne ne sera donc perdu dans cette version.

Bon, soyons honnête: la compression vidéo de 1992, c’était pas exactement le Blu-Ray

Cryo aurait très bien pu en rester là, mais on sent que l’envie de proposer un petit coup de polish sur leur jeu a fait son chemin entre deux versions, ce qui fait qu’on sera également heureux de constater l’apparition de quelques fioritures bienvenues. Tout d’abord, le jeu profite désormais, en ouverture de son introduction, d’une petite présentation vidéo de l’univers par la princesse Irulan (la fille de l’empereur Shaddam IV), directement tirée du film de David Lynch. Les formats de compression de l’époque étant encore assez… rudimentaires, on devra se contenter d’un affichage façon « un pixel sur neuf », mais le résultat reste relativement efficace pour peu qu’on ait la bonne idée de plisser les yeux ou de s’éloigner un peu de son écran.

La 3D s’est invitée dans la modélisation du palais, avec un résultat convaincant…

Une fois en jeu, en constatera quelques autres modifications. Tout d’abord, une table mixage est désormais présente en permanence dans l’interface au bas de l’écran. Un très bon moyen de profiter de la musique du titre, d’autant qu’il est désormais ,possible d’écouter tous les morceaux à la suite, façon CD, sans que leur ordre soit dicté en rien par vos actions en jeu. Du côté des graphismes, autre surprise: les déplacements en pseudo-3D ont désormais laissé place à de la 3D pré-calculée, tout comme le désert dans son ensemble qui abandonne ainsi le pixel art. On appréciera ou pas, mais force est de constater que le côté « froid » et impersonnel imputable à la 3D ne fait pas trop de dégâts ici. On constatera également que les entrées des sietchs ou le bas des marches du palais Arakeen ont également été modélisés en 3D. Les intérieurs, les portraits et tout le reste du contenu du jeu, eux, restent entièrement dessinés à la main, ce qui est une très bonne chose.

…Ainsi que dans les séquences de vol, impressionnantes pour l’époque

NOTE FINALE : 18,5/20

Sans bouleverser en rien l’expérience de jeu de la version disquette, cette sympathique version de Dune sur CD en profite pour apporter son lot de retouches et d’ajouts, pour la plupart relativement bienvenus. Si les voix apportent un véritable plus en terme d’ambiance, on regrettera qu’elles n’aient pas profité d’une localisation en français, et surtout que la sublime musique MIDI n’ait pas profité du changement de support pour se transcender et offrir une prestation à la hauteur du Spice Opera. Reste un jeu toujours aussi agréable, alors pourquoi se priver?

 

***** Version Amiga *****

Année de sortie : 1992
Nombre de joueurs : 1
Disponible en Français : oui

Vidéo – L’introduction du jeu :

Tout comme sa suite-qui-n’en-est-pas-une, programmée par Westwood et publiée la même année, Dune aura également connu sa conversion sur Amiga. Sans surprise, le déroulement de l’aventure et le contenu du jeu sont strictement équivalent à l’original sur PC, intéressons-nous donc à ce qui fait la spécificité de cette version: sa réalisation.

Il y a peut-être moins de couleurs, mais c’est quand même très beau

Graphiquement, tout d’abord, la palette de l’Amiga 500 ne peut pas rivaliser avec les 256 couleurs de la version PC. Les graphismes sont donc moins colorés et un peu moins fins, ce qui ne sera une surprise pour personne. En revanche, force est de reconnaître que cela reste plus que correct, et que si les écrans fixes ne provoquent plus les mêmes claques que sur la machine d’IBM, le titre demeure très agréable à l’œil, notamment grâce à des sélections judicieuses dans les couleurs à utiliser. Bref, si personne n’aura de raison de privilégier cette version à sa consœur pour ses graphismes, personne n’aura de raison de la bouder non plus.

Les visages et les zooms sont moins fins, mais pas de quoi crier au scandale

Du côté de la musique à présent, comme on le sait, l’Amiga est sensiblement mieux équipé pour rivaliser avec la version PC – même équipée d’une Roland MT-32, dont la réalité du gain qualitatif par rapport à ce que proposait le jeu avec une Adlib ou une SoundBlaster pourrait déjà être sujet à débat. Et à ce niveau-là, pas de problème, la puce Paula fait au moins jeu égal avec la concurrence. La comparaison est rendue difficile par le fait que la version Amiga ne va pas piocher exactement les mêmes morceaux que la version PC au sein de l’album Spice Opera, mais si cela modifie très légèrement l’ambiance du titre, le résultat reste largement à la hauteur de la version PC – les débats faisant même rage, entre les passionnés, pour savoir si la musique de cette version ne serait pas encore meilleure. Inutile de prendre part dans un duel entre deux écoles de nostalgiques: la B.O. est une nouvelle fois fantastique, et ce portage sur Amiga reste une curiosité qui vaut largement la peine d’y prêter une oreille, le temps d’une ou deux heures de jeu.

L’interface n’a pas changé d’un iota, et le jeu est toujours aussi bon

NOTE FINALE : 17/20

D’accord, Dune sur Amiga est moins beau que sur PC, c’est indiscutable. Cela n’empêche pas cette version de s’en sortir avec les honneurs, tant elle tire le maximum d’une palette limitée – et surtout, tant elle rend à nouveau une copie irréprochable au niveau musical. Sensiblement différente de celle de la version originale, la B.O. de ce portage vous délivrera malgré tout au moins autant de frissons que sur PC, et les amateurs des compositions de Stéphane Picq et Philippe Ulrich auraient tort de ne pas aller s’essayer à la version Amiga, à leur tour, histoire de profiter d’un nouveau parfum de madeleine de Proust. Une très bonne version.

 

***** Version Mega CD *****

Année de sortie : 1993
Nombre de joueurs : 1
Disponible en Français : oui

Vidéo – L’introduction du jeu :

Surprise qui n’en est peut-être pas complètement une: Dune aura également été porté sur Mega CD. Mais après tout, considéré que le titre de Cryo était l’un des premiers à tirer avantage du support, quelle destinée plus logique pour lui que d’aller égayer un peu la ludothèque de la machine de SEGA? Surtout que la firme japonaise semblait très intéressée, à l’époque, à porter des jeux d’aventure venus du PC – du moins jusqu’à ce que des ventes médiocres ne douchent un peu leur enthousiasme.

Évidemment, c’est moins coloré que sur PC, mais on ne peut pas dire que ça soit moche

Cette version Mega CD reprend donc, comme on pouvait s’y attendre, le contenu de la version PC CD pratiquement à l’identique. Je dis « pratiquement » pour deux raisons: tout d’abord, les limitations techniques évidentes inhérentes à la machine de SEGA, et ensuite, grâce à l’apparition d’une nuance de taille. En effet, lors du lancement du jeu, le titre vous propose de choisir votre langue, entre l’anglais et le français – jusqu’ici, rien de révolutionnaire. Mais si vous avez la bonne idée de sélectionner la langue de Molière, vous aurez la surprise de découvrir une version française intégrale, doublages inclus (doublages que vous pourrez d’ailleurs entendre dans l’introduction ci-dessus)! Eh oui, contrairement à la version PC CD qui n’offrait que des doublages anglophones, Dune sur Mega CD propose des voix françaises de très bonne qualité – les acteurs ne tombent ni dans l’excès d’emphase ni dans le sous-jeu, les timbres sont bien choisis en fonction des personnages, bref, on est a des kilomètres de l’amateurisme constaté dans d’autres jeux à la même époque – au hasard dans le Dragon Lore du même Cryo. On remarquera d’ailleurs que même le discours introductif de la princesse Irulan est directement repris de la VF du Dune de David Lynch – voilà ce qu’on appelle du travail bien fait!

Les visages sont moins fins que sur Amiga, mais cela demeure très honnête

Mine de rien, cette ambition certaine au moment du portage peut représenter une grosse différence en terme d’immersion – d’autant que les anglophones ne seront spoliés en rien, les voix originales étant toujours présentes à condition de choisir de jouer en anglais au début de la partie. Pour ne rien gâcher, le reste du jeu n’a pas été galvaudé: la maniabilité au pad ne pose aucun problème, les illustrations en pixel art sont très proches de celles de la version Amiga (quoique légèrement moins fines, et sensiblement moins colorées, curieusement), et la 3D pré-calculée des scènes de vol, elle, vient directement de la version PC – en 64 couleurs, certes, mais là encore le travail est très propre.

Les passages en 3D s’en sortent très bien

Bien sûr, les graphismes ne peuvent pas rivaliser avec ceux de la version PC, mais la fabuleuse ambiance du titre ne souffre pas trop – d’autant que la musique, elle aussi, est toujours présente. Entre les versions existantes, la B.O. a fait son choix: ce sont les thèmes de la version PC qui ont été repris. Et si la qualité musicale pourra sembler très légèrement inférieure à ce que proposait l’Adlib, le plaisir demeurera quasiment intact. En résumé, une version sérieuse avec de sérieux arguments à faire valoir.

L’interface s’adapte parfaitement à la maniabilité au pad

NOTE FINALE : 17,5/20

Le Mega CD n’était pas forcément la plateforme où on attendait Dune, et pourtant, au final, quel choix aurait pu paraitre plus logique? Là où on aurait pu s’attendre à un simple portage de la version PC CD avec les graphismes de la version Amiga, la machine de SEGA nous rappelle qu’elle en a dans le ventre en proposant un portage, certes inférieur graphiquement au titre sur PC (et sur Amiga, quoique de peu), mais largement apte à faire jeu égal dans tous les autres domaines – et même à le surpasser sur le plan de la qualité de la localisation puisque cette version reste la seule à proposer des voix françaises, et de qualité, excusez du peu! Bref, une excellente surprise que tous les amateurs du titre devraient essayer au moins une fois.

Willow (Capcom)

Développeur : Capcom
Éditeur : Capcom
Testé sur : Arcade

***** Version Arcade *****

Année de sortie : 1989
Nombre de joueurs : 1
Disponible en Français : non
Version testée : Internationale

Vidéo – L’écran-titre du jeu :

À la fin des années 80, ces deux domaines aussi étrangement et intimement liés que sont le cinéma et les jeux vidéo s’apprêtaient à connaître une profonde mutation. Ce n’était certes pas très étonnant dans le domaine vidéoludique, qui connaissait alors quatre à cinq révolutions technologiques par décennies, et qui reposait déjà sur une réinvention permanente des formules qui avaient fait son succès – jusqu’à lui permettre de se relever d’un crash financier qu’on avait un temps pensé fatal à la filière, en 1983. C’était déjà un peu plus surprenant dans le domaine du cinéma, qui s’approchait sereinement de son siècle d’existence en commençant tout juste à entrevoir le bouleversement majeur qu’allait représenter, précisément, l’apport de l’informatique dans le domaine des effets spéciaux.

Montrez à Bavmorda de quoi est capable un « peck »!

Autre point commun entre les deux genres, dans un domaine très différent: la volonté éternellement frustrée d’adapter un jour l’œuvre phare de J.R.R. Tolkien, Le Seigneur des Anneaux, en une production majeure du septième ou du dixième art. Dans un cas comme dans l’autre, le rêve paraissait presque tangible, mais encore légèrement hors de portée: la saga initiée par Interplay ne connaitrait jamais sa fin, et même des créateurs aussi ambitieux que George Lucas préféraient créer un univers médiéval-fantastique très inspiré de Tolkien plutôt que de prendre le risque d’adapter directement ses écrits. Comme un symbole annonciateur des temps à venir, l’excellent Willow de Ron Howard avec Val Kilmer et Warwick Davis allait lui-même être un pionnier en termes d’effets spéciaux numériques, employant pour la première fois la technique du morphing conçue par ILM et ouvrant ainsi la voie à un cinéma où le mot « impossible » n’allait pas tarder à être définitivement rayé du vocabulaire – et, par extension, à la trilogie de Peter Jackson.

La portée limitée de Madmartigan complique les choses lorsque l’on joue avec lui

Revenons en 1989, à présent. les studios Capcom ont déjà une réputation qui n’est plus à faire dans le domaine de l’arcade, particulièrement depuis le tabac de Ghosts ‘N Goblins, puis de sa suite Ghouls ‘N Ghosts en 1988. Mais dans le même temps, la firme japonaise s’intéresse aussi à une tendance qui commence à être à la mode: les adaptations d’œuvres du grand et du petit écran. Et parallèlement à son intérêt pour Disney et pour sa série de La Bande à Picsou (Duck Tales en V.O.), la voilà qui signe également avec Lucasfilm afin de se lancer dans le portage sur arcade de l’un des plus gros succès de l’année écoulée: Willow.

Même la carte et le petit jingle qui l’accompagne font penser à Ghosts ‘N Goblins

Le titre de Capcom vous propose donc de suivre la trame du long-métrage, rapidement résumée en quelques écrans: le règne de la maléfique reine Bavmorda est menacé par l’apparition d’une enfant destinée à la renverser, Elora Danan. Vouée à être sacrifiée avant que ne s’accomplisse la prophétie, Elora est finalement sauvée par sa nourrice, puis son berceau abandonné sur une rivière qui l’amène à être recueillie par un fermier nommé Willow Ufgood, issu d’une race faisant furieusement penser aux hobbits. Sans savoir ce que représente cette enfant, Willow est fortement encouragé par la population locale à la ramener à son peuple. Rapidement accompagné du guerrier Madmartigan, il va bien évidemment se retrouver pris dans des événements qui le dépassent, et qui le conduiront jusqu’à un affrontement final avec Bavmorda.

Il faut reconnaître que les boss peuvent être très impressionnants

Pour porter ce récit épique, que propose Capcom? Eh bien un bon vieux jeu de plateforme, pardi! Souvenons-nous que nous sommes en 1989 et dans un genre dans lequel la firme japonaise excelle – l’année verra d’ailleurs également la sortie de l’excellent Strider. Le titre vous placera donc alternativement aux commandes de Willow et de Madmartigan (à l’exception du niveau 5, vous ne choisirez jamais quel personnage vous incarnez), dans des niveaux suivant au maximum le déroulement du film, et en faisant usage d’une jouabilité qui fera plus qu’énormément penser à Ghost N’ Goblins, encore une fois. La jouabilité est d’ailleurs simplissime: un bouton pour sauter, un pour « tirer » (seul Willow peut lancer des projectiles, Madmartigan, lui, étant limité par la portée de son épée), et il est possible de laisser son attaque se charger en laissant le bouton appuyé pour pouvoir faire plus de dégâts.

Il n’y a pas de dragon dans le film, mais c’est pas grave, on sera content d’en trouver un dans le jeu!

A priori, on est immédiatement en terrain connu: comme lorsque l’on était dans la peau de ce bon vieux roi Arthur, on avance, on saute, on tire, et on fait très attention à la menace qui vient d’absolument partout. Mais probablement histoire de ne pas donner le sentiment de tirer un peu trop sur un filon très porteur, Capcom aura également au la bonne idée d’enrichir un peu la formule de base. Premier changement: tous les adversaires vaincus lâchent de l’argent. Loin de se limiter à un système de scoring, ce précieux revenu vous permettra en fait de faire bon usage des nombreux marchands régulièrement éparpillés au long des niveaux (on pensera cette fois à Forgotten Worlds, toujours de chez Capcom), et qui vous vendront vies et soins, mais également des rallonges pour votre jauge de vie, des protections magiques, des dégâts améliorés pour votre arme (très important!) et même des conseils sur le niveau en cours ou le boss à venir. Tout cela peut donc offrir au titre un côté « farming » qui saura aider le joueur maladroit à augmenter ses chances en même temps que les capacités de son personnage en passant un peu de temps à accumuler de l’or – mais pas trop longtemps non plus, puisque les niveaux, arcade oblige, sont bien évidemment chronométrés.

Les décors, pour génériques qu’ils sont, n’en sont pas moins très agréables

Pour le reste, la générosité d’offrir par défaut quatre points de vie aux personnages pourrait surprendre, surtout quand on sait à quel point Capcom avait l’habitude de ne faire aucun cadeau dans ce domaine. Comme on pouvait s’en douter, la difficulté du titre justifie parfaitement ce sympathique élan altruiste: ça va très vite, dans tous les sens, c’est bien souvent impossible à anticiper, et le jeu devient extrêmement exigeant dès le niveau 2 (le titre en compte six). Si les passages de plateforme à proprement parler sont rarement les plus délicats, le fait de devoir systématiquement composer avec des flèches, des pierres, des oiseaux et autres cochonneries à chaque tentative de saut complique sérieusement les choses, surtout quand le titre n’a aucun remord à faire s’écrouler le sol sous vos pas et à vous faire sombrer jusqu’à votre mort immédiatement après un combat de boss – boss qui sont d’ailleurs affreusement résistants, prévoyez-donc des confrontations à rallonge.

Les illustrations entre les niveaux sont également de très bonne qualité

Si, difficulté mise à part, l’aventure n’est pas extrêmement longue (comptez une bonne demi-heure pour en venir à bout), Capcom a décidé de prolonger le dernier stage de la pire des manière: le niveau labyrinthique. Oh, je vous rassure, pas réellement d’embranchements au cours du niveau à proprement parler (le titre est extrêmement linéaire, bien plus encore que Ghost ‘N Goblins, et consiste 99% du temps à avancer vers la droite), mais simplement une série de porte à la fin de chaque sous-niveau. Empruntez la mauvaise, et vous serez ramenés un, voire deux sous-niveaux en arrière. Amusant, hein? Un bon moyen, en tous cas, de pousser le joueur frustré de mourir dans ce qu’il pense être la dernière ligne droite à remettre un peu d’argent dans la borne sans se fouler avec le level design…

Cette phase de poursuite est infernale. Même les oiseaux vous en veulent!

Lequel est vraiment très basique, comme on l’a vu: on avance, on saute, on revient parfois deux ou trois mètres en arrière, mais difficile de se perdre. C’est d’ailleurs le principal reproche qu’on pourra faire au jeu: celui de ne pratiquement jamais être surpris, tant la feuille de route est claire et gravée dans le marbre au bout de quatre secondes de jeu. Et malheureusement, les situations ne se renouvelant pratiquement jamais, on est finalement plutôt heureux que le jeu n’ait pas eu la mauvaise idée de s’étirer sur une demi-heure de plus.

Choisissez la bonne porte, ou à vous le bonheur de repartir en arrière!

Niveau réalisation par contre, soyons clair, le jeu figure clairement dans le haut du panier de la fin des années 80. Les graphismes, très colorés, préfigurent assez précisément de ce que pourra offrir, quelques années plus tard, une Super Nintendo poussée au maximum de ses capacités, et l’animation est largement aussi fluide que dans Ghouls ‘n Ghosts – sans parler de la jouabilité, qui partage, comme on l’a vu, énormément avec le titre de 1988. Les niveaux sont également entrecoupés d’illustrations de bonnes qualités où l’on reconnaitra très bien les personnages du film. La fidélité au long-métrage de Ron Howard, en revanche, a pour principal inconvénient le fait que l’univers visuel du jeu ne se renouvelle pas franchement, et que tous les niveaux se ressemblent un peu. On appréciera par contre le soin apporté à la mise en scène, comme lorsque l’on retrouve Madmartigan transformé en boule de neige géante pour avoir dévalé une pente neigeuse un peu trop raide. Du côté de la musique, c’est plutôt du côté de Strider que les sonorités vont chercher, et si les mélodies ne sont pas inoubliables (on sera d’ailleurs déçu de ne jamais entendre le fameux thème composé par James Horner) elles restent plaisantes. Bref, une expérience satisfaisante mais assez peu ambitieuse, sur laquelle on pourra apprécier quelques courtes sessions mais dont le relatif manque d’imagination peut facilement expliquer que le titre n’ait pas fait date.

Vidéo – Le premier niveau du jeu:

 

NOTE FINALE : 13/20

Willow sur borne d’arcade est un titre qui aurait pu porter cent autres noms, tant la copie rendue par Capcom est finalement très générique et aurait facilement pu servir de cadre à n’importe quelle autre aventure médiévale-fantastique en redessinant quelques sprites. Représentant un catalogue des passages obligés du film, avec les indispensables combats contre l’hydre à deux têtes ou contre Bavmorda, on peut regretter que le titre de Capcom fasse le choix de ne jamais s’en émanciper et offre au final une copie si propre et si respectueuse qu’elle finit par en devenir passablement fade. Reste un jeu agréable à l’œil et à la jouabilité inattaquable, mais aussi à la difficulté frustrante artificiellement rallongée par un dernier stage transformé en loterie. Un bon petit jeu de plateforme, en un mot, mais pas vraiment de quoi marquer les mémoires.

CE QUI A MAL VIEILLI :

– Level design extrêmement plat

– Difficulté « arcade »

– Manque de folie

 

 

X-Men (Konami)

Développeur : Konami
Éditeur : Konami
Testé sur : Arcade

***** Version Arcade *****

Année de sortie : 1992
Nombre de joueurs : 1 à 2, 1 à 4 ou 1 à 6 selon les versions
Disponible en Français : non
Version Testée : 4 Players ver UBB

Vidéo – L’écran-titre du jeu (avec extraits de gameplay):

Pour les joueurs des années 90, La société Konami est généralement synonyme de très bons souvenirs, particulièrement à l’ère des consoles 16 bits. Il faut dire que la compagnie japonaise semblait accoucher pratiquement sans efforts de titres aussi délectables que Rocket Knight Adventures, Tiny Toon Adventures: Buster’s Hidden Treasure, Super Castlevania IV ou encore International Superstar Soccer (liste très, très loin d’être exhaustive), à la plus grande joie de tous – sauf peut-être de la concurrence.

Les super-attaques mettent tout de suite l’ambiance

Mais avant même de cartonner sur consoles 16bits, Konami s’était déjà fait un nom dans un autre domaine: les jeux d’arcade. Il faut dire que lorsqu’on a dans sa manche des licences comme Gradius ou Parodius, cela peut rendre quelques menus services. Mais, plus surprenant, s’il est un autre domaine où Konami a avancé ses pions au point d’aller contester la suprématie de Capcom et de ses récents Final Fight et autres Knights of the Round ou Captain Commando, c’est bien celui du beat-them-all. Avec un autre atout de poids dans la manche: les jeux à licence. En effet, quel meilleur moyen d’attirer le chaland que de proposer des titres portant les noms des Simpson, des Tortues Ninjas ou des héros Marvel? Cela aura abouti à toute une série de jeux de baston « à la Konami », au gameplay aisément reconnaissable, dont le X-Men qui nous intéresse aujourd’hui aura été un des nombreux représentants.

Ça va chauffer!

Sans surprise pour ceux qui connaissent un peu l’univers du jeu, qui repose sur une opposition entre deux groupes de mutants s’inspirant assez librement de l’opposition idéologique entre Malcolm X et Martin Luther King, le méchant du jeu sera Magnéto. Celui-ci, se rappelant sans doute qu’on est dans un beat-them-all, se décide à lâcher des forces en surnombre composées de Sentinelles, de bizarreries plus ou moins robotiques et/ou mutantes, et bien sûr de super-vilains dont la vocation sera de servir de boss, de Pyro à Mystique en passant par Le Fléau. Et histoire de déployer toute la panoplie du super-méchant, il ne manquera évidemment pas de kidnapper le Professeur Xavier et Kitty Pryde histoire de vous attirer dans sa base secrète, avant que vous ne le pourchassiez jusque sur un astéroïde.

Le jeu comprend également son lot de cinématiques – très réussies, sauf pour le doublage

Tout cela n’a finalement que peu d’importance – vous savez parfaitement pourquoi vous êtes là: pour aller lui faire sa fête en défonçant tout ce qui fera l’erreur de se placer entre vous et lui. Pour se faire, le titre de Konami vous propose un roster assez généreux de pas moins de six personnages: Cyclope, Colossus, Serval (Wolverine, si vous préférez), Tornade, Diablo et Dazzler. Selon la borne d’arcade, vous pourrez jouer jusqu’à six en même temps pour profiter à plusieurs du joyeux foutoir à l’écran – écran qui verra d’ailleurs sa surface doublée pour la version six joueurs, faute de quoi on aurait vraiment commencé à se sentir à l’étroit.

Ça frappe, ça explose et ça expédie des morceaux dans tous les sens. Bref, c’est vivant

La jouabilité à trois boutons du titre est simplissime, et ne surprendra personne parmi les habitués des beat-them-all made in Konami: un bouton pour frapper, un pour sauter, et une super-attaque (correspondant bien évidemment au super-pouvoir de votre héros) qui nettoiera l’écran en échange de quelques points de vie. Toutes les chopes et autres projections se font automatiquement, mais le jeu comprend malgré tout une petite originalité: la possibilité de frapper les adversaires au sol.

Les boss (ici, le Blob) peuvent vite vous faire très mal

Notons malgré tout que la version occidentale de X-Men ne comprend pas de bonus de soin ni de super-attaque supplémentaire comme dans la version japonaise: votre vie sera régénérée en finissant un niveau ou en remettant une pièce, point barre. Et les deux super-attaques bonus qu’on vous offrira après chaque combat de boss ne pourront être utilisées que lorsque votre vie sera trop basse pour pouvoir puiser dedans, ce qui rend le titre sensiblement plus délicat dans cette version que dans celle parue au Japon. Pour le reste, la prise en main du titre est immédiate, même si on pourra regretter qu’elle ne soit pas très technique: en l’absence de réelles chopes ou de combos, matraquer le bouton de frappe restera la méthode conventionnée pour venir à bout de vos adversaires pendant la plus grande partie du jeu.

Colossus contre Le Fléau, combat de brutes en perspective

On pourrait craindre que cela rende le jeu rapidement rébarbatif – ce qu’il finira fatalement par être, ne nous leurrons pas – mais la nervosité du titre et le côté relativement imaginatif de la mise en scène aident à garder le jouer concerné tout au long de la partie, particulièrement à plusieurs où X-Men donnera enfin sa pleine mesure. Toujours est-il qu’entre les ascenseurs impromptus, les éboulements de terrain, les ennemis surgis de nulle part et les mauvais tours joués par Mystique, les six niveaux que compte le titre s’enchainent avec plaisir, bien que la partie soit malgré tout un peu courte.

Le design de certains ennemis est… assez perturbants

Ceci étant placé, force est de reconnaître que ce X-Men doit également composer avec tous les défauts de ses qualités. Comprenez par là que, si le joueur venu chercher un beat-them-all de chez Konami y trouvera précisément ce qu’il était venu chercher, il n’y dénichera pas grand chose d’autre. En fait, comme un peu trop souvent avec ces fameux beat-them-all à licence de la firme japonaise, l’essentiel du « sel » du jeu vient précisément de l’habillage X-Men. Pour le reste, le titre se joue exactement de la même manière que The Simpsons, du même éditeur, en changeant simplement le cadre, et ne parvient jamais à déployer les dizaines de bonnes idées qui pourraient transformer le jeu sympathique qu’il est en l’excellent titre, bien plus inspiré, qu’était Teenage Mutant Ninja Turtles: Turtles in Time. Bref, on a finalement le sentiment de jouer à un jeu générique, une sorte de beat-them-all lambda estampillé « Konami » et sur lequel l’éditeur s’est contenté de repasser un coup de peinture à chaque nouvelle licence histoire de vendre un jeu présenté comme neuf sans altérer en rien le concept original. Cela ne fait pas pour autant de X-Men un mauvais jeu, loin de là, mais laisse quand même cette désagréable impression d’y avoir déjà joué des centaines de fois quand bien même c’est la première fois qu’on pose les mains sur lui.

Dazzler est un peu la surprise du roster: ce n’est pas franchement l’héroïne la plus connue des X-Men

Mais puisque l’on parlait de « coup de peinture », il faut au moins admettre que, de ce côté là, Konami n’a pas salopé le boulot. La réalisation est indéniablement un des points forts du titre, avec des personnages Marvel immédiatement reconnaissables, même si le sprite de Tornade est un peu décevant, ses traits appuyés donnant l’impression qu’elle a soixante-dix ans. Le jeu multiplie également les cinématiques dans un esprit « comics » très réussi, où le seul aspect à faire tache est le doublage assez quelconque, appuyé sur un anglais plus qu’approximatif (les fameux « I am Magneto, master of magnet! » et « Welcome to die! » sont restés célèbres). Seule véritable déception: la musique, dont les sonorités rivalisent à peine avec les titres les moins inspirés parus sur consoles 16 bits. On était en droit d’attendre un peu mieux d’une borne d’arcade.

Tout est bon pour vous barrer la route

En revanche, tous les effets conçus pour dynamiser les combats, comme les armures adverses qui partent en morceaux, les pièces des robots qui s’en vont rouler sur plusieurs mètres ou les retentissantes explosions, additionnés au côté « over-the-top » des attaques spéciales qui prennent parfois la quasi-totalité de l’écran, font que l’action reste frénétique et que l’on se prend rapidement au jeu, surtout à quatre où le plaisir est bien évidemment démultiplié. Malgré tout, le jeu laisse en le quittant une impression étrange et un peu décevante, celle que laisserait un épisode « filler » d’une de nos séries préférées: on a eu ce qu’on était venu chercher, mais on aurait aimé quelque chose de plus surprenant et d’un tantinet plus ambitieux.

Vidéo – Le premier niveau du jeu:

NOTE FINALE : 15/20

X-Men version arcade a pour principal force d’être un beat-them-all développé par Konami, et pour principale faiblesse d’être un beat-them-all développé par Konami. S’appuyant sur un moteur et un système de jeu parfaitement rodés, le titre colle à la formule établie par la firme japonaise sans jamais prendre le risque de s’en écarter, livrant au final une expérience entièrement conforme à ce qu’on était en droit d’attendre – mais également totalement dénuée de la moindre forme de surprise. Reste au final un titre sympathique, amusant et même franchement agréable à plusieurs – à petites doses. Faute de quoi, on risque de faire beaucoup trop rapidement le tour des trop maigres possibilités du jeu.

CE QUI A MAL VIEILLI :

– Jouabilité simplifiée à l’extrême: on ne peut pas dire que ça soit très technique

– Comme trop souvent, les boss ont beaucoup d’attaques imparables et impossibles à anticiper

– Si on a déjà joué à un beat-them-all Konami auparavant, on risque de faire très vite le tour du jeu

 

 

War 2410

Cette image provient du site https://www.giantbomb.com

Développeur : Advanced Productions
Éditeur : Advanced Productions
Testé sur : Super Nintendo

***** Version Super Nintendo *****

Année de sortie : 1995
Nombre de joueurs : 1
Disponible en Français : non

Vidéo: L’introduction du jeu:

La guerre, en 2410. L’avantage, avec War 2410, c’est que tout est déjà dans le titre: une guerre, dans le futur, où vous aurez fatalement un rôle à jouer.

Pourquoi la guerre? Eh bien tout simplement parce que le titre d’Advanced Productions est ce qu’on appelle un bon vieux wargame au tour par tour, comme il en a pullulé sur ordinateurs – mais beaucoup plus rarement sur consoles, où le genre, à quelques Advance Wars près (en dépit de la quasi-homonymie, précisons immédiatement qu’Advanced Productions n’a d’ailleurs rien à voir avec Advance Wars), s’est toujours fait plutôt discret, bien souvent éclipsés par un autre genre, de niche lui aussi mais plus populaire sur les machines de salon: le Tactical-RPG.

C’est fou ce que les guerres se ressemblent, d’une plateforme à l’autre

Pourquoi le futur? Eh bien pour justifier un de ces scénarios étonnamment oubliables comme les années 90 étaient capables d’en produire à la douzaine. Pour résumer grossièrement : en 2003 (souvenez-vous: à l’époque, c’était le futur), des scientifiques ont crée une race de soldats ultimes à force de manipulations génétiques. Malheureusement, comme c’est la destinée de n’importe quelle créature de Frankenstein, ces super-humains finissent par se révolter, engendrant ainsi quatre factions engagées dans une guerre au moment qui nous intéresse, à savoir quatre siècles plus tard : Le Global Defense Alliance, le M.A.R.S. (les super-humains évoqués plus haut), les orques (parce que… parce que bon) et enfin les Cromes (qui sont des robots dotés de conscience). Quatre factions, quatre campagnes, quatre façons de jouer ?

La carte ne commencera réellement à trouver une vague utilité que dans les dernières missions du jeu

Non. Navré. Vous pouvez reboucher le champagne: le jeu ne contient qu’une seule campagne, elle ne vous placera qu’aux commandes du GDA (les gentils, si vous voulez), et ses vingt missions vous demanderont 95% du temps d’exterminer tout ce qui se trouve en face (les 5% restants correspondant à des missions de capture qui ne changeront pas dramatiquement votre façon d’aborder le problème). Juste histoire de vous rassurer, les quatre factions présentent de toute façon exactement les mêmes unités, dotées des mêmes capacités : infanteries, blindés légers et lourds, artillerie, et plus tard unités aériennes et anti-aériennes. Les seules différences résideront dans le graphisme – franchement moche, reconnaissons-le, surtout pour un titre de 1995 – des différentes unités. Quel intérêt alors de designer quatre factions différentes avec leur look et leur identité propre pour qu’elles puissent, au final, faire exactement la même chose? Eh bien pour être honnête, on cherche encore. Mais cela aura au moins le mérite de présenter un très bon résumé de ce en quoi consiste War 2410: beaucoup d’embryons d’idées mort-nés faute d’une vraie réflexion sur le game design.

La seule vraie question stratégique sera de décider où retrancher vos unités pour essuyer les vagues d’assauts

Prenez la carte stratégique proprement dite, par exemple. Comme on l’a déjà vu, le titre propose un condensé atrocement générique de ce que proposaient tous les wargames en tour par tour de la période sans le moindre début d’idée original, look mis à part. Mais après tout, un jeu de stratégie n’a pas besoin de révolutionner le genre pour s’avérer parfaitement ludique: on a beau n’avoir rien changé aux règles du jeu d’échecs depuis plus de mille ans (à un Bobby Fischer près), cela n’empêche pas de continuer à y jouer.

Les statistiques des unités sont atrocement limitées. Il n’y a pas de valeur anti-infanterie ou anti-blindés, juste des dégâts contre les troupes au sol ou contre les forces aériennes.

Le vrai problème est qu’en plus de ne rien proposer de neuf, War 2410 a déjà bien du mal à se dépêtrer du vieux. Par exemple, chaque niveau commence invariablement de la même façon, avec vos unités déjà placées sur la carte. Il n’y a pas de mise en place ni de choix à faire. Les unités ne gagnent de toute façon pas d’expérience, il est impossible d’en transférer une d’une mission à l’autre, et il n’est pas davantage possible d’en créer au cours de la mission. Toutes vos unités à l’exception de l’artillerie n’ont qu’une seule case de portée, ce qui fait de cette dernière la pièce maîtresse de n’importe quelle partie. Mauvaise idée: toutes vos autres unités n’auront, au moins jusqu’à l’apparition des chasseurs, d’autre fonction que de protéger votre artillerie en faisant rempart de leur corps. Le mieux à faire sera donc de placer tout ce petit monde sur une position fortifiée – ville, montagne, forêt… – et de laisser l’adversaire venir à vous. Et voilà, je viens de vous donner la solution complète du jeu.

Le petit Thomas, six ans, a dessiné les véhicules représentés dans la partie supérieure. Ce qui explique probablement l’absence totale de perspective

Pour ne rien arranger, l’interface du jeu est à peu près aussi ratée que sa réalisation graphique. Seuls trois boutons du pad de la Super Nintendo sont employés: un pour valider, un pour annuler, et le dernier pour afficher une carte se limitant à des points sur un fond noir qui accomplit l’exploit d’être profondément inutile. Presser X pendant que cette carte est affichée vous permettra d’afficher des statistiques absolument sans intérêt sur les pertes respectives de chaque camp, ainsi que sur le nombre de tours écoulés – qui est, je vous le donne en mille, inutile, puisque l’impératif de temps ne joue jamais aucun rôle dans le jeu. Vous pensiez pouvoir afficher des menus déroulants pour avoir accès à des informations sur les caractéristiques de vos unités, sur le terrain? Oh, vous pouvez le faire en ce qui concerne les unités , sauf que même les rares infos communiquées sont vagues: ainsi, une mobilité désignée comme « Low » (basse) pour les commandos et les tanks ne se traduira pas par les mêmes capacités de mouvement (les commandos se déplacent une case plus loin). C’était si difficile, de mettre des valeurs chiffrées?

Les briefings ne contiennent aucune information pertinente, et les objectifs se limitent de toute façon à tout détruire, d’une manière ou d’une autre

Et pour le reste,  si vous voulez des informations, il faudra aller les chercher dans le manuel du jeu et nulle part ailleurs.  Il est malgré tout possible de soigner une unité en la laissant sur un des rares bâtiments du jeu, mais ce sera bien là l’un des seuls éléments stratégiques du titre. Et histoire de bien enfoncer le clou qui m’amène à penser que les petits gars de chez Advanced Productions n’ont tout simplement jamais testé leur jeu, vous n’aurez aucun moyen de savoir quelle unité a déjà agi au cours d’un tour. Les griser une fois qu’elles se sont déplacé et ont tiré? Ah non, apparemment cette idée n’était toujours pas parvenue jusqu’aux créateurs de War 2410 en 1995, ce qui amène à se demander dans quelle grotte ils étaient resté cachés pour développer leur jeu, mais passons. Tout le jeu vous laissera l’occasion de vous reposer, encore et encore, la même question toutes les cinq minutes: « comment ont-ils fait pour ne pas penser à ça? » Avouons-le, c’est rarement le gage d’un titre de qualité.

Occuper les villes, qui offrent les meilleures défenses, sera quasi-systématiquement la clé de toutes les missions

Tout cela se retrouve hélas dans le plus infime détail, à commencer par le système de mot de passe. Honnêtement, sachant que le titre n’a aucune autre information à mémoriser que le numéro du niveau, des mots de passe de trois ou quatre lettres auraient été largement suffisants; malheureusement, le titre opte bien évidemment pour le gloubiboulga à huit lettres, et histoire de bien aller au bout de la mauvaise idée, offre une police suffisamment illisible pour qu’il arrive fréquemment qu’on confonde un « A » avec un « R ». On peut – heureusement! – désactiver les inutiles et hideuses animations pendant les combats, ce qui aide le jeu à aller enfin un peu plus vite – mais vous force à appuyer sur Select avec le curseur placé sur une unité pour connaître l’étendue de sa barre de vie, on croit rêver!

Les médailles s’obtiennent simplement en finissant les missions. Non, ne cherchez pas d’objectifs secrets, il n’y en a pas

Ne vous attendez pas, malgré tout, à souffrir très longtemps puisque l’unique campagne du titre est également le seul mode de jeu. Vous pensiez affronter un à trois adversaires sur une sélection de cartes? Oubliez. Vous pensiez affronter un être humain pour pallier aux manquement de l’IA? Non plus. Ce sera la campagne et rien d’autre. Vingt missions, toujours jouées de la même façon avec le même camp. Ça fait rêver, non? Non, en effet. Voilà qui explique peut-être pourquoi si peu de gens ont entendu parler de ce jeu.

Vidéo: La première mission du jeu:

NOTE FINALE : 09/20

« Médiocre » est certainement le mot qui revient le plus naturellement quand il s’agit de décrire War 2410. Que ce soit par sa réalisation antédiluvienne ou par ses mécanismes aussi génériques que datés, le titre d’Advanced Productions, sans être à proprement parler catastrophique, nous hurle à chaque seconde le fait qu’il est sorti avec au minimum six ou sept ans de retard par rapport à ce qu’avaient à offrir les wargames de la concurrence. Se limitant à une unique campagne qui n’est qu’une suite de missions sans liens ni continuité entre elles, ne proposant même pas un mode escarmouche ou un mode multijoueurs, War 2410 n’a pour lui que le fait d’être un des très rares représentants du genre sur la console de Nintendo – du moins en occident. Les affamés de stratégie en tour par tour pourront y jeter un œil, par curiosité, mais échoueront vraisemblablement à y trouver quoi que ce soit qui n’ait pas déjà été proposé en mieux ailleurs.

CE QUI A MAL VIEILLI :

– Interface boîteuse

– Gameplay atrocement générique

– Quatre factions pour une seule façon de jouer, quel intérêt?

– Un seul mode de jeu

– Des mots de passe inutilement longs

– Pas de multijoueurs, même contre l’ordinateur

– Réalisation honteuse

 

 

Veigues : Tactical Gladiator

Cette image provient du site http://www.pcengine.co.uk

Développeur : Game Arts
Éditeur : NEC
Testé sur : PC-Engine

***** Version PC-Engine*****

Année de sortie : 1990
Nombre de joueurs : 1
Disponible en Français : non

Vidéo: L’écran-titre du jeu (avec extraits de gameplay):

En l’an 2324, la planète Terre est en mauvaise posture. Engagée dans un conflit armé contre des forces extraterrestres depuis plus de trois ans, les choses ne se présentent pas très bien pour la population humaine. Jusqu’au jour où le gouvernement humain se décide à lancer son arme secrète, qui pour une fois n’est pas un chasseur dernière génération censé sauver l’univers alors qu’il se fait atomiser en un tir, mais bien un robot géant nommé « Veigues », parce que sinon on se demanderait sans doute pourquoi le jeu s’appelle Veigues : Tactical Gladiator. Pour ce qui est du « Tactical », on se demande d’ailleurs toujours, mais pour ce qui est du « Gladiator », en revanche, pas de surprise: s’il y a un robot géant censé vaincre la menace extraterrestre à lui tout seul, vous vous doutez bien que ça ne va pas se jouer à la belote, et que c’est bien évidemment à VOUS qu’il appartiendra de se taper tout le sale boulot parce que c’est ce pour quoi vous avez acheté la cartouche.

Un gros robot, plein d’adversaires et une résolution limitée: bienvenue dans Veigues

Partant de ce postulat, les studios Game Arts avaient originellement programmé Veigues : Tactical Gladiator en 1988 pour une autre machine de NEC: le PC-88. Cette version n’ayant jamais quitté le Japon, nous allons donc plutôt aujourd’hui nous intéresser à la seule version du jeu à avoir voyagé jusqu’au vieux continent, à savoir le portage sur PC-Engine, qui propose une expérience assez proche – au prix d’une introduction passée à la trappe, mais la séquence de fin, elle, est toujours là, on dira donc qu’on a conservé l’essentiel (on sait tous à quel point il est frustrant de batailler des semaines pour obtenir un simple message de félicitations au terme du combat final).

Cet écran vous permettra d’améliorer les composants de votre machine. Notez que le bras gauche est le plus cher, alors qu’il est de loin le moins utile

Comment donc l’action se déroule-t-elle? Eh bien, de façon très simple, a priori, quoique en vous forçant un peu la main: le jeu consiste en un défilement horizontal imposé, façon shoot-them-up. Votre robot, placé au sol, est libre de faire usage des armes montées sur son bras droit (bouton I) ou de frapper directement à mains nues (Bouton II). Appuyer sur les deux boutons à la fois vous permettra de faire usage d’un canon monté directement sur votre torse, et qui a le gros avantage de pouvoir tirer n’importe où, mais surtout en direction du sol. Une simple pression sur la flèche du haut vous permettra de sauter tandis que la flèche du bas vous permettra de… vous retourner. Je me permets d’insister sur ce point, tant ce choix de game design a priori anodin contribue à compliquer inutilement la tâche du joueur: plongé dans le feu de l’action, le désir de se baisser pour éviter les tirs ennemis ou pour atteindre les adversaires placés au sol risque de se faire une bonne dizaine de fois par minute. Malheureusement, ce réflexe naturel se traduira quasi-systématiquement, au cours des deux ou trois premières heures de jeu, par le fait d’exposer votre dos à l’adversaire à cause de ce choix de jouabilité pas vraiment évident.

L’action serait sans doute plus lisible si votre robot n’occupait pas un quart de l’écran

La première originalité du titre est en effet de vous permettre de vous retourner histoire de faire face à l’adversité qui peut débarquer de partout. Cela pourrait rapidement se montrer extraordinairement punitif vu la place importante occupée par le sprite de votre robot à l’écran (la faible résolution de la PC-Engine contribue effectivement à ce qu’on se sente immédiatement à l’étroit) et la faiblesse de votre marge de manœuvre, c’est pourquoi le jeu a la bonne idée de mettre à votre disposition un radar visible en bas à gauche de l’interface, et qui aura au moins le mérite de vous prévenir d’où viendra la prochaine vague. L’inconvénient étant que, si cela passe plutôt bien lors des premiers niveaux, l’action devient rapidement suffisamment confuse pour que ledit radar n’ait plus le temps de vous servir à grand chose… tant qu’il fonctionne.

Arriver à la cinématique de fin vous demandera une habileté certaine

Car oui, deuxième originalité: le jeu prend en compte chaque partie du « corps » de votre robot. Concrètement, cela se traduit par deux choses: ces parties sont destructibles, et une fois votre bouclier (qui représente grosso modo votre jauge de vie) réduit à néant, chaque impact va commencer à fragiliser vos systèmes. Si cela était sans doute censé donner au jeu un petit côté immersif, cela se traduit surtout par le fait de vous pénaliser encore davantage lorsque vous êtes à l’article de la mort, en vous faisant affronter un boss avec une arme ou le radar en moins… voire en ayant perdu vos deux bras, ce qui vous condamnera à attendre l’explosion de votre robot sans rien pouvoir faire (je vous rassure, ça ira très vite). Plus intéressant: vous aurez la possibilité d’améliorer chacune de ces parties lors d’un écran dédié entre les missions. Une fois boostées selon un système de points plus ou moins important selon les dégâts effectués au cours du niveau, vos composants seront plus efficaces, vous permettant de rester plus longtemps en l’air, de faire davantage de dégâts, etc. Conseil: vu la courbe de difficulté relativement raide du titre, investissez en priorité dans la solidité de votre bouclier, car sans lui, vous n’irez pas loin, et le fait de sauter plus haut n’y changera pas grand chose.

Beaucoup de projectiles sont extrêmement difficiles à éviter

Malheureusement, vous n’aurez pas la main pour développer la partie la plus évidente, à savoir votre tir, ce qui rend cette sélection de bonus un peu gadget – un reproche qu’on pourra d’ailleurs appliquer à l’essentiel des quelques bonnes idées du titre. Car une fois en jeu, des masques de collisions assez obscurs additionnés à une difficulté qui passe de la promenade de santé à l’enfer sur terre en à peine deux ou trois des dix niveaux que compte le programme risquent de ne pas aider à prendre le plaisir qu’on était en droit d’attendre de ce qui s’annonçait comme un bon gros défouloir.

Quand le décor commence à prendre de la place, on ne peut pas dire qu’il reste beaucoup d’espace pour bouger

Dans les faits, non seulement l’action est confuse, mais les choix de game design malheureux évoqués plus haut font qu’il faudra pas mal de temps pour réellement commencer à prendre ses marques, les premières parties laissant la très désagréable impression d’être simple spectateur d’un foutoir innommable où l’essentiel de l’action se déroule sans nous. L’ennui étant qu’une fois (péniblement) maîtrisée, la jouabilité ne justifie jamais les inutiles complications apportées à un modèle standard à l’époque, efficace et nerveux, où il était tout bêtement impossible de se retourner – ce qu’on compensait le plus souvent, tout bêtement, par le déploiement d’un tir vers l’arrière. Ajoutez-y une fenêtre de jeu cannibalisée par l’interface et par l’énorme sprite de votre robot, et vous réaliserez que Veigues : Tactical Gladiator n’a peut-être tout simplement pas fait les bons choix pour mettre le joueur à l’aise.

Les premiers boss sont de simples promenades de santé, mais ça se complique très vite

C’est dommage, car la réalisation, sans être renversante, était clairement dans le haut du panier pour un titre de 1990, surtout sur une console 8 bits. Les graphismes sont colorés, les environnements se renouvèlent bien – même s’il vaut mieux apprécier les dédales mécaniques – et la musique est suffisamment rythmée pour se laisser entendre avec plaisir. Malheureusement, face à la concurrence écrasante développée les années suivantes sur la machine de NEC – et sur les systèmes 16 bits – inutile de dire que le titre de Game Arts a pris un sacré coup de vieux, et que ce n’est certainement pas sa jouabilité qui va améliorer les choses.

Vidéo: Les dix premières minutes de jeu:

NOTE FINALE : 10,5/20

En dépit de quelques bonnes idées et d’une réalisation très correcte si l’on considère l’année de sa sortie, Veigues : Tactical Gladiator souffre d’une prise en main anti-intuitive qui constitue un handicap majeur dans un genre réputé pour sa nervosité et son adrénaline. Ceux qui parviendront à passer outre découvriront un jeu exigeant et plus ludique que ne le laisseraient penser les premières parties, mais difficile de donner aux joueurs déçus d’avoir le sentiment de ne pas contrôler grand-chose de vraies bonnes raisons de persévérer envers et contre tout, tant le titre de Game Arts semble condamné à rester un Run-and-Gun fondamentalement oubliable.

CE QUI A MAL VIEILLI :

– Jouabilité poussive

– Cette idée de pouvoir se retourner est finalement un poison pour la prise en main du jeu

– Fenêtre de jeu bien trop réduite